Créathon Social Cup Rouen 2019

Cette année, nous avons voulu faire l’expérience du créathon organisé par la Social Cup. Au regard des items: « publics », « cibles », « image voulue/Image réelle/ Image diffusée (degré de cohérence), « projets », « lien social », « lieu », « accueil », « ressources », nous nous sommes placés tels des observateurs. Notre angle de vue ? Celui du « participant ». Voici nos retours.

Créathon social Cup Rouen

Cet évènement a eu lieu le 16 novembre 2019, au Kaléidoscope de Petit-Quevilly.

Lien FB event

Les parties qui vont suivre sont extraites du site internet de la Social Cup:

« Qu’est-ce qu’un Créathon makesense ?

Un créathon makesense, c’est une journée intense d’innovation collective pour faire émerger un projet à impact, développer son propre projet ou contribuer à un projet existant. Des animateurs vous guident tout au long de la journée tandis que des coachs et experts vous accompagnent pour vous aider à avancer.
Pour assurer une cohérence, l’événement dans son ensemble sera zéro déchets !

Qui peut y participer ?

Le créathon est ouvert à tou.te.s gratuitement sans pré-requis. Les parcours adaptés s’adressent à ces 3 profils :

  • Les porteurs de projets ayant déjà un projet défini. En début de journée, vous pourrez rassembler des participants dans votre équipe et suivre nos méthodologies et ateliers Design Thinking pour faire un bond en avant dans votre projet.
  • Les futur.e.s entrepreneur.e.s souhaitant faire émerger un projet concret. Vous avez une thématique qui vous tient à cœur, un début d’idée pour répondre à un défi social ou environnemental ? Les ateliers de ce parcours vous permettront de consolider votre idée en équipe et poser des bases solides pour votre projet.
  • Les curieux.ses. Vous souhaitez contribuer aux projets ou thématiques proposés ? Vous mettre dans la peau d’un entrepreneur le temps d’une journée ? Vous pourrez passer à l’action en rejoignant les porteurs de projet du parcours 1 ou les porteurs d’idée/thématique du parcours 2. Environ 50% des participants sont habituellement des contributeurs. »

Le lieu imagé et réel

La social Cup de Rouen ne se déroulait pas physiquement à Rouen mais à Petit-Quevilly. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas cette commune, elle  relève de l’agglomération rouennaise, se trouve sur la rive gauche de la Seine. En effet, située au sud de Rouen, c’est une partie prenante de la Métropole Rouen Normandie. Et c’est, dès la prise de connaissance de l’évènement, que le problème d’identification s’est posé. Quelle est l’image voulue ? Quelle est la réalité ? Et quels degrés de cohérence ?

Avec ce post et cette insistance sur l’image choisie, nous avons voulu marquer que, d’une part, Rouen ne peut se définir par son unique patrimoine matériel touristique, Rouen, c’est la Seine et ce sont deux rives, d’autre part, avec les réformes territoriales (loi NOTRe -Loi portant nouvelle organisation territoriale de la République) et lorsque des événements ont un caractère national, qui parle encore de « ville » ? Rouen est une métropole dotée de 71 communes et détentrices de ressources humaines quantifiables à hauteur de 500 000 habitants…Donc Rouen ce n’est pas la cathédrale même si nous mesurons encore la encore difficile identification de ce territoire. Rouen c’est où ? Rouen c’est « quoi » ? C’est vrai…De plus, nous pouvons voir s’inscrire dans le logo, la ville du Havre juste en dessous…La seine comme point commun et uniquement aurait été un choix judicieux à plusieurs titres. Par respect pour ces villes aux patrimoines matériels préservés, affectés ou totalement détruits par la seconde guerre mondiale et aussi par considération distinctive. Une ville comme Le Havre, détruite à 82% par la seconde guerre mondiale, offre un visage spécifique, qui plus est profondément ancré dans la contemporanéité. La typologie de cette ville, ses quartiers, son aire urbaine ne peut la ramener en « deçà » de Rouen. Un logo c’est symbolique et cela dit beaucoup de choses!

Dans un 2ème temps, aurait-il été judicieux de proposer une image du lieu réel et non du lieu supposé? Le kaléidoscope est un tiers lieu référencé en Normandie qui fut accompagné par l’ADRESS Normandie (par ailleurs partenaire de l’évènement). Quel degré de cohérence avec le logo dans ce cas ? Petit-Quevilly ce n’est pas Rouen…  Mais c’est le cas au regard de la métropole Rouen Normandie. Petit-Quevilly ce n’est pas Le Havre…Là, c’est certain…

Toutefois, nous suggérons, dans ce climat de concurrence exacerbée entre les territoires de participer à une identification globale mais précise en indiquant « Seine maritime » ou « Axe Seine » afin d’éviter l’effet fourre-tout de noms de villes associées, cela ne dit rien et cela ne tient pas compte des territoires eux-mêmes… A l’échelle locale, Rouen ne sera jamais Le Havre et inversement…A l’échelle nationale, il serait, toutefois, bon de prendre en compte qu’un territoire possède des spécificités qui lui sont propres, elles sont, de ce fait, ni exportables, ni duplicables…

  • Puis dans la communication via FB, une suggestion photographique du lieu réel aurait été la bienvenue avec un plan d’accès faisant apparaitre les arrêts de transports en commun par exemple.

Plan d’accès comportant des éléments matériels pour se repérer, ici sans arrêts de transports ligne 6 et teor ligne 4.

Entrée du Kaléidoscope// Petit-Quevilly, crédits photo: Cécile Lenormant

Publics/Cibles

Les cibles étaient donc les porteurs d’idées/ Projets et les curieux réceptifs, connaisseurs…Qu’en était-il en termes d’âge, de déplacement (commune de provenance) ?

La problématique de l’âge est parvenue, très tôt, à faire son entrée. Le logo soulignait « jeune » dans son corps de texte. Dans cette société et ce contexte la jeunesse requise ou attendue reste subjective toutefois nous demeurions très curieux de l’âge des participants et de celui des porteurs d’idées/projets. Nous nous sommes donc permis, lors de notre entrée à l’accueil du lieu, de demander aux personnes présentes ce que signifiait pour elles l’adjectif « jeune ». Il s’agit, en effet, d’une coupe de France des jeunes entrepreneurs sociaux. A l’issue des différentes sessions, un vote est organisé pour désigner qui remportera cette coupe, pour concourir et espérer l’emporter, il faut avoir moins de 30 ans. Donc, la désignation « jeune » était bien à entendre au regard de l’âge et non du degré de maturité du projet.

Logo Social Cup Rouen

Le ressenti immédiat c’est l’inaccès dommageable à ceux qui veulent se reconvertir et qui peuvent être de jeunes porteurs de projet. Et c’est là aussi une stigmatisation des générations qui vient de s’installer à nos côtés, alors que nous défendons le partage générationnel et que nous sommes porteurs de volontés équitables qui souhaitent mettre un terme à cette forme d’exclusion afin, non plus, de cibler « âge » ou encore « diplôme » mais bien « activation de ressources ».  Cette disqualification ne va pas dans le sens de l’équité et de l‘éthique qui ne sont pas , selon nous, des variables à réajuster surtout lorsque le « modèle de réflexion » défendu est en lien direct avec l’économie sociale et solidaire.

Il nous a été signalé lors de la présentation que des efforts dans la prise en compte de cette notion « d’âge » allait intervenir.

  • Pour rappel, l’économie sociale ou économie sociale et solidaire (ESS) désigne la branche de l’économie regroupant les organisations privées (entreprises, coopératives, associations, mutuelles ou fondations) qui cherchent à concilier activité économique et équité sociale.

Projets 

Ce terme « désigne ce que l’on a l’intention de faire, les moyens jugés nécessaires à la mise en œuvre de cette idée, ou un travail préparatoire. » Des disparités très grandes ont surgi entre la définition du mot projet et entre les données: entrepreneuriat, stade, pallier, connaissance du marché, terrain, cible…De là, nait le brouillard et les imprécisions sont galvanisées.

Comment à partir d’une réflexion trop vaste, d’un défaut de problématique et parfois d’une réelle méconnaissance, peut-on mettre en concertation des ressources humaines ? Comment activer les « bonnes » ? En quoi pouvons-nous apporter un soutien ou permettre un approfondissement, un argumentaire plus construit alors même que nous naviguons à vue dans un flou plus que frustrant? Ce à quoi sont venus se greffer des indésirables comme la défense d’intérêt personnel, la non prise en compte des différents points de vue. De plus, nous possédons tous une vision romantique, subjective, rêvée de ce que peut-être, pourrait-être, ou, est un projet, donc…Avec ces visions personnelles,  des valeurs non précisées, un mode projet non maîtrisé, un cruel gaspillage d’énergies a émergé.

Alors comment ne pas, en quelques heures, se fatiguer…Cet exercice d’écoute et d’aide dans la conception, demandé aux participants venus prêter main forte, requiert une concentration et des facultés qui ne sont pas innées, telle que la patience, la qualité d’écoute et une certaine idée du consensus.

  • Nous avons entendu lors de la présentation que la bienveillance et la tolérance étaient escomptées cependant, qui ne sait pas que dans des groupes, certains prennent le lead et ne sont pas en mesure de supporter l’exercice critique…
  • La réponse de la Social Cup pour, peut-être, ne pas alimenter pareille situation, tenait en la présence de deux mentors* (nous reviendrons sur cela plus en aval) et d’experts/Guides.

Lieu & Accueil

Beaucoup de difficultés à identifier le lieu ont été pointées. En effet, étant mal référencé dans Google map, un grand nombre de personnes se sont perdues ou ont passé du temps à chercher…Un exercice testeur de motivation qui aurait pu installer une impression désagréable voire une pression supplémentaire. Le kaléidoscope possède deux adresses physiques dont une pour son entrée principale rue Ursin Scheid. Cette rue ne possède pas de commerces, les arrêts de teor ligne 4 et du bus ligne 6 « Chartreux  » auraient pu bénéficier d’une signalétique ou de la présence physique d’un « guide », « parrain »/Marraine d’autant que deux participantes étaient en provenance de Petit-Quevilly. Encore fallait-il le savoir…Ce n’est visiblement pas le mode de fonctionnement de cette initiative.

Ceci a mis en exergue, très tôt, le défaut de communication inter groupe, nous ne pouvions voir qui s’étaient inscrits et nous n’avons pas été conviés à nous exprimer depuis le post de l’évènement Facebook. Pas de co-construction entre porteurs et participants, en amont, ce qui amène à une situation, en aval, contraire au management projet où chacun peut se placer au niveau de l’autre.

  • De plus, la prise en charge par la social cup distille une structuration hiérarchisée. Dépendants du manque d’information quant au lieu, assistés dans notre attitude, nous serons chapeautés. De surcroît une mise en place de règles gestuelles imposées aux publics a parfait le ressenti. Pas de « team building » (littéralement lâcher prise) à l’oeuvre puisque la méthode est un modèle à recopier, à respecter, sans pouvoir l’interroger et donc se l’approprier. Avec cette volonté d’exporter, sans prise en compte de la diversité des publics présents, nous cherchons encore où se trouve la requête de cohésion. Ceci engendrera, par la suite, le sentiment d’être empêchés dans nos autonomies et contraints dans nos ressources.

La provenance est en cela intéressante. Deux personnes sont quevillaises, les autres sont rouennais, havrais, parisiens, une personne est en provenance de St Etienne-Du-Rouvray, une autre d’ Évreux, ce qui souligne une capacité de rayonnement intéressante au regard de la Social cup et une bonne idée de date de session qui a pu, pour certains, fonctionner comme un repli calendaire en raison des périodes d’examens pour les étudiants présents par exemple.

  • Préconisation: Il aurait été nécessaire de fixer un pt de RDV repérable et rassembleur à l’extérieur.

Lien social

« La notion de lien social signifie en sociologie l’ensemble des appartenances, des affiliations, des relations qui unissent les gens ou les groupes sociaux entre eux. Le lien social représente la force qui lie entre eux les membres d’une communauté sociale, d’une association, d’un milieu social ».

Ici, de quel corpus s’agissait-il ? Et par quel (s) lien (s) étions-nous unis ? Trop peu d’informations ont circulé sur les porteurs de projets eux-mêmes donnant l’impression très nette de les découvrir, en même temps, que les animateurs de la Social Cup…

Ce manque de visibilité voire de connaissance des idées/projets proposés a souligné un caractère inégal et de trop grandes disparités. Ceci s’est accru avec la présence des partenaires de la social cup, à savoir le matin, un directeur financier de La Banque Postale et du directeur de l’Adress Normandie (Agence pour le développement régional des entreprises sociales en Normandie). Leur rôle s’est modifié au gré de leur évaluation des projets, entre renfort des forces vives, souffleur d’idées ou de lignes directrices…Qui étaient-ils ? Les éléments de réponse relèvent de pures suggestions.

  • « Être acteur pour un monde meilleur et trouver des solutions à la pollution, au chômage, à l’exclusion sociale, à la dépendance, au handicap… Voilà ce que promeut La Social Cup, un programme d’émergence de projets co-créé par KissKissBankBank, Makesense et La Banque Postale, en partenariat avec GRDF. « source

Les contradictions

Des contradictions ont été relevées ci-dessus d’un point de vue communicationnel, même si telle n’était pas leur intention, la rétention d’informations ou le simple fait de ne pas disposer de l’information en amont peut créer une opposition de principe entre le vœu pieux de l’intelligence collective et le ressenti dominé.

Par définition le management transversal, c’est faire travailler plusieurs services ensemble sur un même projet, mais sans aucun pouvoir hiérarchique entre eux. Ces entités travaillent, ensemble, dans l’optique d’atteindre un but commun. Voilà ce à quoi nous pouvions espérer nous attendre dans le cadre de ce créathon. Comme nous l’avons spécifié dans le paragraphe « lieu et accueil » et dans celui du « projet », la présence de ces deux guides, mentors comme ils se sont nommés ensuite, n’est pas allée dans la « bonne » direction.

  • Les publics de ce type d’opération peuvent avoir besoin d’un peu plus de champ libre afin de s’épanouir, leur créativité pouvant se trouver bridée par cette voix extérieure, certes volontiers pacificatrice ou utile pour se recentrer parfois mais le terme « mentor » ne va pas dans le sens de l’appui ou du « care » selon nous. Pour autant au regard de la définition du mot mentor (conseiller expérimenté, attentif et sage auquel on fait entièrement confiance), le ressenti qui fut le nôtre nous convia à y voir davantage l’élément factuel de notre incapacité à travailler ensemble. Une attestation par la preuve vivante de notre immaturité comportementale supposée. Pas faux cela dit. Nous ne nous connaissions pas, il est vrai mais ceci est la conséquence d’un scénario. Dans son organisation et son fonctionnement, ce créathon a crée les conditions d’un échange pouvant être placé en « difficulté », dépendant et trop nécessiteux d’un cadre.

Pour finir, le rejet du vocabulaire anglais nous a semblé contreproductif et vient asseoir une posture contradictoire. Qui n’a pas assimilé les termes business plan, business model? Qui, en d’autres termes, n’a pas encore été marqué par les différentes définitions du marketing? (Cette discipline émerge dès les années 30 aux États-Unis et prend en vigueur, en France, dès la fin du XXème siècle). Nous avons intégrés, pour la majeure partie d’entre nous, ces dénominations, appellations, dans nos unités de travail, équipes, services…

Ressources

Les ressources humaines

Dès le face à face, nous ressentons peu de considération des ressources existantes. Aucune question ne sera posée quant au domaine d’expertise ou de connaissance des participants. Une méthode de communication inter groupe qui a pu montrer toutes ces limites  et un manque de dialogue, hormis celui autorisé, n’a pas permis aux situations d’être constructives, pérennes voire mutualisatrices.

Une sous exploitation malheureuse a, d’entrée de jeu, instaurer un manque d’efficience qu’il conviendra de combler. Compenser cette erreur ajoutera une pression supplémentaire pour les participants et porteurs. Une charge de travail et un défaut de compréhension des enjeux seront soulignés dans le détail du retour d’expérience.

La ressource temps

Le Power point est l’ennemi des réunions et les redites font partie des phénomènes de constantes répétitions qui usent les auditeurs. Beaucoup de retard, avant cela, a été pris en raison de la présentation des porteurs de projets/idées aux futurs mentors. Une ressource temps précieuse affaiblie par la projection du PP.

Suite à la prise de connaissance des projets par les animateurs de la Social Cup, l’idée était, ensuite, de les classer en deux catégories. Nous avons démarré notre session de prise de connaissance mutuelle à 11H30. Pressées par le temps, les choses sont vites et mal faites et ne nous permettent pas de savoir vers qui ou vers quoi nous allons aller…La solidarité voire l’empathie seront les seules données qui apporteront leur solution aux problèmes. Nous iront là où il n’y a pas grand monde.

La ressource lieu

Après s’être perdus, les publics auraient, peut-être, eu envie de se sentir accueillis, rassurés. Sauf que cette entrée dans les lieux s’est faite sans chaleur. Pas de mot de bienvenue. Ce n’était pas prêt, nous devions, donc, attendre dans un hall qui allait commencer à se faire trop petit. Nous avons, alors, voulu faire tomber les silences de chacun, détendre un peu l’atmosphère, en faisant un peu connaissance. Nous nous sommes vus pointer (présentiel). Puis, nous prenons ce grand couloir et nous dirigeons vers la salle principale du RDC.

couloir du kaléidoscope

La salle possède comme une « arrière-cuisine » par laquelle nous entrons en premier et constatons la générosité des viennoiseries bio du coin (Boulangerie Osmont), du café, des jus divers…Nous restons debout. Nous remarquons cependant que des chaises nous attendent et que nous allons, ainsi, recevoir, les informations. Effet salle de classe ? Il est vrai qu’un petit côté scolaire se précise. Observons un instant où se place cette jeune femme. Sur le côté, comme bon nombre d’entre nous.Comme si ce carré massifié de chaises vides suffisait à ce qu’on se tienne à l’écart…Nous allons prendre le temps de venir nous asseoir…

Salle de « réception », le Kaléidoscope

Nous serons, tour à tour, assis, debout, réalisant des gestes proche d’une chorégraphie, nous nous parlons (trop) peu. Une speed dating version projet et debout…Tout pour nous mettre à l’aise et aller dans le sens du jugement hâtif…Nous nous méfions beaucoup des premières impressions mais là, nous n’avions pas le choix.

Retour sur une expérience de participante

« J’ai pu subir une demande d’investissement personnel assez lourd d’autant que le défaut de maturité de certains porteurs de projets en management transversal et le manque de concrétude de certaines de leurs idées ne m’ont, parfois, pas permis d’éviter des relations interpersonnelles difficiles. Quelques heures auront suffit à avoir raison de moi. Cette expérience fut une succession de contraintes et d’entraves, un exercice trop limité. Ce qui ne m’a pas donné nécessairement envie de réitérer l’expérience. Le lieu et la démarche ont pu créer une proximité forcée entre les personnes. L’impression finale est celle d’avoir exercé un rôle bien mineur, une contribution en deçà. Ce qui ne valorise pas à titre personnel et laisse une sensation amère d’être, peut-être, passée à côté de quelque chose. Les promesses et les ressentis, en direct, laissent parfois trop de place à l’écart, à la fuite en avant vers un manque d’efficience frustrant et inhibant. Je terminerai par le fait qu’au milieu de ces publics, devait certainement se trouver une idée plus pertinente qu’une autre mais c’est par pure solidarité que j’ai rejoint un groupe car faute de présence, il n’aurait pu être questionné comme nous avons commencé à le faire. Je suis sortie à 13h, un autre travail de recherche m’attendait et c’est la tête pleine à en avoir mal que je me suis plongée dans mon 2ème temps d’investigation. Aujourd’hui encore, je sais que je n’ai pas apprécié ces instants maladroitement mis en communs, en outre, je regrette de voir se confirmer le manque d’appropriation par les quevillais de ce tiers-lieu qu’est le Kaléidoscope. »

 

Isabelle Pompe pour #sitespecific le 3 décembre 2019.

L’Armada, XXL Versus humilité ?

#sitespecific s’offre des postes d’observation locaux d’où il peut écouter, regarder, analyser, en résumé, prêter attention à ce qui se fait, se raconte et comment. Le samedi 15 juin 2019, il est allé accorder son temps et son esprit critique à une manifestation dont il entend parler depuis qu’il est arrivé à Rouen rive gauche, en 2014, à savoir l’Armada dans 7ème édition.

A l’aune de quoi peut-on définir cette « Armada de Rouen » ? Un grand rassemblement, une manifestation, un évènement, oui mais est-elle culturelle? Touristique? Populaire ? Les trois ? Est-ce une foire? En espagnol, Armada signifie « marine de guerre ».

A partir de quoi peut-on désigner, « spécifier » ? Des partenaires, des publics, des invités (les bateaux, les locataires d’espaces), des espaces (privés/publics- marchands/ mixtes), de l’occupation du territoire (où et comment)? Et peut-on préciser de quel type ? Et à quoi cela sert-il ? En fait, ce samedi 15 juin fera office de prélèvement. Qui, quoi, où et comment sont donc intégrés à ce fragment dont voici les détails.

Avant de davantage nous prononcer, sachez que nous avons opté, majoritairement, pour un traitement noir et blanc des photos prises ce jour là, plus en phase avec la météo et plus proche du projet et son haro sur le gigantisme. #sitespecific est à taille humaine, à hauteur « d’hommes », tranquillisons donc nos rapports avec l’humilité.

 

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Des hauts diversifiés, Armada 2019, IPL

Un bruit qui court

Avant d’avoir les images, avant même de connaître l’existence des chantiers navals de Normandie (de 1894 à 1986) installés à Grand-Quevilly, nous avons pu distinguer qu’il se tramait ici, une page maritime « majeure ». Assurément, l’Armada semble avoir coiffé au poteau toutes les odyssées flottantes du coin. Nous distinguerons les modes opératoires communicationnels et promotionnels de l’outil protéiforme qu’est l’Armada plus en aval de l’article.

L’année 2019 est l’expression de sa 7ème édition. Cette dernière prend une vie effective le 6 juin 2019 et s’arrêtera, en vrai, le 16 juin. Nous connaissons tous la relativité de la notion temporelle lorsqu’il s’agit de mettre tout le monde à l’unisson. L’évènement démarre sa vie fictive un an plus tôt minimum et prendra fin, qui sait quand ?

  • Armada renvoie à « grand nombre de personnes ou de choses ». L’Armada s’ancre à Rouen depuis Jean Lecanuet. Cette fête maritime telle qu’elle se définit ou encore ce grand rassemblement de voiliers voit le jour, la 1ère fois, en 1989 (bicentenaire de la révolution française).

 

Majeur trop majeur ?

L’Armada est un mètre étalon qui vient rythmer l’année 2019 rouennaise dans son intégralité. Une hyper focalisation intentionnelle qui signe le début et la fin de l’année avec elle. Que reste-t’il à l’année 2019 ? Que reste-t’il à Rouen comme énergies, projets et possibilités ?

L’évènement majeur est par définition « dangereux » dans le sens où comme pour toute mastodonte, le monde, les enjeux, les regards…Se portent tous au même endroit et sur la même période. Il uniformise, en conséquence, les actions et programmations, écrase, empêche et hiérarchise. Lui est majeur, le reste est mineur par définition voire ordinaire de toute façon. Majeur c’est l’imaginaire de l’exceptionnel, le fantasme du Grand, le miroir déformant capital et premier. L’évènement maître donne le La, figure le primordial, incarne le principal. Nous sommes, vous l’aurez compris, loin d’une mémoire collective, l’essentiel vient annuler le pluriel, le Un vient chasser le commun. Pourtant l’Armada c’est aussi un fort succès populaire, les gens sont venus en très grand nombre. Toutefois, ce n’est pas à l’aune de ceci que nous étudierons l’approche des publics.

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Le Majeur insulaire, Armada 2019, IPL

  • Lui, c’est un lieu également, là où les gens se déplacent, irriguent, un point de convergence, un point de mire où l’on se plait à se voir plus grand que nous ne sommes ou plus importants. Ces grandes manifestations sont source de liesse, de fierté. Nous lisions hier, Frédéric Sanchez (Président de la Métropole), s’exprimer en ces termes: « Pour l’Armada 2019, on met le paquet ». Source

La Métropole Rouen Normandie, premier partenaire financier de l’Armada, souhaite s’engager pleinement dans l’évènement. Objectif : faire rayonner notre territoire en France et à l’étranger. Nous avons pu mesurer un problème identifié dont souffre la ville de Rouen et son agglomération, elle n’est pas connue, mal connue. Peu de gens situent la ville, elle est parfois confondue avec le Havre. Depuis ce point de départ très « technique », il faut tenter d’imaginer le chemin à parcourir pour « rayonner ». Verbe que vous pouvez associer, selon votre état du moment, à briller, étinceler, flamboyer…

#sitespecific ne provoque personne mais l’objectif paraît tellement « démesuré »..Et puis luire pourquoi faire ? Pour se répandre, s’étendre, non c’est pour attirer les capitaux extérieurs, les investisseurs car l’image de Rouen n’est visiblement pas la « bonne ». Elle n’irradie pas de toute part. « La compétition entre les territoires se fait lors des évènements de ce type. Les touristes de l’Armada seront peut-être demain nos visiteurs, nos habitants et nos investisseurs. » Ce qu’il serait bon de redire c’est que sur ce territoire élargi qu’est la Normandie, la concurrence fait partie intégrante du décor: une pièce, trois villes pour un seul personnage principal. Qui sera sacrifiée sur l’autel ?

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Capture d’écran- Source

La Métropole Rouen Normandie est intéressante au regard de son incarnation de leader territorial. Elle existe, rappelez-vous les lois des récentes réformes territoriales, pour simplifier le paysage, mutualiser, renforcer les territoires…Pour nous, ici, elle est aurait pu être une aubaine, Rouen et son agglo enfin pacifiée aurait resplendi, rassembler pour se renforcer, mutualiser pour mieux valoriser, communiquer, cela semblait si réjouissant sur le papier. Sauf que les incidences profondes majoritairement politiciennes sont ressenties même par la population. La Métropole ne nous éclaire pas mais nous disperse. Elle s’est servi des 71 communes qui la constitue pour s’arroger la stature de Métropole mais nous sommes très loin du compte au regard de son fameux rayonnement et de son dimensionnement européen. Cet espace de référence n’est que le rassemblement de 500 000 citoyens habitants par le truchement d’un récit fictif.

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Capture d’écran Source

Si ce n’était que cela, le fait d’être connecté ne nous sortira pas de l’enlisement dans lequel nous sommes si de profondes modifications de posture identitaire, de la part de ceux qui incarnent ce projet métropolitain, ne sont pas impulsées. Ce territoire souffrira longtemps de ses ressources en dormance, de ses initiatives avortées voire peu soutenues. Les habitants sont la raison d’existence de cette métropole, pourquoi ne seraient-ils pas sa raison d’être ? Construisez avec les citoyens habitants présents et non pour ceux que vous souhaitez accueillir demain, repensez avec nous, écoutez ce que le territoire humain vous dit, entendez le.

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A Perdre de vue l’humain, Armada 2019, IPL

Les raisons de l’existence et l’accueil de cette édition 2019, soit six ans après la dernière, tiennent aussi au fait que des chantiers ont vu le jour. L’Armada c’est aussi une horloge, un phénomène de pression tant les enjeux et attentes sont immenses.

 

Chantiers et attractivité

Tous en même temps ou presque, sont par ailleurs de différentes natures et impactent naturellement une population diversifiée. « Des chantiers curatifs, d’accompagnement et d’attractivité » : parmi les chantiers en cours ou à venir, le président de l’agglo rouennaise fait la distinction entre trois types : ceux qui sont de l’ordre du curatif, et dont l’agenda s’impose (trémie et pont Boieldieu, côte de Canteleu) ; les chantiers d’accompagnement, engagés par d’autres collectivités au sein desquels la Métropole participe (parvis de la gare, accès sud au pont Flaubert) ; et enfin, ceux qui ont trait à l’attractivité du territoire (Cœur de Métropole, ligne de bus T4, éco-quartier Flaubert). Source

« Notre territoire est en pleine mutation pour cette 30ème Armada. Nous avons rénové le parvis de la gare, le centre-ville, les quais de Seine et dans quelques semaines nous allons inaugurer la nouvelle ligne de Téor T4  » Frédéric Sanchez Source.

Il ne s’agit pas de la 30 ème Armada, force est de constater, là encore, que les jeux de langage sont monnaie courante mais non, la 1ère Armada a eu lieu en 1989 et depuis se sont produites 5 Armada (94, 99, 2003, 08, 13). Il est bien question de la 7ème seulement et du 30ème anniversaire de la 1ère!

Les travaux, nous en avons mangé, bu, subi, nous n’en pouvions plus, voitures, piétons, vélos, usagers du métro, habitants de quartier, employés, touristes…Trop, c’était trop. Et lorsque nous nous sommes mis dans l’obligation de relire les propos du président de la Métropole, nous avions déjà compris que tout cela c’était pour ça mais la « mutation », les « rénovations », le « renouvellement urbain » nous sont apparus comme imposés. La faute à l’Armada ? « 3 millions d’euros de budget dont 1 million en subvention pour l’association », voici l’apport métropolitain comme 1er partenaire. Ceci reflète surtout un certain type de management, le pyramidal (le modèle d’organisation traditionnel), très loin de la gouvernance, des notions de parties prenantes et du transversal car la métropole s’incarne comme celle qui considère ses habitants comme des usagers et non comme des citoyens. Ce pourquoi, les travaux d’embellissement, les « améliorations », les destructions…Ont leurs raisons consternantes, parfois, d’être. l’Armada est XXL comme l’est le Panorama (décrié dès son arrivée sur les quais), au point de sourire, lorsque nous entendons Frédéric Sanchez parler de pragmatisme au regard des attentes des investisseurs qu’il a reçu lors de RDV au siège de la Métropole.

  • Pragmatisme ? Doctrine qui prend pour critère de vérité le fait de fonctionner réellement, de réussir pratiquement.
  • Attitude de quelqu’un qui s’adapte à toute situation, qui est orienté vers l’action pratique.

 

Créer des centralités fortes

« Devenue métropole en 2015, Rouen (Seine-Maritime) a une place à prendre au sein de la hiérarchie des autres grandes villes françaises. Mais a-t-elle su saisir sa chance ? Dans la compétition qui existe, de fait, entre les territoires, Rouen met-elle tous les atouts de son côté ? Peut-elle s’imposer comme une métropole incontournable ? Si les acteurs et observateurs de la Métropole Rouen Normandie semblent s’accorder sur le diagnostic, l’origine des symptômes et le traitement approprié suscitent pour leur part des divergences. » Source

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Capture d’écran- Source

« Rayonner » suggère une figure concentrique, centrale d’où se propagent les rayons en question. Alors, la création de ce « temple » a vu le jour techniquement, symboliquement, logiquement, tout à côté de la Métropole et de ses équipements culturels comme le 106 et le 107 (Centre d’art Contemporain).

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Tant qu’il y aura la Seine, Armada 2019, IPL

La Seine est, à elle seule, un instrument de mesure pour tenter d’y voir plus clair entre Rouen et son rapport au fleuve. Combien d’investissement ont été réalisés ? La date de concrétisation des travaux sur les quais ? 2015. En 2010, les propositions formulées avaient été rejetées au motif que les quais n’étaient pas un espace suffisamment concentrique donc attractif.

Screenshot_2019-06-17 Dans la compétition des métropoles, Rouen peut-elle s'imposer (2).png

  • l’Armada c’est la création d’une nouvelle centralité. Elle est la double erreur car elle fait suite au centre-ville historique de Rouen et son hyper focalisation qui ne permet plus de créer de distinction. Ce qui nous amènera ensuite à poser ce leitmotiv’ « Rouen, le centre du monde » visible partout, dans nos rues.
  • A cette illustration centrale placée « au cœur » de la Seine, nous avons ressenti la curieuse impression d’assister à un pèlerinage, rythmé, scindé en horaires et créateurs d’habitudes (feux d’artifice chaque soir). Dix jours et soirs ritualisés pouvant avoir les traits, la forme d’une messe, d’un cérémonial. Étions-nous tous conviés ?

 

Tirer un trait.jpg

Tirer un trait, Armada 2019, IPL

Avant de nous diriger vers la problématique des publics touchés, venus et/ou ciblés par cette manifestation, pouvons-nous examiner la présence des bateaux plus en détail ? Certains ont retenu notre attention, il s’agit de onze bateaux « gris », militaires où était inscrit : « Affaires maritimes ». A la liesse quasi générale s’ajoutait la fierté militaire normande. Le Thémis (PM 41), patrouilleur hauturier de la Direction des affaires maritimes basé au port de Cherbourg-en-Cotentin (Manche) accompagné par des bâtiments militaires anglais, canadien et hollandais notamment étaient donc présents. Sous pavillon Français, on comptera aussi le Pluvier, un autre patrouilleur également construit aux chantiers navals de Cherbourg mais basé à Brest, ainsi que le Jacques Houdart Fourmentin patrouilleur garde-côtes du service des douanes affecté au secteur Manche et mer du Nord.Source 

Affaires maritimes Armada 19 IPL.jpg

Quand les affaires sont maritimes, Armada 2019, IPL

A centralité répond verticalité ?

Nous nous sommes rendus sur le site accompagnés par une personne étrangère au projet, ne résidant pas sur notre territoire, elle s’est jointe à nous pour cette expérience humaine afin de participer à ces espaces depuis ses perceptions, impressions, requêtes et remarques.

Dès notre arrivée sur les quais bas rive gauche, nous prenons la mesure que tous, nous allons dans la même direction, dans le même sens ou presque. Peu d’affichages voire pas d’affichage qui auraient pu nous renseigner sur le durée de l’attente estimée, sur les files elles-même. Nous levons la tête et apercevons une banderole métropolitaine mais rien de ce qui nous attend n’est actualisé. Nous allons tous nous cogner à ce mur humain de la file d’attente, à cet entonnoir sans que des files soient distinctement dessinées, aménagées pour parer de manière efficace à la gestion des flux. En chiffre, histoire de vous situer, l’Armada et sa dernière édition c’est :

Screenshot_2019-06-17 L’Armada 2019 en chiffres - Rouen Bouge.png

Vous le saisissez très certainement, les évènement touristiques, culturels sont trop traduits et analysés depuis leurs chiffres, d’ailleurs, l’attente se fait sentir pour celui de la fréquentation de l’Armada (annoncée 1/3 supérieure à son édition 2013…) Passons… Et la place de l’humain dans tous ces chiffres ? Sa satisfaction, son confort, ses impressions ? Qu’en fait-on ? Nous aurions beaucoup aimé qu’une équipe de chercheurs de l’université de Rouen se penchent sur cette « chose » Armada, cet XXL afin de réaliser un travail de terrain à partir d’enquêtes quantitatives (questionnaire) et qualitatives (entretiens)!

Nous, les publics

Avec notre travail in-situ de testeurs/spectateurs, nous pouvons d’ores et déjà avancer que les différentes scènes, plans qui étaient donnés à être vécus, à être vus, faisaient état de :

  1. Un manque d’information une fois sur les quais s’est fait sentir: nous attendions quoi et où devions-nous nous placer ? Créant ainsi un sentiment de compétition entre nous comme celui des caisses de supermarché avec « qui va plus vite? »
  2. Des personnes, sans tact aucun, doublent, s’agacent. Nous restons dans une file en nous interrogeant sur ce flux qui n’a aucun sens et qui est illégal dans sa façon de procéder due à un défaut de parité dans les services de sécurité. Une fouille au corps étant introduite dans le processus de tri au checkpoint sauf que seule une femme est en mesure de fouiller une femme.
  3. Enfin, une femme chargée de la sécurité précise que pour les femmes c’est par là, celles autour de nous regardent nous diriger dans le « bon sens » mais visiblement ne comprennent pas. Parlent-elles français ? Cette information ne sera pas traduite.
  4. Un sentiment particulier s’installe peu à peu, nous nous réjouissons d’avoir mangé en dehors car hormis les carrés VIP et autres terrasses labellisées « New-York » vides, les espaces populaires sont, eux, pris d’assaut au point que les gens mangent assis sur n’importe quoi.
  5. La place du vertical nous assiège dès le début, haut les yeux, lever la tête mais aucun banc ni autre installation n’est mis à la disposition des visiteurs afin de prendre le temps de regarder les scènes dans leur horizontalité cette fois, debout à attendre et debout encore et encore sera notre lot éprouvant jusqu’à notre sortie définitive.
  6. Nous sommes très nombreux, dans un balai incessant, les gens hagards, ahuris, perdus, épinglent des visages perplexes, fatigués. Le personnel des bateaux semblent dans le même état.
les gens sens

Les gens, Armada devant le 106, IPL

 

  1. Nous passons devant une installation centrale (devant le 107 et le siège de la Métropole). Plutôt bien réussie ce mur pour coloriage à notre gauche par contre nous restons dubitatifs quant à l’offre de droite pour les enfants et adultes située sur la Seine.
  2. Le camping ne met pas en avant d’informations suffisamment claires pour que nous mesurions sa pertinence.
  3. Le 107 ne nous a pas donné envie de rentrer de manière spontanée. Deux raisons à cela: 1/ Trop de vitres qui engendrent un sentiment d’enfermement. 2/ Le nom d’une banque juste au dessus comme si des bureaux bancaires avaient atterri là.
  4. Nous sommes sur place sans plan, sans programme afin de tester les outils communicationnels mis à disposition sur site.
  5. Ils nous paraissent, pour la plupart, être rédigé en français. Mais il ne s’agissait pas d’un « rayonnement » à l’étranger tout à l’heure ?
  6.   Nous sommes au pied du pont Flaubert, n’ayant aucune visibilité sur ce qu’il y a ensuite, nous hésitons à poursuivre, nous constatons, le long, la présence de boutiques, et étonnamment, nous avons croisé un stand de la marque Tesla. Nous restons un temps circonspects: un évènement « populaire » et des carrés VIP, des terrasses couvertes pour des services de restauration coûteux, Tesla (la marque touche, en majeure partie, une clientèle aisée)… Mais quelles sont les cibles ? De surcroît, la place centrale allouée aux espaces pour se restaurer n’est pas en mesure d’accueillir la typologie des publics du samedi: très nombreux, familiales et soucieux de leurs budgets.
  7. La verticalité nous éprouve, alors nous décidons d’emprunter les marches du pont Flaubert, nous nous apercevons qu’un sens de circulation nous oblige à prendre tous le même escalier.
  8. Les ascenseurs, non adaptés de par leur taille, laissent attendre de nombreuses personnes avec des poussettes ou d’autres à mobilité réduite…Au point que certains portent leur poussette pour tenter l’ascension.
  9. Le pont et ses coursives peu larges mais opérationnelles facilitent notre cadence. Puis nous redescendons pour nous « amarrer » quai bas rive droite. Nous épinglons un stand de la marque Range Rover et ses tarifs salés: Le SUV Evoque coûte environ 40 000 €. Quel rapport ? Si seulement cette Armada avait pu être le moment pour aborder le transport fluvial comme alternative au transport routier…
  10. La vue saturée et la fatigue sont plus que présents et nous éprouvons la ferme envie de nous asseoir. Oui, mais où ?
Monumental versus humilité.jpg

XXL versus humanité, Armada, IPL

En fait, après avoir tenter de rester concentrés, debout durant plus de deux heures, nous cherchons en vain à fuir, ne serait-ce qu’un instant ce flux. Oui, mais voilà que la pluie fait son entrée, alors, un lieu d’où s’échappe une petite forme musicale en live, nous tend ses bâches. Tous, nous y retrouvons… Nous sommes bientôt les uns sur les autres non pas pour profiter du concert mais bien pour se mettre à l’abri. De là, au milieu d’œuvres d’art installées tout près de comptoirs aux goodies, nous penchons une tête emplie de compassion pour cette architecture oubliée qu’est le Chai à vin, nous déplorons, une grande scène et le reste en plein air et ce qu’il reste du hangar 23.

Le chai est un site specific.jpg

Le Chai, un site specific, Armada 2019, IPL

Poursuivons cet éreintant voyage de samedi pourtant au début de son après-midi, vient la question des toilettes. Il faudra compter sur 0, 50 centimes d’euro l’accès! Nous sommes agacés. Pour les gens, qu’est-ce qui est plus simple d’aller au toilettes et payer cette somme ou uriner contre les arbres ? Les visiteurs sont majoritairement composés de familles, de couples (amants/amis), les personnes seules ne sont pas en reste. Les tranches d’âge représentées sont larges (allant de la toute petite enfance – Poussette) aux retraités (3ème et 4ème âge).

Manifestation populaire armada.jpg

La typologie de publics de l’Armada présente le samedi 15 juin 2019, IPL

Nous découvrons ensuite les coursives, les gens qui mangent sur du béton, des moellons, c’est « wild », « roots » tout ce qu’on veut mais c’est surtout déplorable de voir des gens assis par terre dans un cadre aussi peu ragoutant. Pourquoi les arrières des quais rive droites n’ont pas été (davantage) aménagés ? Cela nous parait invraisemblable d’assister à des scènes aussi peu respectueuses des visiteurs. Est-ce au motif de la gratuité ? Faites payer les spectateurs 2 € mais offrez-leur de la dignité dans vos services.

Le personnel n’est pas en reste niveau traitement, nous croisons des jeunes gens en train de dévorer un sandwich par terre, à l’abri, toujours et encore, les gens sont assis sur des trottoirs, des barres pour vélo, se prennent en photo et cela nous touche qu’ils ne soient pas plus « aimés que cela. » Et c’est avec la considération de ces annotations que nous nous rendons compte que cette manifestation XXL est bien loin de satisfaire ses publics et ne peut porter le nom d' »évènement fédérateur » voire populaire.

Clown triste.jpg

L’Armada et ses coursives tristes, juin 2019, IPL

Nous prolongeons encore notre visite. Sans le faire exprès, les moments pénibles reprennent le dessus, le flux certes mais la sortie, au pied du pont Flaubert, est la seule issue qui fait office d’échappatoire. Avant de nous y rendre, nous passons devant les bateaux militaires, restons conscients que plus rien n’est grave, quoi que et puis, nous croisons des marins, seuls ou en groupe qui affichent une profonde désespérance. Ils en ont marre. Comme nous les comprenons. Toutefois, nous partons, à la recherche de ces visages afin de mesurer l’écart en distance qui leur est nécessaire pour décompresser du site. Ils sont publics, comme nous.

Marins flaubert bridge IPL.jpg

Les marins sur le départ, Armada 2019, IPL

De là, où nous sortons, nous mesurons le peu de place accordé aux vélos, pas de parkings présents. la traversée en direction de Docks 76 s’opère, nous restons persuadés que nous trouverons de quoi nous asseoir et boire un café avec une vue un peu dégagée. Erreur, la queue aux toilettes est longue et ils sont payants également, de plus le moindre espace libre à l’intérieur du centre est pris d’assaut par nos marins et notre personnel de l’Armada (à en juger par leur badge). Mais, là où nous nous arrêtons dans nos réflexions c’est sur la présence des marins, au pied de l’affichette: « Rouen, centre du monde ». Ils sont en poste, semble-t-il ? Euh…Les pauvres. Alors que nous parvenons à nous poser, nous faisons l’expérience d’un centre bondé par des gens venus s’asseoir. Les offres de petite restauration ne désemplissent pas. Heureusement que les DOCKS 76 sont là pour pallier cette demande insatisfaite par l’Armada elle-même. Il est 15H30. Nous nous sommes plus ou moins remis et nous repartons visiter cette fois le quartier afin de voir jusqu’où les publics de l’Armada s’étirent. Nous croisons quelques marins venus manger seuls, isolés, au milieu des bas d’immeubles. Nous continuons et les parkings (qui ne nous avaient pas concerné jusque là) font leur apparition: 3,50 €/ l’heure. Les visiteurs improvisent naturellement leur stationnement sur les contre allées, l’herbe…Nous partons en direction de la préfecture, nous détendre encore un peu et profiter des rayons de soleil et de la vue dégagée qui nous sera promise. Bien sûr avant d’arriver à bon port nous n’avons cessé de croiser les verticalités des mats pour chaque rue parallèle, un spectacle, en soi, joli.

Vue depuis la prefecture, Armada IPL.jpg

Depuis la préfecture, le Dôme du tonnerre, H20 et un bateau, Armada, IPL

Vous le voyez bien à droite, la grande architecture arrondie, le dôme du tonnerre comme nous aimons le surnommer non sans ironie, et bien il est une des raisons invoquées pour ne pas accueillir un autre bateau. Par manque de place sur les quais, la faute au Panorama XXL, l’Aquarius ne fut pas autorisé à accoster…

L’Armada, les coulisses

  • L’aquarius

Un bateau a sauvé l’honneur de l’Europe en recueillant plus de 30 000 naufragés, c’est l’Aquarius. Affrété entre février 2016 et décembre 2018 par l’association SOS méditerranée, le bateau est ensuite immobilisé pour des raisons administratives et judiciaires.  Source

« L’Armada, manifestation populaire et fête maritime réunissant des citoyens du monde entier se doit d’accueillir l’Aquarius afin de lui rendre l’hommage qu’il mérite, un hommage humaniste et fraternel.« Source

Faute de pavillon c’est la fin d’activité du bateau, alors des associations, au nombre de 27, se lancent dans le projet solidaire et généreux de proposer l’ accueil de ce dernier pour l’Armada.

  • Un extrait du Communiqué de presse du 24 avril 2019:

« Des représentants du Haut-Commissariat aux Réfugiés de l’ONU ont annoncé mardi 23 avril 2019 le naufrage d’un chalutier dimanche dernier au large de la Libye faisant 800 morts. Ce chiffre macabre ne cesse d’augmenter, malheureusement dans l’indifférence de nos gouvernants. »Source

En marge des quais bondés de l’Armada de Rouen, ils sont une petite dizaine d’associations humanitaires (Amnesty International, ATD Quart Monde, Emmaüs, Médecin du Monde, …) à se rassembler, vendredi 14 juin, pour interroger l’organisation de l’événement : où est l’Aquarius ?

« Cela aurait été avec plaisir mais nous n’avons plus de place. Cela fait 5 ans que l’on place les bateaux invités à l’Armada. Cette demande arrive trop tard. Nous avons du aussi refuser le multicoque de François Gabart  » explique le président de l’Armada, Patrick Herr.

  • Peut-alors observer un évènement à l’aune des éléments de réponse formulés par sa présidence ?

Pour reprendre les propos de Bertrand Rouzies pour Médiapart et son article du 8 février 2019 « le signal de ce refus est désastreux ». L’exemplarité telle qu’elle est précisée pour les services rendus en mer, aurait pu trouver sa « place » au sein de la grande manifestation.

 » Une fête « populaire » et « gratuite » (le visiteur est le produit) qui, au-delà des retombées commerciales escomptées, se présente comme « l’événement fédérateur de l’axe Seine » . L’Armada se serait ainsi autorisée une représentation plus humble. L’humain face à cet XXL, à ce monumental à l’instar de la mer, est bien frêle. Justement, la vulnérabilité de l’Homme est sans cesse questionné au sein de cet élément naturel. Alors, la demande était légitime, en effet, de nous rappeler et, ce, d’une manière victorieuse, puisqu’il s’agissait ici d’accueillir un bateau symbolique pour son assistance, que la mer est une territoire de droits.

  • Les messages retenus

Avec les raccourcis, vous retiendrez « pas de place pour le droit des hommes », « pas de place pour les mains faibles ». Vous ajouterez l’accueil de la « fierté militaire » et ferez vos associations d’idées. C’est avec cela que chacun nous construisons notre « tout », c’est-à-dire, ici, notre expérience de visite. Vous l’aurez saisi, nous étions un brin contrariés. Nous avons fait l’apprentissage d’un défaut de synergies entre les publics, venus certes nombreux mais, il nous faudra le scander au besoin : « ce n’est pas à l’aune des chiffres de fréquentation qu’une manifestation se comprend ».

  • Les erreurs d’appréciation

L’Armada n’en était pas à son coup d’essai, de surcroît comment peut-on concevoir une telle campagne de communication et ne pas être à la hauteur d’un point de vue logistique ? En effet, les espaces n’étaient pas réfléchis pour s’adapter à ce flux de visiteurs, ni en termes de capacité ni au regard de ses offres. Cet évènement est aussi une vitrine pour attirer, pour aider à l’identification. Le problème de ce type de « produit » c’est l’effet miroir. Attirer qui ? Changer quoi ? L’Armada avait pour objectif, entre autres, d’infirmer le repli de Rouen, d’attester par la preuve que Rouen c’est…Quoi ? Grand, dynamique, à même de concurrencer qui ? Si pour nous, cela fut un test, il en a été de même pour ceux qui sont venus prendre une dose, une ration imagée de ce territoire. Cette narration qui leur fut contée a-t-elle suffit à prouver, à démontrer que Rouen c’est… Oui, c’est cela aussi le problème, Rouen c’est quoi ? C’est qui, le savez-vous seulement ? Les attitudes politiques en termes de valorisation territoriale sont très éloignées des habitants, rappelez-vous en, l’idée fondatrice de la Métropole c’est d’attirer des capitaux extérieurs, de jouer la carte de l’extériorité, pas vous ni nous mais ceux qui pourraient venir, ceux qui vont venir! Le postulat comporte sa dosette d’indifférence voire de mépris pour ceux qui résident et « font » cette aire urbaine.

  • Pragmatisme

Face aux interlocuteurs « pragmatiques », la présidence de la Métropole Rouen a tenté toutes les voies navigables ou non de la séduction avec cela comme toile de fond: « Rouen, c’est bien pour investir, Rouen attire du monde, Rouen c’est la Seine, Rouen c’est …Etc…

Nous pouvons répéter que les conditions d’accueil et les offres de services n’étaient pas en mesure de satisfaire une diversité de publics. De plus, les choix stratégiques effectués en matière de présentation/représentation, de commercialisation ne permettent pas de créer quelque centralité que ce soit. A ce titre, la notion de « centre », par définition, galvanise certes mais ne permet pas la mise en place d’une tentative de reconquête des territoires annexes.Alors que tout centre tend à s’étirer pour affirmer sa puissance. Là, n’est pas la question. Oui, mais la Métropole Rouen Normandie c’est Rouen et 70 communes. Partant du principe que sans les 70 communes et Rouen, la Métropole n’existerait pas, en quoi, Rouen vendue comme une centralité est-elle en mesure de créer des synergies avec les autres territoires ? D’autant qu’anonymés comme cela sous leur « 70 », ils ressemblent davantage à des terres oubliées, rassemblées histoire de dire. Que dit Rouen avec sa centralité d’Armada ? Elle se réclame d’une figure exclusive et excluante. En outre, Rouen et ses deux rives ont lancé un signal fort: L’Armada n’a autorisé aucune centralité à même de faire se rencontrer les espaces fluviaux et terrestres (les quais et la ville) des deux rives. Elle ne peut se targuer d’être rassembleuse car les espaces de relégation n’ont pu bénéficier d’une programmation irriguée par l’Armada.

  • La question de l’attractivité

Elle n’a pas contribué à impulser une image attractive de Rouen d’une part parce que les trois ressorts de l’attractivité selon Philippe Duhamel ( 2007) que sont le patrimoine, la modernité et l’évènementiel n’étaient pas rassemblés. Le ressort qui manque c’est celui de la modernité. L’Armada est une proposition « conservatrice« . Reprenons sa définition baudelairienne pour nous faire comprendre. Charles Baudelaire, souvent désigné comme le chantre de la modernité, « ne craint pas le paradoxe car la modernité c’est le paradoxe : la théorie de l’absolu relatif, la légitimité subversive, la permanence esthétique dans l’éphémère »Source. Baudelaire fait entrer dans la poésie des termes nouveaux car il s’inscrit dans un contexte culturel et politique, il s’ancre dans le réel. Ce qui se traduit par des approches nouvelles comme « la ville », « la laideur », « le trivial » avec des volontés novatrices comme « tirer l’éternel du transitoire ». L’Armada ne peut être cet outil en charge de l’attractivité rouennaise car certes ce sont dix jours d’évènements, oui, le monde maritime présent peut relever de la définition du patrimoine matériel et immatériel (symbole, folklore, chants) telle qu’ils sont définis par le code du patrimoine mais pas de modernité en raison d’une hyper focalisation communicationnelle, commerciale bref, stratégique oublieuse des humanités, du vernaculaire, du réel. Trop ancrée sur son sol conservateur, elle ne pouvait, en effet, accueillir l’Aquarius. Pour aller dans le sens de Rouen et son amour du traditionnel, il ne fallait pas œuvrer dans une logique disruptive, pour asseoir la stratégie territoriale de la Métropole, il n’aurait pas été convenable de trop diversifier, de faire avec notre « modernité ». Comment peut-on attendre des autres qu’ils s’intéressent à nous alors même que nous ne nous aimons pas ?

Le selfie de l’humilité, Armada 2019, IPL

Nous ne nous exprimerons pas sur les annotations de la météo jugée « capricieuse ». La tempête Miguel trouve sa raison d’être comme tant d’autres bouleversements météorologiques avec lesquels nous devons composer. En outre, la pluie est une actrice principale en Normandie pourtant bien peu de bâches ou des VIP.. Par ailleurs, n’ayant pu réaliser une analyse auprès des commerçants, nous ne développerons pas ce sujet. Notre exploration s’est faite sur site mais à quais donc ne comprend pas les défilés dans les rues, les visites en détail des bateaux. Notre échantillon tient en cinq heures d’après-midi (de midi à 17h), les concerts du soir ne sont donc pas développés.

 

  • L’Armada, le temps des discours

Si vous le souhaitez, afin de vous apporter des compléments d’information, vous pouvez vous intéresser aux bilans et discours suivants:

Armada bilan Ouest France

Tops & Flops selon Actu 76

Les discours des porteurs du projet

Le site de l’Armada

Patrick Herr Paris Normandie

Ce que nous avons pu découvrir, après coup, s’est construit avec le départ et donc la fin de cette édition. Il semble qu’une forme d’habitude et donc d’attachement ont pu s’installer. Les publics ont manifesté leurs émotions et leur liens, en postant beaucoup de photographies sur les réseaux sociaux et en précisant leur présences/passages sur la manifestation. L’adjectif « triste » et les déclarations d’amour du type « Rouen, je t’aime » ont signé de nombreux post.

 

Isabelle Pompe & Co pour #sitespecific, le 24 juin 2019.

 

 

Images des territoires de la rive gauche & moteurs de recherche

#sitespecific a choisi le moteur de recherche Ecosia, ses yeux numériques sont ceux fournis par cette interface. N’ayant plus la volonté d’alimenter Google pour effectuer son travail de veille sur les différents moyens dont disposent notre territoire, notamment communicationnels, le projet s’est posé face à la problématique de l’image avec Ecosia uniquement: image perçue? Image voulue ? Reçue, tout d’abord, lorsque nous renseignons les saisies suivantes: Rouen rive gauche, Rouen Saint-Sever, Rouen quartier St Clément, Petit-Quevilly, Grand-Quevilly, Sotteville-lès-Rouen, Saint -Étienne du Rouvray, Petit-Couronne, Grand-Couronne, Oissel.

➽Le 18 juin 2019: Quels résultats ? Quelles récurrences ? Images associées?  Traductions implicites ? Quelles informations/Images recevons-nous ? Comprenons-nous?

ECOSIA

« Ecosia est un métamoteur de recherche solidaire allemand. Il reverse 80 % de ses bénéfices selon un programme de reforestation présent partout dans le monde. Ecosia plante des arbres au Burkina Faso, au Pérou, en Tanzanie, à Madagascar et dans douze autres pays L’entreprise, certifiée B corporation, travaille avec différents partenaires dont WeForest et OZG au Burkina Faso, PUR Projet au Pérou et Eden Projects à Madagascar. En février 2019, plus de 50 millions d’arbres avaient été plantés depuis sa création, ce qui représente plusieurs milliards de recherches au total, à raison de 45 recherches en moyenne pour planter un arbre. »

  • L’interface d’Ecosia ressemble de loin à celle de Google. Quant aux résultats, le moteur de recherche préfère le dire : ils sont fournis par Bing et Yahoo!, entre autres.Source

Rouen rive gauche

Screenshot_2019-06-17 Ecosia – Le moteur de recherche qui plante des arbres.jpg

La rive gauche n’est pas identifiée comme un espace de référence mais en 1er chef c’est le terme « rive » pour eau/ Seine/ Quais qui ressort 16 fois sur 24 images. Le Panorama XXL fait son entrée alors qu’il est rive droite, la gare Jeanne d’Arc pourtant rive droite également. Quelques images d’immeubles sont présentées pour un montage photo 12ème (à droite),  la Cathédrale est là aussi tout en bas. Une photo plutôt ancienne avec le métro bleu en bas également.

Dans l’ensemble le #rivegauche est donc fortement recommandé lorsque vous postez des photos sur les réseaux et il semble impératif de toujours localiser vos images car ici, pas une structure culturelle, pas même le 106 n’est présent.

Cette rive se doit donc d’être hautement valorisée, citée, photographiée, localisée, visitée pour ne pas se réduire à ses quais. Il convient de poster des images depuis nos espaces numériques en les situant géographiquement avec précision (photographie, affiche, visuel).

 

Rive gauche en 1, c’est donc la Seine.

 

Nous ajouterons par simple courtoisie les images suivantes et souhaitons vivement participer, contribuer au patrimoine iconographique de ce territoire. C’est une des premières actions de valorisation de #sitespecific.

 

Archives tower RG.jpg

Tour des Archives rive gauche, quand le brutalisme entre en architecture, Rouen, IPL

les quais et les autres.jpg

Les quais rive gauche habités, Rouen, Juin 2019, IPL

Avec impatience, nous attendons notre prochain RDV le 29 juin, Rallye ‘Specific # 1, le 1er rallye photo organisé rive gauche qui a pour thématique l’architecture du XX et XXI ème siècle. Événement FB

Rouen Saint-Sever

Screenshot_2019-06-17 Ecosia – Le moteur de recherche qui plante des arbres(1).png

Nous vous recommandons la lecture de We are Saint – Sever et de Les conseils de quartier Rouen rive gauche # 2

L’Église (3 images lui sont consacrées), les travaux (2018), le centre commercial (3 images également) le reste tourne autour d’immeubles (des appartements à louer ?) Hôtels ? De maisons non identifiables, d’une terrasse, de la Seine, une BD, Le Gros Horloge, Un véhicule de Police devant la Poste/ligne de métro. Rien de trop parlant ni de significatif pas de place des Emmurés, ni de marché, pas de visage, pas de métro…

Saint-Sever c’est pourtant le 2ème centre de la ville de Rouen, à la fois une rue piétonne, un quartier, une station de métro échangeur, une Eglise, une bibliothèque, des marchés mais pourquoi tout ceci n’apparait pas ? De plus, pas d’architecture identifiable de suite alors que le quartier est aussi un centre administratif où se trouve, entre autres, le siège du département de la Seine Maritime…

 

Saint-Sever en 1 c’est donc l’Église.

 

On se dit que nous avons beaucoup de travail afin de constituer une iconographie digne du quartier St-Sever.

Nous ajouterons

Saint Sever en rue, Rive Gauche, Rouen, IPL, 2019

 

 

Friche Lucien, Saint-Sever, rive gauche, Rouen, IPL, Mai 2019

 

Rouen quartier Saint-Clément

Screenshot_2019-06-17 Ecosia – Le moteur de recherche qui plante des arbres(2).png

Nous vous recommandons la lecture de Saint-Julien- Saint Clément et de Les conseils de quartier Rouen rive gauche # 1

On reste circonspect, toute cela semble très résidentiel, sans « vie de quartier » même si nous reconnaissons l’intérieur de la maison de quartier, il n’y a ni commerce, ni visage, par contre des immeubles en projets. Est-ce le « quartier » Poterat- Métro Avenue de Caen ? Des appartements à louer sans doute, on aperçoit quand même l’Église de la Place St Clément, la fontaine, on reconnait l’un des bâtiments de l’Atrium mais pas de « verre et acier » à l’horizon dans l’assortiment d’images. L’impression majoritaire que ceci nous laisse c’est que nous sommes face à un quartier résidentiel, de banlieue peut-être où la vie humaine, culturelle et économique ne trouve pas d’écho tangible.

 

Quartier Saint-Clément en 1: c’est donc la maison de quartier

 

Un quartier qui possède, pourtant, une vraie vie de quartier avec son association de commerçants très pro-active, son ambiance, ses manifestations organisées par la Fraternité par exemple…Tout cela n’est pas visible, comme effacé et réduit, les messages en images que laissent ce quartier sont loin de se restituer sa vivacité, alors ?

 

Fresque quartier St Clément, rue St Julien, rive gauche, Rouen, IPL

 

 

Verre et Acier, quartier St Clément, Rive gauche, Rouen, IPL, 2019

 

Petit-Quevilly

Screenshot_2019-06-17 Ecosia – Le moteur de recherche qui plante des arbres.png

Nous vous invitons dans un 1er temps à consulter: Petit-Quevilly & #sitespecific

Les cartes commencent à faire leur apparition pour situer géographiquement cette commune qui peine, elle aussi, à montrer des visages, des instants de vie. Les projets immobiliers et l’immobilier (appartements) sont ce qui sort de façon prégnante. La piscine, mairie, le jardin de la Chartreuse St Julien, une école, une carte postale pointe du doigt la trace d’une histoire collective et mémorielle, le métro et pour finir la carte du cimetière…Sur 18 images, 10 images montrent des immeubles hauts, modernes plutôt uniformes. Peu d’espaces verts, pas de marché, pas de commerce, pas de structure culturelle alors que la commune possède sur son territoire une bibliothèque, le CDN (Foudre), et plus récemment a vu s’installer le Kaléidoscope (lieu des Copeaux Numériques), pas de Seine Innopolis (ancien bâtiment de la Foudre), pas d’édifices religieux, pas de sport hormis la piscine.

 

Petit-Quevilly en 1 c’est la piscine

 

« La piscine Tournesol, en coupole, accueille les nageurs en juin 1977. Véritable emblème, c’est une des rares de ce type encore en fonctionnement en France. »Source

Pour #sitespecific, Petit-Quevilly est le territoire de naissance du projet alors les Lebas déjà photographié en 1952 par Henri Salesse, devaient être montrés, au même titre qu’au moins un de ses espaces verts, le jardin de la chartreuse St Julien d’où sera animé l’ Atelier’ Specific # 1

Immeubles rue Joseph Lebas, rive gauche, Petit-Quevilly, IPL

 

Jardin de la Chartreuse St-Julien, Rive gauche, Petit-Quevilly, IPL

 

Grand-Quevilly

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La 1ère image qui émerge est celle d’une destruction! Sur 18 images, 7 sont des cartes. Des projets immobiliers sont cités 3 fois, une station de métro, 4 fois surgissent des commerces en raison de l’important centre commercial de la commune donc, reprenons pas d’équipement sportif, pas d’espace vert (Roseraie), pas d’animation, de concert, de structure culturelle (Charles Dullin/ Théâtre, Maison des arts/Artothèque, médiathèque)…

 

Grand-Quevilly en 1 c’est la destruction de l’Église sainte Bernadette survenue en 2014.

 

« Les deux-cent vingt signatures recueillies par une pétition ou les émois d’un élu communiste sur le blog du Front de Gauche n’auront pas suffi. La décision du diocèse de Rouen de démolir ce lieu de culte érigé et consacré en 1962 a été suivie d’effet et l’édifice est actuellement aux prises des engins de chantiers qui, depuis le début de semaine, s’activent afin de réduire ce bâtiment en un tas de gravats devant laisser place à un projet immobilier. D’après le diocèse, le fruit de la vente du terrain occupé par l’église permettra de financer l’église Sainte-Lucie où, d’ailleurs, tous les objets de culte ainsi que les vitraux ont été transférés. » Source

Pour #sitespecific, la rencontre avec Grand-Quevilly s’est faite progressivement, les rues et leurs immeubles perceptibles depuis la ligne du métro George Braque, la roseraie et une architecture pavillonnaire exceptionnelle…Allez voir sur @photographyspecific

 

La Roseraie de Grand-Quevilly, Rive gauche, IPL

 

Architecture pavillonnaire Grand Quevilly, Rive gauche, PL

 

Sotteville-lès-Rouen

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Ce panorama donne à découvrir une variété d’architectures (époques, types) des axes, la Seine, des églises, la mairie, la ligne de chemin de fer, le métro et trois présences sur cartes.

Pas de structure culturelle alors même que Sotteville accueille l’Atelier 231 (centre national des arts de la rue), pas d’animation alors que le festival Viva Cité en est à sa trentième édition cette année. Pas de marché pourtant celui de la commune est un « véritable « Super » marché à ciel ouvert et l’un des plus importants marchés de l’agglomération. »Source Pas de bibliothèque, pas de salle de spectacle (Que fait le Trianon ? )….Ainsi que l’histoire du chemin de fer liée à la commune de façon quasi originelle n’apparait pas vraiment non plus….

 

Viva Cité, Place de la mairie, Sotteville, Rive gauche,, 2018

 

Saint-Étienne du Rouvray

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St Étienne montre un visage coiffé de 4 séquences en immeubles, 6 fois l’Église est citée, une maison, une rue sans piéton ni voiture qui circulent, 5 cartes et un bassin géotextile.

  • La présence de l’Église peut s’expliquer par le fait que la commune et son église, ait été frappée par un attentat revendiqué par le groupe État islamique, le 26 juillet 2016.
   
La commune en 1 c’est son église.

Pourtant St Étienne c’est une scène labellisée danse Le rive gauche, une bibliothèque, un conservatoire,  le technopôle du Madrillet et l’INSA, et enfin la forêt qui représente 1/5 du territoire de Saint-Étienne-du-Rouvray, elle apparaît comme le poumon vert de la rive gauche de l’agglomération rouennaise.Source

A ce jour, pas de photographie de cette commune à montrer, par contre, sont prévues des actions du type rallye ou encore rencontre, pour fin 2019 voire 2020.

 

Petit-Couronne

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Petit -Couronne est la 1ère requête qui fait ressortir la présence humaine, des gens, des jeunes gens, des enfants bref une vision animée d’un territoire habité. Sa mairie, ses sites industriels, une image de nuit et son logo (une 1ère également). Trois cartes vont dans le sens du début de cette recherche, pas de visualisation, d’identification sans carte car c’est où Petit-Couronne?

Et la 1ère image qui est associée à Petit Couronne c’est « Petite Couronne » et Paris!

Fichier:Petite couronne.svg — Wikipédia

Petit-Couronne bénéficiera d’un rallye photo au regard de la biodiversité remarquable de son patrimoine vert

 

Grand-Couronne

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Grand -Couronne vient véritablement confirmer le défaut d’identification de la commune avec 6 cartes dont deux nationales. Par contre les gens signent leur présence lors de manifestations à 3 reprises (les 40 ans du Collège Jean Renoir, une séquence concert en plein air et une photo de classe) vient ensuite la mairie et l’Église.

 

En 1, Grand-Couronne c’est donc son nom sur une carte représentant l’agglomération rouennaise.

 

« Malgré son industrialisation causée par sa proximité avec la Seine, Grand-Couronne possède un cadre presque rural avec une multitude d’espaces verts et d’ouvertures vers la nature. Très engagée pour l’environnement, la commune de Grand-Couronne a réalisé plusieurs projets de sensibilisation envers sa population, et d’amélioration de ses infrastructures face aux difficultés environnementales d’aujourd’hui. »

Grand – Couronne //Rallye photo prévu pour 2020 pour saluer la Politique environnementale de la commune

Oissel

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Oissel se voit offrir comme images trois photographies (carte postale) anciennes (le sanatorium, la crue, la gare). La gare est d’ailleurs citée deux fois, les cartes sont présentes à 6 reprises dont 2 nationales, des images type vue aérienne et d’une part une promotion de la police est faite (2ème image en haut à droite) et d’autre part il est fait état de voitures incendiées et d’un autre fait divers (décès) dernière image en bas à gauche.

 

En 1, Oissel c’est son sanatorium

 

Donc Oissel, c’est quoi? 

Cette commune bénéficie de l’espace Aragon (cinéma), située en bord de Seine, elle propose une halte fluviale, un jardin public (parc municipal). D’une superficie totale de 2042 hectares, Oissel compte près de 990 hectares de forêts, soit près de 50% des sa superficie, 40 km de voirie et 50 hectares d’espaces verts et cinq sentiers de randonnée: Grâce à la proximité du domaine forestier du Rouvray, du GR2 (le Havre-Paris) qui emprunte les berges de la Seine et grimpe sur les hauteurs d’Oissel, les découvertes à pieds ne manquent pas de charme…De plus elle dispose même d’un espace documentaire de la ville avec 5300 images environ.

De quoi animer en photographies le projet #sitespecific et valoriser cette commune!

Enfin, histoire de se motiver, nous avons fait le même test pour « Isabelle Pompe » dans le résultat « image », voici ce que ça donne, pas de quoi perdre confiance ni espoir (ces photos proviennent pour la plupart des trois comptes : Pinterest/Tumblr/ Trust in street, avec donc une existence de plus de 3 ans).

Isabelle Pompe vu par Ecosia juin 2019, IPL

A suivre,

#sitespecific le 19 juin 2019

 

 

Ligne de partage Vs Ligne de front

Parlons de partage, de frontière et de limite. Une ligne c’est quoi ? Deux options s’offrent à nous:

  • Trait continu, dont l’étendue se réduit pratiquement à la seule dimension de la longueur : Tracer, tirer des lignes.
  • Trait réel ou imaginaire qui sépare deux éléments contigus ; intersection de deux surfaces : La ligne de l’horizon.

Voire trois: trait tracé sur le sol pour délimiter une piste, en marquer le début et/ou la fin : Ligne de touche.

Ligne de partage

Le partage c’est quoi ?

  • Action de diviser une chose en portions, en parties : Le partage du butin.
  • Fait de partager quelque chose avec quelqu’un : Le partage du pouvoir.

Ce qui nous intéresse, tout d’abord, c’est la ligne de partage. Cette association de mots est aussi régulièrement associer à « la ligne de partage des eaux » (limite géographique qui divise un territoire en un ou plusieurs bassins versants. Plus précisément, de chaque côté de cette ligne, les eaux s’écoulent in fine dans des directions différentes…En France, il existe des points triple et quadruple avec par exemple Rhône/Seine/ Meuse, Rhône/Seine/Loire, Rhône/Loire/Garonne…)

Ici, avec Site Specific, nous sommes avec la Seine pour unique actrice, de ce fait, pas de « ligne de partage des eaux ».

Chaque métropole entretient un rapport avec son fleuve qui cristallise parfois une relation proche de la symbiose ou une difficile cohabitation. Le 1er élément à observer ce sont la considération des quais et leur aménagement. Nous comprenons qu’à Rouen, les quais ont aussi été pensés comme des hébergeurs de paquebots touristiques. la rive droite avait ses occupants saisonniers et qu’en était -il de la rive gauche ?

La rive gauche est doublement coupée car la ligne de chemin de fer suit la Seine.

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Europa (Gare désaffectée Rouen rive gauche), IPL, 2015

Disons qu’elle avait sa ligne de chemins de fer, ses trains, son dépotoir tout du long, que, de temps à autres, quelques voitures venaient y faire des courses, des dérapages pour se marrer, que longer ses quais c’était comme traverser un pays dont le sol et le décor étaient suspendus à une époque antérieure…Mais cela pouvait avoir son charme, sa forme de mélancolie…

Et puis, petit à petit, on a commencé à voir apparaître, des éléments de décor comme des choses en couleur:

rue-rouen

Red (quai rive gauche), IPL, 2015

Cela n’a pas vraiment changé à cet instant, d’ailleurs, mon étonnement fut grand lorsque j’ai découvert ces baby-foot seuls, rouge, là. La dignité de la rive gauche n’était pas pleinement réhabilitée avec ces petits efforts, une courtoisie à peine. La balance entre les quais allait prendre encore un tout petit peu de temps.

 

La différence

« Caractère ou ensemble de caractères qui dans une comparaison, un ordre, distinguent un être ou une chose d’un autre être, d’une autre chose. »Source

Pour celui qui se postait d’un côté ou de l’autre de la Seine, les éléments de disparité étaient flagrants. En face, les quais avec le Marégraphe étaient de toute beauté avant le Panorama XXL. D’ailleurs, il fut question, un temps, que cet équipement déménage rive gauche….

Désormais, les quais ont leur arbres et n’ont plus leur fête foraine. Les face à faces se passent mieux déjà à hauteur des quais, après cela se corse toujours un peu dès qu’on en sort et qu’on emprunte les rues qui irriguent les quartiers St Sever, Europe, Grammont, St Julien, Jardin des Plantes et la direction du Petit-Quevilly via l’avenue de Caen…

Trop, beaucoup trop de voitures circulent, bouchent, polluent ces axes et le ressenti en termes de vie de quartier est à la peine. La faute à des aménagements urbains pour le « tout voiture » ou plutôt, le « tout transport routier ». Les piétons galèrent, les vélos tentent leur chance un peu. Les lignes de front que sont ces rues, avenues où les véhiculent circulent en trop nombre, souvent à trop grande vitesse apportent au décor une grande indécence. Le charme n’opère plus car cela n’a rien de très agréable comme promenade pédestre…

  • Les milliers de pots d’échappement, ça empoisonne
  • Les milliers de véhicules routiers, c’est dangereux, bruyant et cela prive toute qualité de l’air, de vie.
  • Les communes écrasent sous le poids de leur « sur-immatriculation »
  • Les transports en commun tel que le Teor ou le Métro usent les rues, les quartiers et crèvent le commerce local. Regardez Rouen rive droite et l’avenue Alsace Lorraine, continuez avec Le Petit- Quevilly et l’avenue de Caen/Jaurès depuis le métro….D’un côté, l’ennui ce sont les qualités d’aménagement de ces lignes…Elles sont au mauvais endroit ou non adaptées, elles empêchent toute centralité pour les habitants et donc la création de lieux fluides de partage. D’un autre côté, avant, il y a peu, le métro n’existait pas…et donc la distance allait de pair avec la différence…

Ici, rive gauche, nous subissons la voiture et l’absence de vie de quartier, de centralité tout simplement pour certaines communes c’est très flagrant, ce ne sont que des lignes, et encore des lignes, des horizontales, droites, tout droit, toujours tout droit…Mais avant, cela, nous évoluons derrière nos fortifications à angle droit.

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Un jour flou d’angles, IPL, 2015

Notre enceinte, notre enclave, la cité administrative, la tour des archives, passez par la Place Joffre c’est plus agréable même si le balai des voitures, la ligne droite jusqu’à St Sever et le métro qui suit la ligne c’est un peu trop « toujours tout droit »….

Le Centre commercial St Sever est un lieu privé qui fait office de lieu de vie car la mairie n’est pas parvenue à avoir l’idée de créer un endroit de partage. A côté du centre, il y a la MJC et les services sociaux, de l’autre côté le marché Place des Emmurés, ok. Les rues du quartier sont résidentielles et les quelques commerces « ghettoïsent » les espaces, par exemple, ceux de la rue Lafayette, de la rue St Sever. Dans le même temps, à Rouen, les loyers même rive gauche sont chers, les baux commerciaux sont en grande difficulté idem rive droite.

  • Pourquoi ne pas pas proposer des baux précaires, solidaires, associatifs ou je ne sais pour ne pas laisser mourir ces quartiers ?
  • Et ne pas se recentrer sur la rive droite et son hyper centre historique en termes d’actions de ce type.
  • Cesser le clivage cela commence aussi là, permettre les conditions d’une mixité repose sur le fait qu’il ne faut ni abandonner ni privilégier.

 

Le manque d’équité

En écoutant l’histoire de la rive gauche et la perception qu’en ont les habitants lors d’entretiens, nous pouvons prendre la mesure d’un sentiment de colère, d’abandon en raison d’un manque de traitement égalitaire. Au point que les appellations rive gauche et rive droite avaient, un temps, disparu au profit de Sud, Nord, Est et Ouest. Il n’en demeure pas moins que le code postal est une affaire qui passe encore très mal. 76000 et 76100 ressort comme parfois « une différence injuste », un « cela veut tout dire » , « un symbole ». Cette distinction géographique est nourrie par la concurrence déloyale qui prédomine sur les deux rives. Une compétition? Non, une affirmation de supériorité d’un bord et une déconsidération pour l’autre.

Screenshot_2019-05-15 Arrondissements de Paris — Wikipédia

 

La faute ne revient pas au fleuve.Il est vrai qu’à Paris, la Seine traverse aussi la ville, c’est aussi un département, mais ce n’est pas tout à fait à partir du fleuve que les vingt arrondissements municipaux forment « l’escargot ». Les 20 arrondissements ont été créés en 1859.

 

 

La distinction

A l’origine, Rouen existait seulement rive droite. ce qui constitue un problème historique majeur car c’est « à partir de » et non « avec » que la ville s’est développée. Son aire urbaine relève de la Métropole Rouen Normandie, donc non, la rive gauche de Rouen, ce n’est pas la banlieue. Il est vrai que le passage d’un état de la matière à un autre est encore perçu, aujourd’hui, comme une altération. Ce qui se trouve être à l’origine de cette distinction. Le fait d’avoir annexé la rive gauche au monde premier rouennais (rive droite) continue d’alimenter les logiques excluantes. En face pas de réplique, pas de ressemblance, avec ce tête à tête de rive se plante une ligne de front, une ligne d’opposition, de camp adverse. Le meilleur moyen pour la rive gauche d’exister pleinement, librement serait de refuser ce jeu de dupes, de s’émanciper de ce rejet, de ce traitement de défaveur, de refuser ce qui la hiérarchise.Pour cela sur qui peut-elle compter ? Qui pour la promouvoir, pour la dire, la raconter et d’ailleurs où se fixent les regards ?

Entre les quais et le jardin des plantes ?

« La rive gauche ne se limite pas aux bords de Seine. Plus en retrait, le Jardin des plantes devient un spot de choix pour les touristes. Près de 568 000 personnes l’ont visité en 2016. Le centre commercial St Sever est cité toutefois, les grands travaux du quartier ont marqué économiquement durablement, de plus, les touristes se voient régulièrement proposer davantage d’offres de restaurants et d’hôtels rive droite ce qui parfait la névrose des commerçants. « Antoine Péllerin, réceptionniste à l’hôtel Saint-Sever, fait le même constat : « L’affluence est meilleure en semaine, nos clients sont surtout des gens venus pour leur travail à Rouen et qui habitent loin de l’agglomération. Quelquefois des cars de touristes allemands ou hollandais arrivent jusqu’ici tout de même, mais c’est peu fréquent. », le journal poursuit pour cet article du 30 mai 2018 : « Beaucoup d’eau coulera encore sous les ponts avant que les deux rives se rapprochentSource

  • « L’office de tourisme organise « des rallyes de visite » dans le quartier Grammont deux fois par an – des visites à pied de 2 à 3 heures accompagnées d’un guide qui s’adapte aux thématiques choisies par les familles. » Source
  • Et enfin, le Parc urbain des Bruyères (L’ancien hippodrome, à cheval entre Rouen, Sotteville-lès-Rouen, Saint-Étienne-du-Rouvray et Le Petit-Quevilly fermera mi-juin. Il ne rouvrira qu’à l’issue des travaux, prévue fin 2019.)

 

Avec Site Specific, essayons de valoriser cette rive comme elle le mérite et donnons à voir les images de celle-ci, son histoire, sa mémoire, son patrimoine et ses habitants.

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Trois couleurs: Bleu, IPL, Petit-Quevilly, 2019

Le Petit-Quevilly, commune de résidence, possède des ensembles architecturaux, une histoire ouvrière passionnante et toujours des ambiances!

De nouveaux lieux émergent, tels que le Kaléidoscope des Copeaux Numériques

 

Les copeaux numérique Mutter.jpg

L’intérieur du Kaléidoscope, 2018, Crédits Joëlle Petit

 

Au-delà des lieux, des noms, des labels et des projets, toutes les communes de la rive gauche sont des mines d’or au quotidien, elles offrent un « patrimoine de l’humilité ».

 

Pour dernier exemple, comment est-ce possible que peu de personnes connaissent le pôle régional des savoirs qui a, certes, depuis changé de nom mais, au fait, quelle est sa mission?

L’ATRIUM

L’Atrium, ex-Pôle régional des savoirs, devient un nouvel espace régional de découverte des sciences et techniques de Normandie.

D’une surface de 1 000 m² d’exposition, il abrite jusqu’en octobre 2019 l’exposition annuelle sur l’espace et l’aérospatiale « Voyage vers Mars. Découvrir la science de l’air, de l’espace et ses métiers », co-construite avec NAE, la Cité de l’Espace de Toulouse, la Cité des Sciences et de l’Industrie, des partenaires de recherche locaux, la Cité des Métiers de Normandie…

Y sont hébergées une quinzaine d’associations régionales qui  œuvrent pour le partage des savoirs et des connaissances dans différents domaines : Cité des métiers de Normandie, Agence régionale de l’environnement, CARDERE, Normandie Images, Normandie Livre et Lecture, Promotion Santé Normandie, Journal Globules…

Source

Rive Gauche rouen ca.jpg

L’Atrium c’est :

  • Un lieu scolaire et grand public, ouvert du mardi au dimanche
  • Une grande exposition de dimension nationale
  • Une animation menée par Science Action Normandie, pour la diffusion de la culture scientifique et la découverte des métiers, en lien avec la Cité des Métiers.

 

Nous reviendrons, plus en détail, ultérieurement sur des structures et leur typologie de publics, telles que Seine Innopolis qui malheureusement ne repose pas sur un projet en partenariat avec la population locale et de, ce fait, fait figure de beauté architecturale inaccessible pour les habitants de la commune.

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Seine Innopolis (Ancienne usine de filature- La Foudre), Petit -Quevilly, IPL, 2016

 

Isabelle Pompe, 15 mai 2019

 

 

 

Le partage du sensible

Au début était Jacques Rancière.

J’ai découvert cet auteur avec le « Spectateur émancipé », puis « Le partage du sensible ». Je vous invite à faire sa connaissance ou à le réentendre avec un portrait qui date de décembre dernier diffusé sur France Culture pour Profession philosophe ou encore à lire cet article de septembre 2004

A la lecture de la production de ce chercheur comme il aime à se définir, je me suis demandée si je n’avais pas fait, là, une rencontre déterminante dans ma vie de militante.

 

« C’est par le train, par la gare, que j’ai rejoint la ville de Rouen,

 

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Gare Rouen rive droite, 2015, IPL

 

Au regard de mon exode social comme j’ai, aussi, aimé le nommer, je me suis sondée quant à la perception que l’on pouvait avoir de moi en tant que nouvelle arrivante et comme « quitteuse » de Paris. En outre, je me suis placée comme témoin de cet écho entre ce territoire d’adoption et ma propre vie. Au début, je me suis sentie mal ici. Seule, tellement seule et rapidement face à ma chute. J’ai perdu connaissance pour reprendre, ensuite, mes esprits et parvenir à me tranquilliser. Ce que c’est rude comme expérience émotionnelle un territoire mal traité mais comme c’est formateur.

 

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Rouen, Quai rive gauche en 2014, IPL

 

N’étais -je pas moi-même cet abandon, cet endroit laissé pour compte à l’instar de cette rive gauche rouennaise? N’étais-je celle dont on ne veut pas avec cette inscription redoutable car durable dans le chômage ? N’étais-je pas, enfin, cette précaire à qui on n’ouvre pas la porte, celle qui ne vaut rien, là, parce qu’elle ne serait pas d’ici ? Celle à qui on reproche son Paris d’origine, celle que l’on juge…Oui, j’ai expérimenté, ici, à Rouen, l’exclusion. Ma différence de parcours, de choix de vie et l’activation de certaines de mes ressources m’ont mise sur la touche. Tenue à l’écart des cercles, des cultureux, des « artistes »….Je suis autodidacte dans différentes domaines, je ne cherche pas de légitimation. Je n’avais rien à prouver mais tout à partager car j’étais dans la soif de découvrir, d’être rassurée sur cette destination morcelée.

 

Nous nous sommes vues et revues cette rive et moi, je me suis attachée à elle lorsque j’ai commencé à partager son sensible.

 

Je me suis rappelée, en 2012, lorsque j’avais opté pour terre d’adoption, après Paris, la ville de Rennes. Sans y repenser, en 2014, j’ai choisi Rouen alors que je venais de vivre de grands bouleversements personnels et professionnels. Un « R » en commun certes mais quel écho plus juste que ce délire nostalgique voire mélancolique qui règne à Rouen. Deux années de distance entre ces deux choix où tout a basculé finalement. Celle qui aurait pu m’accueillir et celle qui m’a recueillie.

Elle n’est pas endormie cette ville, elle est politisée à outrance, faite d’opposition franche, de dureté, elle est clivante. Elle fait référence à un endroit où le frontal ne cesse de sévir.

 

Un jour de Rennes rive gauche 2018 IPL.jpg

La chute de Rennes, IPL, 2018

 

Elle est aussi ce vaste champ exploratoire où s’irritent, avec une vive impétuosité voire provocation,  les notions de gout, de beau, d’ erreur et de rien. Elle est cet espace qui s’étire mais qu’on ne saurait voir. Elle est cette ville qui tranche, qui coupe, qui scinde et où tout se croise. Elle ne colle à rien qui soit crédible, plausible, elle est cette sédimentation inouïe, de celle qu’on ne laisse pas devenir, de celle qu’on enferme, qu’on enlise dans un imaginaire patrimonial usé jusqu’à la couenne.

Elle est celle qui possède plusieurs récits mais dont un seul serait autorisé par les volontés politiques extra locales. Elle est tenue en laisse par des élites ignorantes, des maîtres ignorants comme dirait Jacques Rancière.

Des hommes et des femmes qui l’emmurent dans des espaces circonscrits, qui prennent de haut ses conflits, ses errements, ses disgrâces. Elle est cette terre où le bon souvenir est ancien, religieux le plus souvent, elle est cette grande à qui on a brisé les jambes de peur qu’elle ne s’échappe, qu’elle ne prenne de libertés. Elle est minorée, boudée, là, dans sa province, dans sa région, dans la plus illustre méconnaissance, dans le plus grand mépris, parfois. Elle ne se résume pas, elle ne se veut pas compartimentée, elle se sait affaiblie sans ses deux rives qui fondent son monde premier. Elle ne souhaite pas se démunir, se départir. Elle tient à son « dépareillage » mais réfute tout catégorisme. Sans sa mixité, elle n’aurait aucun pouvoir.

 

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La Seine et ses histoires sociologiques de rives, IPL, 2014

 

Sa Seine et cette fausse narration qui va avec. Je ne veux pas croire à ce refus du partage, à cet affront du 76000 et du 76100 (Rouen rive gauche). Je ne veux pas alimenter ces oppositions: ces touristes versus ces habitants, cette rive versus cette autre, cette sociologie versus cette autre, je veux apaiser cette relation. Je pense que l’issue de ce face à face finit par ternir la ville, lui empêche tout déploiement digne, la contrecarre dans son ampleur et son charme.

Rouen, ce ne sont pas les quatre rues de cet hyper centre historique comme nous le présente l’ office malheureux du tourisme. Le problème c’est que cette posture politique est adoubée par les faiseurs d’images fans de sur-esthétisation, les story tellers game over… C’est-à-dire ceux qui ne voient pas qu’ils participent à une annulation, à l’effacement du pouvoir qu’à l’habitant sur sa ville. Une ville est faite pour être habitée plus que pour qu’être visitée, croisée.

Rouen, ce sont des histoires. Rouen ne peut être retenue et amenuisée au point de se ridiculiser à force de contorsions autour de « Jeanne » par exemple. Ce n’est pas, non plus, l’impressionnisme qui doit régir une programmation culturelle annuelle. Sclérosée est la ville, brimée, sa rive gauche réfute ce système parce qu’elle est cultures et diversités. Elle est l’ extinction de ce modèle uniformisant.

 

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Quartier St Sever, 2014, IPL,

 

Elle est cette déroute à la bienséance car elle embrouille la beauté, interpelle, cloue, sidère, place dans un embarras, dérange. Sa pauvreté bouleverse, ses rues bousculent, ses gens démolissent tous les préceptes que l’on pensait avoir sur le « déjà vu ». Elle  appelle la notion de vide. Elle chamboule le spectateur, m’a laissé seule et coite à maintes reprises. Cette rive c’est la gifle, elle nous déconcerte, nous perd, nous désoriente car tout paraît loin, tout semble sans fin et ce ne sont pas ses images qui pourraient nous aider à poursuivre, elles manquent cruellement à l’appel. Quelles sont les illustrations ? Quels sont les clichés? Et qui pour nous faire découvrir cette rive, qui pour s’y risquer ?

L’humilité, comme je l’ai déjà évoqué, celle de la mémoire ouvrière, celle du passé historique, celle des classes moyennes et/ou populaires, il faut croire en sa vertu pour parvenir à elle. Selon moi, l’humilité est gage d’innovation, elle est l’antithèse du gigantisme, le modèle contraire, le croquis inversé, le chromo authentique. La rive gauche, par son patrimoine de l’humilité, c’est le refus de la hiérarchie. Ce en quoi, elle est passionnante et intelligente.  »

 

Isabelle Pompe, 12 mai 2019.

 

 

 

Poser des questions

Faut-il toujours partir d’un constat pour soulever un sujet ? Faut-il émettre des observations ? Et d’où proviennent nos remarques, nos interrogations ?

Ici, je vais tenter de poser des questions, celles-ci souffleront dans un sens ou dans un autre. Pour Site specific, je me suis sondée. La 2 ème rencontre citoyenne  » Terrasse’ Specific # 2« , prévue le 25 mai sur le site culturel et éphémère de la Friche Lucien, est une façon de « se demander » collectivement.

Percevons-nous, collectivement, la complexité de ce territoire?

Friche Lucien IPL 1 mai 2019.jpg

Site Friche Lucien un 1er mai 2019, IPL

 

Parviendrons-nous à nous entendre, à nous comprendre ? D’où proviendront nos mots et que symboliseront-ils? Diront-ils que nous ne nous vivons pas notre territoire de la même manière? Stipuleront-ils que les remarques formulées ça et là passent sur nous sans laisser de trace ? Ou qu’elles nous frottent comme un gant de crin, nous irritent, nous blessent. Ni chaud ni froid, vous dîtes?

 

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Sotteville, un début de soirée de Vivacité 2018, IPL

 

Les questions qui vont suivre seront poser, en amont, de cette terrasse:

« Je suis partie d’un unique point commun: la rive gauche: y vivre/ y travailler.

  • Est-ce suffisant comme point commun pour nous mettre à nous parler?
  • Comment vivez-vous votre commune/quartier au sein de la Métropole Rouen Normandie ?
  • Quels sont vos verbes d’action pour parler de cette expérience de vie (vivre et/ou travailler rive gauche) ?
  • Êtes -vous dans l’opposition: rive droite / rive gauche?
  • Rouen c’est une ville aux deux rives ou deux villes ?
  • Quelle commune de la rive gauche connaissez-vous le mieux ?
  • Identifiez-vous une concurrence entre les territoires de la rive gauche ?
  • Quels points communs voyez-vous entre ces territoires?

 

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Maisons jumelles au Petit-Quevilly, mai 2019, IPL

 

Pour tenter d’apporter un dialogue, j’ai dans l’idée de constituer des groupes où la paroles de chacun compterait, pas de primauté au plus fort car un corpus fait société.

 

A l’issue de ces réponses, Site Specific prendra une forme collaborative.

Cette rencontre sera photographiée et filmée avec l’accord des participants, l’idée étant de fournir de l’archive puisque la 1ère chose commune qu’il manque à cette rive c’est une mémoire collective.

Les images seront transmises depuis la page FB et le compte instagram @photographyspecific

Les vidéos seront montées afin de produire des séquences courtes de production d’échanges, elles seront diffusées sur la page FB.

Chaque « Terrasse » et autres « Rallyes », « Ateliers » seront documentés par des images et contribueront à la constitution d’un fonds iconographique de la rive gauche. Celui-ci repose sur l’humilité, il ne traduit pas de rapport de force, pas de suprématie car cet espace de référence a tout intérêt à s’émanciper de cette opposition binaire: rive gauche, rive droite, ou de toutes autres formes de définition géographique du type sud, nord, est ou ouest.

Pour moi, qui photographie cette rive depuis l’année de mon arrivée, à savoir 2014, je ne peux que que lui concéder son caractère paradoxal et pluriel. Elle est, à la fois, une ode à l’ imprévisible, qui, pourtant, reste constante dans son humilité. Elle me laisse simultanément dans un état de surprise et d’attachement. Elle aborde, sans égal, l’espace public de manière sociologique et culturelle. Elle montre une pauvreté, un ennui, une typologie d’habitants, elle est un biotope subdivisé et sédimenté exceptionnel.

Elle est à préserver, à valoriser pour ce qu’elle dévoile, au quotidien, pour ce qu’elle montre du doigt. Elle est cette responsabilité collective et incarne un territoire de droit. Elle possède de multiples visages mais peine à faire « creuset commun« , pourquoi ?

 

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Quartier Grammont, Rouen, été 2018, IPL

 

A suivre,

Isabelle Pompe, 9 mai 2019.

 

 

 

 

 

Messages ‘ Specific

Force est de constater que les images de Rouen se concentrent, en grande majorité, sur son hyper centre historique. La ville est un mirage, aux yeux, des « officiels ». Elle doit apparaître sous un certain jour. Cet aspect réduit, à ce point, le territoire que la ville de Rouen représente, au regard de son office du tourisme, trois rues. A ce peu de documentation, circuits, supports répond une hésitation. Transiter pour quoi faire ?  Traverser la Seine est presque un geste forcé voire courageux. Est-ce du même ordre pour les deux côtés ? la rive gauche traverse et pour quelles raisons ? A quel rythme ? Et quelle rive gauche? Ce qui appartient à la rive de Rouen ou à son agglomération? La rive droite, quant à elle, pour quel motif se rend-elle en face ? Est-ce régulier ? A quelle fréquence ? Mais est-ce que ces habitants co-habitent réellement et est-ce qu’ils se croisent lorsqu’ils sont rive gauche ? Vont-ils aux mêmes endroits ? Et si oui lesquels?

Rouen et sa Seine, en carte, c’est ça:

Screenshot_2019-04-25 Carte détaillée Saint-Étienne-du-Rouvray - plan Saint-Étienne-du-Rouvray - ViaMichelin.png

J’ai donc pensé à produire quelques images à messages. Si cette rive gauche est un territoire autonome car il se situe de l’autre côté, alors, pourquoi ne pas l’émanciper de ce poids, de cette contrainte de si peu exister.

Exister et Le Larousse :

  • Avoir la vie, vivre : Aussi longtemps qu’il a existé, il a lutté.
  • Être dans la réalité, se trouver quelque part, être repérable dans le temps ou dans l’espace : Coutume qui existe depuis longtemps.
  • Avoir une réalité : L’amitié, ça existe.
  • Avoir de l’importance, de la valeur : Le profit seul existe à ses yeux.
  • S’affirmer, se faire reconnaître comme une personne aux yeux de la société, d’un groupe, de quelqu’un : La révolte est souvent un moyen d’exister aux yeux de la société.

 

Interrogeons ces impressions

 

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Signifier la portée du geste

L’idée du passage d’un état à un autre,  de pénétrer un territoire invisible est emplie d’imaginaire. Et de cet acte si fort, qu’en est-il de notre altération ? Allons-nous changer, perdre quelque chose de nous ? Sur quoi repose cette idée étrange que cette ville s’arrêterait à ses ponts, que traverser cette barrière naturelle serait comme quitter, partir pour devenir ? Chaque jour, des voitures, des gens font ce trajet pour aller travailler. Chaque soir, la culture institutionnelle possède mille couleurs en face. Rive gauche, les lumières sont timides. Les allées sont grandes, adaptées, faites sur mesure pour les voitures. Les avenues sont des bandes, les ruelles sont vides, sombres et peuvent impressionner par leur approche du désertique.

 

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Ajoutons de l’humour

Cette rive gauche possède même son propre code postal 76100 et non 76000 . Signifier ainsi que franchir ce pont c’est aussi atteindre un autre espace mais est-ce pour autant un lieu étranger ? D’un côté, l’effort pour parvenir à aller de l’autre côté est amplifié par les non-images et de l’autre, la surimpression d’une rive terne voire insécure demeure gravée encore dans les esprits. Marcher sur ses ponts relève de l’exploit. Petit à petit, la gauche prend des formes éphémères, légères, les habitants construisent des typologies de quartiers. Et alors ? Pourquoi devrions-nous hiérarchiser les espaces ? Institutionnaliser nos endroits de vie et de culture ? Aurions-nous encore besoin de label ? Pourquoi pensons-nous que ce patrimoine de pierre, majoritairement religieux prime. Est-ce parce qu’il est concentrique ? Parce qu’il est plus beau ? Mais c’est quoi la beauté en toute objectivité ? Et en quoi la différence serait terne ?  Sur cette rive gauche, son découpage est un peu malheureux, ce sont des bouts de rues, des petits coins au vent, peu de place à l’intimité, à l’endroit cosy. Quel est le centre de cet endroit ? Un centre commercial! Cela vous étonne ?

 

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Une prise de conscience ?

Mais ceci en dit long sur une frontière territoriale qui aurait pu ne pas en être une. Nous aurions pu vivre parfaitement notre fleuve. Le problème se décompose en strates, en sédimentations préjudiciables. La barrière symbolique est idéologique et sociologique. Les jugements de valeur ont fait du mal à cette rive. Comparée puis délaissée, minorée pour finir maltraitée parce que peu valorisée dans son ensemble. Politiquement, cette attitude pose problème. Capitaliser sur les ressources extérieures signifie que le dilemme entre touristes et habitants n’est plus. Et que le clivage persiste. Que la balance ne sera pas encore, aujourd’hui, à l’équilibre. Les rives détiennent toutes deux un passif et un actif. Qui en parle avec respect ? Qui les place sur le même plan ?

 

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Dans cette ville de Rouen et dans cette métropole, la question de la Seine est essentielle au regard d’une population, des services et de l’offre mise à disposition. Alors que d’un côté dominent les plus grandes structures culturelles, de l’autre subsiste une MJC ( St Sever). La culture est censée rassembler comment est-ce possible? Et si nous considérions les quais, au regard de leur aménagement non pas comme une réhabilitation mais comme les seuls espaces visibles encore disponibles. Que penserions -nous du 106, 105 et 107 (lieu de culture labellisé ou privé)?  Et Après ces quais ? La persistance de la non-considération ne s’est pas arrêtée à cette question de quai que l’on refusait d’aménager en 2010. 2015 serait l’année de la prise en compte. Ce qui semble incroyable lorsqu’on pense à ces 21 000 Rouennais de la rive gauche et aux 22 000 Quevillais, 26 000 Grand- Quevillais, 29 000 Sottevillais…Soit plus de 100 000 habitants!

 

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Considérer ces espaces comme des quartiers à part entière c’est aussi une façon de répondre à ces désignations:  » Je n’habite pas à Rouen mais dans son centre historique ». Vous imaginez les hauts de Rouen, le quartier Croix de Pierre, essayez de mesurer la mixité sociale. Comment est-ce possible alors que les exclusions sont déjà géographiques ? Loin, ils sont loin physiquement et dans les esprits. Ils sont réservés, ghettoïsés. Que faire pour parler à l’unisson? Comment la ville de Rouen, qui s’est portée candidate à la capitale européenne de la culture pour 2028, fera t’elle ? Quelle est sa stratégie ? voir et ouvrir son champ de vision ? Ou se restreindre jusqu’ à l’étouffement ses diversités et parler encore et encore, jusqu’à l’épuisement, de son patrimoine religieux ?

Une affaire à suive///

 

Isabelle Pompe, 25 avril 2019

Produits chimiques

Notre territoire social est en proie à une exposition aux risques en raison des sites industriels qui sont présents sur notre espace de référence.

L’activité de la Seine industrielle concerne la chimie, pétro-chimie et le pétrole. Les industries participent à l’économie de ce territoire mais comportent des dangers pour les populations et salariés. Les pollutions sont plurielles telles que celles de l’air, de l’eau, des sols (moins connue) et des nappes phréatiques.

  • Les nappes phréatiques

« La vulnérabilité dépend du type de nappe, libre ou captive, et du mode de circulation de l’eau dans l’aquifère.

Les nappes libres sont les plus vulnérables: les polluants d’origine superficielle peuvent diffuser librement dans le sol et la zone non saturée jusqu’au niveau pièzométrique; d’autre part, la fluctuation verticale saisonnière du niveau piézométrique aboutit à ‘rincer’ les particules de la zones non saturée et entraîner les substances qui y sont adsorbées.

Les nappes captives en revanche sont mieux protégées par les couches imperméables qui les surmontent. Leur alimentation en eau superficielle est plus circonscrite, donc plus aisée à protéger. Leur pollution apparaît lorsque le niveau protecteur imperméable est percé par un ouvrage (ancien forage, fouille profonde…). »Source Université Jules Verne

L’émission Cash Investigation a enquêté sur des sujets qui nous concernent. Dans un 1er temps, nous avons visionné celle qui se nomme : « Produits chimiques, nos enfants en danger«  mise en ligne sur la chaine YouTube du programme le 3 février 2016

« En France et partout dans le monde, médecins et chercheurs lancent l’alerte sur les effets des produits chimiques sur le développement des enfants. Augmentation des cancers infantiles, multiplication des anomalies de naissance ou des troubles hormonaux, explosion de l’autisme : toutes ces pathologies pourraient bien avoir des causes environnementales.

Les pesticides apparaissent en première ligne dans les rapports des chercheurs.

  • PESTICIDES

« Les pesticides sont des substances chimiques utilisées pour lutter contre différents nuisibles (insectes, champignons, mauvaises herbes…) Il peut donc s’agir d’insecticide, de fongicide, de désherbant. Ils sont principalement utilisés dans l’agriculture mais aussi dans le cadre de l’hygiène publique. Des pesticides sont également destinés à un usage domestique pour la santé vétérinaire, le jardinage, les traitements anti-poux, les produits contre les mites, etc… »Source

Certains pesticides peuvent représenter des risques pour l’environnement et la santé (asthme, cancers, problèmes de croissance ou de fertilité, etc…)

Six multinationales contrôlent ce secteur : Syngenta, Bayer, Monsanto, Dow, Basf et Dupont. Elles règnent presque sans partage sur un marché colossal qui pèse cinquante milliards d’euros. Pendant un an, l’équipe de «Cash Investigation» a suivi à la trace leurs molécules. Certaines, dangereuses, s’invitent dans l’air que les enfants respirent tous les jours. »

 

A produits chimiques, nous entendons aussi engrais. Ici, nous connaissons une entreprise qui est directement liée à cette production, il s’agit de la GPN- Borealis.

« En France, les sites de stockage ou de fabrication d’engrais sont considérés comme des installations industrielles à risque et donc, à ce titre, classés Seveso. En vertu de la directive européenne Seveso 2 de 1996, prise à la suite du rejet accidentel de dioxine en 1976 dans la commune du même nom en Italie, l’Hexagone doit recenser ces établissements et prendre des mesures pour prévenir les accidents majeurs impliquant des substances dangereuses et limiter leurs conséquences pour l’homme et pour l’environnement. »Source Le Monde

Ce journal pointe en 2013 un « exemple des carences administratives actuelles : l’usine de fabrication d’engrais azotés GPN, à Grand-Quevilly (Seine-Maritime), n’a pas encore mis en œuvre de PPRT (Plan de Prévention des Risques Technologiques), puisque son plan n’a pas encore été approuvé, pas plus que ceux des autres sites Seveso de l’agglomération rouennaise. Or, le site, que les Rouennais surnomment « Grande-Paroisse », est la « grande sœur » de l’ancien site de la ville rose : AZF de Toulouse, même groupe, mêmes activités et donc mêmes risques. »

  • Grand-Quevilly (Seine-Maritime) :Cette usine située près de Rouen dispose de deux cuves contenant chacune 1 000 litres d’ammoniac sous pression. 300 personnes travaillent sur ce site classé Seveso seuil haut qui peut produire plus de 3 millions de tonnes de fertilisants par an, selon GPN – Borealis (ancienne filiale Total, anciennement appelée Grande paroisse).

(Archives) Ce site a connu de nombreux accidents : deux ont eu lieu en 1996, puis deux autres en 2000 et, en 2011, un incendie et une explosion ont éclaté dans une unité de production. Une école maternelle est située à 500 mètres de l’usine.

CARTES

Lors du visionnage de l’émission, nous pouvions également consulter la carte qui précisait la présence du chlorpyriphos-éthyl, pesticide dans le viseur du ministère de l’Agriculture, et s’il était utilisé près de chez nous ?

  • Le chlorpyriphos-éthyl entre dans la composition de plusieurs insecticides utilisés par les agriculteurs pour lutter contre les chenilles, notamment dans les vignes et les vergers. Il est soupçonné d’être à l’origine de perturbations hormonales, selon des études américaines. Il est également accusé de perturber le développement cérébral des enfants in utero.

 

Depuis cette carte, nous voyons comment le département de la Seine-Maritime est exposé. A hauteur de 13, 2 tonnes (chiffre de 2016), (l’Eure est à 15, 2 tonnes) ce territoire ne se classe pas parmi les pires mais ce chiffre reste très élevé.

Que cette présence soit réglementée ou interdite, il convient de prendre conscience que ceci engendre d’autres pollutions que celle de l’air, à savoir celles des sols et des nappes phréatiques pour très longtemps.

« Chaque année, près de 100 000 tonnes de pesticides classés dangereux ou potentiellement dangereux sont utilisés en France. Les équipes de « Cash Investigation » et de francetv info ont analysé le détail des ventes de ces pesticides qui mettent en danger la santé de nos enfants. »Source

Quels sont les pesticides dangereux utilisés près de chez vous ?

Nous observons que ce sont souvent les cultures (vignes et maraichage) qui déterminent la très forte présence de ces produits.

Screenshot_2019-04-10 CARTE Quels pesticides dangereux sont utilisés près de chez vous

Capture d’écran pour résultat Seine-Maritime

  • Densité de population

Des cinq départements qui constituent la région Normandie, la Seine-Maritime est celui qui détient la plus forte densité de population, 199hab/Km² (chiffre 2015). Nous savons également que notre territoire social, en plus de ces usines, est aussi, géographiquement, très proche des terres agricoles du département.

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  • Occupation des sols
  • Le type de cultures

L’agriculture normande est orientée vers les grandes cultures et l’élevage laitier. En Seine-Maritime, ces trois orientations sont presque équilibrées :

  • 24% des exploitations en bovins lait,
  • 26% en grandes cultures
  • 28% en polyculture polyélevage, majoritairement laitier.
  • Agriculture biologique

« La Normandie compte près de 1 100 exploitations engagées en agriculture biologique au 31/12/2014, soit 4,2 % des exploitations bio de la Métropole. La surface consacrée à l’agriculture biologique couvre quasiment 58 000 ha (2,8 % de la SAU régionale). La Normandie se situe ainsi au 9ème rang des régions métropolitaines à la fois en nombre d’exploitations bio et en part de SAU bio dans la SAU régionale. (SAU: Surface Agricole Utile)

  • Sols enherbés

En Normandie, les sols enherbés couvrent environ un million d’hectares, soit 35 % du territoire. La quasi totalité de ces sols est vouée à un usage agricole : près de 90 % de la surface est constituée de prairies, le solde, soit de l’ordre de 120 000 ha, correspond à l’herbe artificialisée, attachée à l’habitat, aux voies de circulation et autres activités humaines, ainsi qu’aux surfaces enherbées naturelle.Entre 2000 et 2010, les surfaces en prairies des exploitations agricoles normandes diminuent de 11 % (- 110 000 ha).

  • L’industrie agroalimentaire

L’industrie agroalimentaire normande compte près de 800 établissements et emploie 25 000 personnes. Elle est plus développée en Seine Maritime, dans le Calvados et la Manche. Ces trois départements concentrent à eux seuls les trois quarts des emplois de ce secteur. Sa localisation est le reflet à la fois des activités agricoles et des activités portuaires.

La Manche et le Calvados regroupent 65 % des emplois de l’industrie laitière de la région. L’Orne représente le tiers des emplois de l’industrie de la viande et 80 % des emplois de ce secteur sont localisés dans l’Orne, le Calvados et la Manche.

Plus de 60 % des emplois liés au chocolat et au café sont situés en Seine Maritime et 20 % dans l’Eure. Les grands groupes de la transformation du chocolat (Ferrero, Barry Callebaud…) et du café (Legal, Zegafredo Zanetti…) sont présents sur le territoire normand, essentiellement en Seine Maritime et dans l’Eure.

 

Nous reviendrons sur les enquêtes du magazine Cash Investigation au regard des thèmes abordés et notre territoire d’étude.

 

 

Isabelle Pompe, Avril 2019

 

Risques et informations

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Carte postale présentant une image de la commune partagée entre industries et patrimoine

 

L’accès à l’information pour les habitants

Nous sommes habitants des communes de la rive gauche rouennaise. Certes, nous ne percevons pas tous notre territoire de la même manière ni ne sommes devenus résidents de ces quartiers, de ces communes, pour les mêmes raisons.

Toutefois, il subsiste un point qui nous est commun. Nous sommes habitants d’une localité et partageons l’accès à ses services. Ce même territoire d’accueil est en proie à des risques qui ne devraient pas échapper à notre connaissance car ils relèvent de notre sécurité civile.

Certains d’entre vous ont identifiés ces dangers potentiels, d’autres pas. Ces risques nous sont communs car nous les partageons en connaissance de cause, ou non. Et c’est là, face à l‘inégalité d’accès à l’information, que je porte mon attention. En effet, des populations peuvent être démunies ou tout simplement ne pas mesurer avec suffisamment de justesse les dangers auxquels elles sont inconsciemment soumises au quotidien.

Une des raisons majeure à cette situation: Le fait d’en parler, de renseigner, d’informer n’est pas suffisamment direct et transparent.

D’une part, nous ne sommes pas tous informés de manière égalitaire. Les notions de risques auxquelles nous sommes exposés peuvent nous échapper parce qu’ils ne nous semblent pas prioritaires. Nous pensons avoir, au regard de notre situation sociale, d’autres urgences à traiter.

De plus, la prise en considération de ces risques requiert parfois une relative curiosité de notre part: il faut chercher pour trouver.

Une des raisons de cet échec de la transmission d’informations passe par un manque d’efficience communicationnel.

La transmission de l’information doit être équitable et l’information doit être comprise par tous et facile à trouver.

L’information auprès des populations est essentielle, il convient, dès lors, de se demander si des supports sont édités par nos communes et qu’en est-il de leur accès?

Le 1er document pour lequel nous devrions être informé dès notre emménagement, venue ou si vous le découvrez, dès maintenant, est le DICRIM.

 

DICRIM

Document d’Information Communal sur les Risques Majeurs

« Ce document, réalisé par le maire, a pour but d’informer les habitants de sa commune sur les risques naturels et technologiques auxquels ils sont soumis.

Il comprend de manière générale la description des risques et de leurs conséquences prévisibles, les événements et accidents significatifs survenus dans la commune, l’exposé des mesures de prévention, de protection et de sauvegarde répondant aux risques majeurs susceptibles d’affecter la commune, les consignes de sécurité devant être mises en œuvre en cas de réalisation du risque, ainsi que les mesures du Plan Communal de Sauvegarde (PCS), s’il existe.

Le DICRIM est établi dans les communes pour lesquelles il existe un plan de prévention des risques (PPR) ou un plan particulier d’intervention (PPI) et dans celles exposées à un risque majeur particulier (comme le risque lié aux cavités souterraines).

Une fois réalisé, le document est porté à la connaissance du public par un avis affiché en mairie pendant au moins 2 mois puis reste consultable en mairie.

Il est recommandé aux maires de le diffuser le plus largement possible aux habitants.« Source

Cette explication se trouve sur le site de la Préfecture de la Seine-Maritime, onglets: politiques publiques/ Sécurité et Défense/ sécurité Civile/ Les risques de ma commune/ Tableau des DICRIM

Ici, un accès au tableau au format PDF (2015) où vont apparaitre, sous formes de colonne sur fond jaune orangé, la date de création du DICRIM (1ère colonne) et sa dernière mise à jour (2ème).Tableau des DICRIM (mise à jour 16 décembre 2015)

 

Focus pour les communes qui nous concernent:

Screenshot_2019-03-19 Tableau des DICRIM (mise à jour 16 décembre 2015) pdf(4)

Screenshot_2019-03-19 Tableau des DICRIM (mise à jour 16 décembre 2015) pdf(3).png

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Screenshot_2019-03-19 Tableau des DICRIM (mise à jour 16 décembre 2015) pdf(1)

Screenshot_2019-03-19 Tableau des DICRIM (mise à jour 16 décembre 2015) pdf.png

Nous pouvons souligner que des communes semblent plus actives. Sur les 5 communes qui nous intéressent, trois ont mis à jour leur DICRIM. Rouen, au même titre que Grand-Couronne dispose d’un DICRIM qui date de plus de 15 ans, voire 17 ans pour la ville de Rouen. Les périodes entre la création et sa récente mise à jour avoisinent les 10 ans en moyenne. Pour finir, le DICRIM le plus récemment mis à jour est celui du Petit-Quevilly, à savoir 2013.

Nous pouvons néanmoins nous interroger sur la mise à jour elle-même de ce document mis en ligne par la préfecture de la Seine-Maritime. Est-elle prise en compte sur les sites internet de nos communes? Cette mis à jour relève de l’initiative de nos maires, par conséquent sur le site internet du Petit-Quevilly, par exemple, nous devrions nous attendre, à la version de 2013 de notre DICRIM.

Si tel n’est pas le cas, l’accès pour la population en est d’autant plus complexifié.

 

Le DICRIM du Petit-Quevilly

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Capture d’écran du DICRIM pour la commune

L’accès à ce document est rendu possible car il est disponible sur le site internet de la mairie du Petit-Quevilly, en téléchargement, onglet cadre de vie- sécurité prévention:DICRIM

Ce document cartographique a été élaboré en juillet 2011 en fonction des connaissances et des documents de référence, sa dernière version n’est donc pas disponible.

La 1ère remarque qui vient à l’esprit tient au fait qu’il ne semble pas y avoir eu de mise à jour depuis 2011, pourtant, nous l’avons vu apparaître pour 2013. Où se trouve ce document? Et pourquoi n’est-il pas accessible depuis le site internet à son emplacement prévu?

De plus, de par la présence des PPRT (Plans de prévention des Risques Technologiques) édités par la DREAL Normandie, nous pouvons nous étonner de l’absence de cette actualisation. Source DREAL

Pour rappel, les PPRT, prévus par la loi du 30 juillet 2003, sont des documents d’urbanisme réglementant les constructions, tant existantes que futures, dans le voisinage des sites industriels. En Normandie, 21 plans ont été prescrits dont trois concernent de grosses zones industrielles : le Havre, Port-Jérôme et Rouen.

Poursuivons notre lecture du DICRIM,

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Capture d’écran DICRIM du Petit-Quevilly

Les risque commencent à se qualifier et à se préciser mais nous restons sur des éléments disons généraux de l’ordre de la définition.

Page 3 du document, les choses se précisent localement, les risques sont abordés pour la commune. Le 1er à être citer concerne le risque d’inondation notamment lié au débordement de la Seine. Pour être précis, il est indiqué: « par des refoulement d’eau de la Seine par le réseau pluvial et ponctuellement au débordement du fleuve ».

Des dommages sont constatés, page suivante, principalement des inondations et des coulées de boue, le dernier en date, selon le DICRIM de 2011, aurait eu lieu en 2006. S’ensuit un plan de prévention.

Le 2ème risque abordé, page 5, est le risque mouvement de terrain. Nous ne savons pas si l’ordre d’apparition des risques est graduel. La vigilance météorologique fait son apparition avant d’aborder le risque industriel.

Nous sommes page 7, pour vous donner une idée, de manière globale:

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Capture d’écran du DICRIM du Petit-Quevilly, 2011

Trois catégories, trois effets sont soulignés: Surpression avec pour conséquence indirecte l’effet de projection, effets thermiques (risques d’explosion) et les effets toxiques (inhalation).

Puis, il est fait état de la réglementation SEVESO avec les classements Seuil haut et Seuil bas. Pour plus d’informations concernant SEVESO, je vous invite à consulter ce lien: Page SEVESO Site specific

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Reprenons la lecture, et faisons dorénavant le point sur la situation du risque, telle qu’elle est décrite dans ce DICRIM

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Capture d’écran DICRIM du Petit-Quevilly

Prenant en considération que ce document date de 2011, nous pouvons souligner quelques changements au regard du nom des sites et entreprises concernés. GPN, se nomme GPN – Boréalis (vous pouvez lire cet article : GPN Boréalis – AZF Toulouse). Par contre, je ne sais pas si la chaudière urbaine possède aujourd’hui un autre nom ni si elle est gérée par une autre entreprise.

Nous pouvons également observer que la surpression est un risque présent pour trois sites et le risque thermique pour la moitié.

Une prise en compte des distances est ensuite expliquée ainsi que des « scénarios » sont « retenus » pour le dimensionnement des secours.

Ce qui nous amène à comprendre que dans cette notion de risques, les éléments étudiés concernent l’accident, la crise et non l’exposition aux risques, dans le temps, telles que les pollutions.

La prévention, apparaît, comme suit:

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Capture d’écran DICRIM du Petit-Quevilly, page 8- 2011

Étude d’impact, étude de danger, la DREAL est citée pour son contrôle régulier, puis les plans de secours, au nombre de trois sont rapportés: POI, PPI et PPI de la zone de Rouen.

Nos entreprises classées SEVESO entrent en scène. Vous voyez enfin ressortir, en rouge foncé, en bas du document, l’évocation de la fameuse sirène du 1er mercredi de chaque mois Sirène.

Je vous invite d’ailleurs à prendre connaissance de cet article/ vidéo du 3 janvier 2018 du journal Le Monde « Cinq choses que vous ne savez peut-être pas sur la sirène du premier mercredi du mois« . Vous apprendrez que lorsqu’il y a un danger, elle ne sonne pas de la même façon et qu’elle signale aujourd’hui des catastrophes naturelles ou industrielles… Siréne – Le Monde

Enchainons avec l’explication de l’alerte

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Capture d’écran DICRIM du Petit-Quevilly P. 9 – 2011

 

Après avoir pris connaissance de la diffusion de cette alerte, l’ indication d’une brochure PPI de 2007 est stipulée. Lien vers les brochures d’information PPI département 76

Depuis 2007, des mises à jour ont été entreprises, sur le site de la préfecture de la Seine-Maritime, à l’onglet politiques publiques/ Sécurité et Défense/Sécurité civile/ Risques naturelles et technologiques/ Risque industriel/ les brochures – Brochure format PDF zone de Rouen:Plaquette PPI UIC 2016

 

Plaquette PPI zone de Rouen

« Cette brochure a été réalisée dans le cadre de la communication associée au Plan Particulier d’Intervention de la zone de Rouen en étroite collaboration avec les industriels de la zone de Rouen, la préfecture de la Seine-Maritime, la DREAL de Normandie, les communes concernées, l’ IUC (Union des Industries Chimiques) de Normandie.

Pour toute information complémentaire, vous pouvez consulter la page sirene-industrie- normandie.fr « 

En détail, cette brochure nous laisse à comprendre ces éléments d’informations

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Capture d’écran plaquette PPI 2016, zone de Rouen

 

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Capture d’écran plaquette PPI 2016 zone de Rouen

 

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Capture d’écran plaquette PPI, 2016, zone de Rouen

La lecture m’invite à saisir que cette brochure a été adressée à des habitants proches des sites industriels. Je m’étonne, résidente du Petit- Quevilly depuis 2015, de ne pas avoir reçu cette brochure. Peut-être n’ai-je tout simplement pas accorder l’importance nécessaire à ces informations. Une des raisons probables, la présentation du support!

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Capture d’écran plaquette 2016, zone de Rouen

Découpées en 4 items avec beaucoup trop de textes, les informations sont d’emblée non reçues.

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Capture d’écran plaquette 2016, zone de Rouen

Le vocabulaire et les acronymes perdent le lecteur.

Qui connait les consignes de sécurité?

Mesures de confinement nécessaires telles que sortir de sa voiture, rester/rentrer chez soi, ne pas rejoindre sa famille située à l’extérieur, ne pas aller chercher ses enfants, ne pas encombrer les réseaux téléphoniques nécessaires à l’intervention des secours, boucher toutes les entrées d’air (portes, fenêtres, aérations), arrêter ventilations et climatisation, supprimer toute flamme et étincelle, couper tous les robinets (d’électricité, de gaz), rester dans une pièce possédant une arrivée d’eau, ne sortir qu’en fin d’alerte ou signal sur ordre d’évacuations.

…Et si des mesures d’évacuation étaient engagées, toujours prendre avec soi, ses papiers d’identité.

Enfin, la reprise, déjà cités dans le DICRIM, des risques

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Capture d’écran plaquette 2016, zone de Rouen DICRIM du Petit-Quevilly de 2011

 

Retour sur le DICRIM du Petit-Quevilly

Sur la même page, que celle de l’alerte et la brochure, est indiqué ceci:

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Capture d’écran DICRIM du Petit-Quevilly, p. 9- 2011

Le guide de confinement

(je reviendrai plus en détail sur ce guide dans un article spécifique)

« Le risque industriel est un thème à la fois vaste, complexe et évolutif. Un guide d’information a été élaboré par le SIRACEDPC (Service Interministériel Régional des Affaires Civiles et Économiques de Défense et de Protection Civile ).

Il a pour objectif d’apporter des réponses aux personnes qui habitent ou travaillent à proximité des sites industriels générant un risque toxique.

Les conséquences d’un accident industriel peuvent varier en fonction de la prévention qui aura été faite et de l’efficacité des comportements avant et pendant la crise.

Aussi, les responsables des entreprises et des établissements recevant du public situés dans la zone de danger des établissements à risque ont un rôle essentiel à jouer en matière de protection afin de réduire les conséquences de l’événement une fois qu’il est apparu.

Un guide a été élaboré pour les personnels de ces structures, mais aussi pour les particuliers qui habitent à proximité des établissements industriels générant un risque d’émanation toxique.

L’objectif est de faire connaître les conduites à tenir en cas d’émission d’un nuage toxique avec la mise en œuvre des consignes de confinement. » (Propos repris ici: Lien)

Guide de confinement 

 

Risques transport

Nous prenons connaissance, sur notre DICRIM à la page 10, du risque transport de matières dangereuses sachant que la commune du Petit-Quevilly est concernée par le transport fluvial, routier, ferroviaire et par canalisations.

Focus sur le transport fluvial

Celui-ci est lié aux activités en Seine-Maritime à savoir industrielles, pétrolières et chimiques. la vallée de la Seine dispose de la plus grande capacité de stockage d’hydrocarbures du territoire national. La présence de deux ports autonomes (Rouen et Le Havre) constitue une zone très importante en matière de transit de matières dangereuses. Le Petit-Quevilly est concerné par ce risque en raison de sa proximité avec le fleuve.

A noter que le transport ferroviaire est touché par cette notion au regard d’une voie de desserte des entreprises classées SEVESO.

 

Le plan d’affichage du Maire

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Je vous laisse le soin de vérifier si vous lisez ces plans d’affichage où s’ils sont placés de manière à être accessible sur les sites concernés.

Il est régulièrement rappelé d‘écouter la radio afin de s’informer de la situation: France Bleu Normandie est indiquée 100.1 FM, France Inter: 96.5 FM et NRJ: 100.5 FM

Enfin, l’avant dernière page de ce DICRIM rassemble les contacts essentiels

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Capture d’écran DICRIM du Petit-Quevilly, p.12- 2011

Le DICRIM consacre sa dernière page à une carte (un scan) de la commune qui a trait à son exposition aux risques de manière graphique. Cette représentation est assez peu utilisable de par la densité d’informations précisées et la mauvaise qualité du scan (agrandissement problématique).

 

Isabelle Pompe, 19 mars 2019