Poser des questions

Faut-il toujours partir d’un constat pour soulever un sujet ? Faut-il émettre des observations ? Et d’où proviennent nos remarques, nos interrogations ?

Ici, je vais tenter de poser des questions, celles-ci souffleront dans un sens ou dans un autre. Pour Site specific, je me suis sondée. La 2 ème rencontre citoyenne  » Terrasse’ Specific # 2« , prévue le 25 mai sur le site culturel et éphémère de la Friche Lucien, est une façon de « se demander » collectivement.

Percevons-nous, collectivement, la complexité de ce territoire?

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Site Friche Lucien un 1er mai 2019, IPL

 

Parviendrons-nous à nous entendre, à nous comprendre ? D’où proviendront nos mots et que symboliseront-ils? Diront-ils que nous ne nous vivons pas notre territoire de la même manière? Stipuleront-ils que les remarques formulées ça et là passent sur nous sans laisser de trace ? Ou qu’elles nous frottent comme un gant de crin, nous irritent, nous blessent. Ni chaud ni froid, vous dîtes?

 

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Sotteville, un début de soirée de Vivacité 2018, IPL

 

Les questions qui vont suivre seront poser, en amont, de cette terrasse:

« Je suis partie d’un unique point commun: la rive gauche: y vivre/ y travailler.

  • Est-ce suffisant comme point commun pour nous mettre à nous parler?
  • Comment vivez-vous votre commune/quartier au sein de la Métropole Rouen Normandie ?
  • Quels sont vos verbes d’action pour parler de cette expérience de vie (vivre et/ou travailler rive gauche) ?
  • Êtes -vous dans l’opposition: rive droite / rive gauche?
  • Rouen c’est une ville aux deux rives ou deux villes ?
  • Quelle commune de la rive gauche connaissez-vous le mieux ?
  • Identifiez-vous une concurrence entre les territoires de la rive gauche ?
  • Quels points communs voyez-vous entre ces territoires?

 

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Maisons jumelles au Petit-Quevilly, mai 2019, IPL

 

Pour tenter d’apporter un dialogue, j’ai dans l’idée de constituer des groupes où la paroles de chacun compterait, pas de primauté au plus fort car un corpus fait société.

 

A l’issue de ces réponses, Site Specific prendra une forme collaborative.

Cette rencontre sera photographiée et filmée avec l’accord des participants, l’idée étant de fournir de l’archive puisque la 1ère chose commune qu’il manque à cette rive c’est une mémoire collective.

Les images seront transmises depuis la page FB et le compte instagram @photographyspecific

Les vidéos seront montées afin de produire des séquences courtes de production d’échanges, elles seront diffusées sur la page FB.

Chaque « Terrasse » et autres « Rallyes », « Ateliers » seront documentés par des images et contribueront à la constitution d’un fonds iconographique de la rive gauche. Celui-ci repose sur l’humilité, il ne traduit pas de rapport de force, pas de suprématie car cet espace de référence a tout intérêt à s’émanciper de cette opposition binaire: rive gauche, rive droite, ou de toutes autres formes de définition géographique du type sud, nord, est ou ouest.

Pour moi, qui photographie cette rive depuis l’année de mon arrivée, à savoir 2014, je ne peux que que lui concéder son caractère paradoxal et pluriel. Elle est, à la fois, une ode à l’ imprévisible, qui, pourtant, reste constante dans son humilité. Elle me laisse simultanément dans un état de surprise et d’attachement. Elle aborde, sans égal, l’espace public de manière sociologique et culturelle. Elle montre une pauvreté, un ennui, une typologie d’habitants, elle est un biotope subdivisé et sédimenté exceptionnel.

Elle est à préserver, à valoriser pour ce qu’elle dévoile, au quotidien, pour ce qu’elle montre du doigt. Elle est cette responsabilité collective et incarne un territoire de droit. Elle possède de multiples visages mais peine à faire « creuset commun« , pourquoi ?

 

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Quartier Grammont, Rouen, été 2018, IPL

 

A suivre,

Isabelle Pompe, 9 mai 2019.

 

 

 

 

 

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Messages ‘ Specific

Force est de constater que les images de Rouen se concentrent, en grande majorité, sur son hyper centre historique. La ville est un mirage, aux yeux, des « officiels ». Elle doit apparaître sous un certain jour. Cet aspect réduit, à ce point, le territoire que la ville de Rouen représente, au regard de son office du tourisme, trois rues. A ce peu de documentation, circuits, supports répond une hésitation. Transiter pour quoi faire ?  Traverser la Seine est presque un geste forcé voire courageux. Est-ce du même ordre pour les deux côtés ? la rive gauche traverse et pour quelles raisons ? A quel rythme ? Et quelle rive gauche? Ce qui appartient à la rive de Rouen ou à son agglomération? La rive droite, quant à elle, pour quel motif se rend-elle en face ? Est-ce régulier ? A quelle fréquence ? Mais est-ce que ces habitants co-habitent réellement et est-ce qu’ils se croisent lorsqu’ils sont rive gauche ? Vont-ils aux mêmes endroits ? Et si oui lesquels?

Rouen et sa Seine, en carte, c’est ça:

Screenshot_2019-04-25 Carte détaillée Saint-Étienne-du-Rouvray - plan Saint-Étienne-du-Rouvray - ViaMichelin.png

J’ai donc pensé à produire quelques images à messages. Si cette rive gauche est un territoire autonome car il se situe de l’autre côté, alors, pourquoi ne pas l’émanciper de ce poids, de cette contrainte de si peu exister.

Exister et Le Larousse :

  • Avoir la vie, vivre : Aussi longtemps qu’il a existé, il a lutté.
  • Être dans la réalité, se trouver quelque part, être repérable dans le temps ou dans l’espace : Coutume qui existe depuis longtemps.
  • Avoir une réalité : L’amitié, ça existe.
  • Avoir de l’importance, de la valeur : Le profit seul existe à ses yeux.
  • S’affirmer, se faire reconnaître comme une personne aux yeux de la société, d’un groupe, de quelqu’un : La révolte est souvent un moyen d’exister aux yeux de la société.

 

Interrogeons ces impressions

 

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Signifier la portée du geste

L’idée du passage d’un état à un autre,  de pénétrer un territoire invisible est emplie d’imaginaire. Et de cet acte si fort, qu’en est-il de notre altération ? Allons-nous changer, perdre quelque chose de nous ? Sur quoi repose cette idée étrange que cette ville s’arrêterait à ses ponts, que traverser cette barrière naturelle serait comme quitter, partir pour devenir ? Chaque jour, des voitures, des gens font ce trajet pour aller travailler. Chaque soir, la culture institutionnelle possède mille couleurs en face. Rive gauche, les lumières sont timides. Les allées sont grandes, adaptées, faites sur mesure pour les voitures. Les avenues sont des bandes, les ruelles sont vides, sombres et peuvent impressionner par leur approche du désertique.

 

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Ajoutons de l’humour

Cette rive gauche possède même son propre code postal 76100 et non 76000 . Signifier ainsi que franchir ce pont c’est aussi atteindre un autre espace mais est-ce pour autant un lieu étranger ? D’un côté, l’effort pour parvenir à aller de l’autre côté est amplifié par les non-images et de l’autre, la surimpression d’une rive terne voire insécure demeure gravée encore dans les esprits. Marcher sur ses ponts relève de l’exploit. Petit à petit, la gauche prend des formes éphémères, légères, les habitants construisent des typologies de quartiers. Et alors ? Pourquoi devrions-nous hiérarchiser les espaces ? Institutionnaliser nos endroits de vie et de culture ? Aurions-nous encore besoin de label ? Pourquoi pensons-nous que ce patrimoine de pierre, majoritairement religieux prime. Est-ce parce qu’il est concentrique ? Parce qu’il est plus beau ? Mais c’est quoi la beauté en toute objectivité ? Et en quoi la différence serait terne ?  Sur cette rive gauche, son découpage est un peu malheureux, ce sont des bouts de rues, des petits coins au vent, peu de place à l’intimité, à l’endroit cosy. Quel est le centre de cet endroit ? Un centre commercial! Cela vous étonne ?

 

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Une prise de conscience ?

Mais ceci en dit long sur une frontière territoriale qui aurait pu ne pas en être une. Nous aurions pu vivre parfaitement notre fleuve. Le problème se décompose en strates, en sédimentations préjudiciables. La barrière symbolique est idéologique et sociologique. Les jugements de valeur ont fait du mal à cette rive. Comparée puis délaissée, minorée pour finir maltraitée parce que peu valorisée dans son ensemble. Politiquement, cette attitude pose problème. Capitaliser sur les ressources extérieures signifie que le dilemme entre touristes et habitants n’est plus. Et que le clivage persiste. Que la balance ne sera pas encore, aujourd’hui, à l’équilibre. Les rives détiennent toutes deux un passif et un actif. Qui en parle avec respect ? Qui les place sur le même plan ?

 

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Dans cette ville de Rouen et dans cette métropole, la question de la Seine est essentielle au regard d’une population, des services et de l’offre mise à disposition. Alors que d’un côté dominent les plus grandes structures culturelles, de l’autre subsiste une MJC ( St Sever). La culture est censée rassembler comment est-ce possible? Et si nous considérions les quais, au regard de leur aménagement non pas comme une réhabilitation mais comme les seuls espaces visibles encore disponibles. Que penserions -nous du 106, 105 et 107 (lieu de culture labellisé ou privé)?  Et Après ces quais ? La persistance de la non-considération ne s’est pas arrêtée à cette question de quai que l’on refusait d’aménager en 2010. 2015 serait l’année de la prise en compte. Ce qui semble incroyable lorsqu’on pense à ces 21 000 Rouennais de la rive gauche et aux 22 000 Quevillais, 26 000 Grand- Quevillais, 29 000 Sottevillais…Soit plus de 100 000 habitants!

 

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Considérer ces espaces comme des quartiers à part entière c’est aussi une façon de répondre à ces désignations:  » Je n’habite pas à Rouen mais dans son centre historique ». Vous imaginez les hauts de Rouen, le quartier Croix de Pierre, essayez de mesurer la mixité sociale. Comment est-ce possible alors que les exclusions sont déjà géographiques ? Loin, ils sont loin physiquement et dans les esprits. Ils sont réservés, ghettoïsés. Que faire pour parler à l’unisson? Comment la ville de Rouen, qui s’est portée candidate à la capitale européenne de la culture pour 2028, fera t’elle ? Quelle est sa stratégie ? voir et ouvrir son champ de vision ? Ou se restreindre jusqu’ à l’étouffement ses diversités et parler encore et encore, jusqu’à l’épuisement, de son patrimoine religieux ?

Une affaire à suive///

 

Isabelle Pompe, 25 avril 2019