#rivegauche expressionniste

#sitespecific sent venir, à grands coups de plan communication, sa saturation imminente pour le très gros évènement de l’année prochaine, à savoir, les festival Normandie Impressionniste. En effet, du 3 au 6 avril 2020, va se dérouler, sous nos yeux « ahuris » un tapis rouge culturel renommé La Normandie et ses focalisations extrêmes

C’est, donc, non sans humour, quoi que, que le projet se propose d’amener une autre matérialité à la mastodonte. Une humilité, des petites formes, des séquences aux scènettes, aux lectures…Bref nous lançons un avis de recherche pour intérêts communs.

Le lancement de son idée est parti le 4 juillet 2019, depuis la page Facebook du @territoiresocial (Site Specific), il se présentait comme suit:

Site specific lance un appel à participations pour son projet  » #rivegauche expressionniste » :
➤ Vous êtes résidents, curieux, amoureux, porteurs de projets, artistes, cultureux de la #rivegauche rouennaise (Rouen & Agglomération).
➤ Vous aimez l’alternative
➤ Vous aimeriez vivre autre chose que le festival Normandie Impressionniste du 3 avril au 6 septembre 2020.
➤ Vous avez conscience que 2020 c‘est demain ou bientôt…
➤ Essayons, ensemble, de penser, concevoir une programmation d’actions sociétales, environnementales, culturelles et artistiques sur cette période.
#rivegauche expressionniste serait cette matière première à partir de laquelle nous pourrions inventer, fabriquer, expérimenter...
Un rendez-vous sera fixé en septembre pour en discuter! Vous pouvez d’ores et déjà nous dire ce que vous en pensez, intérargir…#culture #Rouen #2020 #alternative #expressionnisme

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Septembre, le lancement de l’appel

Ce mois est un mois chargé en RDV, après l’ Atelier specific # 2 du 1er septembre à 11h qui abordait « l’Arbre en ville » à Petit-Quevilly, le 7 septembre au Jardin des Plantes pour questionner « la place dans l’espace public de la femme rive gauche » et le 28 avec le RDV à la Roseraie de Grand-Quevilly…

L’idée avait été d’organiser un RDV chez nos amis Luciens de la Friche éponyme le 14/09 mais nous sommes restés sans confirmation de leur part. Il n’empêche qu’il se peut que vous ayez pu voir passer cette image…

 

1ère affiche avec une date restée en suspens…

Cette initiative c’est aussi une porte qui souhaite s’ouvrir très grande aux artistes, porteurs de projets soucieux des cultures populaires, des diversités, en nombre, en genre!

L’impressionnisme est cette hyper focalisation qui devient à la longue ennuyeuse. Nous avons conscience que, pour des artistes, ce « label » peut être l’occasion d’être programmés, d’être rémunérés dans le cadre de commandes, de créations…Toutefois, tout un pan artistique se trouve avalé, étouffé par ce recentrage, doublement dangereux car cet évènement dure du 3 avril au 6 septembre, soit 5 mois…

Pendant ce temps #rivegauche expressionniste serait cette proposition, cet ailleurs, autrement, une façon de contester cette convergence, cette concentration pour permettre un peu d’air et davantage de pluralisme.

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Affiche actualisée du projet

L’humilité serait au centre de cette ouverture. #rivegauche expressionniste deviendrait un outil pluriel aux capacités démultipliées car le vivier d’artistes qui réside rive gauche est impressionnant, les publics, par leur diversité, le sont tout autant.

Expressionnisme

Ce nom se rapproche des émotions, cette tendance artistique, ce courant, mouvement culturel, nous renvoie à une certaine vision du monde, à notre subjectivité. Il est vivant, se place par rapport au cadre, au formel.

Expressionnisme serait le contraire d’impressionnisme. « Un mouvement inverse, de l’intérieur vers l’extérieur : c’est le sujet qu’imprime sa marque sur l’objet. « Source

La rive gauche ayant été interrogée sur sa capacité à être un objet, un sujet, trouverait, ici, un écho juste, respectueux. Nous vous invitons à lire: Si la rive gauche était une femme

Cette démarche est en résonance avec les valeurs défendues par #sitespecific dont le Slow mouvement fait partie.

Un retour :

  1. à des rapports tranquillisés,
  2. à l’activation de ressources extra-local,
  3. à la valorisation de nos espaces, de nos lieux

De plus, la rive gauche, très longtemps sous estimée et donc réduite à une invisibilité, est sous évaluée également en tant que potentiel attractif. Ce territoire est à la fois producteur, créateur et diffuseur. Sa valorisation passera par un important travail de terrain, de reconnexion, de diffusion d’images en passant par la mise en place ou le relai d’initiatives locales. Cependant, dès aujourd’hui, la rive gauche peut se targuer de devenir une source d’inspiration.

 

L’expérimentation

#rivegauche expressionniste  pourrait apparaître comme une question de bord, de côté. La rive droite serait-elle, de son côté, impressionniste ?  Pas nécessairement car poser la question du bord semble, de prime abord, binaire. Dans le même temps, Normandie Impressionniste s’adresse à qui ? Et l’impressionnisme est valorisé pour quelles raisons ? Relisons Philippe Dagen dans cet article Du journal Le Monde du 1er octobre 2012

N’oublions pas que l’Impressionnisme est la recette miracle pour beaucoup de structures et d’institutions car ce mouvement génère une forte fréquentation. #sitespecific se présente comme un opposant à cette analyse. L’étude d’une programmation culturelle ne peut se réduire à la prise en compte des chiffres. C’est là une erreur préjudiciable que trop de collectivités commettent.

 

L’impressionnisme, cette machine à cash-flow

 

« Limpressionnisme est devenu le plus populaire de tous les épisodes de l’histoire de la peinture. Tant et si bien qu’actuellement, un lieu d’exposition qui veut s’assurer des entrées, donc des recettes, a une solution évidente : une exposition impressionniste. » Philippe Dagen Source

Le populaire ce n’est pas le « comme tout le monde », #sitespecific observe cette massification en détails. De plus, les institutions culturelles ont toujours ce fameux temps de retard, ce pourquoi l’émergence, à Rouen, peine à trouver des circuits de diffusion.

 

Rappelons-nous Duchamp

« En 1977, neuf ans après sa mort, Duchamp était donc encore une nouveauté pour les institutions culturelles françaises – mais pour elles seules. Elles l’ont fétichisé avec une ardeur proportionnelle au dédain dont elles l’avaient accablé et à la mauvaise conscience que ce ratage majeur suscitait. De ce moment jusqu’à une date récente, ces institutions ont eu pour doctrine officielle un « duchampisme » qui était tout à la fois tardif, simpliste et tyrannique.

En son nom, la mort de la peinture a été déclarée, bien que les prises de position de Duchamp à ce sujet aient été infiniment plus nuancées et quelquefois contradictoires. En son nom, à titre posthume, on a exclu, on a interdit, on a ignoré. » Philippe Dagen – extrait de : monographie Robert Combas – Éditions Schnoeck, 2005 Source

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#rivegauche expressionniste est un concept, qui, par définition, réfute la doctrine de Normandie Impressionniste. Cette idée c’est un contraire en termes de valeur, de moyen, de forme et de volonté. Ce ne sont pas les touristes ni les capitaux extérieurs qui seront les 1ers concernés par #rivegauche expressionniste, ce sont les habitants, les résidents, citoyens d’un territoire local. Cette initiative tient en une volonté militante, encore faut-il fédérer, tenter, risquer et expérimenter…

 

Un peu de passé pour comprendre

« La Première guerre mondiale a soulevé la nécessité impérieuse de conjuguer l’expérimentation dans l’art comme un engagement politique très marqué : l’expressionnisme prend les traits d’une violente dénonciation politique et décide de représenter les vices de la société contemporaine, dénonçant son échec […]. Les principes expressionnistes ont profondément influencé non seulement les arts visuels, mais aussi la danse, la musique (Schönberg), le théâtre (Brecht), le cinéma (Lang), l’architecture (Taut), la sculpture (Barlach) et la littérature (Scheler). » Source

 

Aujourd’hui, les querelles

Entre ancien et moderne, entre impressionnisme et création contemporaine, entre figuratif, réalisme et abstraction, concept….Les querelles d’opposition n’ont cessé et ce sont même radicalisées. Les valeurs de l’ancien monde incarné par les images de la rive droite rouennaise par exemple trouvent grâce sans difficulté. L‘impressionnisme va dans le sens de ces valeurs et de cette esthétisation mais aussi dans le sens de cette vision de la France.

« Nostalgiques du bon vieux temps, ils n’ont jamais accepté le passage d’une France rurale et idyllique à une France moderne et industrielle. » Source

 

La rive gauche, c’est la France moderne et industrielle, c’est celle qu’on refuse.

 

« Ils refusent donc la modernité artistique que représentent les œuvres du XXe siècle. Ils n’aiment ni le cubisme, rupture esthétique qui se fait l’écho du bouleversement de la société, de la guerre et de l’industrialisation, ni le pop art à la Warhol, qui témoigne de l’avènement de la société de consommation. »Source  »

« «Nul», «hermétique», «ennuyeux»… Entre le public et la création contemporaine, le divorce est consommé. Philippe Dagen insiste en évoquant la «haine» que lui vouent les Français. « Le goût hexagonal «privilégie l’impressionnisme, ses précurseurs et ses héritiers», écrit-il. La fréquentation des expositions est révélatrice: nos concitoyens se pressent aux rétrospectives Renoir, Cézanne et autres Van Gogh, mais se défilent dès qu’il s’agit des contemporains. »Source

Ces polémiques vont au-delà de l’art, c’est la culture et la société qui sont, en réalité, concernées. Réinterrogeons notre rapport au goût et composons à partir de cette modernité et cette France industrielle incarnée par la rive gauche.

#sitespecific se tournera vers les lieux, les espaces publics, les acteurs sensibilisés dans le but de valoriser, dynamiser cette rive gauche trop éloignée, jugée et tenue à l’écart.

 

Isabelle Pompe pour #sitespecific le 11 septembre 2019.

 

 

 

 

 

 

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T’étais où, là ? Rive gauche

C’est avec une très grande impatience que j’attends de voir le nouveau travail en termes de marketing territorial de la nouvelle recrue et de son équipe de Rouen Normandie Tourisme & Congrès, à savoir Delphine Crocq Passée par Le Louvre et Orsay

Vous me savez lasse de constater que les images qui font office de relai pour notre communication extérieure sont en panne. Comptez le nombre de fois où il est question de l’autre, de celle « d’en face », qui se trouve, par ailleurs, toujours au Sud.

Dans le même temps, lorsque je découvre la 1ère page du site Rouen Normandy Invest*,

  • *(L’agence de développement économique Rouen Normandy Invest propose accompagnement et expertise à toute entreprise souhaitant s’implanter à Rouen ou dans sa région. Parallèlement, l’agence anime une démarche de marketing territorial et coordonne les actions de promotion du territoire et d’accueil des nouveaux arrivants.) Source

 

Screenshot_2019-05-19 Rouen Normandy Invest.png

je me trouve face à 5 arguments de vente de la marque, avec ses chiffres et ses logos! Pour ma part, j’aurais joué la carte des chiffres par ordre croissant voire décroissant. C’est, cependant, intéressant de mesurer qu’une différence symbolique est prononcée, comme la création de deux pôles, entre les habitants et les étudiants, au milieu on met l’emploi et les établissements (quoi ? qui? C’est à vous de trouver). Vous voyez mieux, ce qui intéresse l’agence en charge de la promotion de nos coins de vie ? C’est sa proximité avec Paris, on mise sur les extérieurs. En fait, c’est un rebus, qui est à 1h de Paris, comptabilise au bas mot 800 000…Ah, ok !

Vous l’aurez intégré, ici, vous êtes avec des agents de la promotion, de la réputation, en phase avec la stratégie de la Métropole Rouen Normandie en termes d’attractivité, de tourisme et donc d’une certaine définition du territoire…

Question campagne avec des chiffres qui concerne les métropoles et La politique économique, sociétale et environnementale du « tout voiture« , bien connue par ici, je comprends davantage celle-ci:

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Je me suis, alors, dit, la rive gauche peut user et abuser autant qu’elle le souhaite de ses trésors pour marquer la dignité de son intérêt. Mais souvenez-vous, elle est absente des radars touristiques. La faute à qui ? Au repli ?

Je pencherai plutôt pour une adhésion à un cahier des tendances un peu vieillot au sein duquel elle est trop « hors-sujet ». Le patrimoine oui d’accord mais lequel ? L’histoire oui mais laquelle également ? Les gens? Non, je ne crois pas, les gens, on les choisis pas trop ou alors les visages créatifs, les talents, les « exceptionnels ».

Vous notez, tout à coup, tout est une question de niveau, de rank, de level, de top 5 donc on use toujours des mêmes rues, des mêmes centres d’intérêts, avec des logiques institutionnelles, culturelles, politiques, artistiques d’entre-soi caractéristiques de ceux qui sont dans le rôle des définisseurs de ce qui est « bon, beau, activable, vendable, montrable ».

Là, en tant que zone d’ombre, nous avons un rôle essentiel de quasi contre-pied. Si vous suivez bien le projet, j’ai avancé que la rive gauche serait une fenêtre sur un monde inversé dans Fenêtres sur rues

Trois options nous tendent les bras:

  1. On ne fait rien
  2. On fait comme eux (on propose des images touristiques)
  3. On fait autrement (on reprécise la notion de patrimoine)

Précédemment, j’avais déjà réfléchi à quelques idées pour cette traversée de la Seine avec Messages ‘ Specific, et si, aujourd’hui, nous nous mettions à montrer le paysage naturel, au sens vert, de la rive gauche ?

Oui, la rive gauche est belle et verte. Le Jardin des Plantes c’est facile, vous pouvez le dire donc on verra. Essayons avec d’autres endroits afin de mettre à la vue qu’étant donné qu’on la connait mal, on situe mal ces propositions.

« T’étais où là ?  A Nantes ? Nan, j’étais #rivegauche »

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Grand-Quevilly, Roseraie, IPL, Mai 2019

 

Et puis, pourquoi pas poursuivre avec la Roseraie et reprendre cette idée de club des métropoles les plus cotées (attractives) ou des régions un peu chic…(une dose d’ironie plane). Il faut tout de même essayer de trouver une cohérence disons végétale avec la destination demandée…

 

« T’étais où là ? En Bourgogne ? Nan, j’étais #rivegauche »

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Grand-Quevilly, Roseraie, IPL, Mai 2019

 

Le marketing territorial use et abuse de story telling et de notion comme l’attachement au territoire. Rive gauche, nous aimerions bien démontrer notre attachement à hauteur d’homme sans en rajouter, sans « faire croire » et passer à côté de nous. C’est souvent ce qui arrive lorsque les territoires sont préférés aux gens et que ce ne sont pas les habitants qui en parlent mais la vue du haut, la vue de ceux qui décident de ce qui a de la valeur ou n’en a pas.

Attention tourisme en vue, il se peut même que le #rivegauche nous soit emprunté qui sait…L’humilité de ce lieu de résidence se passe complètement d’histoires truquées sur un passé arrangé, maquillé pour l’occasion. Il sait et ne peut mentir, oui, il est encore abîmé par un passif industriel, éreinté par une image qui lui colle à la peau, un peu prolo et matinée d’une vie de quartier un peu morne. Rouen rive gauche et la banlieue de cette même rive ont en commun de revenir de très loin, d’avoir grandi sous des dominations, sous des regards, des humiliations mais peu importe.

Elle est grande cette rive et sait ce que s’émanciper veut dire, elle sait refuser et rejeter cette uniformisation qui lui est balancée à ces mille visages. Parce qu’elle en a mille.

Cet espace questionne la mémoire et met une raclée parfois à la notion de goût et de beau mais nos espaces verts sont « beaux », nos « grandes architectures », notre « passé « glorieux », ça c’est exportable de l’autre côté.

Bref, vous avez saisi, l’attachement à un territoire ce n’est pas uniquement cela, il y a donc du travail!

J’imagine que vous avez saisi l’amusement qui était le mien, mais ça change ma façon de traduire ce que je vois en me mettant dans la peau d’un vendeur immobilier, je me dis, ça pourrait nous arriver.

 

« T’étais où là ? Au ski ? Nan, j’étais #rivegauche « 

PQ le 16 mai RG.jpg

Square Marcel Paul, Petit-Quevilly, IPL, 2019

 

(En raison de l’effet neige produit par les pâquerettes laissées enfin tranquille!)

Et puis je suis partie ailleurs, revenue à moi. Je vous vois circonspect. Ne l’oublions pas j’ai travaillé sur la rue et sa valorisation en termes de patrimoine mémoriel, la rive gauche, pour moi, c’est bleu.

 

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Trois couleurs: Bleu, IPL, 2019

 

Elle peut parfois passée pour ennuyeuse, elle est hors-mode, hors-tradition, hors-champ et c’est ce qui la rend, lorsqu’elle n’est pas ravagée par des constructions cubiques mortifères et des aménagements creux, increvable. Elle est underground, elle est punk, elle possède sa propre conception de tout. Je vous le prouve avec une image interdite.

 

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Rivages, IPL, 2018

 

On espère qu’elle survivra et qu’elle saura se défaire de ces arguments de vente qu’on lui envoie, qu’elle gardera son esprit paradoxale, inoubliable, de rive, encore un peu sauvage parce qu’elle est pourrait être une héroïne de roman policier, parce qu’elle serait un morceau de musique aux multiples sources d’inspiration, entre le folklore, le rock, le rap et le bruitisme. Elle, c’est haro sur le classicisme, haut les diversités!

Ne laissons pas ce Sud être privé de paroles car la rive gauche n’est pas hors-jeu!

« Dans l’horreur que suscite, chez certains, la sociologie entre pour beaucoup le fait qu’elle interroge le premier (ou le dernier) venu au lieu de donner la parole seulement aux porte-parole autorisés » La distinction, Pierre Bourdieu.

 

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Le grand nulle part, IPL, 2019

 

Bon voyage,

La Prochaine campagne vient de sortir: Si la rive gauche était une femme

Isabelle Pompe pour #sitespecific, Mai 2019, mis à jour le 1er juillet 2019.

 

 

 

 

 

Messages ‘ Specific

Force est de constater que les images de Rouen se concentrent, en grande majorité, sur son hyper centre historique. La ville est un mirage, aux yeux, des « officiels ». Elle doit apparaître sous un certain jour. Cet aspect réduit, à ce point, le territoire que la ville de Rouen représente, au regard de son office du tourisme, trois rues. A ce peu de documentation, circuits, supports répond une hésitation. Transiter pour quoi faire ?  Traverser la Seine est presque un geste forcé voire courageux. Est-ce du même ordre pour les deux côtés ? la rive gauche traverse et pour quelles raisons ? A quel rythme ? Et quelle rive gauche? Ce qui appartient à la rive de Rouen ou à son agglomération? La rive droite, quant à elle, pour quel motif se rend-elle en face ? Est-ce régulier ? A quelle fréquence ? Mais est-ce que ces habitants co-habitent réellement et est-ce qu’ils se croisent lorsqu’ils sont rive gauche ? Vont-ils aux mêmes endroits ? Et si oui lesquels?

Rouen et sa Seine, en carte, c’est ça:

Screenshot_2019-04-25 Carte détaillée Saint-Étienne-du-Rouvray - plan Saint-Étienne-du-Rouvray - ViaMichelin.png

J’ai donc pensé à produire quelques images à messages. Si cette rive gauche est un territoire autonome car il se situe de l’autre côté, alors, pourquoi ne pas l’émanciper de ce poids, de cette contrainte de si peu exister.

Exister et Le Larousse :

  • Avoir la vie, vivre : Aussi longtemps qu’il a existé, il a lutté.
  • Être dans la réalité, se trouver quelque part, être repérable dans le temps ou dans l’espace : Coutume qui existe depuis longtemps.
  • Avoir une réalité : L’amitié, ça existe.
  • Avoir de l’importance, de la valeur : Le profit seul existe à ses yeux.
  • S’affirmer, se faire reconnaître comme une personne aux yeux de la société, d’un groupe, de quelqu’un : La révolte est souvent un moyen d’exister aux yeux de la société.

 

Interrogeons ces impressions

 

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Signifier la portée du geste

L’idée du passage d’un état à un autre,  de pénétrer un territoire invisible est emplie d’imaginaire. Et de cet acte si fort, qu’en est-il de notre altération ? Allons-nous changer, perdre quelque chose de nous ? Sur quoi repose cette idée étrange que cette ville s’arrêterait à ses ponts, que traverser cette barrière naturelle serait comme quitter, partir pour devenir ? Chaque jour, des voitures, des gens font ce trajet pour aller travailler. Chaque soir, la culture institutionnelle possède mille couleurs en face. Rive gauche, les lumières sont timides. Les allées sont grandes, adaptées, faites sur mesure pour les voitures. Les avenues sont des bandes, les ruelles sont vides, sombres et peuvent impressionner par leur approche du désertique.

 

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Ajoutons de l’humour

Cette rive gauche possède même son propre code postal 76100 et non 76000 . Signifier ainsi que franchir ce pont c’est aussi atteindre un autre espace mais est-ce pour autant un lieu étranger ? D’un côté, l’effort pour parvenir à aller de l’autre côté est amplifié par les non-images et de l’autre, la surimpression d’une rive terne voire insécure demeure gravée encore dans les esprits. Marcher sur ses ponts relève de l’exploit. Petit à petit, la gauche prend des formes éphémères, légères, les habitants construisent des typologies de quartiers. Et alors ? Pourquoi devrions-nous hiérarchiser les espaces ? Institutionnaliser nos endroits de vie et de culture ? Aurions-nous encore besoin de label ? Pourquoi pensons-nous que ce patrimoine de pierre, majoritairement religieux prime. Est-ce parce qu’il est concentrique ? Parce qu’il est plus beau ? Mais c’est quoi la beauté en toute objectivité ? Et en quoi la différence serait terne ?  Sur cette rive gauche, son découpage est un peu malheureux, ce sont des bouts de rues, des petits coins au vent, peu de place à l’intimité, à l’endroit cosy. Quel est le centre de cet endroit ? Un centre commercial! Cela vous étonne ?

 

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Une prise de conscience ?

Mais ceci en dit long sur une frontière territoriale qui aurait pu ne pas en être une. Nous aurions pu vivre parfaitement notre fleuve. Le problème se décompose en strates, en sédimentations préjudiciables. La barrière symbolique est idéologique et sociologique. Les jugements de valeur ont fait du mal à cette rive. Comparée puis délaissée, minorée pour finir maltraitée parce que peu valorisée dans son ensemble. Politiquement, cette attitude pose problème. Capitaliser sur les ressources extérieures signifie que le dilemme entre touristes et habitants n’est plus. Et que le clivage persiste. Que la balance ne sera pas encore, aujourd’hui, à l’équilibre. Les rives détiennent toutes deux un passif et un actif. Qui en parle avec respect ? Qui les place sur le même plan ?

 

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Dans cette ville de Rouen et dans cette métropole, la question de la Seine est essentielle au regard d’une population, des services et de l’offre mise à disposition. Alors que d’un côté dominent les plus grandes structures culturelles, de l’autre subsiste une MJC ( St Sever). La culture est censée rassembler comment est-ce possible? Et si nous considérions les quais, au regard de leur aménagement non pas comme une réhabilitation mais comme les seuls espaces visibles encore disponibles. Que penserions -nous du 106, 105 et 107 (lieu de culture labellisé ou privé)?  Et Après ces quais ? La persistance de la non-considération ne s’est pas arrêtée à cette question de quai que l’on refusait d’aménager en 2010. 2015 serait l’année de la prise en compte. Ce qui semble incroyable lorsqu’on pense à ces 21 000 Rouennais de la rive gauche et aux 22 000 Quevillais, 26 000 Grand- Quevillais, 29 000 Sottevillais…Soit plus de 100 000 habitants!

 

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Considérer ces espaces comme des quartiers à part entière c’est aussi une façon de répondre à ces désignations:  » Je n’habite pas à Rouen mais dans son centre historique ». Vous imaginez les hauts de Rouen, le quartier Croix de Pierre, essayez de mesurer la mixité sociale. Comment est-ce possible alors que les exclusions sont déjà géographiques ? Loin, ils sont loin physiquement et dans les esprits. Ils sont réservés, ghettoïsés. Que faire pour parler à l’unisson? Comment la ville de Rouen, qui s’est portée candidate à la capitale européenne de la culture pour 2028, fera t’elle ? Quelle est sa stratégie ? voir et ouvrir son champ de vision ? Ou se restreindre jusqu’ à l’étouffement ses diversités et parler encore et encore, jusqu’à l’épuisement, de son patrimoine religieux ?

Une affaire à suive///

 

Isabelle Pompe, 25 avril 2019