Territoire social & culture

Petit-Quevilly excelsior

L’Excelcior, Rue Joseph Lebas, Petit-Quevilly, 1923 (Timbre Pasteur 10c.)

L’histoire culturelle de la commune est intimement liée à son histoire politique. Les maires qui se sont succèdés, par leur personnalité, leur ancrage local et leur politique publique ont pu faire preuve d’ambition. Cette approche contribuera à l’observation que nous ferons, dans un 2ème temps (dans un autre article) en nous demandant quel est le degré de connexion de la commune avec son territoire extra local (ses habitants – leurs histoires et particularités, sa vie économique et son passé majoritairement industriel). Comment vit -elle son histoire? Puis, nous questionnerons la valorisation de ses ressources spécifiques.

La période, pour développer l’ histoire culturelle du Petit-Quevilly, qui nous intéresse, commence au début du XX ème siècle.

Petit-Quevilly, une histoire de salles

Les structures qui font leur apparition sont des salles de bals, cinémas, théâtres, lieux culturels, théâtres… Toutefois un cas singulier, dans l’histoire de la ville, a émergé pour se construire telle une place forte au fil des générations.

L’Excelsior

Structure protéiforme aux vies plurielles, l’Excelsior a pu contribuer au décloisonnement des disciplines, des genres et à la diversifications des publics de la culture… Tout d’abord, situé en bas de la rue Joseph Lebas, au 24, 26, précisément, ce lieu commence sa carrière sous la forme d’une salle de bals à savoir « la Quevillaise », puis, nous sommes en 1916, il devient le 1er cinéma de la commune.Source

Le cinéma

Le cinéma est intimement lié à Hollywood, dès 1913, les très grosses productions américaines font leur apparition. La domination américaine sur les écrans durera une très longue partie du XX ème siècle (on estime que la décennies 80 a pu modifier les choses mais il est important de comprendre que les films américains représentent plus de 50% du budget cinématographique des salles françaises.) Le cinéma relève des industries culturelles et son modèle économique fut complexe à trouver. En effet,  au début du XXème siècle, l’industrie cinématographique s’est organisée avec la construction de salles dédiées au sein d’établissements démesurés (en 1920, il y a 11 salles de plus de 2000 places à Paris). Le cinéma s’impose alors comme un lieu de consommation culturelle de masse. Contrairement au théâtre, la salle de cinéma abandonne toute stratification sociale avec un espace commun, un tarif identique quel que soit l’emplacement et le placement n’a pas cours. Ce qui modifie considérablement le rapport que les publics vont entretenir avec cette structure culturelle et la consommation culturelle d’une manière générale. La fréquentation du cinéma, qui concerne un public plus large, explose grâce à son prix du ticket d’entrée fort attractif en comparaison de ceux du théâtre et de l’Opéra. Les spectateurs reviennent régulièrement et participent ainsi à sa très forte démocratisation. Le cinéma est, encore à ce jour, une des sorties culturelles les plus populaires. Cependant son territoire d’implantation peut aussi avoir une influence sur l’activité d’un lieu. Nous aborderons cette problématique avec l’observation des transformations qu’a vécu l’Excelsior, devenu, par la suite, lieu culturel (Maxime Gorki), théâtre (La Foudre, scène nationale) puis labellisé CDN ( Centre Dramatique National) de Normandie Rouen.

Les salles

Petit-Quevilly verra l’ouverture d’autres salles se produire: L’Éden (années 20),  Le Cinéma Quevillais, Rue des Frères-Delattre, ouvert vers 1920, fermé avant 1929. Le Royal Cinéma – Rue de Chateaudun (25), salle ayant fonctionné durant les années 20.Le Kursaal, salle à la carrière plus longue – Rue des Frères-Delattre (16), anciennement 70 rue de la Gare, ouvert vers 1925, fermé en décembre 1963. Au même titre que le Ciné Palace Quevillais – Salle ayant fonctionné de 1920 à 1964.

Le Selecta Cinéma – Salle ayant fonctionné au lendemain de la seconde guerre mondiale. Ciné-Galt -Boulevard Général de Gaulle (37), ouvert vers 1952, fermé entre 1961. Cinéma Chartreux– Place des Chartreux (n° 15), ouvert en décembre 1953, fermé en juillet 1979 avec 700 places.Source

Les salles vivent au rythme des bouleversements liées aux périodes de guerre, aux crises économiques dont le crise de 1929 fait partie ainsi qu’aux modifications sociétales. C’est donc ensuite, vers 1950 que l’on voit une très forte progression de la fréquentation des salles obscures sur le territoire français et se maintenir ainsi jusqu’à la fin des années 60, date à laquelle la télévision fait son entrée progressivement dans les foyers. D’ailleurs, sur la commune, on assiste à l’ouverture de deux cinémas (Ciné-Galt, Chartreux), le Kursaal et le Ciné Palace Quevillais se maintiennent sur cette période. Trois cinémas vont ensuite fermer respectivement en 1961, 1963 et 1964.

Une autre vie culturelle s’articule autour du « Casino rouennais »

casino rouennais

Casino Rouennais, date approximative (timbre semeuse rouge- 1906/ 1922)

Cette structure culturelle, répertoriée comme salle de danse, appartenait à Juliette & Jules Fournier. Elle se retrouve ensuite classée en cinéma en 1950 puis en apparait dans la catégorie location de salle, avec ses 1200 places . Et enfin, elle accueille l’ ACLPAR jusqu’en 2015 (Association Culture Loisirs des Portugais de l’Agglomération de Rouen)Casino Rouennais

Une salle a la vie longue et qui était parvenue à s’ancrer sur son territoire local et à attirer des populations diversifiées (rouennais et sottevillais…)

intérieur casiono rouennais

L’intérieur du Casino Rouennais lors d’une réunion de l’ACLPAR

Juin 1966, les transformations de l’Excelsior

la salle de cinéma historique, par sa longévité, ouverte entre 1916 et 1918, qui comportait alors 938 places, l’Excelsior, ferme définitivement ses portes en Juin 1966. Sur cette période de 50 ans (soit deux générations), nous pouvons nous demander si cette structure a vécu, comme d’autres salles de cinéma, des difficultés financières au point d’être contrainte à la fermeture. Nous pouvons aussi nous interroger sur ses publics et le renouvellement de ces derniers. Peut-être une dimension générationnelle a pu s’opérer toutefois il convient de rappeler que la rue Joseph Lebas et notamment ses immeubles étaient en 1930 (année de leur construction) destinés aux cadres des industries et usines installées sur la commune. Nous savons qu’ aujourd’hui ils relèvent du bailleur social  » Seine Habitat » et qu’implicitement ses occupants sont socialement exposés voire précaires. Une population en remplace une autre certes mais, ici, sociologiquement, nous sommes passés des cadres aux précaires, ce qui est important au regard de la stratification sociale qui s’est opérée sur cette rue.
En 1969, la municipalité transforme l’ancien cinéma, il devient le « Théâtre Maxime Gorki », créé et dirigé par Jean Joulin.La volonté de cet espace culturel est celle d’être un centre culturel communal à la programmation très diversifiée afin d’offrir aux habitants une pluralité de propositions culturelles et artistiques. Pour tenter de comprendre la transformation de ce lieu, nous pouvons également interroger cette commune, par le prisme de sa politique. Depuis 1945, la mairie est au main du PCF, ce, jusqu’à 1989 avec trois mandats.

La création de ce centre pourrait répondre à la logique de l’Éducation populaire avec ses ambitions d’émancipation individuelle et collective pour ainsi contribuer aux transformations de la société. Puis, Gérard Marcon prendra la direction de ce lieu en 1997. Alors que la mairie prend les couleurs du socialisme en 1989 avec François Zimeray.

Un changement plus profond s’opère, en 2002, lorsque, d’une part, on rebaptise puis on labellise la salle. 2001 voit l’arrivée à la Mairie de l’actuel maire de la commune, Frédéric Sanchez. Le Théâtre Maxime Gorki devient le Théâtre de la Foudre, labellisée scène nationale, après rénovation, en 2004. Puis, est labellisé CDN de Normandie Rouen, un centre dramatique multi-sites réparti sur les communes de Rouen et Mont- Saint-Aignan. Sa direction est confiée à David Bobée.

 

Une structure culturelle à l’identité rock, « L’Exo 7 »

Une salle indépendante ouvre en 1983, située au 13 place des chartreux, (peut-être s’agit-il du même endroit que le cinéma ?)  a une très grande importance pour la commune, l’EXO 7. En près de 27 ans, 1000 concerts ont été organisés. Cette salle de concerts, tenue par Jacques Hupin, avait une capacité de 840 personnes*, elle a fermée définitivement ses portes le 30 juin 2010. Elle a programmé de nombreux artistes tels que The Clash, Les Pogues, Matmatah, Jean-Louis Aubert, Niagara, Noir désir, REM, U-Roy, Gladiators, BB Brunes, Indochine, Dogs, Tupelo Soul…

*La SMAC ( Scène de musique actuelle) Le 106 ouvre en novembre 2010 à Rouen, rive gauche. Elle possède deux salles aux jauges respectives de 1100 et 320 places.

 

La Jauge, quel indicateur?

En prenant en considération le nombre moyen de places de ces salles et en les comparant avec les chiffres d’aujourd’hui, par exemple, la scène nationale Le Volcan au Havre et ses 800 places après travaux (2015) ou encore la jauge de l’Opéra de Rouen Normandie (Théâtre des Arts) et ses 1350 places,  nous pouvons nous demander pourquoi les salles étaient si grandes et pourquoi n’ont-elles pas pu pérenniser?

Ou sont passés leurs publics? Ou encore, en termes de vivacité culturelle d’un territoire, alors que Petit-Quevilly a pu accueillir des publics sur de très grandes jauges (1200 pour le Casino Rouennais, 938 pour L’Excelsior, 840 pour L’Exo 7…) et rayonner au-delà de son territoire, pourquoi assistons-nous, depuis près de 20 ans, à un essoufflement voire désengagement culturel de la part de la commune?

 

Rien qu’avec deux salles, pour la décennie des années 50, (les 1200 places du Casino Rouennais et les 938 de l’Excelsior) nous arrivons à 2138 places pour 20798 habitants (chiffre pour 1954).

Aujourd’hui, nous sommes 22134 habitants (2016), tous les cinémas ont fermé,  Le CDN ( Foudre) est la seule salle de spectacle qui subsiste avec une capacité d’accueil de 458 spectateurs. A population sensiblement égale, le nombre de place a été divisé par 5…

 

Isabelle Pompe, 1er Mars 2019

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