La visibilité & Les représentations

#sitespecific reste un projet à visée sociologique, un outil pluriel qui se concentre sur des interrogations sociétales et environnementales. La question des représentations et celle des pratiques sont intrinsèquement liées à la genèse du projet.

Visibilité sociale

Comment le projet est-il perçu ? Par qui ? Et qui le porte ? Implicitement la question de la la visibilité, puis de légitimité font leur apparition. La visibilité sociale est essentielle à la reconnaissance des groupes sociaux. Une idée que #sitespecific souhaitait aborder, ne se présentant pas comme une association, par conséquent pas comme un groupe mais davantage comme une démarche citoyenne solitaire. Un parti pris qui regroupe intérêt personnel et intérêt général.

La rive gauche rouennaise, patrimoine de l’humilité, IPL, 2019

Il a donc été nécessaire de penser une programmation et le relai d’initiatives, comme nous l’avons déjà indiqué, qui puissent nous amener vers des axes de recherches diversifiés. Les cultures, les questions de société, l’environnement, l’économie sociale et solidaire… Vivre ici, dans ces quartier et communes, comment, autour de quoi, face à quoi, et quelles réalisations, ambitions, perspectives ? Quelle (s) représentation (s)  de nos territoires avons-nous ?

Les représentations

La valorisation de la rive gauche tient, il est vrai, en une volonté de reconnaissance, d’interrogation et de meilleure identification, la valoriser pour qu’on la voit, qu’on la respecte mais aussi participer à la ré-interrogation de la notion de valeur. (Nous reviendrons sur cette notion ultérieurement).

Nous pouvons reprendre les propos de Roger Chartier dans son ouvrage « Le monde comme représentation » (2006) en effet, il intègre de fait dans sa définition des représentations en regroupant sous ce terme « les pratiques » car elles visent à faire reconnaître une identité sociale, à exhiber une manière propre d’être au monde, à signifier symboliquement un statut et un rang. « source

Cet espace de référence qu’est la rive gauche rouennaise peut souffrir d’une image erronée, biaisée politiquement, socialement, historiquement…Une hiérarchisation territoriale malheureuse s’est mise en place, réduisant parfois ces territoires sociaux à des clivages entre les classes moyennes et populaires, à une vision binaire et appauvrie de terres industrialisées.

Sans le massifier, nous parlerons pourtant d’un territoire, complexifié par ses disparités mais aussi complexé par ses propres origines, par son humilité et par ce qu’il croit être un manque d’atouts. Là où nous y voyons des ressources, d’autres y voient un manque cruel d’intérêt, une terre d’ennui voire dortoir alors que, pour nous, l’existant est une mine d’or.

  • Une des raisons à cela se fonde sur la notion de valeur, celle accordée aux ressources existantes mais non valorisées, non activées voire non ré-activées.

Est-ce que cette croyance est partagée entre les pouvoirs politiques locaux et les habitants?

La domination

« Par la visibilité le pouvoir s’assure de son effet », soulignait Deleuze.

Le statut de la rive gauche révèle de multiples crispations. Son rang, dans la dynamique métropolitaine, repose tant sur une complexité de perceptions et d’engagement que sur des paradoxes. Le modèle dominant ne peut s’imposer à tous, chaque territoire ayant ses spécificités, ses forces vives, ses valeurs et ses richesses. Des acteurs sont prioritaires et d’autres sont à la traine mais les enjeux des communes/Quartiers ne sont pas nécessairement des leviers métropolitains.

Toutefois, la domination de la commune de Sotteville les Rouen ne fait quasiment aucun doute sur les communes retenues par le projet #sitespecific (Petit-Quevilly, Grand-Quevilly, Petit-Couronne, Grand-Couronne, St Étienne du Rouvray, Oissel), au même titre que St Sever n’occupe pas la même place que Grammont, île Lacroix et que le quartier St Clément/Jardin des Plantes fait figure de dominant pour les quartiers de Rouen rive gauche. Cette domination nous amène à davantage nous arrêter sur les territoires dits dominés. N’omettons pas néanmoins de souligner que la domination peut être appuyée, aidée par la hiérarchie urbaine car ces territoires ont des valeurs communes à la métropole par exemple. C’est là où le commun devient problématique, de quel commun s’agit-il ?

Pourquoi certains territoires sont dominants ?

Selon #sitespecific, les éléments retenus sont les suivants:

  • Par leur capacité à attirer (pour nous habitants: par leur capacité à se mouvoir, à proposer, à permettre l’autonomie, l’émancipation citoyenne…)
  • Par leur notoriété (image perçue, voulue, territoire identifié, détenteur de patrimoine immatériel)
  • Par leur patrimoine matériel
  • Par leur qualité de vie (cadre de vie, offre culturelle, services, typologie d’habitats, animation, commerces…)
  • Par la perception des habitants eux-mêmes (fierté, attachement, fidélité)
  • Par la reconnaissance et la valorisation de ses actions locales

Certains points sont mis en exergue et choisis comme ligne d’une politique territoriale, c’est souvent le cas du patrimoine matériel, pour son caractère exceptionnel, rare et donc source de distinction car non reproductible.La notoriété a posé ses jalons et agit comme leviers pour bon nombre de territoire ayant pour valeur: le pouvoir.

« Pour faire en sorte que les membres du groupe l’acceptent, le pouvoir doit être traité comme une valeur. Les valeurs de pouvoir peuvent aussi découler des aspirations individuelles au contrôle et à la domination (Korman, 1974) ». source

En reconsidérant les populations comme des vecteurs (déplacements) uniques démultipliés à même de modéliser des ressources, le territoire s’appuie sur son acquis disponible (les habitants) et sur les expériences en cours, en devenir induites par la production de ses habitants/citoyens.

 

Un territoire possède ses spécificités matérielles, immatérielles et symboliques.

 

La typologie de ses habitants fait partie des axes de recherches de #site specific. Prenons quelques exemples, sachant que la part d’artistes sur la commune de Sotteville semble* plus importante que pour les communes de la rive gauche (même si cette remarque nécessite d’être interrogée avec précisions) . Ces derniers participent aux renouveaux des attentes, à la notion de ville créative et peuvent engendrer des gentrifications. La question des derniers arrivés est, en ce sens, très importante également (qui vient, pourquoi, quelles populations ?) quelles seront donc les ressources nouvelles dont disposera le territoire (s’il est en mesure de créer les conditions d’accueil et d’émancipation de ces dernières) ?

Il en est de même pour la domination d’un projet de quartier sur l’autre. Ces situations se produisent parce que les initiatives citoyennes sont le résultat d incarnations. L’octroi de pouvoirs n’est pas sans conséquence, l’empowerment en fait partie. Ce pourquoi, les valeurs de #sitespecific repose sur un systématisme: les initiatives font partie de processus, elles doivent être interrogées et réinterrogées pour ne pas omettre le principal: l’intérêt général, ce qui est pour le « bien public » (Un bien public pur est un bien non rival et non excluable).

La question des enjeux, pour tous projets, est en cela essentielle pour comprendre que le territoire est si spécifique qu’aucun quartier ne se ressemble ni même aucune rue, à tel point que la notion de quartier elle -même est extrêmement complexe à définir.

➸Que vient faire Site specific dans cette signification symbolique ?

  • Observer, analyser, rencontrer pour mieux mesurer les évolutions et degrés de ces significations.
  • Interroger les modalités de perception
  • Évaluer au niveau extra local les traductions des évolutions, mutations et ruptures
  • Prendre en compte l’invisibilité (actions, discours, phénomènes)
  • Accepter la  notion de différence au regard des territoires étudiés et ce qui les constituent socialement
  • Travailler sur la notion de centralité

Un exemple: Petit-Quevilly par le prisme de ses habitants: questionner la mobilisation des résidents de la commune, quels freins, quels dynamismes, quelles attentes, quelles mixités, quelles perceptions et quels degrés d’implication collective et comment se porte l’individualisme? Comment les quartiers se définissant-ils et à partir de quoi ? …

Les notions spécifiques, la ruine comme valeur, IPL, 2019

La distinction

« Il y a donc une visibilité sociale, implicite mais nettement perceptible par le regard sociologique, à laquelle s’ajoute l’ensemble des stratégies de distinction.source »

Bourdieu nous indiquait, déjà, que la visibilité, le vu, dans « La Distinction, critique sociale du jugement » (1979)  est une réalité sociologique indéniable:

« La représentation que les individus et les groupes livrent inévitablement à travers leurs pratiques et leurs propriétés fait partie intégrante de leur réalité sociale. Une classe est définie par son être perçu autant que par son être, par sa consommation – qui n’a pas besoin d’être ostentatoire pour être symbolique – autant que par sa position dans les rapports de production (même s’il est vrai que celle-ci commande celle-là) ».

Invisibilité

« l’invisibilité permet de rappeler qu’une part des actions et des pensées est conçue et exécutée à l’abri du regard de l’autorité. »source Les phénomènes apparaissent en dehors des discours, écrits normatifs et autres traités politiques.

Que viennent livrer les groupes sociaux (associations et autres), les individus (habitants, porteurs de projet…) comme représentations ? Quelles sont leurs pratiques ?  Actions et pensées et quel degré d’invisibilité ?

#sitespecific ne limite pas le devenir d’une proposition à sa fréquentation. La massification tend à rendre invisible les spécificités et à dissimuler des actions locales. Le nombre ne fait pas la force, de plus, l’unité réduit considérablement la marge, la bigarrure et empêche la diversification.

A l’échelle politique, faire converger peut conduire à une diffraction, la mutualisation altère un territoire local car aucun territoire ne se ressemble. Comme pour des ondes, lors de la rencontre avec un objet, l’unité serait cet obstacle au développement, la source d’ une modification voire d’une rupture dans leur diffusion. Ce pourquoi, la valorisation doit se produire à l’échelle humaine, au cœur de micro-territoires sans logique reproductible, sans avoir recours à la norme du système dominant.

#sitespecific poursuit son travail de terrain avec, notamment, une enquête qualitative (entretiens) afin d’interroger la problématique de la perception du fait urbain et des espaces verts.

Les postes d’observation qu’occupent le projet l’invite, régulièrement, à émettre des préconisations et lorsque des disjonctions sont trop flagrantes entre un projet de territoire et ses valeurs, ne serait-ce que dans l’absence de considération des habitants, des populations, #sitespecific rappelle systématiquement la vitale co-construction, ce, dès l’origine du processus projet.

#sitespecific voit, écoute et souligne la vigilance dans la considération des paroles citoyennes, les habitants sont précieux, c’est de cette rareté divisible, de cette transformation de ressources mésestimées, que les territoires pourront produire et galvaniser leur richesse humaine spécifique.

Valoriser c’est aussi prêter attention, accepter de s’arrêter dans ses réflexions. Partir à la rencontre pour se mettre en route vers des lieux étrangers, rares et intangibles.

 

Isabelle Pompe pour #sitespecific le 28 novembre 2019.

 

 

 

Stratégie résiliente pour ville humaine

D’expériences de rencontres multipliées, d’entrevues en instants d’attention, nous nous sommes trouvés, régulièrement, face à un refus d’entendre, de voir conjugué à un défaut d’objectivité. Vouloir connaître, accorder du temps, du crédit, instaurer un climat de confiance requiert une qualité d’écoute mais aussi une lucidité face à l’urgence sociale et climatique dans laquelle nous nous trouvons. Au cœur de cette rive gauche, nous percevons les messages environnementaux sans en mesurer les urgences, les leviers. Des yeux extérieurs sont en train de se tourner vers la notion de Résilience car nous allons finir par tout perdre. Nous ne pouvons nous permettre de manquer certaines opportunités, encore moins de sous-estimer les ressources humaines et les espaces disponibles dont ce territoire dispose.

« Face à l’effondrement, il faut mettre en œuvre une nouvelle organisation sociale et culturelle »

La « ville moyenne », d’où parlons-nous ?

1. Localement, nous sommes liés

Des impératifs en terme d’attitude sont attendus pour sortir de cette crise, cela se traduit par le fait de réconcilier les autorités locales et le terrain sans tomber dans le « délire de la proximité » dixit Jaques Rancière. Les communes comme les quartiers qui composent la rive gauche sont intimement liés les uns aux autres. La reconsidération du lien impose une honnêteté: ces territoires sont ce qu’il sont, qui ils sont parce que la ville de Rouen est située non loin voire tout à côté. Nous devons refuser l’ex-nihilo comme définition de soi, nous ne partons pas de rien, nos histoires sont attachées à cette ville-noyau, donc oui, par le fait urbain, nous faisons partie intégrante de son agglomération. C’est à partir de cette intelligence que nous devons modifier nos comportements.

2. La hiérarchie urbaine et la rive gauche

Les espaces sont des lieux de construction de pouvoirs d’où une certaine prise de distance citoyenne et implicitement une difficulté à mobiliser. En effet, nous évoluons au sein d’espaces fortement marqués par des attitudes politiciennes. De plus, la stratégie volontariste de la Métropole Rouen Normandie n’invite pas les communes à exister à partir d’elles-mêmes. Sa posture ascendante exacerbe la mise en concurrence, par ailleurs très dangereuse au niveau extra-local, les territoires de la rive gauche étant déjà, historiquement, sous le coup d’un défaut de focalisation.

Les mettre en compétition les fragilise et empêche les valorisations plurielles d’une stratégie réseau. Cette politique territoriale ne permet pas à ces territoires de se penser comme détenteurs de leviers d’attractivité. Elle isole plus qu’elle ne rassemble, produit de l’inertie en créer du mimétisme urbain. Un territoire possède des spécificités qui lui sont propres, rien de duplicable n’est envisageable. Par ailleurs, c’est depuis ces territoires que l’intelligence collective peut prendre racine car si elle n’est pas permise, autorisée, c’est tout un espace, cette fois-ci, de pleine relégation qui sera tenu à l’écart.

3. Nous Versus Vous

Pour sortir de ce retranchement, il convient de sortir du « nous » Versus « vous », car cette opposition est une composante de la distinction. « Parmi » et non « entre »-  ne pas disjoindre, séparer ni les quartiers, ni les communes. L’hétérogénéité d’un territoire se traduit par une diversité de « réceptions » et également par une multiplicité de regards neufs.

Chacun reçoit, comprend, traduit, exprime… Une ville est composite, les parties qui la définisse sont ses constituantes qui agissent telles des ressources parfois trop en retrait ou en attente d’être ré-activées (conscientes ou inconscientes). Ne pas les voir, ne pas les entendre reprend les objectifs d’une stratégie dominante. Cette dernière souhaite effacer les différences, les neutraliser pour mieux les contrôler et s’il elle n’y parvient pas elle discréditera les paroles différenciées.

L’une des problématiques majeurs de la rive gauche tient en ses disparités à la fois endogènes (localisme) et exogènes (stratégie dominante) qui ont agit ou que l’on a agité comme des construits, sources de tensions et de clivages. Ces résistances au changement gagneraient beaucoup à être endiguées pour opter pour une logique du commun, du réseau.

  • « Le pouvoir de l’adresse, le pouvoir de rappeler aux gens que l’on est leur représentant. Il y a un engouement pour une idéologie de la « proximité »[…]les politiciens qui passent leur temps à se persuader que leur discrédit vient de ce qu’ils ne sont pas assez proches des gens, des problèmes des quartiers, etc., Jacques Rancière

➤ Pierre Bourdieu et la Distinction

« Non seulement le beau n’est pas un concept a priori, mais, au contraire, “ les gens ont le goût de leur diplôme ” et, les catégories de la distinction dépendent de la position que l’on a dans le tableau des classes socialessource En fait, quand on parle de culture, on parle, sans le savoir, de classe sociale, et la politique ne fait pas exception aux lois de la culture et du goût. Cette lecture éclaire une dimension politique: « on s’aperçoit, au travers des schémas et de l’unification toutes les questions, qu’il s’agit, pour la première fois, de donner plusieurs chances de comprendre la même chose : la cohérence de la conduite de chaque classe et l’usage qu’en font, consciemment ou pas, les partis politiques. »

*La Distinction. Critique sociale du jugement est un ouvrage publié en 1979 par Pierre Bourdieu qui élabore dans une perspective sociologique une théorie des goûts et des styles de vie.

4. Réconcilier

  • Quitter l’esthétique et l’exceptionnel pour revenir à l’humilité, à la sobriété afin d’être en cohérence avec les limites de nos ressources. Cette approche n’est pas contraire à la modernité encore moins à l’innovation!

Pour que ces territoires se révèlent à eux-mêmes, il convient de réconcilier l’urbain et le rural, la croissance et le respect de l’environnement, la tradition et l’innovation et de réconcilier les mémoires. Sortir des logiques de classement, de hiérarchie car chaque ressource non valorisée est un manque à gagner pour ces territoires.

5. Qu’est-ce qu’une ville moyenne ?

« Les villes moyennes commencent à 20 000 habitants pour se limiter à 100.000 hab.Ce sont les cadres chiffrés retenus par les associations des maires des villes petites et moyennes de France. »source 

La rive gauche se définit par ses quartiers rouennais (Saint-Sever, Grammont- Saint Clément), ses communes: Petit-Quevilly, Grand-Quevilly, Sotteville-lès-Rouen, Saint Étienne du Rouvray, Petit-Couronne, Grand-Couronne et Oissel (cadre opérant du projet #sitespecific). Ces espaces représentent, pour certains, des communes de 20 000 habitants et plus. Ci-après les chiffres en nombre d’habitants du recensement 2016.

  1. Quartiers Rouen rive gauche : 12 388 (St Clément/Jardin des Plantes), 13 191 (St Sever)- pas de chiffre pour Grammont.

Rouen, la Seine et les quartiers de la rive gauche

  1. Petit-Quevilly : 22 089
  2. Grand-Quevilly : 25 897
  3. Sotteville : 28 991
  4. Saint Étienne : 28 696
  5. Petit-Couronne : 8684
  6. Grand-Couronne: 9676
  7. Oissel : 11 647

Pour ne pas ajouter des forces au regard du nombre d’habitants et uniquement, nous avons opté pour une redéfinition des espaces de manière équilibrée. Les espaces de référence cités ci-dessous peuvent être assemblés pour être pensés en commune moyenne, ce sera le cas pour les trois quartiers de Rouen gauche, ainsi que les trois communes Petit-Couronne, Grand-Couronne et Oissel, à partir de cela, nous pouvons induire qu’il existe six « communes » à même de définir six villes moyennes.

Les communes de la rive gauche rouennaise

 

L’idée étant d’interroger cette notion d’ échelon décisif dans la structuration des territoires.

Avant tout, valoriser les atouts que l’on a, mais sommes-nous suffisamment conscients de ce que l’on a ? Les forces de ces territoires assemblés en « ville moyenne » tiennent en ce que J-C Edouard* affirme, «les petites villes se caractérisent par leur caractère hétérogène, évolutif et mobile» soit autant de ressources à connaître, à chercher, à activer et à ré-activer.

*Edouard J-C, Les enjeux de développement et d’aménagement des petites villes françaises, Bulletin de l’Association de Géographes Français, mars 2008-1, pp.3-12)

Quels possibles et à partir de quoi ? 

1. Un nouvel indicateur, le BES

Le concept de Ville lente  tient en une certaine vision de l’urbanisation par la patience et la mesure. En France, des « villes lentes » dont Segonzac et Mirande, respectivement 2 200 et 4 000 habitants sont des figures emblématiques. source

Une philosophie du bien-être urbain est-elle envisageable sur des territoires plus peuplés ?

. »Les « villes lentes » qui signent la charte s’engagent à mener une politique municipale durable, locale et solidaire. Avec une limite aux villes de 50.000 habitants et un score moyen à obtenir sur environ 70 critères, l’entrée dans le club n’est pas donnée à tout le monde.

  • « Le label est à l’origine de la réflexion sur la richesse réelle d’une nation, résume Pierre Beaudran, Maire de Mirande et Président du Réseau Cittaslow France. Si le PIB ou le PNB en sont les seuls indicateurs économiques jusqu’à ce jour, pour que la richesse soit réelle il convient d’y ajouter le BES  (bien-être, équitable, soutenable). Le bien-être économique n’est pas suffisant s’il n’est pas associé au bien-être des personnes

2. Le label ville citoyenne

source Gazette des communes- décembre 2018

Faire confiance nécessite de croire en une stratégie « gagnant /gagnant », laisser les habitants « habiter » pleinement leur quartier car « habiter c’est bien plus que se loger » Habiter, demeurer, se loger, France Culture- 16 septembre 2019

Depuis nos quartiers, le bien-être, le caractère équitable pourrait trouver sa source dans le fait de laisser de la marge, de la place aux habitants afin qu’ils reprennent part à la vie de la cité. Lâcher du lest pour apporter de la viabilité aux initiatives citoyennes, composer avec les connaissances, savoirs et compétences des habitants/Citoyens. Fonctionner en logique de circuit -court. Ces efforts peuvent être gage d’une production autonome, d’économie pour la commune et ses habitants.

3. Partager le sensible

Apprendre à désapprendre, reconsidérer sa posture en intégrant les éléments de savoirs extérieurs.

Les habitants/citoyens constituent des « noyaux de vérité ».

Jacques Rancière nous invite à nous interroger sur nos capacités à entendre et à ne pas entendre,  à voir et ne pas voir.

« il s’agit de savoir d’abord comment l’ordre du monde est pré-inscrit dans la configuration même du visible et du dicible, dans le fait qu’il y a des choses que l’on peut voir ou ne pas voir, des choses qu’on entend et des choses qu’on n’entend pas, des choses qu’on entend comme du bruit et d’autres qu’on entend comme du discours. C’est d’abord une question politique, puisque pendant très longtemps les catégories exclues de la vie commune l’ont été sous le prétexte que, visiblement, elles n’en faisaient pas partie. « source

Ne pas confondre proximité et visibilité

Qu’est-ce qu’être proche, et comme nous l’avons avec cette notion de « dicible » que pouvons entendre, ou écouter ?

Se penser en voisins, à même d’avoir des points communs, des affinités et avec qui nous pourrions entretenir des relations étroites est impossible tant que ne serons pas en mesure de reconnaître nos propres méconnaissances.

  • La méconnaissance sociale
  • La méconnaissance historique est un fléau qui empêche de comprendre que nous sommes le fruit de diversités, que nos histoires sont sédimentées et plurielles.

Renouer du lien commence par des temps de paroles non corrompus par des jugements de valeur. Ce qui est « dit » passe par des prismes sociaux, interpersonnels car à qui s’adresse-t-on ? Cela paraît contradictoire de vouloir créer du lien alors même que nous ne sommes pas sortis d’un rapport d’autorité. Le dialogue risque d’être automatiquement biaisé.

Les mots prononcés par les citoyens demandent de la compréhension, des efforts tant l’échange a pu être rompu, cassé ou jugé vain par le passé. Si nous ne mesurons pas les freins engendrés par un rapport à une image d’autorité, nous ne pouvons recevoir cette parole avec précision. Les non-dits, les autres voies de communication, au même titre que les conditions de l’échange, de l’approche peuvent entraîner un gaspillage de ressources, une rencontre ratée.

4. Le concret et le « care »

Pour faire connaissance avec ses habitants, la concrétude est impérative. Un exercice sur fonds de questions précises, d’évaluation peut être une 1ère approche. Les impliquer de manière technique, matérielle et réaliste car leurs avis comptent, leurs idées aussi.

Ces temps d’échanges doivent être toujours conçus dans un souci de confort et de convivialité car nous ne mesurons pas quel degré de difficulté, de méfiance, de violence ces personnes traversent au quotidien.Un café, un banc, un parc gage de tranquillité… Ne pas restreindre ni se placer dans des espaces où les gênes seront démultipliées car elles vont découper les prises de parole, demander trop d’efforts.

➤ De l’importance de l’environnement physique

Le dehors: « Quand la lumière artificielle laisse place à la lumière naturelle et qu’une légère brise vient remplacer la climatisation, vos sens s’éveillent, ce qui améliore votre capacité de concentration. »source

Être en action: être disponible pour se concentrer sur l’objectif de l’instant mais ne pas rester statique car notre créativité augmente d’environ 60 pour cent quand nous nous promenons.Entendre les besoins, commencer à partir de pour construire avec.

 

La population, des données sous estimées

A partir d’une peine connaissance de la typologie de population qui compose la commune, nous nous demanderons quelle représentativité ?

Si la jeunesse, la parité ou des éléments de distinction apparaissent, elles viendront confirmer une forme de discrimination. Nous devons promouvoir l’égalité. Donc qu’en est-il du handicap ? De la perte d’autonomie ? De l’identité de genre ? Constituer des groupes de paroles libres pour faire se rencontrer les problématiques concrètes au regard des difficultés d’accès à…Penser solidarité et intergénérationnel.

Du type de logements à la place occupée par les bailleurs sociaux, recréer du lien entre ces habitants avec le souci de la mixité sociale, d’une meilleure identification des difficultés quotidiennes à même de générer un système d’entraide, ne sous-estimons pas la générosités des habitants.

« Les Français ont donné 7,5 milliards d’euros, selon la première édition du « Panorama national des générosités », de la Fondation de France – source

  • Le type de résidence, part des appartements, la présence de balcon, de terrasse pour prendre en compte la « demande sociale » de nature. Sensibiliser, faire preuve de pédagogie, co-construire des initiatives vertes solidaires comme les jardins partagés, la végétalisation des rues, des toits, penser les espaces comme des sujets de valorisations citoyennes.
  • Le taux de pauvreté des ménages sert à répondre par des actions solidaires

Identifier les besoins des classes populaires et ne pas ethniciser la question sociale. « Une étude de 2001 réalisée pour la CNAF * indique ainsi que 59% de populations analysées comme «pauvres,bénéficiaires de minimas sociaux et de familles monoparentales, vivent dans les unités de 20 000 à 200 000 habitants.

*(Aldeghi I. et Preteceille E., Les aspects territoriaux de la précarité et de la pauvreté dans la société française contemporaine, dossier études CNAF, n°26, 2001, p. 102)

Ce taux élevé indique que cette population a des difficultés et des besoins spécifiques. Cependant elle représente des corpus différenciés, pour les sensibiliser, il convient de les inclure dans tout le processus de décision.

  • Pour valoriser des actions du type ramassage de déchets sauvages, il est impératif d’identifier, avec eux, ce dont ils ont besoin.

Plusieurs initiatives de valorisation existent déjà, on offre contre un verre/bouteille remplie de mégot, une crêpe, une bière, un ticket de métro (valorisation du plastique), le transport d’une personne (Waste is more/Montpellier), une entrée à la piscine (Deauville) –  40 milliards de mégots sont jetés chaque année en France et 80% de la pollution de la mer vient de la terre.source

  • Faire de la lutte contre le gaspillage un axe citoyen majeur
  • Sensibiliser les commerçants et habitants à des initiatives écologiques et sociales : Installer des Frigos solidaires
  • Réfléchir à la mise en place d’un restaurant solidaire
  • Promouvoir la « slow food »

« En France, 9 millions de tonnes de nourriture sont gaspillées tous les ans alors qu’il y a 8 millions de personnes qui ne mangent pas à leur faim ! », s’insurge le blogueur Baptiste Lorber, parrain de l’association « Frigos solidaires« .

➤Les Frigos Solidaires ont pour but de répondre à un niveau très local à ce double enjeu : lutter contre le gaspillage alimentaire et aider les personnes en difficulté. Le principe est simple, un commerçant met un frigo devant son restaurant ou son magasin et permet aux particuliers comme aux professionnels d’y déposer de la nourriture. Le frigo est en libre accès afin que chacun puisse venir se servir. » source

➤ Restaurant solidaire

Un lieu de vie pour déjeuner, grignoter, se désaltérer mais aussi se poser et se détendre, à tout petits petits prix. « Ces restaurants solidaires permettent d’offrir un repas notamment aux familles démunies, qui représentent près de 20% des publics accueillis (avec un mobilier adapté pour les enfants en bas âge), mais également à des femmes et des hommes seuls et sans abri. Depuis leur ouverture, ils ont accueilli quotidiennement jusqu’à 850 personnes et servi en une année près de 200 000 repas.
Pour accéder à ces restaurants, les usagers sont munis d’une carte mensuelle ou d’un coupon journalier délivrés par les services sociaux et les associations partenaires, ce qui permet de maîtriser les flux de publics et ainsi d’assurer aux usagers qu’ils pourront dîner dans le calme. »Paris, 2019, source

➤ De l’importance majeure de la slow food

La pauvreté et la malbouffe semblent tellement indissociables que, localement, nous avons les offres commerciales monopolistiques de Burger King, Mac Do… Pourtant l’obésité est un problème sanitaire majeur. « Sur les 29.000 personnes qui ont participé à l’étude, autant d’hommes que de femmes âgés de 30 à 60 ans, il apparaît qu’un Français sur deux est en surpoids et que l’obésité touche toujours durement les plus modestes. Parmi les 15,6 % de femmes obèses observées dans l’échantillon, dont l’indice de masse corporelle (l’IMC), – le rapport entre le poids (en kg) et la taille au carré (en mètre) – apparaît supérieur à 30, près d’un tiers (30%) a un revenu mensuel inférieur à 450 euros. source

Plus le développement économique d’un département est faible, plus il concentre des personnes en situation d’obésité, en Normandie, près de 20% de la population générale souffrent d’obésité, 4% sont même en obésité morbide dans le département de  Seine Maritime : source

 

Chômage et résilience

1. L’hyper spécialisation comme origine

La rive gauche peut aussi se caractériser par son histoire industrielle passée et présente, gage d’emplois, de mémoire collective mais aussi de pollutions et de crises.

« Ce développement de systèmes productifs ancrés dans ces territoires est un enjeu fort pour l’avenir des villes petites et moyennes mais c’est aussi un risque de fragilisation en cas de rupture de la dynamique industrielle, ce qui peut provoquer une hyper spécialisation conduisant à la crise. Ainsi, les bassins très spécialisés sont ceux qui ont le plus souffert de la crise récente et de l’augmentation du taux de chômage comme l’a montré L. Davezies dans une étude pour l’ADCF*

*(Davezies L., Les territoires de la crise: un bilan provisoire, ADCF direct, 2010.)Assemblée Des Communautés de France

2. Chômage, de l’incidence à la ressource

Le taux de chômage s’accentue, touche une population élargie. Il agit comme un virus qui impacte les comportements sociaux. Les habitants sont affectés, stressés, ils expérimentent la perte de contrôle de leur propre vie. Une situation qui ne laisse pas indemne ce pourquoi la cité doit intégrer ceci pour construire sa politique du « mieux vivre« .

Screenshot_2019-09-22 Dossier complet − Commune du Petit-Quevilly (76498) Insee.png

Commune de Petit-Quevilly, INSEE 2016

Screenshot_2019-09-22 Taux de pauvreté par âge France 2016 Statista.png

Comparons, un instant ces deux graphiques, le taux de pauvreté de la commune de Petit-Quevilly s’installe à + de 20% pour l’ensemble (moyenne) et pour toutes tranches d’âge dans le détail à l’exception des 60/74 ans, atteignant parfois le double voire plus.

En 2016, la tranche d’âge des 40-49 ans est touchée par un taux de pauvreté avoisinant les 30% à Petit-Quevilly alors que la moyenne nationale est de 13,5%.

En encourageant la mise en place de chantiers (source d’expériences professionnelles et humaines) du type engager une dynamique de démocratie participative, mettre en valeur le patrimoine local, développer l’hospitalité et les infrastructures destinées aux personnes handicapées…Ces actions sur le long terme sont aussi une manière efficiente de considérer ses habitants, détenteurs de savoirs/compétences, comme des ressources et de réelles parties prenantes de la ville.

  • Le chômage n’est pas un temps « qui ne sert à rien », il faut toujours avoir à l’esprit que les personnes sans emploi détiennent des ressources précieuses à rè-activer.

L’isolement, la honte qu’engendrent le chômage sont des facteurs à connaître pour ne pas stigmatiser cette population. La variable temps entre alors en jeu, du temps pour soi, un temps actif où l’utile pourrait rejoindre l’agréable. Parler, sortir de chez soi, aller au devant de l’autre, construire avec lui…

Screenshot_2019-09-22 Dossier complet − Commune du Petit-Quevilly (76498) Insee(1).png

Commune de Petit-Quevilly, Chiffre INSEE 2016

➤ La bibliothèque comme troisième lieu source

  • La bibliothèque pourrait être partie prenante d’une opération de grande envergure afin de pouvoir donner un sens à ce temps angoissant passé à chercher du travail et parfois à perdre espoir. Garder à l’esprit que valoriser ce temps sur un C.V redonnera confiance, pourra encourager les logiques de réseau, stimuler le territoire, dégager des forces supplémentaires.
  • Les principes du 3ème lieu repose sur un espace neutre, propice à un échange informel entre tous les membres de la communauté, procurant des opportunités de rencontres autres que celles possibles dans les sphères privée ou professionnelle. Ces espaces agissent comme niveleur social où les individus se positionnent sur un même pied d’égalité. Un lieu d’habitués, un cadre propice au débat,  « comme à la maison » afin de régénérer du lien social, un fonctionnement sur la base du volontariat. Cette forme de compagnonnage à la demande permet de lever le « paradoxe de la sociabilité » : l’individu peut s’engager à sa guise dans des interactions avec les autres, sans souscrire aux règles qui régissent habituellement les relations plus intimes. Le troisième lieu facilite ainsi un mode d’affiliation plus occasionnel et informe.

 

L’attractivité

  1. Premièrement ne pas laisser les sur-impressions comme celle l’insécurité agir comme des critères à même d’affaiblir l’attractivité de la commune. Opter pour une campagne de communication claire, transparente pour enrayer cette « tache » sur une image.
  2. Partir depuis le solde migratoire et analyser ce qui se passe.
  3. Au regard des bouleversements environnementaux, se servir de l’avantage climatique comme d’un levier.
  4. Questionner les habitants sur la perception de leur qualité de vie ? (Partir du ressenti des habitants. L’idée étant de saisir ce qui les retient, ce qui pourrait les faire partir et canaliser les impressions d’inégalités spatiales.)

1. Connaître et développer son image

« Selon l’ONU, d’ici 2030 deux personnes sur trois seront des citadins, contre 54% en 2014 et 30% dans les années 1950. Le taux d’urbanisation pourrait même exploser dans certains pays en atteignant les 80%. Avec des villes de plus en plus étendues et peuplées, la qualité de vie des citoyens risque d’être fortement impactée. Afin de rester attractives et au service de leurs administrés, les villes sont de plus en plus nombreuses à développer des projets de Smart City qui permettent de revoir la place du citoyen dans la ville. »source

Une ville serait un reflet, un miroir, les habitants se retrouvent-ils dans cette image ? Et entre cette image voulue par la ville et la réception qu’en ont les habitants , quelle connexion/Déconnexion ? Quelle marge ?

  • Tenir compte d’une exigence citoyenne
  • Tester ses outils démocratiques et fonctionner en amélioration constante.(Penser confort, convivialité comme nous l’avons vu en amont)
  • Repenser son accueil physique en mairie, créer du lien entre les structures existantes dans une logique de maillage.

➤ Les réseaux sociaux et la e-reputation

Questionner les usages d’internet et de Facebook des habitants des communes

  • Soigner sa présence  sur les RS et sa stratégies – e-reputation Source
  • Créer de la distinction: place à la créativité : source
  • Quels RS: source

Facebook et les villes moyennes

A nombre d’habitants comparables, prenons quelques exemples de deux communes et comparons leur nombre d’utilisateurs (20/09):

  1. La ville de Beaune– Côte d’or – page crée en 2010 (21 644 en 2016) -5664 personnes suivent ce lieu.Notée 4, 4/5
  2. La commune de Saint- Dizier – Haute-Marne (page crée en 2010) – env. 25 000 habitants // 13 992 personnes suivent ce lieu.

Alors que nous aurions pu imaginer la première être une source d’attractivité et donc naturellement générer plus de fans, nous sommes surpris par le  ratio impressionnant entre ces deux villes moyennes, Beaune touche, en nombre, le quart de sa population, Saint-Dizier plus de la moitié!

Facebook, une agora comme les autres ?

L’image peut s’observer à l’aune d’une capacité à attirer, de la place qui est faite à l’échange… Facebook est un outil relai mais pas que. Limiter son usage, pour une commune, revient à minorer sa place dans le quotidien des habitants et à sous-estimer sa capacité de valorisation.Créer les conditions de la prise de parole, penser interactivité et laisser place à une communauté

  • Créer une plateforme ou un groupe Facebook où pourraient s’exprimer les habitants en fonction de leur problématique afin de mesurer leur degré de connaissance des services de la ville et les autres, l’accès à l’information et la compréhension de celle-ci. Un espace numérique pensé comme un outil de mesure et d’ajustement. Inspirer la confiance, mobiliser ses citoyens, ses visiteurs, générer du trafic, de la visibilité pour obtenir des données quantifiables et interprétables.

En initiant ce groupe qui ferait office d’agora, ouvert le jour comme le soir, les jours fériés comme les dimanches, cela permettrait de sortir du cadre formel.

  1. Penser à des sondages
  2.  Des billets d’humeur*
  3. Mettre en place des jeux, des places à gagner…
  4. Créer des « battle », intégrer les structures, asso, acteurs à jouer le jeu…
  5. Apprécier à sa juste valeur l’attachement que les habitants ont pour leur commune et se penser à partir de cela, créer un #, à l’instar de Nantes et son #NantesPassion.
  6. Demander l’avis aux populations, faire voter…
* Les archives de la commune de Petit-Quevilly sont exceptionnelles, de surcroît Michel Croguennec effectue un travail remarquable, ses actions, ouvrages et recherches au même titre que ces archives sont des valorisations prioritaires à effectuer.

➤ Questionner les moyens dont disposent les structures culturelles de la ville. Comment s’en emparent-elles, quel réseau parviennent-elles à constituer ?

  •  Bibliothèque François Truffaut Versus Bibliothèque de Sotteville

La page Facebook de la Bibliothèque de Sotteville-lès-Rouen est constituée autour d’une communauté de 1203 personnes à ce jour (20/09/2019). Elle est recommandée par 17 personnes et lui est attribuée la note de 4,6 sur 5. Son dernier post date de la veille.Elle possède une photo de couverture et de profil en lien direct avec son actualité.

Celle de la bibliothèque François Truffaut de Petit-Quevilly  n’a pas de photo de profil, le dernier post date du 25 mai 2019 soit il y a quatre mois, et la photo de couverture de la page correspond à cette dernière actualité. 25 personnes aiment la page.

Le « dynamisme culturel » d’une commune de taille moyenne peut s’observer à l’aune de ce type de résultats. Sotteville, qui rassemble env. 29000 habitants semble nettement plus attractive.

  • La gestion d’une page et la création de contenus pour cette structure peuvent être des outils de valorisation pour le personnel de la bibliothèque, à défaut, la prise en charge d’un stagiaire en community management/Communication, idéalement un social media manager, pourrait être une très bonne initiative.

➤ Créer un lien physique fort entre les structures

L’ancrage physique dépend de la relations entres les structures culturelles et les lieux de la commune et de l’autonomie dont elles disposent: Les lieux à valoriser sont pluriels et leur valorisation peut s’effectuer sur des temps forts mais aussi de façon plus pérenne dans le souci de diversifier les publics, travailler dans le sens du croisement des disciplines et publics sur le long terme.

  1. Observer les publics de ces structures: mettre en place la question de la provenance de manière systématique (code postal voire quartier). Ceci permettra de mettre en valeur les freins au déplacement. A partir de cela, réaliser une enquête auprès des habitants pour mieux les identifier et ensuite voir les actions à mettre en place pour tenter de les corriger.
  2. Considérer tous les lieux existants comme des acteurs de la valorisation culturelle dans le but de ré-activer une vie culturelle, source d’animations et de décloisonnement (Bibliothèque F.T, CDN Foudre, Chapelle St Julien + Tous les espaces publics/ verts pour la commune de Petit-Quevilly par exemple)
  3. Réconcilier les cultures et les formes

 

Tourisme, culture ? Quelle rareté ?

En mettant en lumière le travail du monde associatif, nous soutenons des acteurs indispensables à notre stratégie d’attractivité. Si ce dernier ne possède pas de visibilité numérique efficiente, convier les habitants à venir partager leur expérience sur des canaux de communication diversifiés.

Comme un petit récapitulatif de ce que nous avons déjà avancé, sachez qu’une ville est attractive lorsque:

  1. Celle-ci cultive sa propre identité pour se différencier, se montrer atypique, ouverte et étonner
  2. Elle propose une architecture et un « visage urbain » à la fois ordonné et diversifié
  3. Elle est vivante (des commerces, lieux de vie, penser pluriel dans les fonctions des lieux existants, créer des petites centralités même éphémères…)
  4. Elle offre des endroits qui favorisent les rencontres, rester soucieux de ces espaces (propreté, entretien, pédagogie, mêler les citoyens à sa gestion différenciée, valorisation des gestes type ramassage)
  5. Elle est à échelle humaine
  6. Elle permet de flâner, où l’on prend plaisir à marcher, à circuler à vélo.

Suite à cette liste, à nos précédentes remarques, nous pouvons nous demander si, au delà de la sous-exploitation de l’existant, pour le cas de la commune de Petit-Quevilly, existe-t’il d’autres voies à explorer ?

Une ingénierie particulière pour une ville apaisée et productive

les villes moyennes doivent prendre en compte toutes leurs spécificités, de ce fait, construire à partir d’une ingénierie distinctive.

Les corridors biologique, la végétalisation des espaces, des toitures pour « cacher cette ville que je ne saurai voir », des voies vertes au transport doux.. Qu’est-ce qui pourrait tranquilliser nos rapports immédiats à notre extérieur commun ?

« Cette notion de corridor a le mérite d’être en phase avec le concept de « ville apaisée » qui trouve une oreille attentive auprès des citadins. Pouvoir marcher le long d’un itinéraire vert, « mi-promenade urbaine, mi-jardin public », telle est la demande des citadins. Afin de répondre à cette attente, nous préconisons de décliner le concept de corridor biologique, en développant une offre alternative d’espaces verts linéaires. À l’image du bocage, il s’agit de rétablir des connexions vertes : jouer sur la palette végétale, la densité et la diversité, pour aménager des axes verts multifonctionnels, réhabiliter l’avenue-promenade ou le quai-promenade. Si la largeur et la longueur d’un corridor biologique sont des paramètres fondamentaux pour augmenter les capacités d’échanges, une voie verte fonctionne mieux si elle allie différentes utilités écologiques et paysagères et si elle encourage les modes doux de déplacements. Une voie verte cumulant ces atouts a toutes les chances de séduire les citadins. »

  • Réinscrire une production locale

Potager partager, rucher-école…L’idée étant de sensibiliser, dès le plus jeune âge, aux gestes en faveur de la biodiversité ordinaire, du tri sélectif, de la lutte contre le gaspillage. De travailler avec la volonté d’apporter la plus grande vigilance dans le domaine alimentaire: apprendre à se nourrir de façon équilibrée, réapprendre à se nourrir…

➳Prendre appui sur l’exemple du jardinage durable de Joseph Chauffrey

« Depuis six ans (2017), Joseph Chauffrey possède un jardin à Sotteville-lès-Rouen qui lui permet de produire 300 Kg de légumes. Son terrain n’est pas plus grand qu’un autre: 200 m2, maison comprise. Le potager fait 25 m2, la serre 5 m2. Un petit verger de 10 m2 accueille aussi des pommiers, de la vigne, des kiwis, un poirier et un figuier. En petits fruits, il a un mûrier, des framboisiers, du cassis, des groseilles, des myrtilles, des airelles, des baies de goji, des fraises, du sureau, de la rhubarbe.source

40 M² pour 300 kg de production, vous imaginez le ratio de 7, 5 appliqué, ne serait-ce que pour 500m² sur n’importe quel espace vert d’une commune, cela représenterait 3750 kg.  Si nous prenons en compte que les Français mangent en moyenne 125 kg de fruits et légumes par an, nous pourrions produire pour 30 personnes.

Beaucoup d’acteurs locaux produisent un travail conséquent en terme d’animations, d’actions de sensibilisation, des rencontres tel que le « village des alternatives  » accueilli sur le site de la Friche Lucien en septembre 2019. Programme Alternatiba  De plus, non loin, se trouve des lieux de référence et notamment un modèle française en permaculture, celui de la Ferme biologique du Bec Hellouin (Eure), qui dispose, par ailleurs, de son propre centre de formations. La Ferme du bec Hellouin, la permaculture est-elle l’avenir de l’agriculture /Podcast France Culture 14 juin 2019

  • Initiatives inspirantes et mise à contribution des espaces & Acteurs

Le projet MiniBigForest  et leur Forêt urbaines participatives – « Inspirés par la méthode Miyawaki*, nous concevons des forêts urbaines à haut potentiel de biodiversité, de végétalisation, et de lien social, que nous plantons avec des équipes bénévoles sur tous vos sites (dans votre ville, votre école, votre entreprise, ou sur votre terrain !).  *méthode: « Micro forêt native à croissance ultra rapide, 300 arbres sur des surfaces aussi petite que six places de parking »Source

‣ Le festival Aux Arbres (Nantes) est le premier événement professionnel et citoyen qui célèbre l’arbre. Après un lancement réussi en 2018 et deux jours d’événement, Aux Arbres ambitionne de catalyser les énergies positives en faveur des forêts, de la biodiversité et du climat.Cet écosystème souhaite rassembler, avec ses partenaires, tous ceux qui souhaitent agir pour préserver l’arbre dans leur quotidien : famille, enfants, citoyens engagés, professionnel, experts, scientifiques, associations, grand public.Source

‣Les forêts indigènes à petite échelle sont des projets portés par Urban Forests, ces initiatives sont relayées par les écoles afin de sensibiliser, de former, créer…

‣ »La Ville comestible » est un concept développé par l’association « Les vergers urbains »source

  1. Les vergers Urbains est une association qui a vocation à rendre la ville comestible en impliquant les citadins dans ses projets. Rues, trottoirs, pieds d’immeuble, toits, friches, balcons : au-delà de simples ornements, notre objectif est de valoriser ces espaces verts en les rendant comestibles, à travers une appropriation collective et non exclusive par les résidents.

Balcons, toits, ainsi que les espaces hors -sol (jardinière surélevée) peuvent être pensés localement pour ce type d’aménagement. (Pollution des sols)

  1. Vergers Urbains compte aujourd’hui plus de soixante-dix projets à son actif : chacun questionne la place de l’agriculture et de la nature dans ces espaces communs urbains, ainsi que la place des citoyens dans la mise en valeur de leur quartier, à travers des actions participatives relevant d’un fort enjeu social.

 

Veni-Verdi développe une agriculture urbaine participative, pédagogique, solidaire, citoyenne et respectueuse de l’environnement. Nous souhaitons produire une alimentation saine, accessible au plus grand nombre. L’association est présente dans les écoles, collèges, sur les toits ou au sol, dans les résidences des bailleurs sociaux…Entre la végétalisation des toits, la création de jardin nourricier dans les collèges, l’association multiplie les initiatives telle que l’installation d’ un module d’hydroponie et d’aquaponie (permet de cultiver sans substrat, grâce à un circuit d’eau fermé) toujours sur le toit du collège (Flora Tristan)

Veni verdi.jpg

Source Page Facebook de l’association

 

➳Localement, le projet « Champ libre « , Le nouveau visage de l’hippodrome des Bruyères situé cœur de la rive gauche, doit intégrer davantage de surface productrice dans son ADN.  Seul 2,5 hectares seront réservés à une ferme « permacole » sur les 28 hectares de surface.

➳Tous les espaces verts (Petit-Quevilly, par exemple) du type square, parc des chartreux, jardin du Cloître… Ne doivent plus voir leurs espaces « contraints » car ils sont « gaspillés » en raison de leur sous valorisation. Nourrir mieux c’est aménager des espaces de production en ville et lutter contre les gaspillage.

➳Sensibiliser les lieux qui possèdent un espace vert/Jardin suffisamment grand* (CAUE, Les Copeaux Numériques…) à l’élevage de poules (une poule pondeuse pond 300 œufs/an)

*Pour deux poules il faut compter 40 m2 d’enclos minimum, plus grand, c’est mieux encore car même avec 40 m2, vous risquez d’être confronté à un manque d’herbe au bout de quelques mois.

➳Soutenir et aider les initiatives du type « Jardin partagé »

Cette initiative volontariste irait dans le sens d’une politique respectueuse et soucieuse de ses citoyens/Habitants en termes de qualité de vie et de santé.

 

Une ville résiliente c’est une ville qui respecte, valorise, optimise, économise et qui prend soin.

 

Populations & Besoins spécifiques

Pour agir en territoire responsable, en gestionnaire respectueux , il ne faut pas exclure. Penser intergénérationnel, transmission, mémoire et participatif pour ne pas ajouter de territorialisation à des espaces déjà très marqués, genrés, où la mixité sociale peine à se créer. De plus, les âges sont là pour se croiser.

⇀Valoriser les différences

Placer au centre de son approche l’idée selon laquelle nous apprenons de nos différences, que les cultures sont tant écrites qu’orales, que leur transmission souligne une considération, un respect, que les savoirs-faire sont, parfois, en dormance faute de reconnaissance, les valoriser c’est reconnaitre des mémoires et des savoirs ancestraux.

Le territoire a un vécu, lui-même enrichi par des sédimentations historiques qui ont traversé ses populations, elles-mêmes sont le fruit de diversités, ne l’oublions pas.

⇀La féminisation de la population est un élément distinctif, combien sont-elles, combien de foyer monoparentaux féminins ? Afin de mieux inscrire la nécessité de la sororité et l’émancipation comme valeurs.  La place de la femme dans l’espace public est une question politique dont il faut s’emparer car créer les conditions d’une appropriation peut engendrer une façon de se responsabiliser, de prendre en autonomie, gagner en indépendance.

⇀Les familles, elle peuvent être actrices de la prévention, les amener à réfléchir à des questions comme la place du genre dans les activités sportives et culturelles. Avoir à l’esprit que sensibiliser, c’est aussi créer voire recréer du lien, du liant.

  1. Ne pas contribuer à la création de davantage de gênes et de pollution (sonore, visuelle, air, sol…)
  2. Pallier aux besoins en énergie, ne plus gaspiller l’énergie, isolation, lumière dans la ville, récupérer la chaleur,  végétaliser, réutiliser l’eau…
  3. Produire de l’énergie.

 

Vous ont été présentés, ici, des axes, des pistes à développer et à enrichir…

Isabelle Pompe pour #sitespecific, dernière modification, 25 septembre 2019

 

 

 

 

 

 

 

Ligne de partage Vs Ligne de front

Parlons de partage, de frontière et de limite. Une ligne c’est quoi ? Deux options s’offrent à nous:

  • Trait continu, dont l’étendue se réduit pratiquement à la seule dimension de la longueur : Tracer, tirer des lignes.
  • Trait réel ou imaginaire qui sépare deux éléments contigus ; intersection de deux surfaces : La ligne de l’horizon.

Voire trois: trait tracé sur le sol pour délimiter une piste, en marquer le début et/ou la fin : Ligne de touche.

Ligne de partage

Le partage c’est quoi ?

  • Action de diviser une chose en portions, en parties : Le partage du butin.
  • Fait de partager quelque chose avec quelqu’un : Le partage du pouvoir.

Ce qui nous intéresse, tout d’abord, c’est la ligne de partage. Cette association de mots est aussi régulièrement associer à « la ligne de partage des eaux » (limite géographique qui divise un territoire en un ou plusieurs bassins versants. Plus précisément, de chaque côté de cette ligne, les eaux s’écoulent in fine dans des directions différentes…En France, il existe des points triple et quadruple avec par exemple Rhône/Seine/ Meuse, Rhône/Seine/Loire, Rhône/Loire/Garonne…)

Ici, avec Site Specific, nous sommes avec la Seine pour unique actrice, de ce fait, pas de « ligne de partage des eaux ».

Chaque métropole entretient un rapport avec son fleuve qui cristallise parfois une relation proche de la symbiose ou une difficile cohabitation. Le 1er élément à observer ce sont la considération des quais et leur aménagement. Nous comprenons qu’à Rouen, les quais ont aussi été pensés comme des hébergeurs de paquebots touristiques. la rive droite avait ses occupants saisonniers et qu’en était -il de la rive gauche ?

La rive gauche est doublement coupée car la ligne de chemin de fer suit la Seine.

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Europa (Gare désaffectée Rouen rive gauche), IPL, 2015

Disons qu’elle avait sa ligne de chemins de fer, ses trains, son dépotoir tout du long, que, de temps à autres, quelques voitures venaient y faire des courses, des dérapages pour se marrer, que longer ses quais c’était comme traverser un pays dont le sol et le décor étaient suspendus à une époque antérieure…Mais cela pouvait avoir son charme, sa forme de mélancolie…

Et puis, petit à petit, on a commencé à voir apparaître, des éléments de décor comme des choses en couleur:

rue-rouen

Red (quai rive gauche), IPL, 2015

Cela n’a pas vraiment changé à cet instant, d’ailleurs, mon étonnement fut grand lorsque j’ai découvert ces baby-foot seuls, rouge, là. La dignité de la rive gauche n’était pas pleinement réhabilitée avec ces petits efforts, une courtoisie à peine. La balance entre les quais allait prendre encore un tout petit peu de temps.

 

La différence

« Caractère ou ensemble de caractères qui dans une comparaison, un ordre, distinguent un être ou une chose d’un autre être, d’une autre chose. »Source

Pour celui qui se postait d’un côté ou de l’autre de la Seine, les éléments de disparité étaient flagrants. En face, les quais avec le Marégraphe étaient de toute beauté avant le Panorama XXL. D’ailleurs, il fut question, un temps, que cet équipement déménage rive gauche….

Désormais, les quais ont leur arbres et n’ont plus leur fête foraine. Les face à faces se passent mieux déjà à hauteur des quais, après cela se corse toujours un peu dès qu’on en sort et qu’on emprunte les rues qui irriguent les quartiers St Sever, Europe, Grammont, St Julien, Jardin des Plantes et la direction du Petit-Quevilly via l’avenue de Caen…

Trop, beaucoup trop de voitures circulent, bouchent, polluent ces axes et le ressenti en termes de vie de quartier est à la peine. La faute à des aménagements urbains pour le « tout voiture » ou plutôt, le « tout transport routier ». Les piétons galèrent, les vélos tentent leur chance un peu. Les lignes de front que sont ces rues, avenues où les véhiculent circulent en trop nombre, souvent à trop grande vitesse apportent au décor une grande indécence. Le charme n’opère plus car cela n’a rien de très agréable comme promenade pédestre…

  • Les milliers de pots d’échappement, ça empoisonne
  • Les milliers de véhicules routiers, c’est dangereux, bruyant et cela prive toute qualité de l’air, de vie.
  • Les communes écrasent sous le poids de leur « sur-immatriculation »
  • Les transports en commun tel que le Teor ou le Métro usent les rues, les quartiers et crèvent le commerce local. Regardez Rouen rive droite et l’avenue Alsace Lorraine, continuez avec Le Petit- Quevilly et l’avenue de Caen/Jaurès depuis le métro….D’un côté, l’ennui ce sont les qualités d’aménagement de ces lignes…Elles sont au mauvais endroit ou non adaptées, elles empêchent toute centralité pour les habitants et donc la création de lieux fluides de partage. D’un autre côté, avant, il y a peu, le métro n’existait pas…et donc la distance allait de pair avec la différence…

Ici, rive gauche, nous subissons la voiture et l’absence de vie de quartier, de centralité tout simplement pour certaines communes c’est très flagrant, ce ne sont que des lignes, et encore des lignes, des horizontales, droites, tout droit, toujours tout droit…Mais avant, cela, nous évoluons derrière nos fortifications à angle droit.

coupe au carré.jpg

Un jour flou d’angles, IPL, 2015

Notre enceinte, notre enclave, la cité administrative, la tour des archives, passez par la Place Joffre c’est plus agréable même si le balai des voitures, la ligne droite jusqu’à St Sever et le métro qui suit la ligne c’est un peu trop « toujours tout droit »….

Le Centre commercial St Sever est un lieu privé qui fait office de lieu de vie car la mairie n’est pas parvenue à avoir l’idée de créer un endroit de partage. A côté du centre, il y a la MJC et les services sociaux, de l’autre côté le marché Place des Emmurés, ok. Les rues du quartier sont résidentielles et les quelques commerces « ghettoïsent » les espaces, par exemple, ceux de la rue Lafayette, de la rue St Sever. Dans le même temps, à Rouen, les loyers même rive gauche sont chers, les baux commerciaux sont en grande difficulté idem rive droite.

  • Pourquoi ne pas pas proposer des baux précaires, solidaires, associatifs ou je ne sais pour ne pas laisser mourir ces quartiers ?
  • Et ne pas se recentrer sur la rive droite et son hyper centre historique en termes d’actions de ce type.
  • Cesser le clivage cela commence aussi là, permettre les conditions d’une mixité repose sur le fait qu’il ne faut ni abandonner ni privilégier.

 

Le manque d’équité

En écoutant l’histoire de la rive gauche et la perception qu’en ont les habitants lors d’entretiens, nous pouvons prendre la mesure d’un sentiment de colère, d’abandon en raison d’un manque de traitement égalitaire. Au point que les appellations rive gauche et rive droite avaient, un temps, disparu au profit de Sud, Nord, Est et Ouest. Il n’en demeure pas moins que le code postal est une affaire qui passe encore très mal. 76000 et 76100 ressort comme parfois « une différence injuste », un « cela veut tout dire » , « un symbole ». Cette distinction géographique est nourrie par la concurrence déloyale qui prédomine sur les deux rives. Une compétition? Non, une affirmation de supériorité d’un bord et une déconsidération pour l’autre.

Screenshot_2019-05-15 Arrondissements de Paris — Wikipédia

 

La faute ne revient pas au fleuve.Il est vrai qu’à Paris, la Seine traverse aussi la ville, c’est aussi un département, mais ce n’est pas tout à fait à partir du fleuve que les vingt arrondissements municipaux forment « l’escargot ». Les 20 arrondissements ont été créés en 1859.

 

 

La distinction

A l’origine, Rouen existait seulement rive droite. ce qui constitue un problème historique majeur car c’est « à partir de » et non « avec » que la ville s’est développée. Son aire urbaine relève de la Métropole Rouen Normandie, donc non, la rive gauche de Rouen, ce n’est pas la banlieue. Il est vrai que le passage d’un état de la matière à un autre est encore perçu, aujourd’hui, comme une altération. Ce qui se trouve être à l’origine de cette distinction. Le fait d’avoir annexé la rive gauche au monde premier rouennais (rive droite) continue d’alimenter les logiques excluantes. En face pas de réplique, pas de ressemblance, avec ce tête à tête de rive se plante une ligne de front, une ligne d’opposition, de camp adverse. Le meilleur moyen pour la rive gauche d’exister pleinement, librement serait de refuser ce jeu de dupes, de s’émanciper de ce rejet, de ce traitement de défaveur, de refuser ce qui la hiérarchise.Pour cela sur qui peut-elle compter ? Qui pour la promouvoir, pour la dire, la raconter et d’ailleurs où se fixent les regards ?

Entre les quais et le jardin des plantes ?

« La rive gauche ne se limite pas aux bords de Seine. Plus en retrait, le Jardin des plantes devient un spot de choix pour les touristes. Près de 568 000 personnes l’ont visité en 2016. Le centre commercial St Sever est cité toutefois, les grands travaux du quartier ont marqué économiquement durablement, de plus, les touristes se voient régulièrement proposer davantage d’offres de restaurants et d’hôtels rive droite ce qui parfait la névrose des commerçants. « Antoine Péllerin, réceptionniste à l’hôtel Saint-Sever, fait le même constat : « L’affluence est meilleure en semaine, nos clients sont surtout des gens venus pour leur travail à Rouen et qui habitent loin de l’agglomération. Quelquefois des cars de touristes allemands ou hollandais arrivent jusqu’ici tout de même, mais c’est peu fréquent. », le journal poursuit pour cet article du 30 mai 2018 : « Beaucoup d’eau coulera encore sous les ponts avant que les deux rives se rapprochentSource

  • « L’office de tourisme organise « des rallyes de visite » dans le quartier Grammont deux fois par an – des visites à pied de 2 à 3 heures accompagnées d’un guide qui s’adapte aux thématiques choisies par les familles. » Source
  • Et enfin, le Parc urbain des Bruyères (L’ancien hippodrome, à cheval entre Rouen, Sotteville-lès-Rouen, Saint-Étienne-du-Rouvray et Le Petit-Quevilly fermera mi-juin. Il ne rouvrira qu’à l’issue des travaux, prévue fin 2019.)

 

Avec Site Specific, essayons de valoriser cette rive comme elle le mérite et donnons à voir les images de celle-ci, son histoire, sa mémoire, son patrimoine et ses habitants.

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Trois couleurs: Bleu, IPL, Petit-Quevilly, 2019

Le Petit-Quevilly, commune de résidence, possède des ensembles architecturaux, une histoire ouvrière passionnante et toujours des ambiances!

De nouveaux lieux émergent, tels que le Kaléidoscope des Copeaux Numériques

 

Les copeaux numérique Mutter.jpg

L’intérieur du Kaléidoscope, 2018, Crédits Joëlle Petit

 

Au-delà des lieux, des noms, des labels et des projets, toutes les communes de la rive gauche sont des mines d’or au quotidien, elles offrent un « patrimoine de l’humilité ».

 

Pour dernier exemple, comment est-ce possible que peu de personnes connaissent le pôle régional des savoirs qui a, certes, depuis changé de nom mais, au fait, quelle est sa mission?

L’ATRIUM

L’Atrium, ex-Pôle régional des savoirs, devient un nouvel espace régional de découverte des sciences et techniques de Normandie.

D’une surface de 1 000 m² d’exposition, il abrite jusqu’en octobre 2019 l’exposition annuelle sur l’espace et l’aérospatiale « Voyage vers Mars. Découvrir la science de l’air, de l’espace et ses métiers », co-construite avec NAE, la Cité de l’Espace de Toulouse, la Cité des Sciences et de l’Industrie, des partenaires de recherche locaux, la Cité des Métiers de Normandie…

Y sont hébergées une quinzaine d’associations régionales qui  œuvrent pour le partage des savoirs et des connaissances dans différents domaines : Cité des métiers de Normandie, Agence régionale de l’environnement, CARDERE, Normandie Images, Normandie Livre et Lecture, Promotion Santé Normandie, Journal Globules…

Source

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L’Atrium c’est :

  • Un lieu scolaire et grand public, ouvert du mardi au dimanche
  • Une grande exposition de dimension nationale
  • Une animation menée par Science Action Normandie, pour la diffusion de la culture scientifique et la découverte des métiers, en lien avec la Cité des Métiers.

 

Nous reviendrons, plus en détail, ultérieurement sur des structures et leur typologie de publics, telles que Seine Innopolis qui malheureusement ne repose pas sur un projet en partenariat avec la population locale et de, ce fait, fait figure de beauté architecturale inaccessible pour les habitants de la commune.

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Seine Innopolis (Ancienne usine de filature- La Foudre), Petit -Quevilly, IPL, 2016

 

Isabelle Pompe, 15 mai 2019

 

 

 

Territoire social & Voiture # 2

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In advance of a broken car, IPL, 2017

Nous avons vu précédemment dans Territoire social & Voiture # 1, l’automobile fait partie intégrante de notre « paysage ». Nous résidons, pour la plupart, dans des espaces de relégations, des banlieues où ce mode de déplacement est presque le seul moyen opérant pour se déplacer. De plus, de par notre territoire social, et ce constat, nous sommes les premiers à subir les effets néfastes de la voiture -pollution- dépendance- coût associés. Par ailleurs, il existe un amour populaire de l’automobile.

Paradoxe ?

Non, elle appartient à une culture populaire, c’est un patrimoine défendu qui possède des « valeurs ». Alors, dans cet article, nous évoquerons les modes d’expression de cette culture « voiture ».

Pourquoi ?

Parce qu’à « territoire social » s’associent des pratiques populaires qui se doivent d’être traitées sans jugement de valeur. De plus, ces cultures/ loisirs sont stigmatisés, parfois dénoncés, décriés…Ici, sur mon territoire d’habitation, sur quelques mètres à peine, je vois chaque jour mon jeune voisin et sa « voiture tunée » bleue, mais surtout, je l’entends. J’ai aussi à portée de vue, mes autres voisins en bas, en face, en train de réparer voiture, camionnette/camion qui se composent de deux groupes distincts.

C’est depuis ces postes d’observation que s’est structuré cet article, autour de deux postures: l’acteur et le spectateur. La 1ère partie de cet écrit concerne l’acteur avec la notion du « faire« – sera donc développé la pratique du Tuning. Elle sera également questionnée comme marqueur social. Nous l’avons noter, précédemment, il existe un amour populaire de la voiture, de ce fait, il semble intéressant de nous pencher sur les courses automobiles à travers la posture du spectateur. Avec Les 24 h du Mans et la Formule 1, au regard de leurs stratégies et territoires, nous développerons la question de la réception de leurs publics. Nous irons, ensuite du côté de la mécanique comme activité et secteur pour reprendre cette posture de l’acteur – « du faire« , puis vers la mécanique « sauvage« , en tant que spectateur, en nous demandant comment est définie, vécue cette pratique ? Et enfin, L’approche, à la fois anthropologique et artistique de David de Beyter, des « Big Bangers ». Cette communauté qui vit le crash de voiture comme art de vivre.

 

« Dans l’horreur que suscite, chez certains, la sociologie entre pour beaucoup le fait qu’elle interroge le premier (ou le dernier) venu au lieu de donner la parole seulement aux porte-parole autorisés ».

Pierre Bourdieu, La distinction.

 

La suite qui serait susceptible d’être donnée à cette série d’articles -consacrée à notre rapport affectif et subi aux voitures – pourrait prendre la forme d’une documentation visuel. Un travail de portrait (ethnophotographie) des résidents de ma rue et de leur véhicule.

 

1. LE TUNING

En transformant les comportements de ces populations issues des classes populaires en mépris de classe, ce sont des lieux de mémoire, générationnels par définition, que l’on attaque, que l’on moque. Une mémoire ouvrière, rurale dont le récit des portes-paroles légitimes a été si souvent refusé.

Le Tuning, un marqueur social

Pour explorer cette discipline/pratique/loisir pas si évident à définir, nous reprendrons les propos de Yoann Demoli (co-auteur avec Pierre Lannoy de l’ouvrage « Sociologie de l’automobile » paru en janvier 2019 aux éditions La Découverte), les travaux d’Eric Darras et son article « un lieu de mémoire ouvrière: le tuning » et l’émission de Chloé Leprince sur France Culture du 13 mars 2019, « Beauf, plouc et gros Jacky : de Shakespeare au tuning, ces (dé)goûts qui innervent le mépris de classe. »

 

Le « tuning » est le parangon de ce qui est moqué dans la voiture par certaines catégories sociales comme un « truc de beauf » selon Yoann Demoli Source

« Une passion pour l’automobile est une pratique culturelle classante, c’est-à-dire une pratique culturelle observée avec condescendance et mépris par les instances culturelles. Selon le sociologue Pierre Bourdieu, « la pratique culturelle sert à différencier les classes et les fractions de classe, à justifier la domination des uns par les autres ». (Source)

« Cette fracture automobile recouvre une fracture culturelle. A chaque fois qu’il est question de tuning, le message sous-jacent est : comment peut-on aimer les voitures ? Comment peut-on aimer les voitures alors qu’au mieux cet ustensile doit être perçu de manière utilitaire, sans compter tous ceux, qui, dans les grandes villes désormais, n’en possèdent plus. » Source

« Il est loin le temps où les dominants de Pierre Bourdieu avouaient aimer les voitures, il faut remonter pour cela au temps de Françoise Sagan et de Pompidou, comme si, depuis lors, les routes de chaque classe sociale s’étaient séparées sans jamais pouvoir se rejoindre. » Source

 

Une tentative de définition

« Le tuning semble défier la sociologie de la culture : il relève à la fois de l’activité populaire et esthétique, de la pratique culturelle et sportive, individuelle et collective, de la « passion » ordinaire préservée bien que fortement méprisée et réprimée par le droit et les forces de l’ordre ; il s’agit encore d’une activité culturelle pratiquée par de jeunes hommes virils et pourtant patients et exigeants, des individus modestes pour un loisir coûteux. » Eric Darras – source

Un aperçu historique

De son côté dans l’émission de France culture, nous parlerons plus facilement de loisir.

« Ce loisir né de la bidouille de vieilles carcasses avec le “hot rod” dans l’Amérique des années 20 pour faire des rodéos du côté de San Francisco, est arrivé en France au début des années 1990. Au plus fort de son succès, voilà une petite dizaine d’années, les sites spécialisés estiment que le tuning aurait rassemblé jusqu’à 200 000 passionnés.

Entre-temps, sa popularité outre atlantique devait beaucoup à la jeunesse hispanique puis aux rappeurs à grosses cylindrées dorées. » Source France Culture

Qui sont ces passionnées?

Le travail d’enquête sur le terrain mené, dans la région de Montauban en 2012, par Eric Darras a permis de souligner que tous ou presque appartenaient à une jeunesse rurale. Tous sont confrontés aux  » transformations socio-économiques lourdes auxquelles ces jeunes hommes tentent aussi d’apporter leurs réponses par le tuning. Mais les tuners se distinguent néanmoins des plus démunis par les ressources, savoirs et savoir-faire précisément objectivés dans et par leurs véhicules tunés, objets d’une fierté individuelle et collective. » Source Eric Darras

Pourquoi?

« Le tuning revêt des critères esthétiques, célébrés lors des meeting et autres compétitions. Les prix, trophées sont autant de récompenses convoitées ce pourquoi le « Faire pour faire » est primordial et ces « ouvriers qui font du beau »  deviennent des « œuvriers ». L’idée étant que « c’est beau parce que c’est bien fait« , l’amour du travail bien fait doit être perceptible : « l’objectif c’est de montrer notre passion ». »Source

Les « mains » & l’enfance

Chez les virtuoses, le tuning prolonge un intérêt déjà ancien pour le dessin ou la mécanique parfois devenue activité professionnelle. L’enfance, comme origine de la vocation est citée, pour les plus doués.

Passages

L’évolution des customisations évolue avec l’âge, le vélo, puis les scooters, motos en enfin la voiture avec l’obtention du permis de conduire comme libérateur, désinhibant moyen d’avoir enfin accès au Graal. Avec l’âge, la passion se transforme en vocation.

La quête

Ils désirent exprimer, créer, montrer une pièce unique, rare et singulière afin d’obtenir davantage le respect des pairs plus que l’admiration des non-initiés. Une façon de façonner, de s’opposer aux modèles ordinaires, de se placer face à la mécanisation qui engendra, avec elle, la standardisation. La fierté tient en l’art de faire soi-même.

Quel est leur territoire d’habitation?

Les tuners vivent le plus souvent dans un environnement industriel rural ou semi rural, dans des bourgs péri-urbains dans la ceinture des 20 à 30 km autour de villes moyennes selon l’article d’Eric Darras.

« Ce loisir qui consiste à accessoiriser, modifier soi-même, et décorer sa voiture au prix de longues heures de travail et souvent d’un vrai budget, Eric Drouet le pratique en effet depuis “Muster Crew”, une association qui rassemble près de cinq mille passionnés en Seine-et-Marne, le département à l’est de Paris. »Source France culture

Fierté ouvrière et patrimoine

« Comme affirmation populaire du soi, le tuning est une manière obstinée et créative de s’exprimer sous contraintes, une mémoire « d’en bas ». Comme pratique culturelle il rappelle, par le bas, et non sans une certaine lucidité tragique, la richesse perdue d’une vie populaire dans toutes ses dimensions culturelles, sociales ou affectives » ajoute Eric Darras.

Épisode Ford Mustang

(Citée dans la 1ère partie  » Territoire social & voiture # 1″) Revenons à ce modèle de voiture un instant.  « La motivation de Benjamin est patrimoniale, il certifie fièrement que sa Ford mustang rutilant était une « épave » lorsqu’il l’a acheté. Il s’agissait de le sauver, comme d’autres sauvent des monuments historiques. La mustang relève pour beaucoup de passionnés de l’automobile du chef-d’œuvre de la culture ouvrière. Source Eric Darras

* Cette voiture a vu le jour en 1964, pensée comme une petite voiture sportive qui envahirait les rues, elle fit une entrée fracassante. Ford venait de réinventer l’automobile pour les jeunes américains, de plus, de nombreuses options étaient disponibles pour agrémenter la voiture, le but étant que chacun ait une Mustang unique.

Voitures sportives comme étalon

« Les tuners prennent pour référence constante les voitures sportives, notamment allemandes, dont ils cherchent à reproduire les principaux marqueurs de distinction : becquet arrière des Porsche, ouverture des portes papillons des Lamborghini, pneus larges, jantes chromées… »précise Eric Darras.

Aujourd’hui en France

Monde de l’Auto Samatan

Les 21, 22 et 23 septembre 2018, s’est tenu le 11ème Monde de L’auto à Samatan. Avec ses plus de 4000 m² d’expositions de modèles et d’animations, le salon attend  plus de 10 000 personnes. Cet évènement doit son existence à des passionnés de la mécanique. Source  La commune de Samatan (Gers) compte environ 2400 habitants.

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Youngtimers

Depuis quelques années déjà, nous assistons à un retour en force voire à une déferlante des tendances des décennies 80- 90, en écho, les styles et pratiques convergent au point de concerner la mode, les modèles qu’ils soient vestimentaires ou encore ceux des voiture.Site du magazine Youngtimers

Les 1ères conséquences pour les modèles de véhicules, leurs côtes enflent. Ces nouveaux acquéreurs représentent des nouveaux collectionneurs mais ils couvrent aussi un très large spectre tant aux niveaux des modèles recherchés (berline, sport, grand tourisme, prestige) que des moyens financiers dont ils disposent. Les youngtimers sont à comprendre comme « jeune voiture de collection« , par conséquent une pluralité de marques et de modèles sont concernés toutefois la rareté de production et l’état conditionnent, en général, le passage de statut. La légitimation s’opère avec certains critères, sous condition.

  • La vente « Dream garage « 

RM Sotheby’s a proposé 140 youngtimers aux enchères. L’ensemble des lots de la collection était réparti sur quatre ventes: Paris, Amelia Island, Fort Lauderdale et Essen. Une vingtaine d’entre eux seront vendus le 6 février 2019, place Vauban à Paris. Pour la vente à Essen, deux Renault 5 Turbo 2, un modèle dont la cote atteint des sommets: entre 80 000 et 90 000 euros et une Lancia Delta HF Integrale Evoluzione «Martini 5» de 1992 (estimation 120 000 – 140 000 euros), par exemple.Source vente Essen

 

 

LA QUESTION DE LA RÉCEPTION

« A raison de 1500 euros minimum pour faire repeindre toute la carrosserie (mais facilement le triple pour de la peinture mate et des éclairs qui lacèrent les flancs) et des détails mécaniques insoupçonnables à l’oreille profane, le tuning est vite devenu un objet de raillerie. » Source France culture

 

Émission Strip-tease

135.3 db, un épisode de l’émission Strip-tease diffusé par France 3 en 2000. Le protagoniste resté dans les annales de la télé après ce passage s’appelait Christophe, qui, vingt ans plus tard, fait encore l’objet de nombreux commentaires ricanants à chaque fois qu’un internaute rend une copie de l’archive accessible depuis YouTube.

« C’est du côté de Douai, dans le Pas-de-Calais, que Strip-tease avait déniché Christophe, 23 ans, des enfants tôt, un Marcel, l’accent picard et une R21 « tunée » dont le pot d’échappement s’écoutait au ras du sol. »

Traitement médiatique

Dans les médias généralistes, on continue de parler plutôt comme d’une pratique exotique un peu grotesque, macho et pas très finaude. C’est le principe de la caricature : les ailerons dorés et le moteur qui grogne fournissent des images plus spectaculaires pour dire une jeunesse souvent rurale, plutôt invisible dans les médias. Source FC Les clichés opérant comme des objets caractéristiques de distinction: la tenue, l’accent et la pratique culturelle moquée (non légitimée par la haute culture) seront repris par les médias tels que les Inrocks (ils en ont fait, par exemple, leur deuxième moment d’anthologie de toute l’histoire de l’émission Strip-tease.) Strip-tease en 7 épisodes cultes – Les Inrocks

Le tuning ne relève pas d’une pratique isolée, elle est régulièrement associée aux présentations de voitures anciennes dans des salons et autre foires, aux courses auto/moto.

 

2. LA COURSE AUTOMOBILE

La course automobile est un sport et donc une pratique culturelle. En choisissant volontairement des manifestations très connues, c’est une façon de s’adresser à notre mémoire collective de téléspectateurs, à notre expérience commune de spectateurs. Aborder ces courses permet de se demander ce qu’elles peuvent produire comme image, comme réception populaire et comme forme d’attachement.

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24H du Mans 2016 Source

« Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle: la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive…Une automobile rugissante, qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la victoire de Samothrace.«  Filippo Tomaso Marinetti, Manifeste du Futurisme, 1909.

2.1 Les 24h du Mans

« L’automobile agit sur les représentations communes. Elle émeut, elle agit sur la sensibilité, elle fait intervenir l’émotivité. L’automobile ne laisse pas insensible les individus par toute une production médiatique qui a modelé les consciences individuelles de manière à ce qu’elle soit vue sous une certaine forme sympathique ayant donné naissance au mythe de l’auto. D’où son passage d’objet utilitaire à valeur économique à Objet mythique à valeur sacrale » selon Nathalie Halgand (Source)

Pour réaliser cette 2ème partie, l’idée étant toujours de questionner la réception, c’est l’article d’Eric Leser, du 18 juin 2017, pour Slate, qui m’a, ainsi, servi de point de départ. En écho, nous nous tournerons vers la bande dessinée Michel vaillant, puis en direction de la Formule 1. Un article de Michel Pinçon et Monique Pinçot-Charlot, « Sur la piste des nantis, les rallyes » de septembre 2001 au Monde Diplomatique ainsi que celui de Nathalie Halgand  » La passion de l’objet : le cas de l’automobile « Des œuvres d’art sur quatre roues » ont apporté leurs échos sociologiques.

L’intérêt de parler des 24h du Mans tient à la typologie de ses publics et au territoire au sein duquel elle s’inscrit, en outre, rappelons-nous les adeptes du tuning et leur référence en termes de véhicule: « les voitures sportives, notamment allemandes, telle que celles de la marque Porche « . Il se trouve que les 24h du Mans et la marque Porche, c’est une longue histoire avec 19 victoires, à ce jour.

  • La cas Mercedes-Benz

C’est avec l’accident dramatique de 1955 qui couta la vie à plus de 80 spectateurs dans les tribunes ainsi qu’au pilote français, de la Mercedes-Benz 300 SLR, Pierre Levegh. (Il s’agit du plus grave accident de l’histoire du sport automobile) que Mercedes s’est retiré de la compétition automobile en tant que constructeur pour les 43 années à venir au Mans, et durant 55 ans en Formule 1. Source images

Un peu d’histoire

Cette course automobile d’une durée de 24h se déroule en juin (l’édition 2019 se déroulera le 15 et 16 juin) et existe depuis 1923. Une semaine d’évènements est organisée autour de cette course.

La course en chiffres

  • Une fois par an
  • 1 journée test qui rassemble 23000 spectateurs Chiffre 2015
  • Elle dure 24h soit l’équivalent de 17 grands prix de F1
  • 1 circuit de 13kms avec une ligne droite de près de 5kms
  • 330 kms/h (vitesse enregistrée sur la droite des hunaudières)
  • Les véhiculent sont à fond 85% du temps.
  • 258 000 visiteurs pour son édition 2017 (publics très fidèles)
  • 5000 Kms de jour comme de nuit (certaines portions de la course ne sont pas du tout éclairées)
  • 3 pilotes qui se relaient environ toutes les 3 heures
  • 22 pilotes y ont perdu la vie depuis sa création (chiffre 2017)

La course et ses caractéristiques

  • Course la plus prestigieuse au monde
  •  Banc d’essai incomparable
  • Offre un spectacle unique chaque année
  • Scénario dramatique
  • Les plus grands constructeurs mondiaux sont présents

« Des animations et des concerts plébiscités par le public – un accueil du public toujours plus soigné et des conditions d’accès au circuit facilitées grâce aux parkings gratuits. » Source

La course et les pilotes féminins

Michèle Mouton a marqué l’opinion au volant de son Audi Quattro en remportant quatre rallyes de championnat du monde au total (Sanremo 1981, Portugal 1982, Acropole 1982, Brésil 1982) et deux fois la course de côte de Pikes Peak (dont une fois au classement général). En 1975, elle remporte, dans la catégorie 2 litres, sa 1ère victoire au 24H du Mans.

La course et sa réception chez les acteurs de cinéma

Beaucoup de comédiens ont un rapport singulier, à noter Paul Newman qui a fini deuxième en 1979. Steve McQueen, dont le destin s’est noué autour de ce circuit, s’est ruiné en faisant, en 1970, un film devenu mythique baptisé simplement: Le Mans. Le documentaire, The man & Le Mans, sorti le 11 novembre 2015 de John McKenna et Gabriel Clarke lui rend hommage.

La course en termes d’expérience de spectateur

« L’ambiance magique qui règne sur le circuit, qui grouille encore de spectateurs, en dépit de l’heure tardive. On ne le dira jamais assez : la nuit Sarthoise reste un moment assez unique » Source

« Le hurlement métallique, lancinant et déchirant des moteurs, et les disques de frein qui rougissent la nuit dans les virages, les échappements lâchant des flammes saccadées. Le plaisir mécanique à l’état pur. »

Les 24h du Mans font office de pèlerinage pour les « nostalgiques de l’automobile triomphante, de la vitesse et de la fureur des machines« . Source Eric Leser pour Slate

 

…… »Le paradis sur terre », « il faut imaginer l’ambiance, le bruit! », « je suis devenu accro« , « une institution », « le plus beau circuit du monde », « l’exploration du mythe« , « circuit mythique, « légendaire« …

La course et sa diffusion télévisuelle

Pour son édition 2018,  » Course internationalement reconnue, les 24 Heures du Mans disposent d’une couverture télévisée conséquente en France, avec notamment les chaînes de France TV et d ’Eurosport« . Source

Pour son édition 2016, « Les 24 Heures du Mans font partie de ces évènements sportifs retransmis à travers le monde grâce à une couverture télévisuelle de grande ampleur. Cette année la course sera retransmise dans 190 pays pouvant ainsi potentiellement être suivie par 802 millions de téléspectateurs. « Source

2015,  « La couverture télévisuelle des 24 Heures du Mans avait atteint 100 millions de téléspectateurs uniques et l’épreuve était l’événement sport mécanique le plus regardé en France et dans plusieurs autres pays (chiffres Eurodata 2015 mesurés dans plus de 30 marchés). »Source

  • Par comparaison, C8 avait rassemblé, devant le Grand Prix de Monaco en Formule 1 en 2017,  1 million de téléspectateurs.Source

Michel Vaillant & La course

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Michel Vaillant de Jean Graton – Graton éditeur

« Attention Légende ! Au volant de sa Vaillante, le célèbre pilote automobile a fait frissonner bien des lecteurs qui se demandaient comment il réussirait à déjouer les pièges des écuries concurrentes et les soucis mécaniques tout en franchissant le drapeau à damier en pole position. La réponse dans cette intégrale indispensable. « Source

Cette Série de bandes-dessinées a été créées par Jean Graton en 1957. Le grand défi est le 1er album sorti en 1959. Depuis ses débuts, les aventures de Michel Vaillant passionnent les amateurs de courses automobiles mais aussi les lecteurs moins accrocs aux sports mécaniques, qui se sont attachés à la famille du célèbre pilote. (Source) Aujourd’hui, les 70 titres de la collection Vaillant totalisent plus de 20 millions d’albums vendus dans 16 pays, dont les États-Unis et le Japon » Source

 

Sociologie de la Ville du Mans

La ville du Mans, nettement marquée politiquement à gauche, porte plusieurs surnom dont celui de L’ouvrière. Elle a été l’une des plus grandes plaques tournantes industrielles de l’Ouest de la France durant les XIXe et XXe siècles (« La plaque tournante de l’Ouest »ou « Porte de l’Ouest » pour son réseau autoroutier et son rôle de distributrice ferroviaire).

Le Mans en quartiers

La ville dont la population avoisine les 143000 habitants est divisée en 6 secteurs soit 72 quartiers. Parmi eux, l’Insee a désigné cinq quartiers de la ville comme des ZUS : Les Sablons, Bellevue, les Ronceray, Les Glonnières et l’Épine. Deux autres quartiers sur la commune d’Allonnes sont également considérés comme tels : Chaoué et Perrières.

Le Mans figure à la 57e place parmi les 100 plus grandes villes de France concernant le taux de pauvreté selon la Gazette des communes – 2014 Le taux de pauvreté s’établit à 19% (37000 personnes). Un chiffre comparable avec d’autres grandes villes de l’Ouest, comme Angers Caen ou Tours, moins touchées par la crise que des agglomérations du nord et du sud de la France. Par exemple, le taux de pauvreté peut aller jusqu’à 75 % dans certains quartiers de Marseille, trois fois plus que la moyenne de la ville.

« L’Ouest, de tradition moins inégalitaire et moins marqué par la crise, est moins représenté » indique la Gazette des communes Source

 

—Dans cette approche de la voiture comme pratique culturelle, nous avons questionné son inscription sur un territoire social. Nous avons évoqué le Tuning et les Youngtimers. La course des 24h du Mans en interrogeant son ancrage local à travers la ville du Mans notamment. Celle-ci, en effet, se montre sous un jour moins inégalitaire que d’autres territoires d’habitation. Cependant, la voiture s’incarne aussi socialement que ce soit par les véhicules de prestige mais aussi par des comportements excluants tel que l’entre-soi économique. 

 

2.2 L’auto & la haute bourgeoisie

La voiture c’est une question de vocabulaire, de niveau de langage. Alors que nous venons d’aborder cette pratique culturelle à l’aune du Tuning et de la course, Les 24h du Mans, évoquons, brièvement, les rallyes et « l’auto ».

Automobile Club De France

Les membres de la haute bourgeoisie fréquentent les cercles, tels, à Paris, l’Automobile Club, place de la Concorde, ou le Cercle de l’Union interalliée, rue du Faubourg-Saint-Honoré.

  • « Premier Automobile Club au monde fondé en 1895, “l’Auto” incarne une institution pionnière qui s’établit dans le somptueux écrin du 6 et 8 place de la Concorde dès 1896. »Source

« Les rallyes existent depuis le début des années 1950, ils représentent la troisième instance de socialisation après la famille et l’école pour la haute bourgeoisie. Le rallye atteint presque toujours son objectif : faire en sorte que les jeunes ne ruinent pas un avenir brillant, un destin hors du commun, par une mésalliance qui viendrait rompre le fil de la dynastie, noble ou bourgeoise. Il n’y a pas de libre concurrence dans l’économie affective grande bourgeoise. »Source

C’est en relisant la partie de l’article « Sur la piste des nantis, les rallyes » paru au Monde Diplomatique en septembre 2001 des sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon -Charlot, qu’il m’est apparu évident de reprendre certaines citations en rapport avec le territoire social qui est le nôtre. Source

Le traitement des espaces publics est aussi révélateur d’inégalités profondes dans les conditions de vie générées par l’intervention des administrations locales. Ainsi, à Paris, le périphérique, et son vacarme incessant, est couvert dans les quartiers de l’Ouest, ceux de la bourgeoisie, alors qu’il est à l’air libre dans de nombreux autres secteurs. La voirie est différente entre les beaux quartiers et les arrondissements pauvres.

« Le patronat, un singulier qui désigne un ensemble d’agents sociaux auxquels on peut supposer une certaine unité de vues, est remplacé par les entreprises, un pluriel d’entités individualisées.  »

 » La mobilité n’est pas la même selon qu’elle est contrainte ou choisie, selon qu’elle est une condition de survie ou qu’elle fait partie d’un mode de vie et d’une identité. »

« Tout en manifestant ce collectivisme pratique, la grande bourgeoisie prône l’idéologie de l’individualisme. »

 

3. La Formule 1

Cette discipline sportive a suscité des grands moments de liesse dans l’histoire du sport et certains grands prix sont gravés dans tous les esprits. La Formule 1 c’est aussi des écuries mais surtout des pilotes dont les renommées sont internationales.

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Ayrton Senna- McLaren Honda – 1989 – Grand Prix de Monaco

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Résultat du Grand Prix de Monaco 89 Source

En 2018, le Grand Prix de Monaco a été remporté par Daniel Ricciardo ( Red Bull – Tag Hauer) en 1h 42’54’807′
En 30 ans, 10 minutes sont gagnées mais est-ce ainsi qu’il faut regarder ce sport ?

 

 

Un bref historique

Considérée comme la reine des catégories du sport automobile, comme un aboutissement pour les pilotes, elle est l’un des évènements sportifs les plus médiatisés, avec la coupe de monde de Football et les Jeux olympiques. La Formule 1 est officiellement crée en 1946, sa réglementation est effective en 1948 et voit s’ouvrir son 1er championnat en 1950. Elle trouve son origine dès les années 20/30 avec les courses automobiles disputées en Europe. Au fil du temps, l’escalade des performances, la puissance croissante des moteurs ne vont pas sans engendrer des problèmes de sécurité. Des changements réglementaires tentent d’endiguer le taux de mortalité des pilotes (35 décès de pilotes en course ou en essai). De l’ innovation à la révolution technologique en passant par le basculement économique, introduit par les pays émergents, la formule 1 ne cesse de changer d’ère.

  • Le cas Mercedes

55 ans après leur accident tragique survenu lors des 24h du Mans de 1955, le constructeur auparavant motoriste, s’engage sous son propre nom, Mercedes Grand Prix, en 2010, pour les championnats du monde. 2014 marque le début d’une période totalement dominée par Mercedes Grand Prix, avec cinq titres des constructeurs, cinq championnats du monde des pilotes (Lewis Hamilton en 2014, 2015, 2017 et 2018, Nico Rosberg en 2016), soixante-quatorze victoires entre 2014 et 2018, trente-neuf doublés, quatre-vingt-quatre pole positions, et un record de dix-neuf victoires et vingt pole positions en une saison en 2016.

Mercedes et le marché français :  Marque leader du premium en France devant Audi et BMW en 2017. Avec 68’007 immatriculations au 31 décembre 2017, au sein d’un marché global qui avoisine les 2’110’000 véhicules neufs, Mercedes reprend son fauteuil de leader et enregistre, par la même occasion, sa meilleure performance dans l’Hexagone. Source

 

 Typologie des circuits

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A raison de 35 millions d’euros exigés par la FOM, les pays émergents ont pu bénéficier de l’autorisation d’organiser leurs propres grands prix.

Argent & politique

Stratégie & modifications

FOM ( Formula One Management) – En 2017, à la suite de la prise de contrôle de la Formule 1 par le groupe américain Liberty Media, Chase Carey prend les commandes de la discipline et remplace, à ce poste, Bernie Ecclestone qui a régné, sur elle, durant quatre décennies.

Bernie Ecclestone, homme d’affaires anglais, s’est illustré au travers une stratégie de conquête des pays émergents: sur les 21 épreuves du championnat, il faut en compter 12 organisés hors d’Europe. Celui, qui s’est exprimé, en 2016 sur le fait qu’il refusait de voir des femmes au volant des monoplaces au motif qu’elles ne serait pas crédibles, s’est vu, en 2014, accusé d’ avoir versé 44 millions en pots de vin pour prolonger son règne de 40 ans sur la formule 1….

  • Une volonté d’exclusivité

En 2008, lorsque le coût du plateau – c’est-à-dire la facture garantissant la présence des 22 acteurs de la F1 – a approché les 18 millions d’euros par an, la Fédération française du sport automobile, qui avait pris le relais des organisateurs, a abandonné la partie: c’est donc la suppression du Grand-Prix de France de Magny-Cours*. Celle-ci a été  vivement critiqué par les fans.  *Ce circuit, situé dans la Nièvre en Bourgogne, a accueilli un grand prix de 1991 à 2008. La France a perdu ainsi un circuit qui permettait de créer de la diversité au regard des publics tant en termes de territoire/région mais aussi socialement par opposition à Monaco ou au Castellet. Désormais, la France est exclusivement représentée par la région du sud-Est pour l’organisation de ses grands prix.

Rolex– « La marque signe un accord de partenariat global avec la Formule 1. Elle devient, à partir de 2013, et pour plusieurs années, l’un des principaux partenaires de la Formule 1™ en tant que Chronométreur Officiel et Montre Officielle. »Source. Cette marque de luxe, pionnière du sponsoring sportif, est visuellement très voire trop présente sur les circuits, au point de saturer et de créer, de par sa présence exclusive, une forme de pollution visuelle. En termes d‘image, « Rolex reste la marque non seulement la plus connue du monde, mais aussi la plus prisée sur le marché du vintage. Un succès qu’elle doit en partie à ses collectionneurs dont la passion a tendance à devenir une obsession », soulignait le journal Le Point en 2016. Source

  • Un changement de marque, changement de monde

Rolex représente 4, 3 milliards de C.A estimé en 2014, elle se place 1ère au classement des maisons horlogères suisses en terme de chiffres d’affaire.

Tag Hauer est un partenaire historique de la course automobile avec les 24 h du Mans et la Formule 1 via ses partenariats avec Ferrari puis McLaren (depuis 1985).  Ce dernier a aussi sponsorisé les très grands de la discipline: de Fangio à Alain Prost, en passant par Ayrton Senna, ou plus récemment Kimi Räikkönen, Jenson Button et Lewis Hamilton. Cette marque est également associée à Steve McQueen et à sa « Monaco » au poignet pour son film Le Mans (1971). Cependant, en termes de poids, Tag Hauer pèse cinq fois moins que Rolex.

Steve McQueen Monaco Tag Hauer Le Mans.jpg

  • Les pays émergents et la culture masculine

« La croissance du marché masculin dans le luxe est intrinsèquement liée au développement économique des pays émergents, en Asie, en Amérique latine, au Moyen-Orient ou en Afrique. « Ici, on est bien loin du modèle occidental qui conjugue surtout le luxe au féminin », souligne Joëlle de Montgolfier, directrice senior du pôle Études & Recherche chez Bain & Company sur la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique. La Chine fait figure d’exemple et de leader : au niveau national, la part des achats masculins s’élève à 70 % du secteur du luxe. » Source

  • La formule 1 et les femmes

Cette discipline sportive que l’on pensait exclusivement réservée aux hommes en termes de pilotes fait apparaître quelques petites surprises: Lella Lombardi, la dernière en date, a été la seule a avoir participé au plus grand nombre de grand-prix. Elle est la seule femme à avoir terminé un Grand Prix de Formule 1 dans les points, en Espagne lors du championnats du monde 1975. Elle se classera 6ème. Nous pouvons citer également Divina Galica, Désiré Wilson et Giovanna Amati.Source

Les GRID GIRLS

« Employer des grid girls (filles sur la grille) a été un élément de base pour les Grands Prix de formule 1 pendant des décennies », a rappelé le patron américain (de la FOM) Jusqu’à leur remise en cause à la mi-décembre 2017. Pour l’occasion, la BBC effectue un sondage auprès de ses auditeurs. Il en ressort que 60 % sont favorables au maintien des filles sur la grille.

Depuis 2018, ce sont des enfants qui accompagnerons les pilotes (à surveiller pour cette période de grand-prix 2019 qui commence). L’idée étant de contribuer au rajeunissement des publics, d’apporter davantage de divertissement et de défendre des valeurs sociétales différentes, une des conséquences du mouvement #MeToo Source

Bernie Ecclestone (patron de la F1 pendant 4 décennies), 87 ans, s’exprime sur le sujet: » « Les pilotes aiment [les grid girls], le public les aime, et ça ne pose problème à personne. Il faudra m’expliquer en quoi cela gêne de voir une fille, jolie qui plus est, se tenir avec un panneau devant une voiture avant le départ d’un Grand Prix. »Source

Anciens mondes Vs Nouveaux mondes?

La stratégie de FOM consiste en un repositionnement sur le marché mondial de la marque avec d’une part son redéploiement géographique – Le retrait de certains circuits relevants des pays de  « l’ ancien monde« , substitués par ceux  des « nouveaux » –pays dits émergents-  est potentiellement envisageable. En termes d’image, la FOM veut incarner la puissance du luxe et s’assurer des capitaux extérieurs au détriment des publics fidèles, des sportifs et de la vision même du sport. Une forme de pureté perdue est régulièrement soulignée par les anciens sportifs et publics. De plus, l’hyper sophistication des monoplaces apporte une certaine vision du sport automobile qui peine à toucher, à émouvoir. Les monoplaces sont des engins extrêmement complexes, ce qui ravit les experts/marques mais n’est pas source d’intérêt chez les publics.

La décennie 1990 plébiscitée par les publics

Une certaine nostalgie est remarquée lorsque les journalistes sportifs de la chaine « Formula One » (YouTube – 2 millions d’abonnés) demandent aux  internautes, en 2016, de voter pour leur « duel préféré entre pilotes » lors de grands prix ou encore leurs grands prix d’Espagne, de Belgique, d’Autriche préférés: les années retenues (dans l’ordre) sont 1992, 91,  98 et 99.

  • 1994 et la question de l’éthique

 Questionner l’éthique des intérêts financiers dans le sport c’est aussi revenir vers des accidents mortels. Le circuit d’Imola a provoqué le décès, sur le circuit, de l’autrichien Ratzenberger le samedi 30 avril 1994. Une loi italienne interdit l’organisation ou le maintien d’un événement sportif en cas de décès d’un des acteurs. Roland Ratzenberger est pourtant mort sur le coup mais les officiels se seraient arrangés pour que son décès ne soit annoncé qu’à l’hôpital de Bologne. Propos confirmés ensuite par le docteur Ricci, chargé des autopsies de Senna et de Ratzenberger à l’Institut médico-légal de Bologne. Roland Ratzenberger n’est pas mort «d’un arrêt cardiaque», comme l’affirme la Fédération internationale de l’automobile (FIA), mais a été tué sur le coup. Source Le lendemain, dimanche 01 mai, Ayrton Senna se présente dans le paddock, prend le volant de sa Williams et meurt à son tour, juste après l’accident, devant 300 millions de téléspectateurs…Mais là encore l’annonce de son décès ne sera indiquée qu’à la fin de la course.

  • La place de la politique en deux épisodes

Réunies au sein de la Formula One Constructors Association (FOCA), un groupe de pression destiné à défendre les intérêts des principales écuries britanniques entendent peser plus lourdement sur la direction de la discipline en profitant de la passivité de la CSI.

En 1978, avec Jean-Marie Balestre nommé à la tête de la CSI, les choses changent. La CSI devient FISA. Les conflits entre les deux groupes FOCA et FISA se « soldent » avec les différents acteurs concernés en 1981. Ils signent, les « Accords de la Concorde » qui entérinent le partage des pouvoirs entre FISA et FOCA…

  • La géopolitique

la Chine ou la Russie aujourd’hui, ou dans un but d’expansionnisme économique, le Qatar, entretiennent des relations tortueuses avec le sport. Ce dernier est un soft power qui permet d’exister aux yeux du monde et d’attirer des capitaux extérieurs.

Conséquences sur les publics

Alors que, comme nous l’avons cité en amont, le duel Senna/ Prost passionnait à hauteur de 300 millions de téléspectateurs il y a plus de 20 ans, ils sont 400 millions en 2016. Ils étaient 450 millions en 2014 contre 510 millions en 2011. Le désintéressement n’est pas seulement français ou européen mais bien mondial. Ces chiffres interpellent d’autant plus que la population mondiale ne cesse de croître, à raison de 400 millions tous les 5 ans et que le nombre de grands prix est passé de 162 (1990/99) à 177 depuis 2010.

« Le Wall Street Journal révèle, en outre, que deux facteurs, pouvant expliquer cette baisse importante, correspondent à une deuxième partie de saison dominée par Sebastian Vettel (Ferrari depuis 2015) et au changement de diffuseur en Chine et en France. »Source

2013, diffusion sur canal +

« En passant sur Canal+, chaîne payante, les audiences ont chuté en France car les téléspectateurs ne souhaitent pas payer un abonnement uniquement pour regarder les courses de Formule 1. Il est vrai que le dimanche après-midi, les français entre autres, avaient pour habitude de regarder les Grands Prix sur TF1.

L’impact des modes de diffusion a été, en partie, rejeté par certains publics car ces derniers étaient excluants.

  • Lorsqu’on « sonde » des personnes à ce sujet, les 18 – 25 ans se souviennent que « leurs parents regardaient le Grand Prix » mais eux se sont très vite désintéressés du sport automobile. « 

Remarques: L’impression formulée par les publics est qu’il n’y a plus autant de compétition qu’auparavant entre les coureurs, que le podium est occupé par les mêmes constructeurs et ne laisse plus de place aux surprises ni aux outsiders. De plus, cette typologie de course (sa longueur ou son absence de surprise) peut ne pas correspondre à la génération « z » souvent associée à la culture du « zapping ».

L’image véhiculée d’un sport sous influence politique/géopolitique et financière est doublement négative lorsque les stratégies se font au détriment des coureurs. L’interrogation porte sur « l’essence du sport » ? Que reste-t’il de sa dimension humaine et de ses valeurs ?

Stratégie mise en place

  • Renouveler son public, le rajeunir.
  • Séduire un nouveau public via FB avec des monoplaces « plus agressives », « plus performantes ».
  • L’âge des coureurs est à prendre en considération, par exemple Charles Leclerc est le 1er coureur automobile à rentrer chez Ferrari (2019) si jeune, il a 21 ans. Pour les grands prix 2019, ils seront les plus jeunes à concourir (tous ont moins de 25 ans) depuis 1950.

 

Quittons le paddock pour écouter les paroles d’un conseiller d’orientation:

« Vous savez, Antoine n’aime pas trop les activités intellectuelles ; il ne lit quasiment pas, écrit très peu et en plus il a une orthographe épouvantable… Peut-être serait-il plus à son aise, plus heureux, dans une filière professionnelle… » Source

 

3. LA MÉCANIQUE

 

La mécanique (à comprendre par « secteur »), premier employeur de France, est présente dans de nombreux secteurs de pointe comme l’aéronautique, l’énergie, la mécatronique, la robotique… Les recrutements font la part belle aux jeunes techniciens et aux ingénieurs.Source

Mécanique et école

Cette tribune de 2016 d’Alain Bentolila parue au Journal Le Monde nous rappelle le mépris entretenu de la France pour ses métiers, ses filières techniques.

 » Comme si les activités manuelles étaient le juste aboutissement ou la juste sanction de l’échec scolaire. Disons-le fortement, il s’agit là d’une insulte aux savoirs fondamentaux comme à la noblesse du geste. »

 

Pour traduire l’échec scolaire ou le désaveu de l’école, voici comment sont considérées les personnes en fonction de leur parcours scolaire selon Roger Cornu  {( sociologue et chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS)} « si vous n’avez pas le bac, aujourd’hui, vous êtes considéré comme un déchet« . Comment comprendre ce rapport à l’autre alors que ce système injuste produit de l’image négative. Commençons par la question de l’impérieuse nécessité de la main-d’œuvre.

Travailleurs & ouvriers

Dès la première guerre mondiale, la France, doit faire face à une pénurie de main-d’œuvre masculine nationale. Celle-ci s’impose aux autorités françaises comme un des problèmes les plus aigus. Après 1945, c’est principalement à l’Italie de pourvoir la France en travailleurs. Cependant, à la fin des années 1950, l’immigration italienne vers la France se réduit alors que les besoins en main-d’œuvre augmentent en conséquence de la croissance économique et des effets de la guerre d’indépendance algérienne (suspension de la libre circulation entre l’Algérie et la France, mobilisation du contingent). Si l’Espagne devient la principale source de travailleurs immigrés, les autorités françaises commencent à tolérer plus amplement la venue irrégulière d’étrangers.

Nous allons observer certaines caractéristiques migratoires. Nous savons qu’au Petit-Quevilly s’est installée une importante communauté portugaise. L’immigration portugaise ne date que de la fin des années 50. Les Portugais deviennent en quelques années la « communauté » étrangère la plus nombreuse. En dix-sept ans, les Portugais en France passent de 20 000 (1958) à 750 000 (1975). Source

Cette carte fait apparaitre une très forte progression de la part de la population active employée dans l’industrie qui correspond à l’essor industriel mais l’on constate que tous les territoires ne sont pas concernés de la même manière. Nous pouvons remarquer que la Seine-Maritime est dans le « rouge » (plus de 40% de la population active) depuis 1860.

 

  • Travailleur, ouvrier, employé ?

L’ouvrier ne se définit plus comme tel, nous indique Martin Thibaut (sociologue du travail à l’université de Limoges, a entamé son enquête, Ouvriers malgré tout (Raison d’agir éditions, 2013). Ces derniers ont investi d’autres secteurs. Il se tertiarise. Par ailleurs, il observe que la parole est donnée aux ouvriers lorsque les entreprises sont délocalisées car « Ils apparaissent comme un monde vieux, finissant« .

Selon l’Insee, la France compte 6,3 millions d’ouvriers, classés en trois catégories : qualifiés, non qualifiés et agricoles. Un chiffre en net recul par rapport aux années 1970. Alors qu’ils occupaient 40 % des emplois il y a quarante ans, ils n’en occupent plus que 20,5 % aujourd’hui. Source

Au total, un homme français sur trois ayant un emploi est encore un ouvrier. (Le secteur reste masculin à 80%)

« Les ouvriers représentent encore près du quart (21,5 %) de la population active, c’est important. Ce qui a vraiment décliné, c’est leur visibilité  » selon le sociologue du travail, David Gaborieau

 

« On s’intéresse rarement à l’intérieur des usines, comme s’il n’y avait plus que des ouvriers sans emploi » ajoute Roger Cornu { ( sociologue et chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS)}.

Les ouvriers et leur invisibilité médiatique

« A la télévision, seules 3 % des personnes interviewées sont des ouvriers, contre 61 % de cadres, selon le baromètre de la diversité du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) »

Ouvrier – Employé

Les deux « désignations » ont perdu de leur « sens ». Nous aurions pu penser que la question du statut joue entre ouvrier/employé/agent de maîtrise mais, aujourd’hui, la frontière entre le monde des ouvriers et celui des employés n’a jamais été aussi floue. La notion de « classes populaires » traduit cette mixité nouvelle.

  •  75% des employés sont des femmes
  • Les classes populaires sont aussi le résultat d’une hybridation, par exemple, pour exemple, au regard des enfants – le père est ouvrier et la mère est employée.

 

 Géographie des métiers

Selon l’Insee, l’histoire industrielle, le développement des villes et les migrations ont façonné la géographie des métiers. Les ouvriers industriels sont ainsi surreprésentés dans les parties nord et ouest de la France.

 

Mécanique et voiture

La mécanique comme activité technique, comme savoir-faire peut s’appréhender comme une pratique ouvrière. Nous l’avons constaté avec ce rapport « aux mains« , aux travaux manuels pour le tuning mais nous pouvons entendre régulièrement cette banalisation  » du faire « .

 

La question de la réception de la mécanique chez les jeunes

  • La filière de la mécanique

« Alors que l’automobile continue de faire rêver et que certaines filières techniques ou artisanales attirent de nouveau les jeunes, beaucoup d’entreprises en France recherchent activement des professionnels de la mécaniquemais n’en trouvent pas. Un seul et unique constat : le problème ne date pas d’hier ! Il aurait fallu que la branche automobile réagisse plus tôt et lance « un plan ORSEC de communication auprès des jeunes » il y a bien longtemps…Les louables actions mises en place dernièrement ne sont clairement pas suffisantes. »Source

 

Après cette question de la réception et de l’image que nous renvoie la mécanique, nous pouvons, par ailleurs, remarquer que les spécialistes/garagistes ont vu leur métier se complexifier et implicitement leur tarif croître. Sur notre territoire social, nous cumulons les difficultés: notre parc automobile vieillit, nous sommes dépendants de la voiture et supportons difficilement les frais imputés par les réparations. Elles sont parfois très lourdes de conséquence. Observons une pratique qui s’est développée dans les cités puis sur des parkings de résidence, à savoir la mécanique sauvage.

 

3.1 La mécanique sauvage

Lorsque certains parlerons de systèmes D, d’ actions proches de la débrouillardise, du partage qui repose sur des compétences d’autres contesteront, dénonceront bien avant que celle-ci ne soit réglementée…

 

La mécanique sauvage a engendré des abus, a produit des dégâts, elle est, désormais, réglementée. Sachez, néanmoins, qu’elle ne se traduit pas de la même façon et qu’elle n’est pas reçue de la même manière en fonction des territoires où elle s’exécute. Observons, dans un premier temps, la présentation qu’en fait le journal Paris Normandie en 2016, à Évreux:

Évreux, quartier de la Madeleine- « En ces temps de disette économique, toutes les solutions pour mettre quelques sous de côté sont bonnes à prendre. A fortiori lorsqu’il s’agit d’effectuer des réparations sur son véhicule. L’automobile est le troisième poste de dépenses des ménages en France derrière l’alimentation et le logement. Ce n’est donc pas étonnant de rencontrer, au hasard des parkings ou en pleine rue, des habitants qui mettent la main dans le cambouis« .Source

Lorsque nous sommes conscients de notre dépendance quotidienne à la voiture, que nous mesurons la situation subie qui est la nôtre. Il paraît tentant de réduire les dépenses en passant par ces « mécaniciens de l’espace privé/public ». Pour certains territoires, cette pratique s’est ancrée historiquement, en Ile-De-France, comme  un garagiste de Vitry- Sur- Seine le fait remarquer : « la mécanique sauvage en banlieue c’est vieux comme le monde »   Source

Quel territoire social  est concerné ?

D’un point de vue extra local, c’est-à-dire ici, en bas de mon immeuble au Petit-Quevilly, j’assiste, depuis déjà quelques mois, au déroulement d’ « interventions mécaniques » à ciel ouvert avec ce qu’il faut comme odeur, bruit et dégâts sur ce que je définirais comme un parking privé de résidence…Je me suis tout d’abord demandé qui réparait quoi? Un voisin, de mon quartier, en galère avec sa voiture, me suis-je dit. Puis, les véhicules changent de formes, de marques et de couleurs. Hier, jour ensoleillé de mars, c’était au tour d’un camion, dommage pour l’aération de mon appartement…

Un souvenir lointain quant à cette pratique m’est alors revenu à l’esprit. Nous sommes dans le milieu des années 90, dans les hauteurs de Nancy et de son Haut du Lièvre. Je revois, au pied de l’immeuble des comportements qui me semblaient appartenir à un autre monde, telles que ces familles qui allaient chercher leur caravane et qui s’installaient, tout l’été, sur le parking prenant ainsi des vacances in situ. Et puis, cette mécanique, un peu partout au point de ne pas imaginer qu’elle puisse être, un jour, qualifiée de « sauvage ».

  • En 1957, l’architecte Bernard Zehrfuss se met donc à l’ouvrage pour construire les plus grandes barres frontales d’Europe – plus de 400 mètres de longueur. Les travaux, qui s’échelonnent sur treize ans, donnent naissance à un quartier qui compte 3 400 logements et héberge alors 12 500 personnes. En crise dès 1962, ce quartier compte aujourd’hui 6500 habitants .Source

C’est, en effet ce qui me frappe, la distance temporelle entre mon souvenir et aujourd’hui. Il s’est passé presque 20 ans. Pourquoi en parlons-nous de cette manière désormais alors que cette mécanique existe, au point de faire partie intégrante de la vie d’un quartier, depuis « toujours » ou presque ?

Retournons un instant en région parisienne avec les réactions, en 2014, d’une municipalité.

Le Maire d’ ERMONT & La mécanique sauvage

Par un arrêté municipal, la commune d’Ermont dans le Val d’Oise (95), en quatre articles, interdit la mécanique sauvage, le 17 juin 2014. Ermont est une commune de 30 000 habitants au nord ouest de Paris. Le maire, à l’origine de cet arrêté, est Hugues Portelli. Personnalité politique en place depuis 1996, Hugues Portelli, au sein de son territoire social, a pu donner à vivre en 2008, un épisode singulier avec les Restos du cœur. En effet, il a crée une polémique en qualifiant la distribution de repas par Les Restos du cœur « d’assistanat« , il a interdit les maraudes de l’association à Ermont malgré les protestations de la Ligue des Droits de l’Homme (Source).

 

« La distribution de repas, c’est de l’assistanat. Nous préférons accompagner nos habitants les plus démunis en faisant de l’insertion par notre épicerie sociale, notre centre communal d’action social ou encore notre partenariat avec la Croix-Rouge. Grâce à leur travail, nous n’avons pas de SDF sur la ville. »

 

Voici, une capture d’écran de leur arrêté:

Screenshot_2019-03-26 Mécanique sauvage.png

Source

La Maison des communes de la Vendée* cite, dans un document concernant les pouvoirs du maire, ceci: (Source)Screenshot_2019-03-26 POUVOIRS DU MAIRE ET LE STATIONNEMENT - 5_reglementation_du_strationnement_circulation_mise_en_fourri[...].pngScreenshot_2019-03-26 POUVOIRS DU MAIRE ET LE STATIONNEMENT - 5_reglementation_du_strationnement_circulation_mise_en_fourri[...](1)

Remarquons la date du décret, 1964.

*La Maison commune de la Vendée regroupe 6 entités juridiques distinctes qui depuis de nombreuses années travaillent ensemble au service des collectivités des élus et de leurs agents : le Centre de Gestion de la Fonction Publique Territoriale, l’Association des Maires et Présidents de Communautés de Vendée, l’Association Vendéenne des Anciens Maires, e-Collectivités Vendée, GéoVendée et le Fonds Départemental d’Action Sociale.

 

  • Une reterritorialisation d’un espace

Les troubles, que la mécanique sauvage engendre, relèvent de l’environnement et de la tranquillité publique. Ce qui change ce sont aussi les populations, cette pratique tolérée hier se voit aujourd’hui interdite. Est-ce ce changement de populations, ou est-ce la prise en compte de valeurs sociétales et donc environnementales (RSE) qui ont engendré cette règlementation ?

Une façon de reterritorialiser (par l’ autorité) un espace social (public ou privé) s’est exprimée. Paradoxalement, la parole citoyenne, à force de plaintes, a été entendue. Ce changement de mentalité a pu produire, pour certains, une modification de taille dans le sens où le territoire qui était partagé mais « subi » redevient commun et neutre. Pour ceux qui s’étaient « appropriés » cet espace, ils ont été dans l’obligation de se « retirer ».

Longtemps, ce débordement sur l’espace partagé fut « admis » car d’une part, il faisait partie intégrante d’un décor social et d’autre part parce qu’il prenait vie au sein d’un territoire ghettoïsé. Une façon politique de laisser les populations évoluer entre elles sans que la mairie ne se responsabilise ni ne s’occupe de ces espaces de référence souvent éloignés/ex-centrés. Une manière indirecte de signifier que cet espace social ne fait pas partie des politiques publiques de la ville.

Cette pratique, quasiment culturelle au vue de sa temporalité et de son mode d’existence, a subi une assimilation. La mécanique « sauvage « est devenue l’incarnation d’un folklore désormais non désiré. Un comportement politique s’est manifesté en vu d’ intégrer ces « minorités » à un groupe social (la ville dans son ensemble) en demandant à cette pratique de répondre aux « caractères » qu’exige le groupe. La conséquence première fut sa proscription.

Tant que la considération de ces espaces, souvent de relégation, n’était pas effective, ces quartiers étaient appréhendés comme des « non-quartier d’une ville« . Ces espaces insulaires se sont développés au fil de ces habitants et donc de leurs pratiques. Durant cette période, (plusieurs décennies) la « mécanique sauvage » ne dérangeait personne ou presque.

  • Qu’est-ce qui est commun?

Les abus de la mécanique sauvage sont évidement à contester mais pourquoi au lieu de verbaliser, d’interdire, ne pas proposer des espaces communs et citoyens de partages d’expériences dédiés à cette pratique ne sont pas initiés ? A l’instar des garages citoyens, des selfs garages sont souvent impulsés par une association, il existe, d’ailleurs, un annuaire de ces derniers Source

L’intérêt pour une commune

  • Recréer du lien social tout en facilitant la transmission de savoir-faire.
  • Réactiver ces ressources spécifiques (savoirs et compétences)
  • Susciter des vocations
  • Signifier une marque de confiance aux habitants
  • Permettre l’autonomie citoyenne
  • Faire réaliser des économies à tous

Sur le site « Self garage » , 150 garages associatifs sont référencés dont 2 en Seine- Maritime (Franqueville St-Pierre et au Havre) et 4 dans l’Eure pour finir, 2 dans le Calvados, 4 dans la Manche, et un dans l’Orne

En Seine-Maritime, les deux selfs garages référencés reposent sur des initiatives impulsées depuis une commune de 6100 habitants environ et une autre de 170 000 autres. Nous pouvons nous demander pourquoi, sur des territoires sociaux avoisinant les 20 000 habitants en moyenne, ce type de proposition ne voit pas le jour ?

En intégrant, à une politique de ville, tous les citoyens, nous agissons dans une logique de partie prenante, sans hiérarchisation entre les individus, sans stratification sociale supplémentaire.

Le vélo connait ce type de propositions, de plus elles sont très bien accueillies par les habitants et collectivités. Toutefois, cette pratique concerne majoritairement les résidents de centre -ville.


 

3.2 « BIG BANGERS »

 

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Crédits David de Beyter

Une autre pratique s’inscrit également sur un territoire social, rural cette fois-ci. Avec le crash de voiture comme art de vivre, les Big Bangers nous convient à un spectacle sans appel.

2008 – Voitures (destruction) Big Bangers

« Big Bangers « : une pratique dérivée de l’auto-cross, sport populaire dans le Nord de la France. Celle-ci consiste à provoquer des chocs violents de véhicules, de «good crash», dont l’unique gain/motivation serait le spectacle de la destruction et la contemplation de son résidu, l’épave, ou selon le terme des amateurs de cette communauté une «auto-sculpture». Source

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Crédits David de Beyter – 207

« La carcasse semble tombée du ciel, à pic, dans ce champ hivernal. A moins qu’elle n’ait poussé là, comme un mirage dans un sillon de boue. » Source

AUTO CROSS

Ce sport, populaire dans le Nord de la France mais aussi en Belgique, est aussi très développé en Angleterre. La finalité de la course est la réduction à néant de l’objet voiture. Il faut regarder les courses sur circuits à Ploegsteert ou à Warneton pour admirer les ruines s’entrechoquer comme de vieux pots de yaourt calcinés. Mais David De Beyter s’intéresse à tout ce qui entoure la course« . Source

Circuit de Warneton

Big Bangers – Processus

« Il n’y a pas d’intention artistique sous-jacente, juste la jouissance du spectacle de la destruction dans le moment de l’accident mais aussi avant et après, quand il n’en reste que des décombres fumants. Exhiber la voiture brûlée participe aux plaisirs annexes. Elle peut correspondre aussi à une phase de test préparatrice, pour savoir comment et à quelle vitesse le véhicule s’enflamme. » Source

DAVID DE BEYTER

Photographe, né à Roubaix en 1985, vit et travaille à Tourcoing.

Big Bangers, les films

  • Le projet raconté par David de Beyter

Le projet Big Bangers cherche à révéler, dans la représentation d’une pratique de la destruction, une réflexion sur l’obsolescence et la dématérialisation. Par son approche anthropologique, il nous confronte à une sorte de culture brutale et chaotique, où la voiture en ruine devient trophée.

En extrayant volontairement de cette pratique toute une série de formes qui s’apparentent à la sculpture, celui-ci met à mal la notion de progrès et nous plonge dans ce qui semble faire l’écho d’une société qui produit ses propres ruines.Source

  • Les échos humains à ces réflexions

A l’instar du « déchet » pour les personnes qui ne possèdent pas le Bac, de la sous -représentations dans les médias (3%) des classes populaires, nous pouvons poursuivre avec d’autres rapports excluants voire méprisants entretenus avec la ruralité.

L’obsolescence – Ruine, souligne le changement d’échelle, au regard des marchés et de sa production, du monde agricole. Les producteurs français sont confrontés à de très graves difficultés économiques. Précarisés, leurs situations sociales tournent, parfois, aux cauchemars.

La surproduction, le gaspillage, les fermes -usines – La ruralité comme culture brutale vis à vis du monde animal.

Engrais/pesticides/pollution de l’air et des sols -Mise en danger des hommes, faune et flore.

Zone blanche – La ruralité ce sont aussi des espaces de référence qui ne possèdent pas de connexion internet. Ces territoires accusent un manque de renouvellement des populations en partie à cause de cela, et engendrent une exclusion du numérique pour les habitants, alors même que ces derniers voient déjà leurs services publics se raréfier.

Le bassin minier, les industries et l’ère post-industriel du nord de la France

Nous pouvons penser à la fin du bassin minier. Dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, marqué économiquement, socialement, « paysagèrement », écologiquement et culturellement par l’exploitation intensive, de la fin du XVIIe siècle jusqu’à la fin du XXe siècle, de la houille présente dans son sous-sol.

 

La mutation de l’industrie vers les services n’a cependant pas été totale ; en dépit d’un net phénomène de désindustrialisation et de tertiarisation, la région reste en effet à la fin du XXe siècle l’une des plus industrialisées de France avec un tissu industriel localement dense pour ce qui concerne la métallurgie, automobile, chimie, papeteries (papier-carton), verreries, cimenteries, secteur de l’énergie (nucléaire, gazière principalement) industrie du bois et le secteur agroalimentaire et de la pêche industrielle (conserverie, plats préparés, etc.).

  • L’influence de l’esthétique des films MAD MAX

les visions du monde post-apocalyptiques de cette séries de films ont produit une mythologie qui s’est ancrée dans la culture populaire et dans les arts depuis 1979. La guerre contre le pétrole, la pénurie d’eau pour Fury Road (2015), permettent un exploration dans un monde barbare, sauvage et viscéralement dangereux. Le spectacle oscille entre la représentations des Freaks, le tuning comme pratique ouvertement affiliée et les explosions spectaculaires. Les bruits des moteurs hurlants, les courses poursuites impitoyables ont suscité un intérêt croissant depuis 36 ans.

 

 

Isabelle Pompe, 30 Mars 2019