Les parages du pôle

Interprétation du patrimoine/matrimoine

#sitespecific est bel et bien terminé dans sa forme actuelle. Résultant de multiples réflexions, interrogations et perceptions depuis ce territoire local qu’est la rive gauche rouennaise, il aura, cependant, permis de faire éclore une autre forme avec d’autres idées. En effet, une association est en train de voir le jour: « Les parages du pôle ».

⇢ Il sera question d’interprétation du patrimoine/ matrimoine du fait de l’acceptation de leur valeur et de la considération de ces derniers comme des ressources invisibilisées, indicibles voire colonisées mais valorisables dans l’intérêt des territoires. S’assurer, par cette interprétation, qu’une égalité réelle entre cultures, imaginaires, savoirs, tout simplement, entre êtres humains soit respectée.

Le projet se fonde sur une égalité de valorisation afin de ne pas réinstaurer un certain ordre culturel, de ne pas reproduire un construit social trilatéral où l’égalité serait, sous conditions, proportionnelle.

Les patrimoines/Matrimoines questionnés se trouveront, majoritairement, en périphérie des pôles, interrogeant ainsi la visibilité de ce qui se trouve en dehors des centres. Les communes relevant des métropoles, les banlieues, les zones rurales sont concernées. Pour permettre aux regards de se déplacer sans avoir à se tourner vers une direction unilatérale,  il est vital de redonner de la visibilité à ce qui est, a été, de mettre à disposition des savoirs, des cultures et imaginaires sans participer à une hiérarchie tripartite.

Le consentement quant à la domination des savoirs, des cultures c’est l’antithèse des « Parages du pôle ». Le projet vise, également, à réinterroger l’acceptation de la hiérarchisation des territoires à l’aune des notions de visibilité et d’intérêt de leur patrimoine/matrimoine respectif et commun.

Périmètres exploratoires  

  1. Travailler à partir de ces zones, espaces et autres découpes de territoires évoluant en dehors de la centralité. L’idée étant de sonder ces strates territoriales et leurs legs (patrimoine, matrimoine) afin de mesurer si les conditions sont créées pour qu’ils puissent exister, puissent être restitués, rendus à la vue.

Les parages, pensés comme des restituteurs, des passeurs d’indicibles dominés par le pôle.

  1. Qu’est-ce que cela signifie d’être, d’évoluer dans les parages, de relever du  voisinage de ce qui focalise l’attention ? Quelles conséquences et quels choix sont faits ?
  2. Quelle part de patrimoine et de matrimoine est, de ce fait, invisibilisée, floutée, inaudible ?
  3. Le pôle, est-il alors mutualisateur, une locomotive ou un  phagocyte ?
  4. Et si le pôle, par sa place, ses rôles et missions, ne permettait pas l’égalité ?

L’égalité depuis la mise à disposition des cultures, savoirs et imaginaires jusqu’à l’égalité en termes d’ accessibilité serait cet objectif commun.

  1. Le matrimoine questionne la valeur qu’on lui attribue au legs des femmes.
  2. Le patrimoine est à comprendre comme un pôle, une concentration d’efforts, de ressources et le matrimoine, encore aux bords, évalueraient, sans s’épanouir, dans les alentours.
  3. Le matrimoine cristallise cette vision enfouie, indicible de la domination, de la colonisation.
  4. Par sa valorisation, nous participons à la reconnaissance de celle-ci, à une égalité réelle et non supposée voire rêvée ainsi qu’a la mise en accès de modèles, de figures, de connaissances vitales pour l’émancipation féminine tout en étant partie prenante d’une politique qui respecte la parité.

Des actions, prestations, analyses, enquêtes pourront être menées, des groupes de travail exploratoires, ateliers et toutes formes de mises à disposition pourront être proposées sur des thématiques diversifiées.

Avec la même idée de transformation: sociétale et environnementale vont de pair.

Constats

▪ Aujourd’hui, des espaces dans le périmètre des pôles subissent encore un déficit de transmission de leurs histoires. Ces présences disponibles font l’objet d’une visible amnésie. C’est un pan du patrimoine/ matrimoine culturel, par exemple, qui est absent, introuvable, qui passe inaperçu.

▴D’une part, au regard de la perception des habitants, de l’histoire collective locale, de l’attachement, d’un patrimoine/matrimoine mémoriel tu, un devoir de mémoire devrait s’engager.

▴D’autre part, la mise en réserve voire l’abandon de certains sites physiques distillent une hiérarchie des priorités, une extinction des mémoires, une disparition d’un inventaire,

▹Effacer, reconstruire, raser, se débarrasser déclenche un gaspillage pluriel. Faire avec l’existant est une voie prioritaire. Valoriser ne signifie pas mettre en beauté, c’est surtout donner la parole, permettre un travail d’archives, d’identification de traces, de passages, de rassembler des informations afin de parler et de faire parler les lieux .

En outre, la destruction d’espaces de vies suscite beaucoup d’émotions. L’absence de relai, de médiation, d’espace d’échange, de partage de souvenir accroissent considérablement le sentiment de déconsidération des habitants, c’est le cas lorsque des immeubles d’habitation sont démolis, des usines sont fermées, par exemple.

La perception des espaces est un travail essentiel à mener auprès mais surtout avec les populations.

⇢ Depuis l’éloge des paysages, en passant par l’usuel, par ailleurs, singulier, un grand nombre d’endroits, de lieux, de sites sont placés en retrait, en seconde ligne, associés à des éléments mineurs de nos histoires collectives. Rarement, ils font l’objet de recueil, de créations de contenu, d’images, d’archives. C’est le cas pour les ouvrages consacrés au passé ouvrier, aux usines parfois présentes de manière très dense sur un territoire et seules sources d’emploi pour des générations. Explicitement, ces sites parlent, racontent, émeuvent aussi.

Ces récits sont des micro-récits dont la transmission pourrait, au moins, être faite, seul possible pour être reprise.

Ce n’est pourtant pas un défaut d’acuité qui manque à ces espaces, ces quartiers, rues, mais la mise en réseau de standards toujours plus efficaces en termes d’exclusion supprime, de l’inventaire, ces réserves historiques, intimes, humaines.

Work in progress

Dans la rue, le passé est également omniprésent, pas un passif muséal ni un patrimoine, matrimoine nécessairement matériel, il est parole, regard, présence artistique, historique, sociologique. C’est aussi le champ de l’immatériel qu’il convient de remettre en jeu. Si nous comprenons l’importance de la réinterrogation de nos cultures, un work in progress peut alors s’engager.

  • Par exemple, Marcel Duchamp à Rouen, a fait l’objet, en 2018 (Duchamp dans sa ville) d’une année consacrée. Cette idée a été portée par une toute petite équipe puis soutenue par des collectivités, écoles, structures, artistes, acteurs locaux dans le désir de pouvoir en parler. Ceci a démontré comment, en effet, une présence pouvait-être minorée, sciemment omise, une place à laquelle on ne croit pas. Les expériences, retours, résultats de cette année duchampienne se sont montrés plus que satisfaisants.
  • Toutefois, travailler tel un laboratoire, en testeur/Expérimentateur afin d’inventer, créer des passerelles, connexions  peut démultiplier le nombre d’interlocuteurs, d’intérêts, d’où la nécessité de coordonnateur, de facilitateur à même de sortir du cloisonnement disciplinaire pour faire entrer dans le bal, l’émergence.

Les parages du pôle pourrait être ce médiateur, cet agent de liaison.

➵ Un territoire qui se tourne, de façon unilatérale, vers ces points de mire touristique sans activer ses ressources dormantes se fragilise, s’affaiblit telle une terre qui ne diversifie pas.

Logo panneau rond vert parages du pole

logo « les parages du pôle », IPL, juillet 2020

« Les parages du pôle »  abordera certains des facteurs aggravants en termes notamment de politique de valorisation notamment à l’aune de la lutte contre la lacune, l’oubli de ce qui permettrait, j’en suis convaincue, d’être une courroie de transmission entre des habitants, des publics diversifiés.

Diversification 

Comment, alors que l’on ignore sciemment ces gravures ouvertes, peut-on espérer élargir, diversifier les publics de ces patrimoines/ matrimoines ? Comment pouvons-nous parler d’accessibilité alors que des choix stratégiques sont faits au nom de l’image, du nom, du renom, avec tous les phénomènes de redites et d’exclusions qui vont avec ?

╍Les droits culturels révoquent certaines politiques de l’accès, il est, par ailleurs, impératif d’interroger les choix, les axes en incluant, dans la prise de décision, les habitants- citoyens qui sont également des experts, des militants, des curieux…

◤A ce jour, les territoires, analysés par l’association, ne sont pas encore définis en raison d’ un déménagement prochain. Néanmoins, à ce jour, le chantier de celle-ci plante son décor à partir de ces questionnements territoriaux, locaux sur la notion de valeur, de centralité afin d’inviter à reconsidérer la légitimité et la question de sa représentation. Quel réalisme, quelle perspective, un diorama, un trompe l’œil ? Comment restituer un « sujet » avec la plus grande vérité et égalité possibles

▔Qui bénéficie, qui est sous estimé, pourquoi l’acratopège, le sans qualités particulières, le vernaculaire peine à être inséré au cœur des programmations… Qui les enferme dans ce désintérêt mais surtout ce jugement, les exclut alors qu’ils sont, aussi, preuve de notre partage commun du sensible, éléments de notre interdépendance et fruit de nos histoires ?

▔Comment penser des actions de réflexion sur cette notion de ressource partagée, comment inclure pour tenter d’inverser ces postures/idées reçues d’espace illégitime, de relégation, de périphérie parce que, par systématisme, le majeur s’opposerait au mineur ?

D’ailleurs, l’absence de fierté, le complexe d’infériorité, l’humilité que peut donner à comprendre, à voir, à entendre un territoire est une source d’empêchement à son éveil, à son émancipation. Ne pas créer les conditions de cette prise de conscience est un  gaspillage de ressources voire de domination de celles-ci.

. J’entends régulièrement, l’expression « Fonctionner en réseau« ,  ceci requiert des lieux, acteurs, territoires avec une volonté de sortir de l’entre-soi, de s’affranchir, sans hiérarchie appuyée, et non d’avoir une locomotive et ses suiveurs, ou encore une concurrence accrue entre organisations en quête de visibilité.

Sortir de cette idée de locale, régionale, nationale, de cette hiérarchie urbaine de commune, métropole, quitter les logiques de pivot, de ligne directrice…Un territoire possède ses propres ressources, il est, en ce sens, unique. Enfin, donner du pouvoir aux mêmes ne permet pas de créer, entre autres, les conditions pour accueillir la diversité ni pour faire « apparaitre »une distinction.

▪Toujours se tourner vers la création de conditions, être plus inclusif… Se poser en observateur, acteur pour proposer des alternatives à l’hyperfocalisation culturelle, à la méconnaissance des ressources activables d’un territoire, aux définitions de « qualité » et d' »intérêt », avancer dans une logique contributive aux intérêts des populations- habitants, au développement durable

Vous avez, peut-être, déjà pu lire, au fil des articles de #sitespecific, comment, sur cette rive gauche rouennaise, des choses ont été tentées, testées, reçues, alors, vous imaginez, qui sait, comment cette histoire va, je l’espère, se poursuivre.

⌑Pour l’instant, pas de création d’espace numérique dédié, après, tout peut arriver… Merci de m’avoir suivi jusqu’ici.

Bien à vous,

Isabelle Pompe, dans les parages, dernière mise à jour, le 28 octobre 2020.

Les femmes de la rive gauche rouennaise & L’espace public # 1

Parce que l’appropriation de l’espace public par les femmes est une lutte individuelle et collective, #sitespecific a souhaité mettre en place trois rendez-vous, trois « Rencontres’ Specific » pour aborder la question de la place des femmes dans l’espace public au cœur de notre rive gauche rouennaise. Nous avons observé les rues et quartiers, les parcs et jardins depuis plusieurs années et pris note de quelques points:

  1. Il subsiste une sur-représentation masculine dans les espaces publics
  2. La question du genre est pleinement posée
  3. Il semble qu’une territorialisation* masculine soit notable rive gauche

*La territorialisation consiste en une appropriation qui peut être juridique et économique (la propriété) ou symbolique (le sentiment d’appartenance, de connivence)source

RDV Jardin des plantes 7 septembre affiche

⇀Nous avons déjà relevé que les caractéristiques de la rive gauche reposaient sur des jugements de valeur spécifiques car sont présentes: une histoire industrielle et ouvrière, une précarité et une grande diversité. Les clichés d’apparence cristallisent tous les clivages que l’on peut accoler à une banlieue.

« Elle est vulgairement pauvre, colorée et sale ».

Alors, nous avons souhaité interroger quelles expériences de rues et de quartiers étaient faites par les femmes et comment vivaient-elles cette masculinisation des espaces.

Une thématique spécifique explorée en trois RDV

La rive gauche semble être cet espace dont on s’occupe par intermittence mais qui survit comme il le peux, presque malgré lui. Au sein de ce territoire assez peu valorisé pour ses histoires et initiatives, vivent des femmes. La seule option qui nous a semblé pertinente c’était de passer par la voie de la personnification. « Attribuer à quelque chose l’apparence, les sentiments, le langage d’une personne réelle.  » Peut-être, ainsi les choses parleraient d’elles-mêmes…

SI LA RIVE GAUCHE ÉTAIT UNE FEMME …

Serait-elle stéréotypée ? (RDV 7/09/2019)

  1. Et qu’est-ce qu’un stéréotype ? 
    1. Expression ou opinion toute faite, sans aucune originalité, cliché.
    2. Caractérisation symbolique et schématique d’un groupe qui s’appuie sur des attentes et des jugements de routine.

Serait-elle un objet ? (RDV du 28/09/2019)

  1. Qu’est-ce qu’un objet ?

Chose inerte, sans pensée, sans volonté et sans droits, par opposition à l’être humain.

Serait-elle solidaire ? (19/10)

Nous pensons à la sororité, à la solidarité féminine, est-elle possible et est-ce que vivre sur le même territoire pourrait nous rapprocher ? Le fait d’appartenir au même sexe est-il suffisant comme point commun pour nous mettre à parler ? N’ignorons pas notre rapport d’interdépendance, mais tout d’abord, qu’est-ce que la solidarité ?

  1. Rapport existant entre des personnes qui, ayant une communauté d’intérêts, sont liées les unes aux autres
  2. Sentiment d’un devoir moral envers les autres membres d’un groupe, fondé sur l’identité de situation, d’intérêts

RENCONTRE ‘ SPECIFIC # 1

Rencontre’ Specific # 1 fixé un samedi à 14H, fut annoncé depuis la page Facebook de #sitespecific en juin, depuis les groupes fermés locaux (FB) type Jardin partagés de Petit-Quevilly auxquels nous appartenons ainsi que sur le site « mes voisins .fr ».

  • Le titre

Volontairement, nous avions opté pour une une image de voiture ancienne et bigarrée histoire de rappeler que la rive gauche a souvent affaire aux jugements gratuits et hâtifs. Elle est taxée de banlieue avec toutes les connotations sociales, esthétiques et les pollutions qui vont avec. Retro, vieillotte, has been, sans intérêt notable….Par opposition au modèle dominant incarné par la rive droite. Elle serait donc moche, ennuyeuse et les gens, pour faire vite, « ne seraient pas curieux« .*

*Ces propos ont été prononcés, à maintes reprises, par les directeurs.trices, les portes paroles de structures culturelles, des responsables de programmation rencontrés, en 2017/18, pour la rédaction d’un mémoire sur la programmation artistique du territoire rouennais (ville comme métropole).

De ce fait la rive gauche, quels stéréotypes? Pour les résidentes, habitantes, citoyennes, de quoi sont-elles taxées, comment vivent-elles leur mobilité, les rues de leur quartiers, de leurs communes, comment et où sortent-elles?

  • Les chiffres de notre évènement

Nous pouvons ajouter que ce temps d’échange a atteint depuis les réseaux sociaux (FB), 273 personnes pour 12 réponses. La concurrence des forums des associations a souvent été évoquée, la question de la légitimité ? #sitespecific n’est pas une association, c’est un projet citoyen indépendant porté par une femme. Cette initiative est récente et la constitution d’ un réseau est une histoire de longue haleine au sein d’un territoire peu habitué à ce type de propositions. Se rencontrer sans se connaitre, par pure envie d’échanger…Cela parait étrange mais c’est compliqué de provoquer un déplacement.

Les publics touchés par les publications étaient composés à 25% de femmes de 25/34 ans avec un total de 67% de femmes toutes tranches d’âge confondues. 29, 3 % de personnes en provenance de Rouen, 6, 9% (Petit-Quevilly), 2, 3% (Paris), 2, 17 (Grand-Quevilly) et 1, 89% (Louviers). La rive gauche serait résumée à deux communes et il y aurait davantage d’intérêt de la part de Paris que de Grand-Quevilly! Les relais n’ont pas été trouvés pour atteindre St Étienne du Rouvray, Sotteville, Petit-Couronne, Grand-Couronne et Oissel qui sont les communes inscrites dans le périmètre d’intervention de #sitespecific. La rencontre avait lieu à Rouen, elle était donc frontalière avec Sotteville mais cela est passé inaperçu.

➽A titre de comparaison les ateliers’Specific sur la thématique de la biodiversité ordinaire (Faune & Flore en ville – 27 juillet et L’arbre en ville- 01/09) ont respectivement atteint 327 et 366 personnes depuis la plateforme Facebook.

⇢Ces temps d’échange ont été, volontairement, programmés dans des parcs et jardins de la rive gauche, d’une part, car nous savons que 82% des hommes, en France, fréquentent plus régulièrement ces espaces verts contre 69 % des femmes et, d’autre part, pour permettre la possibilité de rester et partir sans être obligée de consommer ou de déranger l’organisation du temps de partage.

Cette 1ère rencontre nous a offert la possibilité de réaliser des récits en amont, pendant en aval.De plus, pour ne pas nous arrêter sur cette thématique très importante, nous avons souhaité mettre en place, dès le mois de novembre, un « groupe exploratoire « .

affiche de lancement du 1er groupe sortie le 15 septembre depuis la page Facebook

Avant tout

Nous pouvons revenir un instant sur dix chiffres qui concernent les femmes et l’espace public

⇨Alors que nous invitons les femmes à venir partager leurs expériences, nous avons cherché si, à nombre d’habitants comparables et en dehors de l’Île De France, la question avait été posée et de quelles manières. Rennes, via une des ses universités, nous est apparue. Cette ville et métropole compte 443 192 habitants contre 494 380 pour la Métropole Rouen Normandie.  Nous avons relevé que l’Université Rennes 2 avait organisé, le 23 juin 2017, l’académie d’été de son diplôme d’études de genre, sur le thème « Femmes et hommes dans l’espace public ». Manspreading, harcèlement de rue, insultes, violences.. »La sur-occupation de l’espace public au détriment des femmes

« Le monde social dans lequel nous vivons fait que les hommes sont globalement dominants et les femmes en font les frais, notamment en public. Les femmes expriment en tout cas un sentiment d’insécurité, que l’on retrouve peu chez les hommes. On ne leur transmet pas cette culture du risque. » (source idem)

etudes rennes.jpg

affiche évènement

« Comme beaucoup de mes amies, je vois le phénomène. Ce n’est pas qu’une anecdote. Certains hommes se sont autorisés à prendre toute la place dans l’espace public. C’est le même phénomène dans la rue. Il y a un partage de l’espace qui ne se fait pas à égalité », réagit Hélène Bidard, adjointe à la mairie de Paris, chargée des questions relatives à l’égalité femmes-hommes. « Il y a un vrai sentiment d’insécurité chez les femmes. La dénonciation du « manspreading » participe du mouvement de ras-le-bol en cours » (source idem)

⇌Étant donné que seule la rive gauche de Rouen (quartiers comme communes de son agglomération) est concernée par le projet #sitespecific, toutes les thématiques concernent, spécifiquement, cet espace. De ce fait, à territoire plus restreint, la question s’est recentrée sur la place des femmes, dans les espaces publics de la rive gauche.  

A l’instar d’ associations féministes qui ont imaginé d’organiser des « marches exploratoires » au cours desquelles des idées d’aménagement souhaitables sont collectées. Ces groupes de femmes ont, en effet, noté les lieux qui leur paraissent plus dangereux, les points positifs et négatifs de l’aménagement urbain afin d’adresser des recommandations aux autorités de la ville. La place de la femme dans l’espace public est une question politique qui se doit d’être prise très sérieux pour le bien -être de tous.

Voici quelques une de leurs remarques:

Des marches exploratoires initiées par la ville de Rouen pour les hauts de Rouen en 2017 ont donné l’opération femmes dans la ville

« Les femmes sont largement absentes des décisions de gestion de la ville, de l’habitat et de l’aménagement du territoire.Pourtant, leurs activités, et en particulier leurs activités familiales, les rendent plus sensibles que les hommes à la qualité du cadre de vie et des services urbains.Elles sont incitées, plus que les hommes à restreindre leurs déplacements, les adapter ou les limiter aux activités utiles sans flâner. Néanmoins, leurs besoins spécifiques sont rarement pris en compte et elles sont peu présentes dans la conception des projets urbains. »

La place de la femme dans l’espace public est une question politique qui se doit d’être prise très sérieux pour le bien -être de tous ce pourquoi nous aimerions mener concrètement cette démarche sur nos territoires de la rive gauche en constituant des groupes de ce type.

« Selon Marylène Lieber*, les femmes ne sont pas « exclues » de l’espace public mais elles ne peuvent pas s’y mouvoir. Il s’agit davantage d’une question de mobilité que d’exclusion. »Source

*Le Sentiment d’insécurité au prisme du genre – Repenser la vulnérabilité des femmes dans les espaces publics », 2011. source

Le choix des espaces pour les échanges se limite aux parcs toutefois tous les espaces publics qui étaient en jeu.

  1. Pouvons nous parler de ce sentiment d’insécurité ressenti par les femmes sur la rive gauche rouennaise ?

« Cette rencontre trouve sa raison d’être, en partie, suite à une publication issue d’un compte-rendu de réunion plénière du Conseil de quartier Quais Rive Sud- Ile Lacroix- Saint-Sever. Il est fait état au sein du quartier Saint-Sever « d’un harcèlement de rue que subissent de nombreuses jeunes filles  » + d’infos: Les conseils de quartier Rouen rive gauche # 2
Mais également suite aux résultats de l’enquête de 2019 commandée à l’Université de Rouen Normandie par la Métropole Rouen Normandie sur « les pratiques culturelles des 16-29 ans du territoire métropolitain », là également, la notion « d’insécurité » a été signalée » Source

Nous savons que les transports en commun sont utilisés à 80 % par les femmes (La sociologie de nos transports en commun), qu’en est-il de la rue, des espaces verts ? « Où sont les femmes rive gauche lorsqu’elles ne sont pas chez elles » aurait pu être une approche, ce qui a retenu notre attention ce sont les terrasses de café, les bancs et la présence à l’extérieur (quartier St Sever, Petit-Quevilly sur son axe de l’avenue Jean Jaurès par exemple) d’un nombre écrasant voire dominant d’hommes.

➢Pour réduire le risque de frein au déplacement et donc la marge d’insécurité, nous avons arrêté notre choix de lieu à un jardin bien connu situé à Rouen rive gauche et dont les espaces sont confortables et harmonieux.

Le Jardin des plantes

85 000 M² situé au sud de la ville de Rouen, ce jardin se présente selon la ville Source comme un lieu de « promenade familiale ». On ne peut, de manière implicite, s’empêcher de relire la sociologie Agnès Pitrou qui voyait en cette famille, un moyen de pression supplémentaire pour les femmes.

« Il faut se méfier d’un système où tout passerait par la famille car, d’emblée, tous ceux qui n’en ont pas, se trouveront exclus et ils sont de plus en plus nombreux du fait de la connexion entre les problèmes professionnels, le chômage et la désagrégation des relations familiales. « Source

▸Les premières femmes croisées étaient seules, affairées à leur jogging ou assises sur un banc.

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Une femme au Jardin des Plantes

Nous avons marché puis nous sommes installées à une table de pique-nique avec vue sur une des allées principales. Il convenait d’être assise pour construire les échanges avec confort. Cet endroit est privilégié par les lectrices/lecteurs et les familles. Devant et tout à côté, nous avons assisté à l’appropriation successive de ces espaces par les femmes. Les bancs et allées ont été occupées dès notre installation ou presque par des femmes, à croire que notre présence n’y était pas étrangère… Cette table se trouvait face à l’allée de sorte que l’intimité était là mais restait relative, la personne pouvait à loisir s’échapper et regarder, commenter les scènettes à même de se jouer devant elles. Notre présence était perceptible et notre vue dégagée.

Nous avons commencé cette rencontre en restituant, dans le contexte global, la démarche et son évolution au regard de sa volonté de créer des ponts. Le projet semble être compris et il est perçu telle une « maison qui aurait plusieurs pièces ».

Rencontre 1 bis

De l’importance du poste d’observation

Le jour choisi pour cette rencontre était le samedi 7 septembre 2019. Le samedi, au Jardin des Plantes, c’est aussi le jour des mariages. Alors que nous considérons le mariage comme une injonction sociétale, nous savions, en amont, que cette rencontre pouvait aussi prendre la forme d’une confrontation. La thématique du mariage intronisée par ce défilé fut sources à commentaires. Nous sommes restées neutres, notre objectif n’est en aucun cas d’exposer et d’imposer nos points de vue lors de l’évocation d’un sujet de cet ordre. La place de la femme, les places des femmes, quelles places et quelles femmes ? L’idée étant de créer les conditions les plus optimales pour l’échange, nous avons donc laisser parler puis nous avons posé des questions.

Les inégalités spatiales

Notre place dans l’espace public est un combat à mener.

« Qui dit espace public dit aussi pouvoir dans l’espace public c’est-à-dire places dans les partis politiques « en ordre utile », exercice de ses droits à la participation citoyenne, proportions d’élus et d’élues. Sylvette Denèfle écrit : « (les femmes) constituent 80 % des travail-leurs pauvres, 70 % des usagers des transports en commun (tout en précisant que dans le métro le soir, huit passagers sur dix sont des hommes.) 90% subissent des violences sexuelles dans l’espace public, 85 % des chefs de famille monoparentale, 70 % des personnes qui font les courses, 70 à 80 % des personnes âgées, 80 % des prostituées, etc. mais seulement 20 à 30 % des élues 10. » Il s’agit donc de trouver des stratégies pour contrer l’accaparement de l’espace public par le groupe qui a le plus de pouvoir, les hommes.

  • La rive gauche

Cet espace est vécu, traduit avec fierté, ravie d’y vivre est donné à être entendu. Une question qui se pose comme un élément de distinction, par exemple la rive gauche ce n’est pas « la ville », aller en ville c’est se rendre rive droite. Vivre rive gauche ça a un sens, certaines regrettent même leur installation rive droite. Cette rive incarne des images personnelles, historiques et symboliques. Vivre, habiter, travailler parfois même, tout cela possède une vraie cohérence. Les personnes rencontrées ne veulent pas en partir.

  • La rue

De jour, les rues sont souvent sales, des trottoirs tout petits non permissifs pour les poussettes, les personnes à mobilité réduite. Elles sont souvent encombrées par des véhicules mal garés, des déchets sauvages…Et puis, la rue, les rues ne sont pas très commerçantes ou alors assez peu en tout cas pas suffisamment pour qu’on s’y promène. Les rues, pour celles qui accueillent des terrasses sur leurs trottoirs, ne donnent pas envie de se poser tout simplement parce que le cadre est vilain, trop de voiture, ce n’est pas agréable. Le manque de confort, de bancs, de points pour se retrouver autres que ces terrasses majoritairement masculines sont pointés du doigt. Les parcs, heureusement, sont là. Les quartiers comme celui de St Sever ne donnent pas envie parce que les bars sont « moches », les façades peu engageantes, un défaut de gaieté, de couleur, de fleurs est souligné. Les rues sont grises, minérales, les places sont peu soucieuses de notre bien-être.

« Nous aimerions nous sentir conviées, invitées ». Cela devrait être naturel. Par exemple, nous travaillons dans ce quartier, nous souhaiterions, le midi, manger dehors mais où allons-nous ?  Où pouvons-nous aller ? Manger sainement aussi, cela parait très compliqué, sans viande ou avec des produits autres que des trucs gras du type Burger king, Mac Do comme si la malbouffe était l’apanage des territoires pauvres…

De plus le découpage des quartiers et communes en rues résidentielles et peu commerçantes, en avenues où les voitures sont trop nombreuses, nourri un grand manque de charme, au point que se balader, soit, en fait, très limité rive gauche! Ou alors, il faut s’aérer à vélo, tout en faisant attention à soi!

La rive gauche ce sont  en effet, des axes, des boulevards, la Sud III, l’éloge ou l’obligation du tout bagnole faute de transport efficient.Au delà du décor peu joyeux de la promenade s’ajoute l’odeur, la pollution des voitures et des industries ne génèrent pas l’envie de sortir. L’extérieur agit comme un frein véritable au déplacement doux.

  • Les transports en commun

« L’organisation des transports publics est également un enjeu majeur pour les femmes. Dans de nombreux couples, l’accès à la voiture lorsqu’il n’y en a qu’une n’est pas égalitaire, ce sont majoritairement les hommes qui les achètent et en disposent. « source

« Ici, nous subissons la banlieue parce que nous dépendons des transports en commun, de leurs horaires, de les temps d’attente les week-end, le soir. »

Le métro est arrivé de l’autre côté il a peu quand on y réfléchit. Le cadre, les stations le long des voies, des routes, les temps d’attente et la disparition d’une offre acceptable le soir font partie des éléments épinglés. Les femmes en ont assez de chercher un co-voiturage à chaque fois qu’elles veulent sortir, elles ne peuvent préserver leur indépendance car elles ne sont pas autonomes dans leur déplacement. Elles sont parfois très éloignées ou ont l’impression d’être trop éloignées des arrêts et stations.

Elles ressentent une insécurité réelle le soir dans le métro et la nuit, il n’y a personne dehors, les gens sont chez eux et cette impression très forte se fait sentir assez tôt en saison automnale, de ce fait, sortir oui mais en voiture!

Les vélos en location s’arrêtent le soir à Rouen mais surtout n’existent pas en dehors. De plus, les femmes craignent pour leur sécurité à vélo, pour exemple le BD de l’Europe suffit à refroidir plus d’une tentative.

La frontière entre Rouen et sa proche agglomération est très vivement ressentie comme une injustice de traitement. La banlieue est subie. Le coût des transports est aussi une remarque qui est faite, « c’est cher au vu de la qualité du service. » Les espaces, à l’intérieur du métro, sont petits, peu de places pour s’asseoir, les stations les plus redoutées le soir comme en journée en raison de la typologie de population qu’elles génèrent sont Théâtre des Arts et Saint-Sever. Les usagers des lignes ne sont pas les mêmes, la ligne George Braque est précisée comme « moins bien fréquentée ». La station Jean Jaurès est signalée comme très peu « plaisante ».

En outre, nous savons que les usagers des transports en commun, le soir, sont majoritairement des hommes.

Si le soir, nous sortons en voiture, encore faut-il trouver à se garer, nous subissons une double peine, il y a une vraie pénurie de places rive droite et ensuite, rebelote rive gauche si nous n’avons pas de place attitrée ni de parking privé…

  • La nuit

« La nuit, l’insécurité liée aux transports en commun est encore plus importante. « source

Qui traine dehors le soir ? Pourquoi être dehors le soir est associé à trainer? Les quartiers sont résidentiels assortis souvent de parking privés. Les rues sont éclairées mais pas suffisamment, et puis « personne », pas de commerce, pas de café, pas de présence humaine. Il faut filer, tracer, marcher à vivre allure pour arriver à bon port.

La nuit, les impressions de solitude sont démultipliées par l’absence de bruits, très peu de voitures, pas de transport, le moindre pas est alors perceptible. Si le chemin dépasse le Km, les choses sont en général vécues avec stress. La banlieue c’est s’enfoncer là où il n’y a personne, pas ou peu de lumière et pas une âme qui vive. Les trajets sont à eux -seuls des freins aux déplacements au point d’engendrer un isolement.

Sortir oui mais tout à côté. C’est possible lorsque le quartier le permet, qu’il est assorti de cinéma, de salles de spectacle (concert ou autres), d’endroits pour se restaurer même tard mais quand il s’agit de rentrer là où il n’y a rien, cela devient moins évident, moins naturel de mettre le nez dehors.

Cette situation est vécue comme un empêchement à la vie sociale, à l’épanouissement personnel et aux possibilités de rencontre.

« Vivre en banlieue c’est la garantie de ne pas renouveler ses connaissances, de rester seule face à son isolement. « 

La ville de Nantes s’est penchée sur sa ville la nuit avec la question: quel espace public pour les hommes et les femmes , nous vous invitons à prendre connaissance de ce document: Égalité femmes -hommes, la nuit

La nuit, la ville est faite par et pour les hommes souligne le géographe Yves Raibaud

 

  • Le mobilier urbain

Le mobilier peut en effet faire partie des aménagements à ne pas négliger, c’est en tout cas ce qui ressort de notre 1ère rencontre. Davantage de bancs, des tables, des espaces colorés mais pas spécialement fermés ni spécifiques encore moins dédies car excluants donc sexistes.

La place des femmes questionne aussi le genre ainsi que la place des hommes de manière explicite. Il s’agit de gagner en mobilité, en partage et d’endiguer cette domination, cette sur-représentation. Pour cela, la 1ère remarque qui est faite tient en la nécessité absolue de demander l’avis aux femmes de la rive gauche, de réaliser une enquête, des temps où les femmes pourraient exprimer ce qu’elles veulent.

Vous pouvez découvrir l’interview de Bernard Masson (directeur des aménagements et des grands projets pour la Métropole Rouen Normandie) quant à l’aménagement de l’espace public à Rouen (St Sever est le quartier retenu de la rive gauche): Rouen, l’espace public et les femmes

« Et dans la ville, comment pensez-vous les endroits fréquentés quotidiennement par les habitantes et habitants ?
Par exemple, pour la piétonisation du quartier Saint-Sever, nous réfléchissons notamment aux bancs souvent utilisés par les hommes. Le but est que les femmes se sentent bien dans cet espace et cela passe par de petits aménagements ; deux bancs perpendiculaires pour plus de convivialité et pour discuter, les placer contre un mur pour rendre l’endroit plus rassurant et en disséminer à intervalle régulier pour les personnes âgées qui ont du mal à se déplacer… et qui sont le plus souvent des femmes.  »

Vous êtes stoppés net dans vos réflexions, nous aussi. Les femmes et le quartier St Sever c’est aussi une histoire de ghettoïsation, de place accordée aux diversités et nous ne pensons pas que simples, pardon « petits » aménagements suffiront! Il est impératif de donner la parole aux femmes de ce quartier qui y vivent et qui y travaillent, de co-construire, avec elles, leur quartier, leur rue.

Ou encore celui paru en 2018 du journal L’express sur l’urbanisme anti macho à Rouen

« Forte de ces premiers résultats, l’égalité entre les genres devient à Rouen une préoccupation permanente. « Tous les chefs de projet sont formés et sensibilisés à la question », souligne Alexandre Verbaere, directeur des solidarités à la métropole. Cela se traduit par des modifications en apparence modestes, mais qui, dans les faits, changent tout. »

Permanente ? Quel crédit peut-on accorder à cette remarque ? Vous l’aurez remarquer sûrement, ce sont deux hommes, Bernard Masson et Alexandre Verbaere qui sont respectivement directeurs. Quelle représentativité pour les femmes ? De plus, pour les hauts de Rouen, (quartier prioritaire pour la ville), c’est la ville elle-même qui a lancé cette initiative en 2017, pas de choses identiques rive gauche, quartier St Sever et que font les communes de la rive gauche pour s’emparer du sujet ?

Vous pouvez poursuivre avec la lecture de l’article du journal le Monde paru en Mars de la même année :sur la question des usagers masculins en sur-nombre des ponts à Rouen

Les bancs ? C’est à cela que se résumeraient nos besoins?

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Ce que nous avons, potentiellement, intégré

 » La conscience de ce qui se joue à travers les questions de mobilité est faible de la part des femmes elles-mêmes, estime Claire Gavray*. Cette question est souvent réduite à un sentiment d’insécurité dans la rue alors que les enjeux sont beaucoup plus vastes.

*Propos recueillis lors de la journée « Partager la ville, genre et espace public » organisée le 07 novembre 2016 à l’ULg par le STRIGES (Structure de Recherche Interdisciplinaire sur le Genre, l’Égalité et la Sexualité.

Nous développerons cette approche dans notre article consacré à notre 2ème rencontre.

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Derrière nous, Jardin des Plantes et son mobilier coloré

Quand les séquences ont raison d’un temps d’échange

A l’instar des mariages, pour lesquels nous n’avons pas pris de clichés, laissant les gens aller et venir, devant nous. Ces scènes requerraient une certaine concentration qu’il nous fut difficile à maintenir. Cependant, au sein de ce théâtre de verdure et de vies, nous avons reçu la visite d’un chat et enfin celle d’un paon…La fin de l’échange avait sonné.

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En repartant, il est près de 16H, nous marchons ensemble, et constatons la prédominance du couple en promenade, notamment ceux avec enfants.

 

Isabelle Pompe, le 16 septembre 2019, pour #sitespecific

 

Biodiversité ordinaire

Agir localement, depuis nos balcons, bords de fenêtres, cours extérieures ou encore jardins, permet de lutter contre l’appauvrissement de la biodiversité. Ce type d’actions ne nécessitent pas beaucoup d’efforts et ne coûte pas très cher. Être sensible à son environnement c’est agir pour soi, et puis, la main verte, soyez tranquille, c’est comme tout, ça s’apprend!

Valoriser nos espaces privés commence avec soi et peut se poursuivre en actions et pédagogie pour valoriser nos espaces communs!

Nos rues, quartiers et communes ne valorisent pas encore suffisamment certaines initiatives mais ce n’est pas une raison pour ne pas nous emparer du sujet « biodiversité ordinaire ». La nature est très résistante mais régulièrement appauvrie, elle est en proie à la raréfaction de ses espèces. Elle peut néanmoins parvenir à se « rétablir ».

Il n’y a pas d’espace perdu pour la biodiversité

 

Changer les choses simplement c’est possible

Pour cela, il faut prendre connaissance voire conscience des règles de base, nous pouvons tous intervenir à notre échelle.

  1. La biodiversité n’aime pas l’uniformité
  2. Redonner une place à la nature (créer des habitats pour les espèces)
  3. Comprendre que chaque m² compte
  4. Opter pour un type de fleurs (plantes indigènes pour attirer les abeilles sauvages, les papillons et les insectes et leur fournissent de la nourriture grâce à leurs fleurs. )

« Déserts de béton, corrections de rivières, monocultures: nous, les êtres humains, modifions de plus en plus la nature. Nos interventions conduisent à une uniformisation de l’environnement et à une perte de diversité biologique. »source

Nous devons observer et intérargir

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Petit-Quevilly (rue François Mitterrand)

 

Comprendre que ce type de spectacle ne peut perdurer est essentielle car chaque m² peut être valorisé dans le sens de permettre à la biodiversité d’être accueillie dans toute sa diversité. Au même titre que la réinstallation de fleurs, d’herbes et donc de faune peut nous faire du bien au moral, embellir, apporter du sens à nos petites actions, permettre de sensibiliser le jeune public et surtout mesurer l’importance de notre rôle.

Commençons par nos balcons

Tous les espaces pourraient de venir des ilots de nature…Comme l’extension de nous-même, nos espaces privés peuvent prendre vie et recevoir des micro-écosystèmes quasi autonomes.

« La biodiversité s’installe partout où l’on veut bien l’accueillir, et cela même au cœur des villes. Chaque espace, aussi petit soit-il, peut être un refuge pour la faune et la flore. »source

  •  « C’est agréable de voir les couleurs sur le balcon ainsi que les abeilles, bourdons et les petits oiseaux qui toquent à la fenêtre ». Et c’est tout un cortège d’espèces qu’elle voit défiler sur ses quelques mètres végétalisés, notamment de beaux oiseaux comme la pie, la Mésange bleue ou encore le Verdier d’Europe. Elle a pour projet de semer de nouvelles graines pour attirer les petits insectes sur son balcon. »

Beaucoup d’avantages:

  • grande variété de végétaux disponibles,
  • entretien réduit, pas de travaux difficiles,
  • pratiquement pas de lutte contre les mauvaises herbes,
  • jardinage rapidement gratifiant,
  • coût abordable.

« Sur un balcon, on peut tirer parti du moindre espace disponible pour faire pousser des plantes fleuries, mais aussi des arbustes, des grimpantes ou même des fruits et des légumes. » source

Initiative NOE

Aménager son balcon

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« La biodiversité ordinaire, celle des villes et des jardins, des prairies et des mares et bien entendu, celle des nuits où règnent les deux-tiers des espèces animales, peut être restaurée et préservée au quotidien. »Source

Le guide pour accueillir la biodiversité au balcon permet de tout saisir ou presque sur les enjeux de nos actions en ville!

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Entrer une légende

En une soixantaine de page, on vous explique ce à quoi vous contribuer, des focus sur le lombricomposteur, le paillage…Des fiches techniques, les actions par saisons, les oiseaux, coccinelles, insectes, ce que vous pouvez construire vous-même (de la jardinière à tous types d’abris…)Bonne lecture découverte!! GUIDE-Balcon-web

Les abris selon NOE

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Le projet #sitespecific s’emploie à mener à bien des actions de sensibilisation en faveur de la biodiversité en ville. Ses ateliers, (article consacré à son 1er atelier : Hortus Politicus) ou encore  » La voie du mieux # 1 » vont dans ce sens mais ce n’est pas fini!

Des idées émergent depuis les observations aux actions à mettre en chantier… Bref, un automne 2019 qui s’annonce haut en valorisation de nos espaces privés et publics!

Les initiatives de #sitespecific sont le fruits d’une rencontre avec la nature, actuellement et ce depuis depuis 5 ans, depuis un jardin eurois (3000 m²) aux plantations diversifiées à un balcon quotidien quevillais.

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Un jardin, des jardins, un amour d’autodidacte

Les particularités de l’hiver

 » Privilégier les plantes locales résistantes à l’hiver

« Beaucoup de plantes exotiques attractives et colorées sont proposées dans les jardineries, cependant, les plantes qui s’adaptent le mieux aux conditions que vous lui offrez et résistent donc mieux à l’hiver sont celles qui poussent naturellement près de chez vous. De plus, vous établirez une continuité de paysage avec les espaces naturels environnants. »

Cependant une plante bien protégée (au 1er plan, un Bougainvillier) peut passer l’hiver sans trop de difficulté sur le balcon.

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Balcon en territoire social

Vous pourrez découvrir comment agir pour la biodiversité en hiver, avec quelques conseils ici

Mon balcon peut devenir un refuge LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux)

« Le balcon est le premier espace « d’air libre » au cœur de la ville. Souvent utilisé comme zone de repos en continuité de l’habitation, cet espace est synonyme de convivialité. Avec un peu de bon sens, il est  possible d’accueillir la nature sur un balcon, même en ville : oiseaux, chauves-souris, insectes, plantes… »source

Poursuivons avec les espaces verts de nos immeubles

Améliorer la gestion de nos espaces verts, les embellir, les rendre plus éco responsables, tout cela est possible! Un guide a été conçu par le Groupe de Diffusion d’Informations sur l’Environnement (GDIE) en Juillet 2013 source pour valoriser les pratiques écologiques spécifiques guide GDIE 

 » Vous y découvrirez notamment comment accueillir les oiseaux, changer certaines pratiques de plantation, de tonte ou de désherbage pour favoriser la faune et la flore, éviter les traitements chimiques, installer un composteur collectif, économiser l’eau…

Les actions présentées, en plus de favoriser la biodiversité et de permettre une utilisation des espaces verts respectueuse de l’environnement, sont généralement simples à mettre en œuvre, peu coûteuses, voire génératrices d’économies. Elles participent le plus souvent à l’amélioration du cadre de vie des résidents. »

Bel fin d’été et bon week-end du 15 août! Nous nous retrouvons le 1er septembre avec la question de la place de l’arbre en ville ( Atelier Specific # 2 – FB)

Isabelle Pompe pour #sitespecific le 13 août 2019.

 

 

 

 

 

 

 

#rivegauche expressionniste

#sitespecific sent venir, à grands coups de plan communication, sa saturation imminente pour le très gros évènement de l’année prochaine, à savoir, les festival Normandie Impressionniste. En effet, du 3 au 6 avril 2020, va se dérouler, sous nos yeux « ahuris » un tapis rouge culturel renommé La Normandie et ses focalisations extrêmes

C’est, donc, non sans humour, quoi que, que le projet se propose d’amener une autre matérialité à la mastodonte. Une humilité, des petites formes, des séquences aux scènettes, aux lectures…Bref nous lançons un avis de recherche pour intérêts communs.

Le lancement de son idée est parti le 4 juillet 2019, depuis la page Facebook du @territoiresocial (Site Specific), il se présentait comme suit:

Site specific lance un appel à participations pour son projet  » #rivegauche expressionniste » :
➤ Vous êtes résidents, curieux, amoureux, porteurs de projets, artistes, cultureux de la #rivegauche rouennaise (Rouen & Agglomération).
➤ Vous aimez l’alternative
➤ Vous aimeriez vivre autre chose que le festival Normandie Impressionniste du 3 avril au 6 septembre 2020.
➤ Vous avez conscience que 2020 c‘est demain ou bientôt…
➤ Essayons, ensemble, de penser, concevoir une programmation d’actions sociétales, environnementales, culturelles et artistiques sur cette période.
#rivegauche expressionniste serait cette matière première à partir de laquelle nous pourrions inventer, fabriquer, expérimenter...
Un rendez-vous sera fixé en septembre pour en discuter! Vous pouvez d’ores et déjà nous dire ce que vous en pensez, intérargir…#culture #Rouen #2020 #alternative #expressionnisme

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Septembre, le lancement de l’appel

Ce mois est un mois chargé en RDV, après l’ Atelier specific # 2 du 1er septembre à 11h qui abordait « l’Arbre en ville » à Petit-Quevilly, le 7 septembre au Jardin des Plantes pour questionner « la place dans l’espace public de la femme rive gauche » et le 28 avec le RDV à la Roseraie de Grand-Quevilly…

L’idée avait été d’organiser un RDV chez nos amis Luciens de la Friche éponyme le 14/09 mais nous sommes restés sans confirmation de leur part. Il n’empêche qu’il se peut que vous ayez pu voir passer cette image…

 

1ère affiche avec une date restée en suspens…

Cette initiative c’est aussi une porte qui souhaite s’ouvrir très grande aux artistes, porteurs de projets soucieux des cultures populaires, des diversités, en nombre, en genre!

L’impressionnisme est cette hyper focalisation qui devient à la longue ennuyeuse. Nous avons conscience que, pour des artistes, ce « label » peut être l’occasion d’être programmés, d’être rémunérés dans le cadre de commandes, de créations…Toutefois, tout un pan artistique se trouve avalé, étouffé par ce recentrage, doublement dangereux car cet évènement dure du 3 avril au 6 septembre, soit 5 mois…

Pendant ce temps #rivegauche expressionniste serait cette proposition, cet ailleurs, autrement, une façon de contester cette convergence, cette concentration pour permettre un peu d’air et davantage de pluralisme.

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Affiche actualisée du projet

L’humilité serait au centre de cette ouverture. #rivegauche expressionniste deviendrait un outil pluriel aux capacités démultipliées car le vivier d’artistes qui réside rive gauche est impressionnant, les publics, par leur diversité, le sont tout autant.

Expressionnisme

Ce nom se rapproche des émotions, cette tendance artistique, ce courant, mouvement culturel, nous renvoie à une certaine vision du monde, à notre subjectivité. Il est vivant, se place par rapport au cadre, au formel.

Expressionnisme serait le contraire d’impressionnisme. « Un mouvement inverse, de l’intérieur vers l’extérieur : c’est le sujet qu’imprime sa marque sur l’objet. « Source

La rive gauche ayant été interrogée sur sa capacité à être un objet, un sujet, trouverait, ici, un écho juste, respectueux. Nous vous invitons à lire: Si la rive gauche était une femme

Cette démarche est en résonance avec les valeurs défendues par #sitespecific dont le Slow mouvement fait partie.

Un retour :

  1. à des rapports tranquillisés,
  2. à l’activation de ressources extra-local,
  3. à la valorisation de nos espaces, de nos lieux

De plus, la rive gauche, très longtemps sous estimée et donc réduite à une invisibilité, est sous évaluée également en tant que potentiel attractif. Ce territoire est à la fois producteur, créateur et diffuseur. Sa valorisation passera par un important travail de terrain, de reconnexion, de diffusion d’images en passant par la mise en place ou le relai d’initiatives locales. Cependant, dès aujourd’hui, la rive gauche peut se targuer de devenir une source d’inspiration.

 

L’expérimentation

#rivegauche expressionniste  pourrait apparaître comme une question de bord, de côté. La rive droite serait-elle, de son côté, impressionniste ?  Pas nécessairement car poser la question du bord semble, de prime abord, binaire. Dans le même temps, Normandie Impressionniste s’adresse à qui ? Et l’impressionnisme est valorisé pour quelles raisons ? Relisons Philippe Dagen dans cet article Du journal Le Monde du 1er octobre 2012

N’oublions pas que l’Impressionnisme est la recette miracle pour beaucoup de structures et d’institutions car ce mouvement génère une forte fréquentation. #sitespecific se présente comme un opposant à cette analyse. L’étude d’une programmation culturelle ne peut se réduire à la prise en compte des chiffres. C’est là une erreur préjudiciable que trop de collectivités commettent.

 

L’impressionnisme, cette machine à cash-flow

 

« Limpressionnisme est devenu le plus populaire de tous les épisodes de l’histoire de la peinture. Tant et si bien qu’actuellement, un lieu d’exposition qui veut s’assurer des entrées, donc des recettes, a une solution évidente : une exposition impressionniste. » Philippe Dagen Source

Le populaire ce n’est pas le « comme tout le monde », #sitespecific observe cette massification en détails. De plus, les institutions culturelles ont toujours ce fameux temps de retard, ce pourquoi l’émergence, à Rouen, peine à trouver des circuits de diffusion.

 

Rappelons-nous Duchamp

« En 1977, neuf ans après sa mort, Duchamp était donc encore une nouveauté pour les institutions culturelles françaises – mais pour elles seules. Elles l’ont fétichisé avec une ardeur proportionnelle au dédain dont elles l’avaient accablé et à la mauvaise conscience que ce ratage majeur suscitait. De ce moment jusqu’à une date récente, ces institutions ont eu pour doctrine officielle un « duchampisme » qui était tout à la fois tardif, simpliste et tyrannique.

En son nom, la mort de la peinture a été déclarée, bien que les prises de position de Duchamp à ce sujet aient été infiniment plus nuancées et quelquefois contradictoires. En son nom, à titre posthume, on a exclu, on a interdit, on a ignoré. » Philippe Dagen – extrait de : monographie Robert Combas – Éditions Schnoeck, 2005 Source

———

#rivegauche expressionniste est un concept, qui, par définition, réfute la doctrine de Normandie Impressionniste. Cette idée c’est un contraire en termes de valeur, de moyen, de forme et de volonté. Ce ne sont pas les touristes ni les capitaux extérieurs qui seront les 1ers concernés par #rivegauche expressionniste, ce sont les habitants, les résidents, citoyens d’un territoire local. Cette initiative tient en une volonté militante, encore faut-il fédérer, tenter, risquer et expérimenter…

 

Un peu de passé pour comprendre

« La Première guerre mondiale a soulevé la nécessité impérieuse de conjuguer l’expérimentation dans l’art comme un engagement politique très marqué : l’expressionnisme prend les traits d’une violente dénonciation politique et décide de représenter les vices de la société contemporaine, dénonçant son échec […]. Les principes expressionnistes ont profondément influencé non seulement les arts visuels, mais aussi la danse, la musique (Schönberg), le théâtre (Brecht), le cinéma (Lang), l’architecture (Taut), la sculpture (Barlach) et la littérature (Scheler). » Source

 

Aujourd’hui, les querelles

Entre ancien et moderne, entre impressionnisme et création contemporaine, entre figuratif, réalisme et abstraction, concept….Les querelles d’opposition n’ont cessé et ce sont même radicalisées. Les valeurs de l’ancien monde incarné par les images de la rive droite rouennaise par exemple trouvent grâce sans difficulté. L‘impressionnisme va dans le sens de ces valeurs et de cette esthétisation mais aussi dans le sens de cette vision de la France.

« Nostalgiques du bon vieux temps, ils n’ont jamais accepté le passage d’une France rurale et idyllique à une France moderne et industrielle. » Source

 

La rive gauche, c’est la France moderne et industrielle, c’est celle qu’on refuse.

 

« Ils refusent donc la modernité artistique que représentent les œuvres du XXe siècle. Ils n’aiment ni le cubisme, rupture esthétique qui se fait l’écho du bouleversement de la société, de la guerre et de l’industrialisation, ni le pop art à la Warhol, qui témoigne de l’avènement de la société de consommation. »Source  »

« «Nul», «hermétique», «ennuyeux»… Entre le public et la création contemporaine, le divorce est consommé. Philippe Dagen insiste en évoquant la «haine» que lui vouent les Français. « Le goût hexagonal «privilégie l’impressionnisme, ses précurseurs et ses héritiers», écrit-il. La fréquentation des expositions est révélatrice: nos concitoyens se pressent aux rétrospectives Renoir, Cézanne et autres Van Gogh, mais se défilent dès qu’il s’agit des contemporains. »Source

Ces polémiques vont au-delà de l’art, c’est la culture et la société qui sont, en réalité, concernées. Réinterrogeons notre rapport au goût et composons à partir de cette modernité et cette France industrielle incarnée par la rive gauche.

#sitespecific se tournera vers les lieux, les espaces publics, les acteurs sensibilisés dans le but de valoriser, dynamiser cette rive gauche trop éloignée, jugée et tenue à l’écart.

 

Isabelle Pompe pour #sitespecific le 11 septembre 2019.

 

 

 

 

 

 

Si la rive gauche était une femme

Aujourd’hui, 1er juillet 2019, c’est le lancement d’une 2 ème campagne de sensibilisation , après T’étais où, là ? Rive gauche, voici « Si la rive gauche était une femme » . Les #rivegauche et #sitespecific restent, vous pouvez leur ajouter #femmerivegauche.

La rive gauche nous apparait de plus en plus comme une femme au sens où elle est soumise à des critères esthétiques qui ne lui permettent pas, entre autres, d’être visible. A cela s’ajoute, le fait qu’elle semble, encore, être considérée comme un objet et non comme un sujet à part entière. De par les travaux d’aménagement, le renouvellement urbain et ses aberrations, nous pouvons affirmer que la stratégie de certaines collectivités de cet espace de référence reposent sur des logiques autoritaires où le pouvoir est centralisé. C’est en cela que l’objet est domestiqué.

 

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Rouen Rive Gauche Feat #sitespecific

 

Sous le coup de dominations diverses, la rive gauche semble ne pas être la candidate idéale car elle ne répondrait pas aux canons de la beauté imposés. Cet endroit dispose de formidables propositions, la tour Tougard, par exemple, est une merveille architecturale de 1955. La rive gauche est cette modernité brutaliste et controversée qui montre une autre vision historique de Rouen. Une autre vision de cette ville est possible mais les ressources exceptionnelles qu’elle représente ne sont pas activées.

 

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Tour Tougard Feat #sitespecific

 

Poursuivons avec les stéréotypes attendus. La rive gauche, par son pluralisme, ses paysages et ses visages est la parfaite disruptive. Elle défie tous jugements de valeur, souvenez-vous. Elle est cette femme indépendante.

 

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Rue de Trianon Feat #sitespecific

 

Elle incarne la fin d’un monde car les modèles dominants ne sont pas parvenus à faire d’elle ce qu’ils souhaitaient. Elle est ce refus ostensible et catégorique. Nous pourrions croire qu’elle a plié, qu’elle est « démodée », elle se moque de tout cela, bien trop occupée à briser les préceptes. Elle est cette friche, ne l’oubliez pas. Elle est cette matérialité devenue objet de convoitise, d’études et de projets.

 

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Roseraie de Grand-Quevilly Feat #sitespecific

 

La rive gauche est ce grand territoire aux passés, en partie, ouvriers qui a vu la domination s’exercer sur ses sols. Certes producteurs d’une économie et porteurs d’un développement, aujourd’hui, comme tout revers de médaille, ce passé et ce présent industriels semblent être les oubliés. La mémoire et les récits de vie de ses habitants peinent à franchir les seuils des portes familiales. Nous ne voyons pas, n’entendons pas.  Les visages sont effacés, les souvenirs non commémorés, les liens ne se tissent pas. Les gens vivent sans que leur attachement ne soit respecté, valorisé.

 

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Parc des Chartreux de Petit-Quevilly Feat #sitespecific

 

Cette rive si souvent jugée, ignorée parce qu’elle n’est pas synonyme d’attractivité, ne serait pas en mesure d’attirer. De quel modèle s’agit-il ? De quelle perception du territoire ? De quelles images ? De celles dont il faudrait qu’elle s’émancipe pour parvenir à être, à exister pleinement sans que ses populations ne soient réduites à de simples usagers, sans que ses paysages ne soient stigmatisés, sans que ses résidents ne soient ignorés.

 

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Jardin des Plantes de Rouen Rive Gauche Feat #sitespecific

 

Ces images proposent un regard miroir entre la rive gauche et la place de la femme dans les mondes de la culture et de l’art. Elles ont pour volonté de sensibiliser aux questions de la représentation. Ce que dit ce territoire « invisible » trouve un écho puissant avec ce que dit ce rapport, datant de 2018, sur les inégalités du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes 

Toutes ces conceptions ont été réalisées à partir des photographies d’ IPL.

Isabelle Pompe pour #sitespecific

 

T’étais où, là ? Rive gauche

C’est avec une très grande impatience que j’attends de voir le nouveau travail en termes de marketing territorial de la nouvelle recrue et de son équipe de Rouen Normandie Tourisme & Congrès, à savoir Delphine Crocq Passée par Le Louvre et Orsay

Vous me savez lasse de constater que les images qui font office de relai pour notre communication extérieure sont en panne. Comptez le nombre de fois où il est question de l’autre, de celle « d’en face », qui se trouve, par ailleurs, toujours au Sud.

Dans le même temps, lorsque je découvre la 1ère page du site Rouen Normandy Invest*,

  • *(L’agence de développement économique Rouen Normandy Invest propose accompagnement et expertise à toute entreprise souhaitant s’implanter à Rouen ou dans sa région. Parallèlement, l’agence anime une démarche de marketing territorial et coordonne les actions de promotion du territoire et d’accueil des nouveaux arrivants.) Source

 

Screenshot_2019-05-19 Rouen Normandy Invest.png

je me trouve face à 5 arguments de vente de la marque, avec ses chiffres et ses logos! Pour ma part, j’aurais joué la carte des chiffres par ordre croissant voire décroissant. C’est, cependant, intéressant de mesurer qu’une différence symbolique est prononcée, comme la création de deux pôles, entre les habitants et les étudiants, au milieu on met l’emploi et les établissements (quoi ? qui? C’est à vous de trouver). Vous voyez mieux, ce qui intéresse l’agence en charge de la promotion de nos coins de vie ? C’est sa proximité avec Paris, on mise sur les extérieurs. En fait, c’est un rebus, qui est à 1h de Paris, comptabilise au bas mot 800 000…Ah, ok !

Vous l’aurez intégré, ici, vous êtes avec des agents de la promotion, de la réputation, en phase avec la stratégie de la Métropole Rouen Normandie en termes d’attractivité, de tourisme et donc d’une certaine définition du territoire…

Question campagne avec des chiffres qui concerne les métropoles et La politique économique, sociétale et environnementale du « tout voiture« , bien connue par ici, je comprends davantage celle-ci:

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Je me suis, alors, dit, la rive gauche peut user et abuser autant qu’elle le souhaite de ses trésors pour marquer la dignité de son intérêt. Mais souvenez-vous, elle est absente des radars touristiques. La faute à qui ? Au repli ?

Je pencherai plutôt pour une adhésion à un cahier des tendances un peu vieillot au sein duquel elle est trop « hors-sujet ». Le patrimoine oui d’accord mais lequel ? L’histoire oui mais laquelle également ? Les gens? Non, je ne crois pas, les gens, on les choisis pas trop ou alors les visages créatifs, les talents, les « exceptionnels ».

Vous notez, tout à coup, tout est une question de niveau, de rank, de level, de top 5 donc on use toujours des mêmes rues, des mêmes centres d’intérêts, avec des logiques institutionnelles, culturelles, politiques, artistiques d’entre-soi caractéristiques de ceux qui sont dans le rôle des définisseurs de ce qui est « bon, beau, activable, vendable, montrable ».

Là, en tant que zone d’ombre, nous avons un rôle essentiel de quasi contre-pied. Si vous suivez bien le projet, j’ai avancé que la rive gauche serait une fenêtre sur un monde inversé dans Fenêtres sur rues

Trois options nous tendent les bras:

  1. On ne fait rien
  2. On fait comme eux (on propose des images touristiques)
  3. On fait autrement (on reprécise la notion de patrimoine)

Précédemment, j’avais déjà réfléchi à quelques idées pour cette traversée de la Seine avec Messages ‘ Specific, et si, aujourd’hui, nous nous mettions à montrer le paysage naturel, au sens vert, de la rive gauche ?

Oui, la rive gauche est belle et verte. Le Jardin des Plantes c’est facile, vous pouvez le dire donc on verra. Essayons avec d’autres endroits afin de mettre à la vue qu’étant donné qu’on la connait mal, on situe mal ces propositions.

« T’étais où là ?  A Nantes ? Nan, j’étais #rivegauche »

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Grand-Quevilly, Roseraie, IPL, Mai 2019

 

Et puis, pourquoi pas poursuivre avec la Roseraie et reprendre cette idée de club des métropoles les plus cotées (attractives) ou des régions un peu chic…(une dose d’ironie plane). Il faut tout de même essayer de trouver une cohérence disons végétale avec la destination demandée…

 

« T’étais où là ? En Bourgogne ? Nan, j’étais #rivegauche »

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Grand-Quevilly, Roseraie, IPL, Mai 2019

 

Le marketing territorial use et abuse de story telling et de notion comme l’attachement au territoire. Rive gauche, nous aimerions bien démontrer notre attachement à hauteur d’homme sans en rajouter, sans « faire croire » et passer à côté de nous. C’est souvent ce qui arrive lorsque les territoires sont préférés aux gens et que ce ne sont pas les habitants qui en parlent mais la vue du haut, la vue de ceux qui décident de ce qui a de la valeur ou n’en a pas.

Attention tourisme en vue, il se peut même que le #rivegauche nous soit emprunté qui sait…L’humilité de ce lieu de résidence se passe complètement d’histoires truquées sur un passé arrangé, maquillé pour l’occasion. Il sait et ne peut mentir, oui, il est encore abîmé par un passif industriel, éreinté par une image qui lui colle à la peau, un peu prolo et matinée d’une vie de quartier un peu morne. Rouen rive gauche et la banlieue de cette même rive ont en commun de revenir de très loin, d’avoir grandi sous des dominations, sous des regards, des humiliations mais peu importe.

Elle est grande cette rive et sait ce que s’émanciper veut dire, elle sait refuser et rejeter cette uniformisation qui lui est balancée à ces mille visages. Parce qu’elle en a mille.

Cet espace questionne la mémoire et met une raclée parfois à la notion de goût et de beau mais nos espaces verts sont « beaux », nos « grandes architectures », notre « passé « glorieux », ça c’est exportable de l’autre côté.

Bref, vous avez saisi, l’attachement à un territoire ce n’est pas uniquement cela, il y a donc du travail!

J’imagine que vous avez saisi l’amusement qui était le mien, mais ça change ma façon de traduire ce que je vois en me mettant dans la peau d’un vendeur immobilier, je me dis, ça pourrait nous arriver.

 

« T’étais où là ? Au ski ? Nan, j’étais #rivegauche « 

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Square Marcel Paul, Petit-Quevilly, IPL, 2019

 

(En raison de l’effet neige produit par les pâquerettes laissées enfin tranquille!)

Et puis je suis partie ailleurs, revenue à moi. Je vous vois circonspect. Ne l’oublions pas j’ai travaillé sur la rue et sa valorisation en termes de patrimoine mémoriel, la rive gauche, pour moi, c’est bleu.

 

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Trois couleurs: Bleu, IPL, 2019

 

Elle peut parfois passée pour ennuyeuse, elle est hors-mode, hors-tradition, hors-champ et c’est ce qui la rend, lorsqu’elle n’est pas ravagée par des constructions cubiques mortifères et des aménagements creux, increvable. Elle est underground, elle est punk, elle possède sa propre conception de tout. Je vous le prouve avec une image interdite.

 

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Rivages, IPL, 2018

 

On espère qu’elle survivra et qu’elle saura se défaire de ces arguments de vente qu’on lui envoie, qu’elle gardera son esprit paradoxale, inoubliable, de rive, encore un peu sauvage parce qu’elle est pourrait être une héroïne de roman policier, parce qu’elle serait un morceau de musique aux multiples sources d’inspiration, entre le folklore, le rock, le rap et le bruitisme. Elle, c’est haro sur le classicisme, haut les diversités!

Ne laissons pas ce Sud être privé de paroles car la rive gauche n’est pas hors-jeu!

« Dans l’horreur que suscite, chez certains, la sociologie entre pour beaucoup le fait qu’elle interroge le premier (ou le dernier) venu au lieu de donner la parole seulement aux porte-parole autorisés » La distinction, Pierre Bourdieu.

 

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Le grand nulle part, IPL, 2019

 

Bon voyage,

La Prochaine campagne vient de sortir: Si la rive gauche était une femme

Isabelle Pompe pour #sitespecific, Mai 2019, mis à jour le 1er juillet 2019.