Atelier « l’Arbre en ville »

Le dimanche 1er septembre 2019 s’est déroulé notre deuxième atelier ‘Specific consacré à la place de l’arbre en ville.Évènement FB

Arbre en ville 1 septembre

Un RDV fixé et lancé depuis la page Facebook de Site Specific dès la fin juin. Cette rencontre étape en deux volets se voulait être une porte ouverte sur une réflexion collective quant à la considération du végétal par nos collectivités, la prise en compte de sa nécessité et les suggestions proposées par nous à partir de la place octroyée à l’arbre et autres végétaux au sein d’une commune spécifique de la rive gauche, à savoir Petit-Quevilly.

Un point de RDV symbolique de la commune

La station de métro au même titre que l’avenue Jean Jaurès sont des lieux très identifiés par les quevillais. L’horizontalité de l’avenue est gage de toutes les interprétations et cristallise de très nombreux reproches. On l’accuse de scinder la ville en bandes, cas de figure aggravé avec l’arrivée du métro, de n’être qu’un axe de circulation sans charme. Elle est associée à une image terne voire laide devenue monochrome depuis l’abattage des arbres survenu cet été.

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Un des arbres coupés sur l’avenue Jean Jaurès, Petit-Quevilly (juin 2019)

Par ailleurs, la volonté du projet #sitespecific tient en la mise en accès, de ses propositions d’échanges, la plus simple et la plus proche pour les habitants qui soit, ce pourquoi cet atelier avait pour point de départ, une station de notre métro quotidienne de la ligne Georges Braque, Jean Jaurès.

De plus, nous avons étudié, précédemment, nos transports en commun à l’aune de la notion de mobilité inclusive, vous pouvez consulter cette recherche, de manière synthétique, depuis cet article La sociologie de nos transports en commun

La parcours de cet atelier a été pensé en deux temps physiques: le temps 1 commence en partant de cet arrêt de métro, enchaîne avec son environnement direct puis se dirige vers le square Marcel Paul. Faire ensuite une pause, prévue, à l’origine, pour présenter la démarche d’une des porteuse de projets des jardins partagés de Petit-Quevilly et aussi pour offrir des graines de plantes et autres boutures. Le temps 2 correspond au trajet depuis le square, en passant par la Chapelle St Julien, vers le Parc des Chartreux.

  • La représentante du projet de jardin partagé ne s’est pas présentée. Au téléphone, nous avons échangé et compris que le projet était dans l’attente d’un RDV avec la mairie mais qu’un terrain avait été trouvé, restait à voir les conditions d’une convention et la pérennité du projet encore au stade interrogatif.

TEMPS 1

  1.  Questionner ces récents abatages, les arbres et leurs pieds situés devant et tout à côté du bâtiment de la Foudre (Seine Innopolis)
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Point de départ de l’atelier ‘Specific # 2 – Crédits photo Cécile Lenormant

En faisant état photographiquement de cette situation, nous percevons quelques modifications. Nous prenons la pleine mesure du ressenti de la disparition de ces arbres lorsque des personnes utilisent les mots « dégoût », « peine », « incompréhension » et « colère » pour en parler.

 

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Photo prise en juin 2019

En faisant le tour de ce petit espace du quartier, nous observons les travaux devant le bâtiment Seine Innopolis.

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Photo prise ce 1er septembre 2019

Sans savoir ni avoir d’explications à lire, nous pouvons noter des écarts quant à ces deux séquences photographiques que deux mois séparent.

Nous nous engageons sur le côté, des bancs et des pieds d’arbre non fleuris ou enherbés finalisent le décor. Nous pouvons déplorer le peu de poubelles également et l’absence de vie de la place telle qu’elle est depuis longtemps déjà. Ces aménagements récents et ceux en cours, nous l’espérons vivement, tiendront compte de la nécessité d’une centralité qui fait tant défaut à cette commune!

Nous nous plaisons à imaginer des tables et autres espaces colorés pour se restaurer, prendre l’air, se poser, une petite fontaine et de quoi accueillir la biodiversité ordinaire.

Rappelons-nous que Petit-Quevilly, certes, il y a très longtemps, pouvait s’enorgueillir d’une très grande mare.

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Petit-Quevilly, sa mare et son église St Pierre

Nous poursuivons notre rêverie diurne, en envisageant pourquoi pas, la gestion de cette presque petite place confiée aux citoyens nombreux à vouloir s’engager les mains dans la terre!

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Pieds d’arbre avenue Jean Jaurès, Petit-Quevilly

Le mobilier urbain (côté gauche) non propice à une envie réelle de se poser du fait de son manque de confort apporte sa touche de froid à l’ambiance. En outre, en nous penchant sur cet aménagement, nous questionnons également le genre dans l’espace public, nous savons que cette avenue connait une sur-représentation masculine, comparable pourquoi pas à la rue St Sever quoi que…Nous nous demandons, à ce titre, pourquoi la commune n’organise -t’elle pas une réunion dédiée aux femmes et à leurs attentes au regard de cet espace public ? Comment créer les conditions d’une appropriation féminine est une question indispensable pour la rive gauche!

Ici, tout est minéral, peu de vert, beaucoup de pierres en revanche! Une impression de force, de virilité due, en partie, à l’absence de couleurs, de fleurs, et de dossiers, tout simplement, pour ces bancs! Attention, également, à l’ilot de chaleur urbain! Pour rappel, nous vous convions à lire notre article Territoire extra-local & Environnement

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Le mobilier urbain de Seine Innopolis, Avenue Jean Jaurès, Petit-Quevilly

Nous prenons la direction, de la bibliothèque François Truffaut, en faisant attention à cette vue d’ensemble de l’avenue Jean Jaurès depuis ses travaux, ses démolitions et ses abattages qui engendrent lumière, poussières et gênes…

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Les arbres reprennent des couleurs! avenue Jean Jaurès, Petit-Quevilly

En nous approchant de ces pieds d’arbre, nous relevons la présence de bouteilles en plastique, canettes, et beaucoup de mégots trainent…Une marche nettoyage est prévue pour ce quartier courant novembre! Pour autant, nous sommes quelques unes à nous être munies de gants afin de ramasser, du mieux que nous le pouvons, ces détritus laissés là, dans l’attente, fort longue, qu’ils se désagrègent.

Petit point pour ces éléments qui jalonnent nos rues, parcs et jardins: la temporalité n’est pas du tout la même.

Screenshot_2019-08-09 Temps de dégradation des produits courants

Alors, nous voilà, plongées, dans la rue François Mitterrand, nous longeons ces espaces vides, très peu exploités comme celui qui se plante devant la bibliothèque et le théâtre de la Foudre (CDN Normandie Rouen). A l’instar de place des Emmurés (Rouen St Sever), nous nous demandons pourquoi ces espaces publics ne sont pas davantage valorisés, animés, occupés par pourquoi pas une terrasse, du mobilier éphémère, un food truck ? Cette partie serait idéale pour réfléchir à une co-construction en termes de programmation culturelle, entre les deux structures. Elle pourrait, en effet, créer un pont pour les publics. Cette petite place est idéale pour y installer un ilot de convivialité!

Nous montons, le long de ces jardinets et maisonnées charmantes et au milieu de cette mixité sociale qui se fait face mais est-elle réussie ? Comment les habitants des immeubles et ceux des maisons se perçoivent-ils? Est-ce qu’ils se parlent alors même qu’ils se croisent ? Un petit focus sur cette rue a été fait lors des articles La voie du mieux # 1 et La voie du mieux # 2

Le square Marcel Paul

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Le square et ses quelques rares fleurs, Petit-Quevilly

Ce jardin est régulièrement pris d’assaut par les enfants car s’y trouvent des jeux, des personnes viennent s’y asseoir, manger, discuter mais l’absence, encore une fois de tables ne leur permet pas de venir se restaurer ou jouer à des jeux de sociétés par exemple. Il est impératif pour un territoire local, à l’échelle d’un quartier mais aussi d’une commune, de comprendre que les conditions de confort sont essentielles, que les lieux doivent être pluriels et permissifs! A noter que les poubelles, sur cette partie de la commune, ne proposent pas le tri, comme nous l’avions déjà évoqué, elles sont certes belles mais…

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Assortie mais hors sujet, poubelle du square Marcel Paul, Petit-Quevilly

C’est alors que munies de nos gants, nous partons à l’assaut de bouteilles en plastique, canettes, boite de tabac en métal, emballages…Nous sommes venues avec notre sécateur pour montrer que les gestes de soin ne sont pas accomplis sur ce jardin. Les petits carrés sont en souffrance par manque d’eau et de taille des fleurs séchées. Nous les coupons et les laissons au sol afin de laisser la nature faire sa suite. En ville, la nature a besoin de nous, de nos gestes, elles ne peut se suffire à elle-même dans des espaces aussi restreints que ces bacs. Nous indiquons que ces plantes sont, pour la plupart, toutes porteuses de graines que nous pourrons très prochainement ramasser.

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Couper, tailler, prendre soin d’une façon citoyenne

Nous croisons sur notre route, une dame, habitante de la commune qui s’avèrera être une source historique inépuisable! Elle était occupée à cueillir des noisettes.

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Les habitants et leur attachement à la commune de Petit-Quevilly

Nous poursuivons nos explications, explorations et autres remarques quant aux espèces que nous avons sous les yeux. La végétation parfois explose, sature et envahit voire étouffe les quelques rosiers.

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Les bacs du Square Marcel Paul

Nous indiquons également que ce square pourrait parfaitement accueillir une fête des voisins ou une animation tant l’espace est découpé en axes de circulation cohérents: une artère principale et des allées parallèles, tout cela loin de la route, des voitures et donc du danger et du bruit!

Les fruitiers sont à la peine, nous remarquons même que des branches ont été cassées, rongées, sans doute par un animal domestique tel un chien…

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Les fruitiers du square Marcel Paul, Petit-Quevilly

Nous sommes venues avec nos provisions de boutures telles que le Chèvrefeuille, un régal pour les oiseaux, nous les distribuons, au même titre que nos graines de Nigelle, SouciLa nigelle // Souci: une fleur généreuse

Screenshot_2019-09-08 10 plantes pour régaler les oiseaux.png10 plantes pour les oiseaux

 

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Les graines dans leur boite Specific ‘

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Boutures et Ancolie

Une chose nous arrête dans nos réflexions, et nous sommes partagées dans nos ressentis et interprétations. Depuis la question esthétique, pourquoi pas ? Cet arbre est en effet sculpté en siège mais symboliquement, cela nous renvoie à une image de domination de nos ressources naturelles qui trouve un écho terrible dans ces rapports souvent trop utilitaires, par conséquent, réducteurs.

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Qui sculpte quoi ? Qui ? En quoi l’arbre serait un siège ?

C’est la tête dans les arbres et leurs bienfaits que nous continuons notre petit périple de ce dimanche matin sous un soleil agréable et une luminosité tamisée.

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L’arbre en ville, un acteur majeur

TEMPS 2

Nous parvenons à rejoindre la Chapelle St Julien, en faisant encore les mêmes constats, beaucoup d’espaces pas suffisamment fleuris ou enherbés ne permettent pas à la commune d’être une hôtesse d’accueil irréprochable pour la biodiversité ordinaire. Nous savons que, paradoxalement, elle fleurit abondamment des espaces disons visibles  stratégiques mais qu’elle délaisse pas seulement des petits recoins mais des rues résidentielles. Lors de cette traversée des rues, nous déplorons le nombre de poubelles qui explosent en dehors des bacs dédiés, la récurrence de l’absence de tri, l’odeur qui s’en dégage, ce qui ne vient en aucun cas valoriser ces territoires sociaux. Nous savons que les poubelles enterrées ne sont pas une solution si leur rôle est de diminuer le nombre de passages du ramassage. Nous avions déjà pu remarquer que le nombre de bacs était rarement suffisant au regard du nombre d’habitants concernés à la différence hallucinante du nombre de bacs alloué à Seine Innopolis par exemple. Les rues sociales ne sont pas des poubelles, les espaces de partages publics comme les trottoirs, les menus coin de verdure n’ont pas à être des ramassis d’ordures en tout genre encore moins des cendriers à ciel ouvert!

Parc des Chartreux

Avant même de pénétrer au Parc des Chartreux, nous poursuivons nos actions de sensibilisation quant à la flore généreuse présente sur ce quartier. Notre échange interpelle les quelques usagers/habitués du Parc.

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Des graines en nombre offertes par la flore présente, Petit-Quevilly

Les seules fleurs que nous croiserons sont celles-ci. Sachant que la fleur apporte sa touche de féminité, de poésie au lieu, aux espaces…

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Des fleurs très présentes sur la commune, depuis la rue Albert Einstein jusqu’ici!

Le Parc des Chartreux est d’emblée une masse assez dense et verte, étonnamment visitée, ce dimanche, par quatre joggeuses. Pas de fleurs à l’intérieur, pas de table, des bancs le long de l’allée principale et un parcours.

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Parcours dans sa phase finale

Nous réalisons que les bancs sont scellés sur des dalles de béton. Pour ce qui est de l’allée principale, nous remarquons que si nous suivons les endroits sans herbe, nous nous rendons directement à l’extérieur (là, où se trouve une piste et un terrain habité, ce jour, par une population masculine). Nous tournons afin de rester au sein du parc et regrettons que les espaces soient séparés par du grillage, ce qui ne facilite pas une circulation plus libre des publics et qui ghettoïsent les pratiquent au point que celles-ci soient, en ce jour de dimanche, totalement genrées!

Lors de cette excursion, nous ramassons quelques papiers plastiques et emballages, notons que l’éclairage laisse clairement à désirer et que la nature, sans soin ni taille, s’est emparée d’une bonne partie des allées au point que celles-ci soient impraticables!

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L’éclairage perdu du Parc des Chartreux

Ce à quoi, nous ne pouvons nous empêcher de penser c’est qu’en est-il le soir ? Et à l’arrivée de l’hiver pour ces joggeuses ça donne quoi ? Est-ce sécure comme espace ?

Et de cette végétation… Certes, il subsiste des bienfaits pour le sol à laisser les troncs par terre toutefois, les allées réduites, les espaces ainsi non entretenus désignent étonnamment les traces d’un passé où existaient des emplacements pour accueillir des cartels, plaques, indications, informations…

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Végétation & laisser-aller

Nous nous demandons si également dans cette forêt en ville, est-il prudent d’y venir avec ses enfants ou ses animaux ? En effet les herbes folles et hautes font régner l’opacité. Ce qui se dégage de cet espace déshumanisé laisse circonspect. Nous pensons à la maladie de Lyme, par exemple, transmise par la tique. Il faut savoir qu’en France, la majorité des contaminations survient d’avril à septembre.

  • La bactérie responsable est un spirochète, c’est-à-dire une bactérie de forme hélicoïdale, qui répond au doux nom de Borrelia burgdorferi.Les activités conduisant à des contacts avec les tiques représentent le principal facteur de risque de survenue de la maladie : travaux agricoles, promenades en forêt.

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Nous sommes assez surprises de l’état dans lequel se trouve ce parc au demeurant charmant qui donne une impression très nette d’avoir été abandonné par la ville. Nous avions abordé cette notion de ressenti quant à la gestion des espaces dans Hortus Politicus

Avec ce défaut d’informations quant à une volonté réelle de la commune de « laisser aller la végétation à son niveau le plus sauvage », nous ne savons pas si nous sommes face à un désengagement financier faute de jardinier ou face à une autre posture politique. Une politique environnementale repose sur une politique communicationnelle efficiente. Nous avons tous besoin d’informations et de pédagogie pour comprendre. De ce fait, vous mesurer l’intérêt qui était le nôtre de tester ce parc avec nos participantes et d’y tenir un RDV sur la thématique de la place de la femme dans l’espace public rive gauche (le 19/10 à 14h- Évènement FB)

Puis, non loin de la fin de cet atelier, nous nous approchons d’une scénette mémorable parce qu’interpellante.

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Morts d’avoir trop combattu , Parc des Chartreux

Trois versions de l’arbre mort ou presque, se donnent en spectacle, trois morceaux de bravoure se résument en un tronc, une branche et une espèce en piètre état de brunissement…

C’est là, que nous nous penchons pour ramasser des orties, à nos pieds, vives et dans l’ attente…

  • Les vertus de l’ortie sont nombreuses : elle est un très bon diurétique, elle agit contre les douleurs de l’arthrite et des rhumatismes et soulage en cas d’inflammation bénigne de la prostate. Source
  • L’ortie et ses bienfaits
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Séquence Orties

Nous repartons, il est 13H, soit deux heures de bonne humeur, de constats, actions et préconisations qui ne nous laissent pas sans idées et espoirs. Les logiques environnementales trouvent facilement un écho dans le verdissement de nos rues, quartiers, dans nos envies de toucher, de soigner une flore et végétation dont nous ne pouvons nous passer.

Nous vous disons à bientôt pour un autre RDV sur la thématique faune et flore. Avant cela, afin de revenir sur le manifeste de #sitespecific, le prochain article sera dédié à notre dernière action du 7 septembre au Jardin des Plantes de Rouen, à savoir notre 1ère rencontre ‘Specific sur les femmes et la rive gauche!

Toutes les questions sont imbriquées les unes aux autres, qu’elles soient environnementales ou sociétales car ces changements et améliorations vont de pair. Et oui, nous sommes interdépendants depuis nos espaces de partages jusqu’à nos petits quotidiens!

Crédits photos : Cécile Lenormant, IPL.

Isabelle Pompe pour #sitespecific

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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S’émanciper de son invisibilité

#sitespecific est encore, à ce jour, porté par une femme. Ses propositions de rencontre précisent une féminisation de ses publics. En effet, lors du dernier évènement, à savoir le Rallye’ Specific’ #1, certains éléments, notamment statistiques, sont venus corréler ces impressions.

Petit retour en arrière quant à la fréquentation au regard des cibles touchées par la Terrasse’ Specific # 2 sachant toutefois que cette manifestation était co-organisée avec La Friche Lucien. Nous pouvons néanmoins constater que les femmes sont les premières à interagir.

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Pour la Terrasse ‘Specific # 1, le public qui fit le déplacement fut féminin à 100%, pour la 2ème, le public fut composé de femme à hauteur de 80%. Les publics étaient tous rouennais. De ce fait la « rive gauche  » n’était pas représentée à sa juste valeur territoriale. Vous pouvez consulter l’article consacré aux retours de Terrasse’ Specific # 2

Puis, avec le rallye, certes nous avons du essuyer une météo peu encourageante du fait des 35° exceptionnels venus s’abattre sur Rouen, mais le public touché comme celui qui fit le déplacement restait féminin.

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Nous pouvons observer que la tranche d’âge est sensiblement différente pour les deux évènements, passant respectivement de 18-24 ans à 25-34 ans.

La photographie est-elle une pratique qui attire des publics plus âgés ? Ou était-ce le titre: « Un rallye-photo pour émanciper la rive gauche » ? Ou encore la localisation, Rouen rive gauche et son architecture ? Pas suffisamment joueuse, divertissante, disruptive pour séduire un public plus jeune ? Toujours est-il qu’il serait peut-être bon de se demander pourquoi les hommes ne sont pas sensibles à ces temps d’échange.

Nous pouvons tout d’abord nous enquérir de ce qu’il en est de la place des femmes dans la culture, en tant qu’artiste/Auteure/Porteuse de projet/Directrice de structure…

 

En photographie

 

Les pratiques culturelles des français ont été enquêtées par le DEPS (Le Département des études de la prospective et des statistiques) du Ministère de la Culture et par notamment  Olivier Donnat. Nous vous recommandons de prendre connaissance de la Synthèse de celle menée en 2008 qui concernait les pratiques culturelles et le numérique et de l’analyse de l’évolution pour la période 1973- 2008 Dynamiques générationnelles et pesanteurs sociales

Ceci nous a premièrement amené à réfléchir aux pratiques amateurs, en effet, le rallye se destine à cette typologie de publics, dans le sens où aucune expertise, savoir-faire ni matériels n’étaient exigés. De plus, aujourd’hui la photographie est fortement marquée par le numérique, à partir de l’objet lui-même, sa production et sa diffusion.

La photographie arrive en tête des pratiques amateurs. 70% des personnes enquêtées ont fait des photos en 2008 avec, pour 60% d’entre elles, des appareils photos numériques. Imaginons aujourd’hui…Les publics sont donc importants, ce qui nous amène à désigner cette pratique comme étant populaire.

« Le digital a cassé les barrières à l’entrée du monde de la photo de qualité. En se rapprochant des standards professionnels, les appareils grand public ou les smartphones soulagent le photographe de nombreux problèmes techniques. Chacun peut devenir photographe !  » selon Bjoern Hirschbe ( marketing IBM) Source

  • Le matériel et les réseaux sociaux ont changé la donne

« Avec le développement d’Internet et des réseaux sociaux, qui sont des univers très visuels, le nombre de photos en circulation n’a cessé d’augmenter. Aujourd’hui, le meilleur appareil est celui que l’on a sur soi, souvent son Smartphone qui possède un software photographique supérieur à la qualité de l’objectif. Si le matériel est trop lourd, il reste souvent à la maison… « Bjoern Hirschbe ( marketing IBM) Source

  • La féminisation
  • Changement ou permanence dans les pratiques culturelles ?

Malgré ce constat, les éléments produits par le DEPS permettent de mettre en évidence que c’est bien la « continuité qui l’emporte sur le changement« . Si vous n’êtes que peu sensibles à la photographie comme « forme d’expression » et comme pratique, peut-être cela signifie que vous ne vous sentirez donc pas concernés par des propositions émanant de ce medium.

  • Individualisme contemporain

Le rallye est la constitution d’un groupe élaboré à partir de personnes qui se connaissent, ou peu voire pas.

Situer pour permettre une analyse qui tient compte des paramètres territoriaux, tant par l’inégalité de représentation que par celle de l’offre, est effectivement une précision à prendre en compte. La rive gauche rouennaise incarne ce constat. De plus, l’offre culturelle est-elle en connexion avec sa population extra locale que cela soit dans la diversification de ses publics ou encore dans le déplacement de ces derniers ? Comment construit-on une programmation cultuelle sur un territoire social ? Ces questions, le projet #sitespecific se les ai posées.

La photographie est un axe premier afin d’apposer les images de cette rive comme des éléments singuliers: la rive gauche en tant qu’espace de référence existe, en voici la preuve. Ce territoire possède des visages que vous ne lui connaissez pas.

 

La rive gauche se doit de s’ émanciper de son invisibilité.  

 

Une rive est un nom féminin. S’émanciper c’est aussi une façon de ne plus être absente, de sortir des canons de la beauté imposés par la rive droite. Une manière de signifier les différences comme autant de sources dignes, de se libérer d’une soumission, d’un regard qui pourraient préfigurer celui des hommes. Oui, les femmes sont stéréotypées, soumises à des normes de beauté au même titre que le sont nos rives.

  • Arrêtons-nous un instant sur cette notion d’image afin de poursuivre cette réflexion miroir. Faisons un bref aller et retour vers les femmes et cette question de la représentation (image) dans l’audiovisuel français:

 

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Capture d’écran Source

 

Pensez-vous concrètement que ces représentations soient respectueuses des diversités ? La réponse est non.Voyez-vous, dans cette analyse, un point commun entre les femmes et les deux rives qui nous occupent ?

Les populations de la rive gauche sont l’opposé de ce modèle d’images dans le sens où la rive gauche est un territoire pluriel, diversifié, pauvre en majorité. La couleur de peau, la jeunesse, la minceur et la blondeur ne sont pas sans rappeler les marqueurs sociaux proches des caractéristiques dits « bourgeois » et/Ou « dominants » qui seraient davantage présents rive droite et qui surtout symbolisent une définition sectaire, raciste de ce qui doit être beau, vu et donc, de ce qui doit être rendu visible. Vous ne voyez toujours pas de lien entre nos deux rives ? La belle et la…

Les femmes et leur enfermement dans des rôles sociaux limités pourraient être comparées à ce que subit la rive gauche en termes de considération à savoir le fait d’être davantage un objet qu’un sujet. Les deux rives ne reçoivent pas les mêmes égards, les mêmes traitements. Ces rapprochements nous ont convié à nous demander si la banalisation de la violence faite aux femmes ne pouvaient pas trouver un écho dans la banalisation de la violence faite aux territoires sociaux en particulier.

Les principes d’exclusion à caractère sociaux, ethniques pourraient être abordés, lors de notre rencontre prévue en septembre/octobre de cette année, sous cet angle: Et si la rive gauche était une femme? 

Alors voilà, comment et à partir de quoi s’est ancré ce medium photographique: pour parer à ce délire d’images proposées en masse par les photographes locaux et autres institutions. Des photographies non soucieuses de respecter les diversités d’un territoire au point de les annuler, de les laisser chavirer dans une invisibilité opaque. Contrer cette suprématie via les espaces numériques et, ce, grâce au digital pour innover, par l’image, et ne jamais cesser de penser « en regard », voici les postulats du projet #sitespecific.

  • Le rallye en tant que forme

Se divertir, se promener, découvrir, discuter, s’autoriser un temps, véritable ballade urbaine, un rallye -photo c’est aussi l’occasion de reprendre le temps de regarder.

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Les silhouettes rive gauche, par Cécile Lenormant

 

Les participantes, qui ont bravé la canicule, se sont prêtées au jeu de la redécouverte architecturale de cette rive. Elles connaissaient, par ailleurs, ce territoire mais pas ces propositions de cadres, de bâtiments. Le rallye se déroulait comme un circuit qui, en raison des conditions météo, a été réadapté. Le sujet ? L’architecture du XX et XXI ème siècle, le titre ? Un rallye-photo pour émanciper la rive gauche.

 

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Dans ton dos, Tour Tougard, Joëlle Petit

 

L’architecture pouvait être comprise comme paysages architecturaux, scènes, le visage comme paysage, les gens comme structures architecturales…Comment photographier un building ? Comment montrer les jeux d’échelle, comment jouer avec la lumière, comment restituer, donner la parole, créer les conditions du passage du visible à l’invisible ?

 

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Remettre les pendules à l’heure, Tour Tougard, IPL

 

La tour Tougard faisait partie du circuit, 1ère dame de béton visitée, elle n’en demeure pas moins incontournable à Rouen. Fruit d’une architecture moderne, voire brutaliste, elle est le 1er Gratte ciel rouennais. Érigée en 1955 elle est une des « filles » de l’architecte Tougard. Plusieurs vies lui ont été consacrées, tour de la sécurité sociale puis tour des l’école des Douanes, elle accueille aujourd’hui une résidence étudiants.

Rendre visible est-ce rendre grâce ?  Et cette architecture en question sur quel territoire s’inscrit-elle ?  Comment apporter de la féminité à cette architecture à dominance phallique ? Qu’es-ce que la verticalité, l’horizontalité ?

 

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S’émanciper c’est décadrer, par Cécile Lenormant

 

Apporter à cette émancipation, une réflexion sur la notion de personnage, de place, est apparue importante. N’oublions pas que le territoire d’inscription de cette architecture avant d’être administratif est surtout social. Beaucoup de pauvreté, de bâtiments n’offrant pas les qualités qu’exigeraient une certaine dignité.

 

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Cadre social visité, Cécile Lenormant

 

A suivre, un article consacré aux images produites ainsi qu’aux explications et autres tentatives photographiques de ce rallye ‘Specific dans son 1er tome!

Isabelle Pompe pour #sitespecific