Les conseils de quartier Rouen rive gauche # 2

Après avoir abordé le quartier St Clément – Jardin des Plantes avec Les conseils de quartier Rouen rive gauche # 1 et aussi via Saint-Julien- Saint Clément. Nous n’avons pas non toujours pas détaillé le quartier Jardin des Plantes pour des raisons qui semblent évidentes au projet Site Specific: très peu de précarité, une situation sociale au regard des résidences très privilégiée donc non prioritaire. De plus, c’est ce dont la ville de Rouen et la Métropole mettent le plus en avant au motif que certes le jardin est exceptionnel mais que le cadre dans son ensemble paraît davantage exportable, photographiable, tel un ilot touristique préservé de la faune…Enchaînons donc avec…Nous avons donc lu les CR des réunions plénières du 19 mai 2016 au 28 février 2019.

Saint-Sever, le majestueux!

Rappelez-vous l’article We are Saint – Sever…

Saint-Sever, c’est comment dire, historique, mythique, haut les diversités et terre d’asile pour la précarité, un lieu qui démarre juste après les quais qui, eux existent à part entière, indépendamment. Des rues, un place des Emmurés et des gens, des joueurs, des terrasses plutôt masculines, une jeunesse qui le voit comme un point de repère essentiel, un lieu de RDV pour partage d’ennui, St Sever c’est aussi une Eglise, une MJC (en pleine mutation), un centre d’action sociale, un centre commercial et des bureaux, une mairie annexe, une maison des associations…Un pôle à lui tout seul, un échangeur pour le métro où se croisent les deux lignes qui emmènent en banlieue: La George Braque (Petit- Quevilly /Grand-Quevilly) et La Technopôle (Sotteville/ St Étienne du Rouvray). C’est aussi un quartier qui intéresse très fortement la ville et la Métropole Rouen Normandie car c’est ici (vers 2030) que sera accueillie la future gare SNCF avec une ligne pour Paris prévue en 50 minutes…..St Sever c’est devenu depuis quelques années déjà, la terre d’une friche culturelle: Parenthèse devenue Friche Lucien. Ce quartier est d’une photogénie telle que je n’ai pas arrêté de tenter de le saisir, de le capturer via un objectif, une lentille, une lunette…Au point d’organiser le 1er rallye-photo de la rive gauche à cet endroit.

FB Event un rallye pour émanciper la rive gauche

Alors, la consultation des comptes-rendus de ce quartier ne fut pas sans surprise. Depuis Rouen ensemble quartier rives sud, les questions ont commencé à pleuvoir…Voici l’accès à Tous les documents du quartier

  1. Comment peut-on assembler l’Ile Lacroix et St Sever ?
  2. Comment ces territoires peuvent-ils être analysés, observés ensemble ?

Rue St-Sever après aménagement Cœur de Métropole de la Métropole Rouen Normandie

 

Saint-Sever, commençons par la rue, sachant que ce quartier prend sa source avec la cité administrative qui sert d’enclave voire de fortification là où siègent la tour des archives et le département de la Seine Maritime….Ce quartier se découpe en plusieurs rues dont l’artère principale porte le même nom que l’Église, le centre commercial, la station de métro…

La tour un soir de mai 2019

La Tour, un soir de mai 2019

 

Saint-Sever, ce sont des rencontres, des histoires de rues, une mémoire vive peu activée par la mairie, un lieu d’échanges où une population ne cesse de se rendre pour y vivre et y travailler.

 

Les hommes de Rouen

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Dirigeons-nous vers les dires de nos conseils de quartier et demandons-nous quelle parole porte -t’ils ?

Ici, le 1er bulletin du semestre 2019: Bulletin du 1er semestre 2019 du quartier

Capture d’écran

Vous lisez bien, oui, le maïs et son vendeur dangereux occupe deux lignes dans un CR qui compte à peine trois pages…C’est donc ce que vous avez à nous dire? A vous dire ? Et vous osez publier cela sur le site de la ville ?

Capture d’écran

La pendule est citée à de très nombreuses reprises, à croire que l’heure sur le site de la place du marché des Emmurés est vitale alors même que ce lieu est sous -exploité et qu’il est le seul lieu couvert suffisamment grand et public pour accueillir une diversité de propositions de rencontres, de partages…

Capture d’écran

Tiens, le Jardin des Plantes…Relisons ensemble cet ensemble de mots prononcés et repris sans crier gare:  » 500 000 visiteurs par an, mais peu de rouennais, sans doute parce qu’il est rive gauche et qu’il est endormi »

« Rive gauche » l’appellation se suffit à elle-même pour marquer le manque d’intérêt, restons calmes et « endormi » ben c’est sûr que des propositions plurielles et citoyennes on en a plein mais bon…C’est moins chic, plus faune et ne va sans doute pas dans le sens du lieu…

Poursuivons… voici le collectif Lucien et le festival Parenthèse:

Capture d’écran

Les éléments retenus peuvent être de plusieurs natures soit vous vous dîtes que « il y a ceux qui apportent de l’alcool avec les points de suspension qui vont avec (dernière phrase pour conclure) » soit vous penchez davantage vers les 102 DB ou encore vers l’histoire des subventions et bien sûr: « les gens du quartier veulent de la tranquillité » sans vous demander si la jeunesse de la rive gauche n’est pas en proie à un déficit de lieu pour se retrouver, sans vous enquérir du bien fou que cette initiative a produit: pouvoir sortir à côté de chez soi sans avoir à galérer avec les transports en commun, sans avoir à sortir trop d’argent, bref, ce lieu a rempilé cette année sur une forme plus longue depuis le 29 avril et nous autres, nous le défendons car une friche culturelle ça lui va bien à la rive gauche si souvent stigmatisée de faune & flore rouennaise pour rester polie…Car non, elle n’est pas la continuité de la rive droite, non il n’y a pas d’écho ni de miroir entre les deux rives…

Friche Lucien, 25 mai 2019

Une suite, encore une suite avec la biblio située à l’intérieur du centre commercial, lieu en souffrance mais force de propositions!

Capture d’écran

On retient les travaux très dommageables, une typologie de publics singulière et relativement peu d’enfants a contrario de Grammont (Biblio Simone de Beauvoir) qui, elle, voit son public jeune venir en nombre et de manière précoce et enfin davantage de participatif avec les habitants et les acteurs///La biblio se sent seule et je la comprends, de même que ses salariés n’ont plus la possibilité de proposer des actions de manière autonome comme présenter des auteurs, organiser des lectures…Rien de mieux pour démotiver, des mois de travaux qui les rendaient invisibles et inaccessibles et de moins en moins de possibilité d’exister pour eux-mêmes dans le sens de leurs spécificités territoriales, des attentes des publics…La réponse qui suit est, vous l’aurez compris, une façon de rappeler qu’il n’est jamais bon de se plaindre et que les « cafés biblios », ben faut suivre, sont hors-sujet…

Capture d’écran

On en termine avec le dernier pan de l’histoire du conseil de quartier avec St-Sever et sa magie:

Ce qui nous avait déjà passé par la tête, c’est cette perception de l’insécurité notamment chez les jeunes femmes, alors, nous avons décidé d’organiser une table ronde, un temps d’échange sur la problématique du genre dans l’espace public et donc de la femme dans l’espace public rive gauche. Cette initiative sera programmée courant septembre /Octobre de cette année. Une affaire à suivre…

Ce que nous n’avons pas saisi c’est où se trouve les éléments factuels qui viennent confirmer les dires de ces conseillers, de quoi et combien, où sont les précisions, les détails de ce que vous avancé ?

La rue Lafayette voit son développement de boutiques africaines exploser certes mais en ce qui concerne les baux, quels sont les éléments de preuves à charge ? Travestir le quartier ??? Et « porter atteinte », là, vous devez vous dire qu’une posture identitaire intolérable est en cours. Ici, sévit le rejet des diversités et la « communauté africaine » (le conseil, dans ses lignes dit: « sans la citer mais vous voyez de qui je veux parler ») ainsi ramenée à un travestissement, une atteinte…Nous sommes restés sans voix. Mais ce n’est pas terminé, ensuite vient le tour de la « communauté du Maghreb »(qui ne sera pas citée mais que nous faisons exprès de désigner ainsi) avec ses ouvertures de commerce 7j/7 et ses nuisances…Requérir davantage de policiers pour faire respecter un territoire s’apparente plus à un procès d’exclusion. Vous ne semblez pas vouloir de cette jeunesse qui s’ennuie et n’a nulle part où aller, vous ne semblez pas autoriser des commerces, des activités, mais qu’offrez-vous en retour? Que proposez-vous en échange ? Vous devriez vous écouter, vous relire et compter le nombre de fois où la pendule de la place des Emmurés est citée…Ces conseils m’inquiètent dans leur pensées, leurs approches, leurs résistances et leurs perceptions des habitants.

Il est grand temps de proposer une parole alternative qui soit inclusive, qui respecte les diversités et les visages plurielles de ce quartier.

A suivre, le conseil de quartier Grammont-Europe.

Isabelle Pompe pour Site Specific, le 12 juin 2019.

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We are Saint – Sever

L’anglais, j’ai le droit grâce à John Holker, James Morris, James Hope… C’est quoi, au juste, Saint- Sever ? Un quartier, une commune à part entière, l’aile d’une rive, un pilier, une colonne vertébrale ? Ici, c’est l’occasion d’une focalisation sur la rue éponyme. Le quartier nécessiterait la narration d’un roman, la mise en place d’une enquête sociologique et historique dignes. Là, l’idée repose davantage sur la spontanéité de la rencontre avec un territoire. N’oublions pas, néanmoins, que celui-ci s’inscrit dans un quartier pour lequel il convient de faire quelques brefs rappels historiques.

  • Le quartier Saint-Sever est un quartier de la rive gauche de Rouen. Il s’organise notamment autour de l’église Saint-Sever (XIXe siècle) et du centre commercial Saint-Sever. C’est un quartier d’affaires, un centre administratif. Il est le cœur de la rive gauche de Rouen dixit Wikipédia.

 

Les arbres de la rue

 

 

Depuis mon premier face à face et mon adoption par cette rue, son visage a subi quelques transformations. Loin de moi l’idée de me perdre en direction du « c’était mieux avant » mais, il me semble déterminant d’exhumer quelques traces photographiques. Ces bouleversements quant à son allure globale sont allés jusqu’à impacter la vie de mes anciens voisins. En ville, d’une part, rien n’est plus agréable que les arbres et l’ombre qu’ils engendrent. De plus, domestiquer la nature à coup de parcelles revient à créer une sorte de conformité à une rue qui existait pour elle-même. Le résultat visuel de ma dernière visite m’a laissée amère, où sont passés les traits caractéristiques de cet havre ?

 

Et questionnons-nous maintenant: en matière de cadre de vie, de charme, de biodiversité, quel est le match entre marronniers et bouleaux ?

 

Vous allez découvrir les motifs et la stratégie territoriale avancée par la Métropole Rouen Normandie, je vous laisse méditer sur ces éléments d’informations.

Une mue baptisée « Requalification des rues et place St Sever » Source

Planning des travaux : Novembre 2017 – Novembre 2018 – « La mue du quartier Saint-Sever, lancée en 2014 avec la halle des Emmurées, se poursuit, du marché à l’église et au centre commercial. D’ici à la fin de l’automne 2018, la rue Saint-Sever affichera son nouveau visage. Un visage de dalles de granit et d’enrobé rouge, rappelant les aménagements réalisés dans le cadre de Cœur de Métropole sur la rive d’en face. La nouvelle voirie appelle à la marche à pied, idéale pour le commerce de proximité (la rue était déjà piétonne!!). Le mobilier inclut, à la demande des riverains et de l’Atelier urbain de proximité mené en amont par la Ville, bancs et jardinières, toujours dans l’esprit de balade qui anime le quartier. Le remplacement de marronniers trop volumineux par des bouleaux, plus adaptés, finit d’illuminer cette artère commerçante…. »

 

#Aujourd’hui, la rue un jour ensoleillé de mai 2019

St Sever au carré.jpg

The Survivor – Ici, au 1er plan, le seul marronnier qui a survécu aux travaux de la rue, 2019, IPL

 

Un peu d’histoire locale

 

À l’origine connu sous le nom de faubourg d’Emendreville, le quartier prend le nom de faubourg Saint-Sever lors de la translation des reliques de saint Sever, évêque d’Avranches, à la fin du Xe siècle, dans l’oratoire Saint-Cassien, devenu par la suite église Saint-Sever.

John Holker

Né à Stretford (près de Manchester), le 14 octobre 1719, mort à Montigny en Seine- Maritime le 27 avril 1786, John  Holker est un manufacturier anglais, fondateur de la manufacture royale de velours de coton de Saint-Sever, nommé inspecteur général des manufactures en 1755, chargé de promouvoir l’industrie textile en France.

  • En 1749, alors qu’il est capitaine en second de ce régiment, il rencontre à Rouen Marc Morel, inspecteur des manufactures pour la région. Morel est séduit par ses capacités dans le domaine de l’industrie et l’encourage à remonter une entreprise textile sur place. Il vise la création d’une manufacture de velours de coton, un type d’établissement qui n’existe pas encore en France et dont il a appris toutes les techniques. Comme le gouvernement anglais lui a refusé le pardon, Holker accepte de quitter l’armée et de se lancer dans l’aventure à Rouen, qui est déjà un centre cotonnier important. Les essais menés à la manufacture de Darnétal pendant six mois en 1752 sont concluants et Machault d’Arnouville l’autorise, par arrêt du 19 septembre de la même année, à fonder sa propre manufacture à Saint-Sever. La direction de l’entreprise lui est confiée et il lui est imposé de recourir à des associés français (d’Haristoy à Darnétal, Paynel et Dugard à Rouen, Torrent à Paris).
  • Holker s’est intéressé également à la faïence, ce, pour trois raisons : c’est une activité importante à Rouen, les colorants font partie de ses fournitures de base, comme pour le textile, et il a embauché pour le seconder un jeune fils du grand faïencier Jean Guillibaud, Philémon Martin, qu’il va progressivement associer à ses affaires (il remplacera en 1759 d’Haristoy, décédé en 1757), et qui ira même jusqu’à racheter ses entreprises en 1791.
  • Enfin, en 1762, John Holker fonde avec ses collègues James Morris et James Hope une teinturerie à Saint-Sever, pour laquelle il a obtenu le statut de manufacture privilégiée, avec en prime la naturalisation de ses deux associés.
  • Son succès est tel que le gouvernement anglais s’en inquiète et veut le faire revenir au pays.

 

Deux siècles plus tard, le centre commercial

 

Inauguré le 24 octobre 1978, il permet de créer un deuxième centre ville à la ville de Rouen. Ce quartier dispose également d’une mairie annexe qui se trouve au RDC du centre.

Le centre commercial participe à la transformation complète du quartier et engendre une forme de dynamisme économique durant un certain temps toutefois le quartier ne se résume bientôt plus qu’à cela, vit à son rythme imposé d’espaces privés. Point de chute, d’arrimage, arrêt de station de métro, il est cette centralité manquante qui offrent des modules, des allées, des magasins, des lieux de consommation où même la culture* avec son Kinépolis se consume…Donc, ici, vous ne trouverez pas de photographie du centre. Autour de lui, c’est une autre vie qui se juxtapose, tant bien que mal. Avec les rues du Mail, Lafayette, de Lessard, L’Abbé Lémire, des Emmurés, Gadeau de Kerville, à la fois, commerçantes, résidentielles, elles participent à la création d’une enclave avec une typologie de commerces. Nous y reviendrons ultérieurement.

 

Gap st sever.jpg

Les arrières du centre, rue Gadeau de Kerville, Mai 2019, IPL

*La culture qui s’était enorgueillit, un temps, d’avoir au sein du centre un théâtre, Le Duchamp Villon se voit par la suite privée de celui-ci, il lui reste une bibliothèque du réseau R’Rouen et sa MJC qui semble être sous le coup de projets culturels neufs.

 

Une rue et ses coulisses

 

Une voie est aussi un formidable poste d’observation. J’ai été résidente du 124, par conséquent, j’ai pu entendre, assister à toutes formes de manifestations, de bruits. De jour comme de nuit, cet axe possède plusieurs visages. J’ai pu écouter les feux d’artifices, les sons de la Foire St Romain (à l’époque rive gauche), les intonations des commerçants, les notes, les ondes et les onomatopées propices à un espace aussi vivant. Depuis ce « chez moi », j’avais soit le choix de composer avec les inflexions du bas, soit de me construire mon propre ronronnement. Parfois en accord avec cette cadence, ces balbutiements, ces  tapages, ces crépitements, grincements, ces vrombissements intrinsèques à toute rue piétonne, je me suis surprise à être.

Là, se narre, une séance de gonflage dans la toute rue/parking/allée située derrière chez moi. Cet endroit a pu accueillir des éléments qui n’avaient aucun rapport les uns avec les autres, créant ainsi un tableau quotidien neuf et saisissant. Les chats, poubelles et voitures étaient les résidents perpétuels de ce théâtre en plein air mais des chaises, une végétation libre, des gens perdus ou cachés fonctionnaient comme les adjuvants du cadre.

 

St sever en ballons.jpg

Derrière, IPL, 2015

 

La rue, un espace public

 

Elle est cet endroit où des gens souhaiteront toujours s’y installer, s’y poser pour prendre l’air, profiter librement d’une vue, d’un instant. Avant les très importants travaux, la rue ressemblait à une allée colorée avec des arbres et de l’ombre. Ces superbes marronniers roses avaient leur vie propre, que ce soit à leurs pieds où jouaient des gens où se reposaient, se donnaient RDV d’autres ou dans leurs branches où les oiseaux étaient si nombreux qu’il était impossible de chiffrer combien de tétrapodes co-habitaient. Depuis, les choses ont nettement changé, les joueurs se sont rassemblés à côté des poubelles. Les oiseaux, je les entends moins. Et l’ombre a disparu.

 

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Les joueurs, IPL, 17 mai 2019

 

Une rue, la nuit

 

En bas de chez soi, alors que nous sommes dans notre appartement, les situations continuent, sans nous, à se scénariser. Sa centralité lui confère un point de RDV facile pour le monde associatif, caritatif telle que La Croix Rouge et ses rondes. La rue est aussi un « lieu de vie » violent pour les personnes sans domicile. L’absence de bancs n’aide pas, alors c’est à terre, que je l’ai croisé. Un seul me reviendra toujours à l’esprit. D’une part, parce que je suis tombée nez à nez avec son agression contre la devanture de l’ancien magasin Tati,  nous avons aidé les secours et la police. Il était vivant, pour moi, il allait s’en sortir. D’autre part, parce que je l’ai croisé, chaque jour, avec son chien, ses affaires et n’ai jamais osé le prendre en photo. Triste souvenir.

« Claude avait 74 ans. Il est mort lundi 5 octobre 2015 au CHU de Rouen, après avoir reçu au visage des boules de pétanque. »Source

 

Rue st sever

Rue Saint Sever, 2015, IPL

 

 L’Église & sa cabine téléphonique

 

Figure emblématique du quartier, l’Église est un lieu que j’ai très rarement fréquenté, c’est à peine si, les rares fois où elle était ouverte, j’y sois entrée. Par contre, je l’ai contourné en réalisant des tours et détours pour photographier son toilette public (en face du centre) ou sa cabine téléphonique tout près de l’arrêt de bus du 6.

D’ailleurs, la rue St Sever comptait beaucoup d’édicules, des trio, quatuors, bref, des cabines étaient disposées un peu partout pour mon plus grand plaisir.

 

cabine rouen saint sever isabelle pompe r.jpg

Saint-Sever & Cab – projet « Cages à suées- IPL, 2015

 

Les marchés

Non loin, juste en bas de la rue, surgit la place du marché des Emmurès. Marchés pluriels, toute catégorie le mardi et samedi et brocante le jeudi sont au programme.Source

« Le monastère des Emmurées occupait un vaste quadrilatère de terrain situé à l’ouest de la rue St-Sever , pratiquement à mi distance de l’église du quartier et de la rive de la Seine. Les bâtiments entouraient les galeries d’un cloître. Le reste du terrain était à usage de jardins ». La suite de cette histoire

 

St sever en marché

Un jour de jeudi, IPL, 2015

 

Une exploration en épisodes… A suivre donc!

 

Isabelle Pompe, 18 mai, 2019

 

 

Messages ‘ Specific

Force est de constater que les images de Rouen se concentrent, en grande majorité, sur son hyper centre historique. La ville est un mirage, aux yeux, des « officiels ». Elle doit apparaître sous un certain jour. Cet aspect réduit, à ce point, le territoire que la ville de Rouen représente, au regard de son office du tourisme, trois rues. A ce peu de documentation, circuits, supports répond une hésitation. Transiter pour quoi faire ?  Traverser la Seine est presque un geste forcé voire courageux. Est-ce du même ordre pour les deux côtés ? la rive gauche traverse et pour quelles raisons ? A quel rythme ? Et quelle rive gauche? Ce qui appartient à la rive de Rouen ou à son agglomération? La rive droite, quant à elle, pour quel motif se rend-elle en face ? Est-ce régulier ? A quelle fréquence ? Mais est-ce que ces habitants co-habitent réellement et est-ce qu’ils se croisent lorsqu’ils sont rive gauche ? Vont-ils aux mêmes endroits ? Et si oui lesquels?

Rouen et sa Seine, en carte, c’est ça:

Screenshot_2019-04-25 Carte détaillée Saint-Étienne-du-Rouvray - plan Saint-Étienne-du-Rouvray - ViaMichelin.png

J’ai donc pensé à produire quelques images à messages. Si cette rive gauche est un territoire autonome car il se situe de l’autre côté, alors, pourquoi ne pas l’émanciper de ce poids, de cette contrainte de si peu exister.

Exister et Le Larousse :

  • Avoir la vie, vivre : Aussi longtemps qu’il a existé, il a lutté.
  • Être dans la réalité, se trouver quelque part, être repérable dans le temps ou dans l’espace : Coutume qui existe depuis longtemps.
  • Avoir une réalité : L’amitié, ça existe.
  • Avoir de l’importance, de la valeur : Le profit seul existe à ses yeux.
  • S’affirmer, se faire reconnaître comme une personne aux yeux de la société, d’un groupe, de quelqu’un : La révolte est souvent un moyen d’exister aux yeux de la société.

 

Interrogeons ces impressions

 

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Signifier la portée du geste

L’idée du passage d’un état à un autre,  de pénétrer un territoire invisible est emplie d’imaginaire. Et de cet acte si fort, qu’en est-il de notre altération ? Allons-nous changer, perdre quelque chose de nous ? Sur quoi repose cette idée étrange que cette ville s’arrêterait à ses ponts, que traverser cette barrière naturelle serait comme quitter, partir pour devenir ? Chaque jour, des voitures, des gens font ce trajet pour aller travailler. Chaque soir, la culture institutionnelle possède mille couleurs en face. Rive gauche, les lumières sont timides. Les allées sont grandes, adaptées, faites sur mesure pour les voitures. Les avenues sont des bandes, les ruelles sont vides, sombres et peuvent impressionner par leur approche du désertique.

 

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Ajoutons de l’humour

Cette rive gauche possède même son propre code postal 76100 et non 76000 . Signifier ainsi que franchir ce pont c’est aussi atteindre un autre espace mais est-ce pour autant un lieu étranger ? D’un côté, l’effort pour parvenir à aller de l’autre côté est amplifié par les non-images et de l’autre, la surimpression d’une rive terne voire insécure demeure gravée encore dans les esprits. Marcher sur ses ponts relève de l’exploit. Petit à petit, la gauche prend des formes éphémères, légères, les habitants construisent des typologies de quartiers. Et alors ? Pourquoi devrions-nous hiérarchiser les espaces ? Institutionnaliser nos endroits de vie et de culture ? Aurions-nous encore besoin de label ? Pourquoi pensons-nous que ce patrimoine de pierre, majoritairement religieux prime. Est-ce parce qu’il est concentrique ? Parce qu’il est plus beau ? Mais c’est quoi la beauté en toute objectivité ? Et en quoi la différence serait terne ?  Sur cette rive gauche, son découpage est un peu malheureux, ce sont des bouts de rues, des petits coins au vent, peu de place à l’intimité, à l’endroit cosy. Quel est le centre de cet endroit ? Un centre commercial! Cela vous étonne ?

 

swimmer rive.jpg

 

Une prise de conscience ?

Mais ceci en dit long sur une frontière territoriale qui aurait pu ne pas en être une. Nous aurions pu vivre parfaitement notre fleuve. Le problème se décompose en strates, en sédimentations préjudiciables. La barrière symbolique est idéologique et sociologique. Les jugements de valeur ont fait du mal à cette rive. Comparée puis délaissée, minorée pour finir maltraitée parce que peu valorisée dans son ensemble. Politiquement, cette attitude pose problème. Capitaliser sur les ressources extérieures signifie que le dilemme entre touristes et habitants n’est plus. Et que le clivage persiste. Que la balance ne sera pas encore, aujourd’hui, à l’équilibre. Les rives détiennent toutes deux un passif et un actif. Qui en parle avec respect ? Qui les place sur le même plan ?

 

rives et ponts.jpg

 

Dans cette ville de Rouen et dans cette métropole, la question de la Seine est essentielle au regard d’une population, des services et de l’offre mise à disposition. Alors que d’un côté dominent les plus grandes structures culturelles, de l’autre subsiste une MJC ( St Sever). La culture est censée rassembler comment est-ce possible? Et si nous considérions les quais, au regard de leur aménagement non pas comme une réhabilitation mais comme les seuls espaces visibles encore disponibles. Que penserions -nous du 106, 105 et 107 (lieu de culture labellisé ou privé)?  Et Après ces quais ? La persistance de la non-considération ne s’est pas arrêtée à cette question de quai que l’on refusait d’aménager en 2010. 2015 serait l’année de la prise en compte. Ce qui semble incroyable lorsqu’on pense à ces 21 000 Rouennais de la rive gauche et aux 22 000 Quevillais, 26 000 Grand- Quevillais, 29 000 Sottevillais…Soit plus de 100 000 habitants!

 

préjudice IPL 2019.jpg

 

Considérer ces espaces comme des quartiers à part entière c’est aussi une façon de répondre à ces désignations:  » Je n’habite pas à Rouen mais dans son centre historique ». Vous imaginez les hauts de Rouen, le quartier Croix de Pierre, essayez de mesurer la mixité sociale. Comment est-ce possible alors que les exclusions sont déjà géographiques ? Loin, ils sont loin physiquement et dans les esprits. Ils sont réservés, ghettoïsés. Que faire pour parler à l’unisson? Comment la ville de Rouen, qui s’est portée candidate à la capitale européenne de la culture pour 2028, fera t’elle ? Quelle est sa stratégie ? voir et ouvrir son champ de vision ? Ou se restreindre jusqu’ à l’étouffement ses diversités et parler encore et encore, jusqu’à l’épuisement, de son patrimoine religieux ?

Une affaire à suive///

 

Isabelle Pompe, 25 avril 2019