Les parages du pôle

Interprétation du patrimoine/matrimoine

#sitespecific est bel et bien terminé dans sa forme actuelle. Résultant de multiples réflexions, interrogations et perceptions depuis ce territoire local qu’est la rive gauche rouennaise, il aura, cependant, permis de faire éclore une autre forme avec d’autres idées. En effet, une association est en train de voir le jour: « Les parages du pôle ».

⇢ Il sera question d’interprétation du patrimoine/ matrimoine du fait de l’acceptation de leur valeur et de la considération de ces derniers comme des ressources invisibilisées, indicibles voire colonisées mais valorisables dans l’intérêt des territoires. S’assurer, par cette interprétation, qu’une égalité réelle entre cultures, imaginaires, savoirs, tout simplement, entre êtres humains soit respectée.

Le projet se fonde sur une égalité de valorisation afin de ne pas réinstaurer un certain ordre culturel, de ne pas reproduire un construit social trilatéral où l’égalité serait, sous conditions, proportionnelle.

Les patrimoines/Matrimoines questionnés se trouveront, majoritairement, en périphérie des pôles, interrogeant ainsi la visibilité de ce qui se trouve en dehors des centres. Les communes relevant des métropoles, les banlieues, les zones rurales sont concernées. Pour permettre aux regards de se déplacer sans avoir à se tourner vers une direction unilatérale,  il est vital de redonner de la visibilité à ce qui est, a été, de mettre à disposition des savoirs, des cultures et imaginaires sans participer à une hiérarchie tripartite.

Le consentement quant à la domination des savoirs, des cultures c’est l’antithèse des « Parages du pôle ». Le projet vise, également, à réinterroger l’acceptation de la hiérarchisation des territoires à l’aune des notions de visibilité et d’intérêt de leur patrimoine/matrimoine respectif et commun.

Périmètres exploratoires  

  1. Travailler à partir de ces zones, espaces et autres découpes de territoires évoluant en dehors de la centralité. L’idée étant de sonder ces strates territoriales et leurs legs (patrimoine, matrimoine) afin de mesurer si les conditions sont créées pour qu’ils puissent exister, puissent être restitués, rendus à la vue.

Les parages, pensés comme des restituteurs, des passeurs d’indicibles dominés par le pôle.

  1. Qu’est-ce que cela signifie d’être, d’évoluer dans les parages, de relever du  voisinage de ce qui focalise l’attention ? Quelles conséquences et quels choix sont faits ?
  2. Quelle part de patrimoine et de matrimoine est, de ce fait, invisibilisée, floutée, inaudible ?
  3. Le pôle, est-il alors mutualisateur, une locomotive ou un  phagocyte ?
  4. Et si le pôle, par sa place, ses rôles et missions, ne permettait pas l’égalité ?

L’égalité depuis la mise à disposition des cultures, savoirs et imaginaires jusqu’à l’égalité en termes d’ accessibilité serait cet objectif commun.

  1. Le matrimoine questionne la valeur qu’on lui attribue au legs des femmes.
  2. Le patrimoine est à comprendre comme un pôle, une concentration d’efforts, de ressources et le matrimoine, encore aux bords, évalueraient, sans s’épanouir, dans les alentours.
  3. Le matrimoine cristallise cette vision enfouie, indicible de la domination, de la colonisation.
  4. Par sa valorisation, nous participons à la reconnaissance de celle-ci, à une égalité réelle et non supposée voire rêvée ainsi qu’a la mise en accès de modèles, de figures, de connaissances vitales pour l’émancipation féminine tout en étant partie prenante d’une politique qui respecte la parité.

Des actions, prestations, analyses, enquêtes pourront être menées, des groupes de travail exploratoires, ateliers et toutes formes de mises à disposition pourront être proposées sur des thématiques diversifiées.

Avec la même idée de transformation: sociétale et environnementale vont de pair.

Constats

▪ Aujourd’hui, des espaces dans le périmètre des pôles subissent encore un déficit de transmission de leurs histoires. Ces présences disponibles font l’objet d’une visible amnésie. C’est un pan du patrimoine/ matrimoine culturel, par exemple, qui est absent, introuvable, qui passe inaperçu.

▴D’une part, au regard de la perception des habitants, de l’histoire collective locale, de l’attachement, d’un patrimoine/matrimoine mémoriel tu, un devoir de mémoire devrait s’engager.

▴D’autre part, la mise en réserve voire l’abandon de certains sites physiques distillent une hiérarchie des priorités, une extinction des mémoires, une disparition d’un inventaire,

▹Effacer, reconstruire, raser, se débarrasser déclenche un gaspillage pluriel. Faire avec l’existant est une voie prioritaire. Valoriser ne signifie pas mettre en beauté, c’est surtout donner la parole, permettre un travail d’archives, d’identification de traces, de passages, de rassembler des informations afin de parler et de faire parler les lieux .

En outre, la destruction d’espaces de vies suscite beaucoup d’émotions. L’absence de relai, de médiation, d’espace d’échange, de partage de souvenir accroissent considérablement le sentiment de déconsidération des habitants, c’est le cas lorsque des immeubles d’habitation sont démolis, des usines sont fermées, par exemple.

La perception des espaces est un travail essentiel à mener auprès mais surtout avec les populations.

⇢ Depuis l’éloge des paysages, en passant par l’usuel, par ailleurs, singulier, un grand nombre d’endroits, de lieux, de sites sont placés en retrait, en seconde ligne, associés à des éléments mineurs de nos histoires collectives. Rarement, ils font l’objet de recueil, de créations de contenu, d’images, d’archives. C’est le cas pour les ouvrages consacrés au passé ouvrier, aux usines parfois présentes de manière très dense sur un territoire et seules sources d’emploi pour des générations. Explicitement, ces sites parlent, racontent, émeuvent aussi.

Ces récits sont des micro-récits dont la transmission pourrait, au moins, être faite, seul possible pour être reprise.

Ce n’est pourtant pas un défaut d’acuité qui manque à ces espaces, ces quartiers, rues, mais la mise en réseau de standards toujours plus efficaces en termes d’exclusion supprime, de l’inventaire, ces réserves historiques, intimes, humaines.

Work in progress

Dans la rue, le passé est également omniprésent, pas un passif muséal ni un patrimoine, matrimoine nécessairement matériel, il est parole, regard, présence artistique, historique, sociologique. C’est aussi le champ de l’immatériel qu’il convient de remettre en jeu. Si nous comprenons l’importance de la réinterrogation de nos cultures, un work in progress peut alors s’engager.

  • Par exemple, Marcel Duchamp à Rouen, a fait l’objet, en 2018 (Duchamp dans sa ville) d’une année consacrée. Cette idée a été portée par une toute petite équipe puis soutenue par des collectivités, écoles, structures, artistes, acteurs locaux dans le désir de pouvoir en parler. Ceci a démontré comment, en effet, une présence pouvait-être minorée, sciemment omise, une place à laquelle on ne croit pas. Les expériences, retours, résultats de cette année duchampienne se sont montrés plus que satisfaisants.
  • Toutefois, travailler tel un laboratoire, en testeur/Expérimentateur afin d’inventer, créer des passerelles, connexions  peut démultiplier le nombre d’interlocuteurs, d’intérêts, d’où la nécessité de coordonnateur, de facilitateur à même de sortir du cloisonnement disciplinaire pour faire entrer dans le bal, l’émergence.

Les parages du pôle pourrait être ce médiateur, cet agent de liaison.

➵ Un territoire qui se tourne, de façon unilatérale, vers ces points de mire touristique sans activer ses ressources dormantes se fragilise, s’affaiblit telle une terre qui ne diversifie pas.

Logo panneau rond vert parages du pole

logo « les parages du pôle », IPL, juillet 2020

« Les parages du pôle »  abordera certains des facteurs aggravants en termes notamment de politique de valorisation notamment à l’aune de la lutte contre la lacune, l’oubli de ce qui permettrait, j’en suis convaincue, d’être une courroie de transmission entre des habitants, des publics diversifiés.

Diversification 

Comment, alors que l’on ignore sciemment ces gravures ouvertes, peut-on espérer élargir, diversifier les publics de ces patrimoines/ matrimoines ? Comment pouvons-nous parler d’accessibilité alors que des choix stratégiques sont faits au nom de l’image, du nom, du renom, avec tous les phénomènes de redites et d’exclusions qui vont avec ?

╍Les droits culturels révoquent certaines politiques de l’accès, il est, par ailleurs, impératif d’interroger les choix, les axes en incluant, dans la prise de décision, les habitants- citoyens qui sont également des experts, des militants, des curieux…

◤A ce jour, les territoires, analysés par l’association, ne sont pas encore définis en raison d’ un déménagement prochain. Néanmoins, à ce jour, le chantier de celle-ci plante son décor à partir de ces questionnements territoriaux, locaux sur la notion de valeur, de centralité afin d’inviter à reconsidérer la légitimité et la question de sa représentation. Quel réalisme, quelle perspective, un diorama, un trompe l’œil ? Comment restituer un « sujet » avec la plus grande vérité et égalité possibles

▔Qui bénéficie, qui est sous estimé, pourquoi l’acratopège, le sans qualités particulières, le vernaculaire peine à être inséré au cœur des programmations… Qui les enferme dans ce désintérêt mais surtout ce jugement, les exclut alors qu’ils sont, aussi, preuve de notre partage commun du sensible, éléments de notre interdépendance et fruit de nos histoires ?

▔Comment penser des actions de réflexion sur cette notion de ressource partagée, comment inclure pour tenter d’inverser ces postures/idées reçues d’espace illégitime, de relégation, de périphérie parce que, par systématisme, le majeur s’opposerait au mineur ?

D’ailleurs, l’absence de fierté, le complexe d’infériorité, l’humilité que peut donner à comprendre, à voir, à entendre un territoire est une source d’empêchement à son éveil, à son émancipation. Ne pas créer les conditions de cette prise de conscience est un  gaspillage de ressources voire de domination de celles-ci.

. J’entends régulièrement, l’expression « Fonctionner en réseau« ,  ceci requiert des lieux, acteurs, territoires avec une volonté de sortir de l’entre-soi, de s’affranchir, sans hiérarchie appuyée, et non d’avoir une locomotive et ses suiveurs, ou encore une concurrence accrue entre organisations en quête de visibilité.

Sortir de cette idée de locale, régionale, nationale, de cette hiérarchie urbaine de commune, métropole, quitter les logiques de pivot, de ligne directrice…Un territoire possède ses propres ressources, il est, en ce sens, unique. Enfin, donner du pouvoir aux mêmes ne permet pas de créer, entre autres, les conditions pour accueillir la diversité ni pour faire « apparaitre »une distinction.

▪Toujours se tourner vers la création de conditions, être plus inclusif… Se poser en observateur, acteur pour proposer des alternatives à l’hyperfocalisation culturelle, à la méconnaissance des ressources activables d’un territoire, aux définitions de « qualité » et d' »intérêt », avancer dans une logique contributive aux intérêts des populations- habitants, au développement durable

Vous avez, peut-être, déjà pu lire, au fil des articles de #sitespecific, comment, sur cette rive gauche rouennaise, des choses ont été tentées, testées, reçues, alors, vous imaginez, qui sait, comment cette histoire va, je l’espère, se poursuivre.

⌑Pour l’instant, pas de création d’espace numérique dédié, après, tout peut arriver… Merci de m’avoir suivi jusqu’ici.

Bien à vous,

Isabelle Pompe, dans les parages, dernière mise à jour, le 28 octobre 2020.

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La région Normandie, quand l’ascendance culturelle donne un monologue patrimonial

Ici, se donne à lire, des éléments ayant trait au patrimoine. En effet, la région Normandie s’exprime en faveur de ce dernier. Mais c’est quoi le patrimoine? Pouvons-nous dire qu’il existe une multitude de patrimoines ? Ce patrimoine est-il choisi, peut-on alors parler d’une autre forme? Le patrimoine est -il en proie à des logiques dominatrices ?  Souriez, vous êtes filmés…

L’approche qui va suivre s’est construite à partir de Territoire créatif, pour une politique de la culture et du patrimoine en Normandie

Nous nous arrêterons sur quelques détails pour développer cette tentative de raisonnement. Le patrimoine dont il est question se doit d’être « délimité » selon le code du patrimoine et non en référence à un mot trop usité au point de perdre de vue le pluralisme et les diversités qu’il définit. Vous pouvez aussi consulter l’article La perception du territoire

 

Le patrimoine

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Apparaît un premier problème: les définitions sont nombreuses pour le mot « patrimoine ». En fait, il est à comprendre selon un code français.

Le code dans sa version consolidée du 25 mars 2019

Le code du patrimoine est un code français regroupant des dispositions de droit français concernant le patrimoine et certains services culturels. Les pouvoirs publics ont choisi de restreindre ce code au droit du patrimoine, plutôt que de créer un code de la culture, dans la mesure où le droit du patrimoine s’est considérablement enrichi et complexifié en quelques années. Il s’agit d’une codification à droit constant, c’est-à-dire que ce code est formé à partir de textes déjà existants : il ne s’agit donc que d’une classification.

Le code du patrimoine est divisé en sept livres thématiques (livres II à VI) et transversaux (livres I et VII) :

Dans quelle catégorie est inscrit le patrimoine immatériel? Et qu’en est-il de la mémoire ?

Selon la région, il s’agit, ici, du patrimoine culturel

C’est donc de ce dernier dont il est question au regard d’une préservation et valorisation. Le patrimoine culturel se définit comme l’ensemble des biens, matériels ou immatériels, ayant une importance artistique et/ou historique certaine, et qui appartiennent soit à une entité privée (personne, entreprise, association, etc.), soit à une entité publique (commune, département, région, pays, etc.) ; cet ensemble de biens culturels est généralement préservé, restauré, sauvegardé et montré au public, soit de façon exceptionnelle (comme les Journées européennes du patrimoine qui ont lieu un week-end au mois de septembre), soit de façon régulière (château, musée, église, etc.), gratuitement ou au contraire moyennant un droit d’entrée et de visite payant.

  • Le patrimoine dit « matériel » est surtout constitué des paysages construits, de l’architecture et de l’urbanisme, des sites archéologiques et géologiques, de certains aménagements de l’espace agricole ou forestier, d’objets d’art et mobilier, du patrimoine industriel (outils, instruments, machines, bâti, etc.).
  • Le patrimoine immatériel peut revêtir différentes formes : chants, coutumes, danses, traditions gastronomiques, jeux, mythes, contes et légendes, petits métiers, témoignages, captation de techniques et de savoir-faire, documents écrits et d’archives (dont audiovisuelles), etc.

Le patrimoine fait appel à l’idée d’un héritage légué par les générations qui nous ont précédés, et que nous devons transmettre intact ou augmenté aux générations futures, ainsi qu’à la nécessité de constituer un patrimoine pour demain. On dépasse donc largement la simple propriété personnelle (droit d’user « et d’abuser » selon le droit romain). Il relève du bien public et du bien commun.

Qui fait autorité sur ce qui relève du bien public et du bien commun?

C’est quoi préserver et valoriser ?

Le Larousse dit :

  • Protéger quelqu’un, quelque chose, le mettre à l’abri d’un mal éventuel : Ce manteau vous préservera du froid.
  • Empêcher l’altération, la perte de quelque chose : La loi préserve les intérêts des propriétaires.

Et c’est là encore que surgit une vulgarisation problématique. la patrimoine culturel ne se protège pas mais se conserve au sens de maintenir, garder quelque chose dans un certain état, ne pas perdre, ne pas se dessaisir, prendre soin.

Valoriser ?

  • Donner, faire prendre de la valeur à quelque chose : Une nouvelle gare valorise les terrains avoisinants.
  • Donner une importance accrue à quelque chose, le mettre en valeur : Son succès l’a valorisé aux yeux de ses amis.Définition Larousse

Vous l’aurez peut-être un peu compris, conserver quoi et valoriser pour qui ?

La région précise de quoi il s’agit assez tôt. Le patrimoine sera matériel au regard de ses lieux. La cible ? Les touristes pour l’attractivité et l’image. La fierté locale, vecteur de singularité et de distinction ? Pour marquer un passage. De ce fait, nous pouvons regretter que ce patrimoine ainsi tronqué soit la stratégie d’hyper focalisation de la politique régionale en termes de valorisation.

ça fait combien 1 euro par habitants ?

La Normandie réunifiée compte 3 328 364 habitants, et se situe au 9e rang des 13 nouvelles Régions métropolitaines.Source Donc, cela fait environ 3 millions d’euros. Et si l’argent ce n’était pas le moyen le plus parlant pour sensibiliser la population? Et si au lieu de cette démarche, on impliquait les gens de manière novatrice ?

  •  La Région Bretagne innove à nouveau avec son inventaire du patrimoine : mise à disposition de tous de son extraordinaire photothèque et lancement d’un nouvel appel à projets incitant les Bretons à enrichir et valoriser de leurs photos ces fonds iconographiques. Cette démarche collaborative, initiée en Bretagne, suscite un vif intérêt de la part des autres régions de France.Source

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Nous pouvons, là encore, déplorer que ces lieux soient dotés d’une sur-enchère afin d’être redynamisés. En pratiquant un postulat de départ qui affirme que ces lieux ne se suffisent pas à eux-mêmes, c’est d’emblée reconnaître que nous ne sommes pas « en confiance » avec ce patrimoine. Et quelle manière de les faire découvrir? Par l’art contemporain. L’art divise c’est indéniable mais l’art contemporain, même s’il attire un public plus jeune, n’est pas tout à fait intégré comme une source pacificatrice entre « publics » et « art ». Loin de faire liaison, il est régulièrement connoté, associé à un marché en proie à la déraison des prix et des cotes. L’institutionnalisation avance à grand pas notamment avec le street art et invite régulièrement à se positionner: « pour » ou « contre ». L’art contemporain « est-il » un pouvoir politique ? Par ce choix, la Région s’exprime en hiérarchisant les disciplines. « Art contemporain » n’est pas « création contemporaine » dans sa capacité à intégrer tous les champs disciplinaires, à décloisonner. « Art contemporain », dans l’inconscient collectif, ce sont les arts dits « plastiques ».

En quoi l’art contemporain ne relève pas du patrimoine ?

Il appartient au patrimoine matériel en tant qu’objets d’arts et au patrimoine immatériel en tant que « concept » et/ou « performance ». La région Normandie fait, en réalité, correspondre le patrimoine avec lui-même.

En quoi, peut-il redynamiser les lieux patrimoniaux ?   

Parce qu’il est jeunesse?  Pourtant contemporain ne signifie pas contemporanéité. Parce qu’il est plus avant-gardiste?  Quels critères et quelles valeurs sont convoqués ici ? Une opposition? L’idée frontale du vieux et du jeune ? Faire se rencontrer l’ancien et le moderne? En quoi cela valorise quoi que ce soit ? Un marketing est à l’œuvre, vous l’aurez saisi, mais quelle est son efficacité ? N’est-ce pas une tentative relevant « du vu et revu » ?

Réfléchissons un instant: le dialogue est recherché mais si le seul critère retenu c’est la notion temporelle, nous sommes face à une énième vulgarisation qui donne comme coup de pub/coup de projecteur du bruit pour peut-être pas grand chose… Après, travailler sous la contrainte est un axe de travail souvent recherché par les auteurs/artistes. Et si ces échanges avaient de l’allure, alors pourquoi pas ?

Rural Vs art contemporain

Comment sera reçu cette approche au regard des spécificités du monde choisi pour intervenir? Le rural recevra une leçon moderne. Un regard extérieur porté sur son patrimoine…Attention, les yeux, ici, l’assimilation est en chemin. Le monde rural, souvent critiqué, déprécié, se voit être adoubé d’un intérêt régional. Selon une stratégie communicationnelle, le dit -territoire est assiégè. Construire avec la population, si cela est produit ainsi, pourquoi pas. Mais s’il s’agit de prouver que ce qui les « définit » est ainsi mieux loti – valorisé- ainsi alors gare à la résistance aux changements et aux critiques. Si, un seul instant, on cessait toute activité sur fonds de condescendance…De même avec ce système d’opposition hiérarchique forcément entre vieux monde et nouveau monde….Cette valorisation pourrait être perçue comme un déguisement d’intérêt pire, un affront.

La région affiche une posture politique erronée

La région Normandie, via sa politique culturelle, souhaite se montrer davantage « pour tous », c’est-à-dire ne pas exclure, ne pas niveler. Toutefois, elle va commettre une erreur dans la définition qu’elle va donner aux droits culturels. Elle va confondre la « démocratisation de l’accès à la culture » et la « démocratie culturelle »!

Rappel historique et définition

« Depuis la création du Ministère de la Culture à la fin des années 1950, la politique culturelle française -initiée par André Malraux– a été fondée sur trois piliers : soutenir la création, préserver le patrimoine, démocratiser la culture. La finalité de ce dernier volet était simple : donner à tou.te.s un accès à la culture –et plus tardivement à son sens, à son esthétique, à son histoire–, en mettant l’accent sur la valeur civilisatrice et éducative des arts. Mais cet axe induisait également, dans sa conception, la définition et la mise en application d’une politique publique par un seul type d’acteur – la puissance publique – suivant une logique verticale descendante ainsi qu’un choix a priori des œuvres culturelles qu’il fallait connaître et aimer.

Le mérite de cette politique est d’avoir posé les fondations d’un grand programme d’action publique, d’y avoir insufflé une forte ambition de progrès social pour notre pays et d’avoir permis une vraie dynamique de création artistique. Cependant, force est de constater que cette politique a produit des résultats mitigés en matière d’accès de tous à la culture.Au fil des décennies, cette vision et cette méthode ont été remises en question. Idéologiquement, la critique de la « démocratisation culturelle » a porté sur son parti pris élitiste d’homogénéisation « du haut vers le bas » et sur la minoration voire la négation d’une culture plurielle. (Source)

D’un certain point de vue, la politique de la région Normandie peut se retrouver dans cette dernière définition en appliquant -certes d’une façon contradictoire- la logique verticale descendante. En effet, c’est la région- espace de référence puissant- qui porte un intérêt sur des espaces de références soumis: le monde rural, et c’est l’art contemporain qui se penche sur des lieux de patrimoine pour les valoriser. Sauf que, dans cette grande confusion, la région va nous proposer un regard et une considération disons « incompatibles ».

Démocratisation culturelle Vs Démocratie culturelle

Vous l’aurez retenu, la démocratisation de l’accès à la culture c’était avant. Mais voici ce que la région souhaite appliquer comme principe///

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  •    Elle souhaitait évoquer la démocratie culturelle et non la « démocratisation culturelle » (qui en soit n’existe pas mais est le fruit de la contraction de termes qui jusque là s’opposent farouchement), c’est-à-dire la prise en compte d’un bouleversement sociétal pluriel car:

« D’autres évolutions d’ordre politique, sociétal, économique et technologique sont venues s’ajouter avec le temps : le pouvoir, les connaissances et l’influence ont été disséminés entre des acteurs multiples et hétérogènes (la société civile a pris une place inédite, la mondialisation s’est accélérée, l’État s’est décentralisé) ; incorporée dans la consommation de masse, la culture est devenue un bien marchand ; la capacité d’action et le budget de l’État alloué à la culture se sont amoindris alors que, dans le même temps, le concours financier des collectivités territoriales s’est accru et que de nouvelles sources de financement (mécénat, sponsoring, financement participatif) ont émergé ; les structures culturelles publiques se sont parfois « rigidifiées » ; les pratiques culturelles et les publics se sont diversifiés et enrichis ; la participation du public à la création et à la diffusion des œuvres s’est démultipliée avec l’avènement du numérique ; les droits culturels ont été reconnus au plan international ; enfin, la démocratie participative a connu un regain d’intérêt avec l’apparition de structures de co-construction politique. »Source

Poursuivons notre consultation de document avec la suite de la phrase:

 

« C’est tenir compte des publics traditionnellement éloignés (que ce soient pour des raisons...

 

Déjà, comment peut-on oser dire publics traditionnellement…D’accord, nous sommes en train de lire un document sur le patrimoine mais « tradition« …Et puis, indiquer qu’en plus de l’être de manière « traditionnelle »

  • 28 synonymes

    accoutumé, bien-pensant, classique, consacré, conventionnel, coutumier, de convention, fondé, habituel, héréditaire, hiératique, intouchable, invétéré, légendaire, normal, officiel, ordinaire, orthodoxe, patriarcal, proverbial, rituel, routinier, sacramentel, sacro-saint, transmis, typique, usité, usuel

    1 antonyme

    moderne

MERCI à Crisco Uni Caen

La région mélange toutes les raisons et les installe sur un pied d’égalité…Donc que vous soyez « éloignés » de façon héréditaire, sociale ou parce que vous souffrez d’un handicap ou êtes malade, c’est la même chose « traditionnellement »…

Êtes-vous d’accord avec cela ?

J’espère que vous pouvez montrer et/ou avez pu signifier à la région Normandie que le déterminisme ne faisait pas sa loi dans votre vie même si on jette sur vous un discrédit disons habituel…

Déterminisme ?

  • Théorie philosophique selon laquelle les phénomènes naturels et les faits humains sont causés par leurs antécédents.
  • Enchaînement de cause à effet entre deux ou plusieurs phénomènes.

Poursuivons, viennent ensuite les publics dits « empêchés » et leur capacité à recevoir…Une autre belle leçon de ce qui est « à assimiler » comme « la culture qui se pratique et se vit en général »….Comment faire creuset commun en respectant le pluralisme et les diversités relatives au droits culturels et prononcer le mot « général » ?

Est-ce à entendre au sens de collectif, de partagé, de générique, d’habituel ? Mais qu’en est-il du local, du particulier, du singulier, de l’émergent ? 

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Les droits culturels ne sont pas un champ nouveau, ils furent évoqués dès les années 1970 avec l’idée de pluralisme culturel. Le colloque d’Arc -et- Senan marque, à ce titre, un tournant.

Nous sommes en 2019, ce programme de projet culturel de la région Normandie (2017- 21) nous souligne que cette notion de droits culturels est récente et c’est encore là que nous mesurons la notion de temporalité étonnante entre une perception politique et un fait sociétal politique également: 40 ans.

Puis, ce projet conditionne tout cela « à l’évaluation » alors qu’un peu de benchmarking aurait suffi. Si cela fait 40 ans que cette situation a été identifiée, d’autres régions ou espaces de référence ont du déjà expérimenter la chose. A quand une politique qui repose sur l’échange de bonnes pratiques ?

Enfin, l’éducation se fait priorité notamment au regard du décrochage scolaire. J’avais déjà abordé cette situation notamment en Seine Maritime et son taux de diplômés de enseignement supérieur en dessus du seuil national dans Perception du territoire

  • Au niveau national, nous pouvons remarquer que pour les 25/49 ans, la part globale du supérieur (court + long) correspond à 40, 3 % et que la part qui correspond à l’ensemble (de 25 à 65 ans et plus) est de 25, 9 %. La part de ceux qui ne possèdent pas de diplôme, brevet, CAP/BEP et Bac est de 64,7%.

La part des titulaires (dans l’ensemble) d’un diplôme de l’enseignement supérieur âgé de 15 ans et plus est de 23% sans distinction (court ou long). Celle des « sans diplôme, CAP/BEP et titulaire du BAC » est de 77%.( Chiffre Insee)

Il serait temps donc….Mais ce n’est pas de cela dont il s’agit, non, dans le projet de la région, ce sont des conditions de rencontre entre œuvre et « publics éloignés » soit parce qu’ils habitent en zone rural soit parce qu’ils sont éloignés -comme nous l’avons déjà dit- de l’offre….

Retenez que les conditions de votre éloignement sont:

La zone géographique d’habitation mais pas la banlieue ni la ZUS (zone urbaine sensible) encore moins le quartier prioritaire, non la ruralité c’est mieux parce que selon la région c’est pire comme éloignement…Ensuite, votre santé, votre handicap, votre argent (votre pauvreté quoi que ce ne soit pas précisé- comme si être précaire c’était pareil qu’être sans emploi et pareil que relever des classes populaires ou classes moyennes…Énorme erreur que de placer les habitants sous cette lumière cela revient à contraindre l’exploration « sociale » aux seules conditions de revenues.

Donc dans le panier de l’éloignement, c’est le tri qui est à questionner et à rejeter de manière catégorique….J’espère que des directeurs de structures- d’organisation et autres porteurs de projet ont conspué cet affront! Et surtout, ces fameux publics!

Pour finir, l’obsession de l’institutionnel avec la culture des labels.

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La carte de la région (recentrée sur Rouen en ce qui nous concerne) laisse planer quelques doutes et, dans le même temps, confirme une volonté politique de placement de labels. Rouen en rouge et deux autres communes rive gauche en écho! Sotteville et St Étienne!

Sotteville c’est le FRAC Rouen Normandie, L’Atelier 231 et le Trianon Transatlantique, St Étienne c’est le Rive Gauche. Il y a toutefois une petite précision, d’une part la culture et son offre ne commencent ni ne s’arrêtent aux labels afin de prouver exigence et dynamisme cependant cette volonté est gage d’attractivité… Ces labels – ces titres homologués- sont utiles car ils font parler de « nous ». Nous qui ? Et qu’engendrent les labels ? Une guerre de subvention entre structures et surtout une hiérarchisation. Comment fonctionner comme des parties prenantes alors que la région désigne, non sans fierté, ses structures porteuses? Comment mesurer la singularité culturelle d’un territoire et avec quels outils d’évaluation? Comparer qui à qui ? En quoi un label prône la décloisonnement disciplinaire cher à la démocratie culturelle ?

D’autre part, à quels publics s’adressent ces labels ? Pensez-vous que le CDN Normandie Rouen installé au Petit-Quevilly touche la population extra locale de son territoire d’inscription ? Et d’où proviennent les publics de l’Atelier 231 et du Frac Normandie Rouen? De Rouen bien sûr et très souvent, de Rouen rive droite.

Une affaire à suivre….

Isabelle Pompe, 5 mai 2019