Les parages du pôle

Interprétation du patrimoine/matrimoine

#sitespecific est bel et bien terminé dans sa forme actuelle. Résultant de multiples réflexions, interrogations et perceptions depuis ce territoire local qu’est la rive gauche rouennaise, il aura, cependant, permis de faire éclore une autre forme avec d’autres idées. En effet, une association est en train de voir le jour: « Les parages du pôle ».

⇢ Il sera question d’interprétation du patrimoine/ matrimoine du fait de l’acceptation de leur valeur et de la considération de ces derniers comme des ressources invisibilisées, indicibles voire colonisées mais valorisables dans l’intérêt des territoires. S’assurer, par cette interprétation, qu’une égalité réelle entre cultures, imaginaires, savoirs, tout simplement, entre êtres humains soit respectée.

Le projet se fonde sur une égalité de valorisation afin de ne pas réinstaurer un certain ordre culturel, de ne pas reproduire un construit social trilatéral où l’égalité serait, sous conditions, proportionnelle.

Les patrimoines/Matrimoines questionnés se trouveront, majoritairement, en périphérie des pôles, interrogeant ainsi la visibilité de ce qui se trouve en dehors des centres. Les communes relevant des métropoles, les banlieues, les zones rurales sont concernées. Pour permettre aux regards de se déplacer sans avoir à se tourner vers une direction unilatérale,  il est vital de redonner de la visibilité à ce qui est, a été, de mettre à disposition des savoirs, des cultures et imaginaires sans participer à une hiérarchie tripartite.

Le consentement quant à la domination des savoirs, des cultures c’est l’antithèse des « Parages du pôle ». Le projet vise, également, à réinterroger l’acceptation de la hiérarchisation des territoires à l’aune des notions de visibilité et d’intérêt de leur patrimoine/matrimoine respectif et commun.

Périmètres exploratoires  

  1. Travailler à partir de ces zones, espaces et autres découpes de territoires évoluant en dehors de la centralité. L’idée étant de sonder ces strates territoriales et leurs legs (patrimoine, matrimoine) afin de mesurer si les conditions sont créées pour qu’ils puissent exister, puissent être restitués, rendus à la vue.

Les parages, pensés comme des restituteurs, des passeurs d’indicibles dominés par le pôle.

  1. Qu’est-ce que cela signifie d’être, d’évoluer dans les parages, de relever du  voisinage de ce qui focalise l’attention ? Quelles conséquences et quels choix sont faits ?
  2. Quelle part de patrimoine et de matrimoine est, de ce fait, invisibilisée, floutée, inaudible ?
  3. Le pôle, est-il alors mutualisateur, une locomotive ou un  phagocyte ?
  4. Et si le pôle, par sa place, ses rôles et missions, ne permettait pas l’égalité ?

L’égalité depuis la mise à disposition des cultures, savoirs et imaginaires jusqu’à l’égalité en termes d’ accessibilité serait cet objectif commun.

  1. Le matrimoine questionne la valeur qu’on lui attribue au legs des femmes.
  2. Le patrimoine est à comprendre comme un pôle, une concentration d’efforts, de ressources et le matrimoine, encore aux bords, évalueraient, sans s’épanouir, dans les alentours.
  3. Le matrimoine cristallise cette vision enfouie, indicible de la domination, de la colonisation.
  4. Par sa valorisation, nous participons à la reconnaissance de celle-ci, à une égalité réelle et non supposée voire rêvée ainsi qu’a la mise en accès de modèles, de figures, de connaissances vitales pour l’émancipation féminine tout en étant partie prenante d’une politique qui respecte la parité.

Des actions, prestations, analyses, enquêtes pourront être menées, des groupes de travail exploratoires, ateliers et toutes formes de mises à disposition pourront être proposées sur des thématiques diversifiées.

Avec la même idée de transformation: sociétale et environnementale vont de pair.

Constats

▪ Aujourd’hui, des espaces dans le périmètre des pôles subissent encore un déficit de transmission de leurs histoires. Ces présences disponibles font l’objet d’une visible amnésie. C’est un pan du patrimoine/ matrimoine culturel, par exemple, qui est absent, introuvable, qui passe inaperçu.

▴D’une part, au regard de la perception des habitants, de l’histoire collective locale, de l’attachement, d’un patrimoine/matrimoine mémoriel tu, un devoir de mémoire devrait s’engager.

▴D’autre part, la mise en réserve voire l’abandon de certains sites physiques distillent une hiérarchie des priorités, une extinction des mémoires, une disparition d’un inventaire,

▹Effacer, reconstruire, raser, se débarrasser déclenche un gaspillage pluriel. Faire avec l’existant est une voie prioritaire. Valoriser ne signifie pas mettre en beauté, c’est surtout donner la parole, permettre un travail d’archives, d’identification de traces, de passages, de rassembler des informations afin de parler et de faire parler les lieux .

En outre, la destruction d’espaces de vies suscite beaucoup d’émotions. L’absence de relai, de médiation, d’espace d’échange, de partage de souvenir accroissent considérablement le sentiment de déconsidération des habitants, c’est le cas lorsque des immeubles d’habitation sont démolis, des usines sont fermées, par exemple.

La perception des espaces est un travail essentiel à mener auprès mais surtout avec les populations.

⇢ Depuis l’éloge des paysages, en passant par l’usuel, par ailleurs, singulier, un grand nombre d’endroits, de lieux, de sites sont placés en retrait, en seconde ligne, associés à des éléments mineurs de nos histoires collectives. Rarement, ils font l’objet de recueil, de créations de contenu, d’images, d’archives. C’est le cas pour les ouvrages consacrés au passé ouvrier, aux usines parfois présentes de manière très dense sur un territoire et seules sources d’emploi pour des générations. Explicitement, ces sites parlent, racontent, émeuvent aussi.

Ces récits sont des micro-récits dont la transmission pourrait, au moins, être faite, seul possible pour être reprise.

Ce n’est pourtant pas un défaut d’acuité qui manque à ces espaces, ces quartiers, rues, mais la mise en réseau de standards toujours plus efficaces en termes d’exclusion supprime, de l’inventaire, ces réserves historiques, intimes, humaines.

Work in progress

Dans la rue, le passé est également omniprésent, pas un passif muséal ni un patrimoine, matrimoine nécessairement matériel, il est parole, regard, présence artistique, historique, sociologique. C’est aussi le champ de l’immatériel qu’il convient de remettre en jeu. Si nous comprenons l’importance de la réinterrogation de nos cultures, un work in progress peut alors s’engager.

  • Par exemple, Marcel Duchamp à Rouen, a fait l’objet, en 2018 (Duchamp dans sa ville) d’une année consacrée. Cette idée a été portée par une toute petite équipe puis soutenue par des collectivités, écoles, structures, artistes, acteurs locaux dans le désir de pouvoir en parler. Ceci a démontré comment, en effet, une présence pouvait-être minorée, sciemment omise, une place à laquelle on ne croit pas. Les expériences, retours, résultats de cette année duchampienne se sont montrés plus que satisfaisants.
  • Toutefois, travailler tel un laboratoire, en testeur/Expérimentateur afin d’inventer, créer des passerelles, connexions  peut démultiplier le nombre d’interlocuteurs, d’intérêts, d’où la nécessité de coordonnateur, de facilitateur à même de sortir du cloisonnement disciplinaire pour faire entrer dans le bal, l’émergence.

Les parages du pôle pourrait être ce médiateur, cet agent de liaison.

➵ Un territoire qui se tourne, de façon unilatérale, vers ces points de mire touristique sans activer ses ressources dormantes se fragilise, s’affaiblit telle une terre qui ne diversifie pas.

Logo panneau rond vert parages du pole

logo « les parages du pôle », IPL, juillet 2020

« Les parages du pôle »  abordera certains des facteurs aggravants en termes notamment de politique de valorisation notamment à l’aune de la lutte contre la lacune, l’oubli de ce qui permettrait, j’en suis convaincue, d’être une courroie de transmission entre des habitants, des publics diversifiés.

Diversification 

Comment, alors que l’on ignore sciemment ces gravures ouvertes, peut-on espérer élargir, diversifier les publics de ces patrimoines/ matrimoines ? Comment pouvons-nous parler d’accessibilité alors que des choix stratégiques sont faits au nom de l’image, du nom, du renom, avec tous les phénomènes de redites et d’exclusions qui vont avec ?

╍Les droits culturels révoquent certaines politiques de l’accès, il est, par ailleurs, impératif d’interroger les choix, les axes en incluant, dans la prise de décision, les habitants- citoyens qui sont également des experts, des militants, des curieux…

◤A ce jour, les territoires, analysés par l’association, ne sont pas encore définis en raison d’ un déménagement prochain. Néanmoins, à ce jour, le chantier de celle-ci plante son décor à partir de ces questionnements territoriaux, locaux sur la notion de valeur, de centralité afin d’inviter à reconsidérer la légitimité et la question de sa représentation. Quel réalisme, quelle perspective, un diorama, un trompe l’œil ? Comment restituer un « sujet » avec la plus grande vérité et égalité possibles

▔Qui bénéficie, qui est sous estimé, pourquoi l’acratopège, le sans qualités particulières, le vernaculaire peine à être inséré au cœur des programmations… Qui les enferme dans ce désintérêt mais surtout ce jugement, les exclut alors qu’ils sont, aussi, preuve de notre partage commun du sensible, éléments de notre interdépendance et fruit de nos histoires ?

▔Comment penser des actions de réflexion sur cette notion de ressource partagée, comment inclure pour tenter d’inverser ces postures/idées reçues d’espace illégitime, de relégation, de périphérie parce que, par systématisme, le majeur s’opposerait au mineur ?

D’ailleurs, l’absence de fierté, le complexe d’infériorité, l’humilité que peut donner à comprendre, à voir, à entendre un territoire est une source d’empêchement à son éveil, à son émancipation. Ne pas créer les conditions de cette prise de conscience est un  gaspillage de ressources voire de domination de celles-ci.

. J’entends régulièrement, l’expression « Fonctionner en réseau« ,  ceci requiert des lieux, acteurs, territoires avec une volonté de sortir de l’entre-soi, de s’affranchir, sans hiérarchie appuyée, et non d’avoir une locomotive et ses suiveurs, ou encore une concurrence accrue entre organisations en quête de visibilité.

Sortir de cette idée de locale, régionale, nationale, de cette hiérarchie urbaine de commune, métropole, quitter les logiques de pivot, de ligne directrice…Un territoire possède ses propres ressources, il est, en ce sens, unique. Enfin, donner du pouvoir aux mêmes ne permet pas de créer, entre autres, les conditions pour accueillir la diversité ni pour faire « apparaitre »une distinction.

▪Toujours se tourner vers la création de conditions, être plus inclusif… Se poser en observateur, acteur pour proposer des alternatives à l’hyperfocalisation culturelle, à la méconnaissance des ressources activables d’un territoire, aux définitions de « qualité » et d' »intérêt », avancer dans une logique contributive aux intérêts des populations- habitants, au développement durable

Vous avez, peut-être, déjà pu lire, au fil des articles de #sitespecific, comment, sur cette rive gauche rouennaise, des choses ont été tentées, testées, reçues, alors, vous imaginez, qui sait, comment cette histoire va, je l’espère, se poursuivre.

⌑Pour l’instant, pas de création d’espace numérique dédié, après, tout peut arriver… Merci de m’avoir suivi jusqu’ici.

Bien à vous,

Isabelle Pompe, dans les parages, dernière mise à jour, le 28 octobre 2020.

Hortus Politicus

« De nos jours la végétation, par opposition au minéral, occupe une place importante dans le tissu urbain des villes occidentales. Elle est de plus en plus désirée par les urbains pour leur permettre de supporter la ville, de l’accepter dans leurs pratiques et usages quotidiens. Les espaces verts sont des lieux de détente et de récréation, prisés par les citadins (Emelianoff, 2007; Da Cunha, 2009) » Les espaces verts urbains : étude exploratoire des pratiques et du ressenti des usagers

Vous pouvez consulter notre précédent article sur le  Territoire extra-local & Environnement

« 7 Français sur 10 choisissent, aujourd’hui, leur lieu de vie en fonction de la présence d’espace vert à proximité de leur habitation (UNEP/ Programme des Nations Unies pour l’Environnement, 2008)« .

#sitespecific a organisé son 1er atelier consacré à la problématique de la « faune et de la flore en ville » le 27 juillet 2019 dans la commune de Petit-Quevilly.

Un jardin est aussi un miroir à plusieurs facettes dont celles des politiques locales et environnementales des communes mais également celles d’une nature humanisée dans sa gestion, d’une société dans ce qu’elle saisit comme enjeux.  C’est ce qui est spécifié par ce titre, Hortus Politicus – Jardin politique dans l’esprit de l’émission de France Musique « Musicus Politicus » car à l’instar de la musique, tout jardin pourrait être politique.

 

Prévenir est plus efficace que guérir

 

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Une vue du jardin du Cloître //  Petit-Quevilly

Atelier ‘ Specific

Ces propositions de rencontre résultent d’interrogations sur les liens entre le vivant et les urbains. Elles participent à cette ambition de reconquête d’un territoire commun. La biodiversité est au cœur des questions environnementales. Agir pour la biodiversité autour de nous fait partie des objectifs premiers du projet #sitespecific.

Les quelques principes de ces ateliers

  •  Fonctionner « in situ »
  • Questionner, conjointement, les espaces verts publics.
  • Discerner les qualités et les défauts pour se remettre à la biodiversité.

Atelier’ Specific # 1

Préambule

« Abordons ensemble la faune et la flore, en ville, dans nos parcs & jardins comme celui de la Chartreuse Saint-Julien de Petit-Quevilly. Ce dernier, ponctué de plantes médicinales, condimentaires et de fruitiers, s’étend sur plus de 9000 M² et propose également un parcours historique. »

  • Un exercice collectif sur la question de la perception.
  • Un temps de rencontre pour confronter les regards, les points de vue, inviter à réagir.

 

« Choisir la voie du mieux »

 

Modalités

A partir d’un partage d’expériences, ce 1er RDV souhaitait interroger les conditions d’existence de la faune et de la flore en ville, ce, en nous installant au sein d’un jardin de la ville de Petit-Quevilly. Ensuite, se pencher sur la conception de cet espace végétalisé et sur les possibles qui lui sont offerts pour être « habité », être « approprié ».

« Site specific conçoit le jardin public comme un espace d’accueil parfaitement adapté aux questions environnementales et sociétales. De plus, un jardin c’est aussi prendre le temps d’observer, tenter et réessayer, en ce sens, où il doit être perçu avec le souci de l’effort continu, tel un processus qui ne s’interromprait pas.

Questions

  1. Comment un espace vert se fait miroir, écho de notre gestion de sa préservation ?
  2. Quelles « libertés » sont offertes, par un lieu public végétalisé, aux espèces animales/ Végétales ?
  3. Qu’en est-il de l’adéquation voire de l’inadéquation des espaces végétalisés aux variations climatiques ?
  4. Quelles conséquences de celles-ci sur la faune et la flore?

La Notion de BIODIVERSITÉ HEUREUSE

Cette idée a émergé avec les jardins de Chaumont- Sur- Loire et l’ édition 2011 du festival international des jardins. Le principe étant de « redonner la parole aux plantes » au sens politique, en particulier, du terme. Par le fait, la ville, la rue et les espaces publics végétalisés sont des territoires citoyens. Ces jardins contribuent à la vie d’un quartier.

Le déroulé de la visite

Depuis une vue d’ensemble et grâce à une circulation dans les allées, nous partons à la recherche de ce jardin, de son histoire, de son inscription dans la commune à son contexte historique et son ancrage territorial local. Quels sont ses publics ? Quelles visions globales en avons-nous ? Quelles faunes et quelles flores sont présentes ? Quel est l’état de cet espace vert ? Quelle est sa condition au regard de son entretien ? Quelles indications sont spécifiées ? Pouvons-nous rapporter des « souffrances végétales » ? Quelles remarques pouvons nous formuler et à partir de quels constats ? Quelles améliorations ? Quelles suggestions ?

Les éléments à prendre en compte:

Depuis le tri pour les poubelles, jusqu’à l’hôtel à insectes, en passant par les mangeoires/ abreuvoirs à oiseaux et autres possibilités permises pour la nidification, nous noterons les pistes empruntées ou à explorer pour ce jardin. En outre, nous listerons « les fonctionnalités » offertes/promises ou possibles (dans le sens à développer).

Pourquoi ?

Dans les zones urbaines, la nature a besoin de nous pour survivre, ce pourquoi il convient d’être solidaire et impliqué.Il est important d’abriter la faune sauvage en ville et de créer les conditions de sa préservation.

« En introduisant de la végétation en ville, en aménageant et en gérant les espaces verts, on influe sur les pratiques existantes comme le démontre Abbara (2002) ou Arrif (2007). »

Les observations directes

  1. Absence de tri sélectif pour les poubelles
  2. Absence de récupérateur d’eau
  3. Absence de composteur- Collectif &/ou associatif de quartier- (recycler et composter sur place pourrait permettre au sol et donc aux plantes un meilleur développement et une plus grande résistance)
  4. Absence de Lombricompost (déchets verts et biodéchets)
  5. Absence de composteur pour déjection canine -(Une solution gratuite et écologique, de l’engrais, un jardin et un verger assaini et des avantages au niveau agronomique).
  6. Absence d’hôtel à insectes
  7. Absence de mangeoire, abreuvoir.
  8. Absence de ruche
  9. Présence de bacs mais absence de verdissement collaboratif – (ils se trouvent derrière une haie à l’entrée côté droit- Un endroit idéal pour insérer des composteurs puisque c’est caché.) Ces trois bacs pourraient être déplacés et rejoindre un espace plus accessible.

Nous pouvons impulser l’idée d’une intégration possible d’un volet expérimental voire d’une parcelle dédiée à un essai de régénération naturelle.

Le compost est un amendement organique contribuant, s’il est épandu à intervalles réguliers, à améliorer les caractéristiques du sol :

  • Amélioration de la structure du sol : effet mulch (protection du sol, lutte contre l’érosion…), stimulation de la vie microbienne et amélioration de la prospection racinaire
  • Augmentation de la capacité de conservation en eau
  • Minéralisation des sols

Par ailleurs, il est à retenir que nous assistons à un déclin du moineau des villes fautes d’insectes.

Source Défi Écologique- Article « 10 oiseaux que l’on rencontre en milieu urbain » de Julien Hoffmann

  • La présentation des espaces

La structuration du site se développe autour d’ allées et de la valorisation d’un patrimoine matériel spécifique, le Cloître.

Il est remarqué que « le dessin paysager de cet espace fait davantage penser à un jardin de musée où marcher sur l’herbe serait interdit, ceci serait accru par la présence de petites dalles (pas) blanches intégrées ».

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Le jardin et son allée principale, une vue des petites dalles.

Conçu comme une cour carrée, cet espace végétalisé se vit de manière géométrique, divisé voire subdivisé en allées et contre-allées. Ce dessin pourrait donner l’impression d’une circulation qui s’effectue suivant une logique de « courant avec des sens de circulation » ou encore d’allées majeures et mineures.

  • Une impression de circuit

« L’aménagement et la composition de l’espace sont de puissants organisateurs des flux qui, en définitive, ne changent qu’en termes de vitesse des parcours empruntés et de sens de rotation des itinéraires de promenade.« source

 

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Les contre-allées

L’imposant Cloître fait s’adosser la promenade à son histoire, à son rythme. Les couleurs neutres et ocres contribuent à un effet calmant voire neutralisant. « L’imposante bâtisse pourrait-elle être végétalisée ? Ne serait-ce qu’au niveau de ses toits? « Les toitures végétalisées participent à la gestion de l’eau et peuvent représenter une surface non négligeable pour vie plus sauvage. 

La palette chromatique de cet espace végétalisé varie du vert, jaune aux rose, blanc et violet installant une notion de cadence. « Les espèces choisies sont -elles suffisamment diversifiées ?  »

Une des allées qui longe le cloître

Le type d’espace vert conditionne fortement les pratiques et les usages qui en sont faits (Alonso et al., 2002).

Sur les abords des allées, nous rencontrons un mobilier composé de table en pierre sculptée qui pourraient permettre à la faune de se désaltérer. Cependant la pureté et la fraîcheur de l’eau donnée aux oiseaux est quelque chose de primordial. Il convient de donner une place importante à la qualité de l’eau donnée aux oiseaux. (La consommation moyenne d’eau est de 20 à 25 ml par 100g de poids corporel). La pollution de cette dernière est à prendre en compte car elle engendre des maladies. Par chance, il y a également les verdures ou fruits qui apportent énormément d’eau.

Une vue depuis une des trois allées majeures

Le sol du jardin ne laisse planer aucun doute quant à sa souffrance. Il est brulé, peu d’espèces émergent de ce dernier (1er plan). Nous pouvons, par ailleurs, constater que les pommiers implantés sont encore jeunes et peinent à produire de l’ombre. Nous apercevons deux « petits » pommiers » morts déjà atteints par la chaleur de l’été 2018.

L’état du sol du jardin

Cette étendue d’herbe produit soit une impression d’espace libre permissive pour les jeunes publics, soit une sensation évidée d’un terrain au sein duquel peu d’intimité est possible, sur lequel, l’envie de s’asseoir demeure relative. De plus, les déjections canines (les chiens sont interdits dans le jardin) viennent ajouter leur désagréments. A la verdure absente s’additionne l’inconfort de l’assise.

« Le ressenti positif des habitants envers les espaces verts n’est pas homogène. Il change d’une personne à l’autre, mais aussi pour un même individu selon le moment, la saison ou l’espace vert. S’il faut rester conscient de cette diversité, de grandes tendances peuvent être identifiées. » source

« Les gens ont envie de se poser, pourquoi ne pas installer des transats ?  » « L’environnement végétal joue à l’occasion le rôle du substitut de destination, le moyen d’être, sporadiquement, vacanciers ou touristes. » source

Au fil de cette déambulation, nous remarquons un mobilier caractéristique ainsi que la création d’ilots.

  • Les caractéristiques des « ilots de convivialité »

A la fois, lieu de rencontre, espace pour s’asseoir, lire, se poser, l’espace d’agrément végétalisé est source de bien-être.

nous pouvons ajouter que l’absence de table limite les autres possibilités. Un espace gagne à être réfléchi afin d’être multiple, pluriel au regard des activités et appropriations possibles. De surcroît, les zones d’ombres sont elles aussi peu nombreuses ce qui peut accroître le manque d’appropriation ou encore le peu de temps passé par les publics. Les sièges sont régulièrement vides lors des journées ensoleillées ou pluvieuses.

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Les ilots du jardin

Floriculture

Les espèces présentes au cœur de ce jardin s’étirent du rosier buisson, en passant par quelques plantes mellifères y compris les onagracées (gaura), Lamiacées (sauges) à l’exception du tournesol, de l’ail des ours, Nepeta et Souci par exemple. Pour ce qui est des arbres, les pommiers, cerisiers sont présents en grand nombre.

  • Plantes mellifères (riches en nectar, en pollen et en miellat) : les cultiver c’est assurément faire un geste pour la planète, car grâce à elles, les insectes butineurs assurent la pérennité des espèces. Elle favorise la biodiversité.
  • Les papillons jouent un rôle essentiel dans la pollinisation, pour qu’ils se plaisent il faut bannir tous produits chimiques et accueillir des plantes mellifères, aromatiques, lavande, asters…
  • Les oiseaux demandent un jardin tout simplement un jardin très diversifié avec des haies vives, des arbustes à baies et des plantes à graines (Amarantes, Œnothères, Cosmos).

Les flore requiert des soins tels que la taille (couper les fleurs fanées), il faut stimuler la vigueur des plantes, arroser régulièrement (de préférence le matin tôt ou le soir) pour que les plantes se refassent une santé. Les arbres, arbustes et vivaces plantés récemment ont besoin d’être arrosés régulièrement. De plus, un sol en bonne santé est indispensable au bon développement des plantes.

 

« La fleure c’est de la pure poésie » François Morel

Les fleurs, pour les passionnées de leurs formes, parfums et couleurs, sont relativement peu représentées. De plus, la fleur apporte de la féminité au jardin.

 

Capture d’écran du livre  » Le nouveau jardinier fleuriste » Hippolyte Langlois – Gallica

 

  •   Les états de la flore

Depuis une des allées, nous constatons l’impact de la sécheresse sur les arbustes et les haies. les charmilles sont en difficulté.

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Deux arbustes semblent morts, non loin de l’espace de jeu. Ils ont été plantés au sein d’un endroit non ombragé d’où l’importance majeure à accorder à la résistance des espèces et aux choix des emplacements. Il est toujours dommage de voir la nature aussi exsangue. Par ailleurs, ces arbustes avaient du paillage aux pieds, ce qui peut contribuer à les protéger.

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Soleil et végétation

Revenons un instant sur un plan du jardin déjà aperçu en amont, nous pouvons remarquer une importante branche morte qui correspond au tiers d’un arbre. Les effets de la canicule et de la sécheresse se font sentir de manière directe.

Une rudesse climatique qui se fait sentir dès la scène d’ouverture du jardin, ici, au premier plan. Les haies assez basses bordent la route avec, en arrière plan, les immeubles limitrophes à ce territoire.

Séquence d’entrée du jardin

Le long des murs, plus en aval de la visite, s’installe une flore sauvage très prisée. Au cœur des massifs, place aux espèces autonomes.

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  • Les possibles

Avec les fruitiers (pommiers et poiriers) , nous pouvons facilement envisager l’idée d’une cueillette ou l’organisation de manifestations en lien avec ce type d’arbres afin de créer de la vie de quartier. Ce jardin implanté non loin des écoles pourraient également permettre l’initiation aux actions de sensibilisation pour la valorisation, la conservation, le tri, la lutte contre le gaspillage, les biodéchets et surtout légitimer la transmission nécessaire de cet héritage naturel en direction des jeunes générations.

  • La faune représentée

En cet après-midi, après la découverte de « longues routes » formées par les fourmis, nous remarquons la présence de quelques pigeons, corbeaux et, à l’oreille, assez peu d’autres oiseaux sont présents en cette période, pourtant de nidification « intensive ». A cela, nous croisons les divers trajets de bourdons.

La faune en action

  • L’accès à l’information et la valorisation des espaces

A cet espace vert se greffe l’histoire du lieu qui doit son existence à la présence, dès le 17 ème siècle, de plusieurs confréries de moines à Petit-Quevilly. C’est en 1667 qu’arrivent les Chartreux sur la commune. Au sein de ce jardin, se sont 12 cellules pour les 12 moines comme 12 pierres en granit. Cet aménagement a été réalisé en 2013 « dans un style médiéval et épuré », un jardin pensé comme un « voyage dans le temps ». Qu’en est-il de la valorisation de cette histoire ?  plusieurs bornes, panneaux et autres cartels se succèdent pour compléter notre connaissance.

Grâce au travail du service des archives de la commune, l’accès à l’information peut se faire de façon assez détaillée depuis internet et l’onglet chartreuse st Julien. 

En outre, vous pouvez découvrir que la Chartreuse a pu bénéficier d’une visite virtuelle malheureusement inaccessible aujourd’hui (le lien renvoyant vers un message d’erreur), par contre, pour compléter, un plan de la chartreuse saint-julien est consultable.

La question des cartels permet d’obtenir des éléments de détails historiques à même de nous projeter dans le quotidien des moines. Leur simplicité est appréciée, toutefois, l’absence d’élément numérique est relevée. C’est aussi en raison de la prolifération des nouveaux outils et des process de numérisation de la documentation que cette réflexion trouve sa raison d’être. En revanche, il est vrai que ces données pourraient satisfaire les curieux soucieux de précisions voire de reconstitutions virtuelles.

Un plot cartel

  • Les autres espaces

 

D’autres univers semblent avoir existé néanmoins le visiteur s’en tient aux grilles et vues qui s’en dégagent sans pouvoir bénéficier d’indications.

 

 

 

Ce bâtiment/maison condamné mais rénové voit son accès fermé par une grille extérieure. Cet ensemble rejoint la rue Victor Hugo. Cet espace vert clôt pourrait bénéficier aux initiatives sociétales du type « jardins partagés ».

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  • La perception de propreté

« Parmi les tendances fortes du ressenti des habitants envers les espaces verts collectifs, la conception d’une nature propre et maîtrisée est très forte. Comme le note Boutefeu (2007), « si le parc est un endroit calme, il est aussi assimilé à un lieu propre sans déchet ni pollution ». Le critère de propreté apparaît en effet sans équivoque dans 69 % des réponses étant ainsi le premier critère d’évaluation de la qualité d’un espace vert pour les habitants. » source

Le problème que rencontre le jardin de la Chartreuse Saint-Julien tient en la surreprésentation des déjections canines. Celles-ci jonchent le sol herbeux, elles pourraient être compostées!

« Comme composteur,  peuvent être utilisés les silos du commerce soit être construit avec des planches de bois ou du grillage en prenant garde à bien laisser le fond du bac à compost en contact avec le sol car c’est une source directe de micro-organismes (comme les vers de terre) indispensables à la réussite du compost. L’astuce étant d’avoir plusieurs compartiments (minimum deux) à compost afin de pouvoir le retourner aisément. Pendant qu’ un bac terminer sa fermentation en compost, il convient de remplir le second et ainsi de suite !

  1. Choisir un endroit à l’ombre
  2. Creuser une tranchée de 20 cm de profondeur et d’une largeur correspondant à la quantité de déchets souhaités.
  3. Couvrir de paille ou d’un plastique noir et maintenir humide comme pour un compost normal. source

Le temps 2 de l’atelier 

Puis, nous partons à la découverte comparative depuis le square Marcel Paul, situé tout près, afin de « mettre en pratique » nos commentaires. Après avoir apprécié et pris en compte un certain nombre de paramètres du type « comment nous sentons-nous au sein de cet espace ? « , « quel effet produit-il sur nous ? « , « comment pouvons-nous nous l’approprier ? « – Nous rejoignons cette deuxième proposition d’espace vert quevillaise.

  • Le square Marcel Paul

Une photo du square prise le 16 mai 2019

C’est avec la prise en compte de la nécessité de la comparaison que nous poursuivons notre exercice critique. Comment les espaces sont-ils accessibles ? Quels types de végétation ? Quels publics ?

Le calme ambiant et l’ombre offerte par les marronniers viennent amener une autre question: Par rapport au jardin du Cloître, quelle est la grande absente de cette scène ? La voiture. En effet, cet espace est conçu comme une enclave, un peu en dessous de la route et au-dessus du trottoir, de sorte que vous ne pouvez qu’apercevoir les voitures qui sont garées. L’impression de sécurité et la sensation d’intimité sont immédiates.

« L’espace vert se définit alors en termes de calme, de lutte contre le bruit, de relaxation, de détente, etc.  » source

  • La notion de contrôle de la végétation

Alors que nous l’avons vu en amont, une nature maîtrisée fait partie des tendances fortes, ça l’est aussi parce que  » l’absence de contrôle de la végétation est rejetée ». source  

La commune de Petit-Quevilly a mis en place la gestion différenciée de ses espaces, gage d’économie, certes les tontes et l’entretien des jardins et parcs laissent davantage de place à quelques libertés, cependant, nous sommes encore loin des prairies fleuries, des parkings, clôtures, pieds d’arbres (en ville), murs et toitures végétalisés, pas encore de semis de prairie, de prairie  naturelle ni de valorisation des herbes folles…De plus, sont encore utilisés des souffleurs de feuilles à moteur et un nettoyage des trottoirs est encore réalisé, ce, de manière, non mécanique. Vous pouvez lire l’article consacré à Petit-Quevilly & les feuilles mortes

  • Ce mode de gestion des espaces verts est une pratique courante dans les pays d’Europe du Nord, en France, celui-ci a pris de l’ampleur réellement lors du colloque européen du 24 et 25 octobre 1994 à Strasbourg « Vers la gestion différenciée des espaces verts » – Article courrier de l’Environnement de l’INRA
  • INRA (Institut National de la Recherche Agronomique
  • Le département du Tarn en partenariat avec la CAUE (Conseil d’Architecture d’Urbanisme et de l’Environnement) du Tarn ont publié un guide-gestion-differenciee-des-espaces-verts-et-naturels

A ce titre, une gestion éco-responsable pourrait être envisagée car elle possède un impact environnemental et sociétal supérieur. C’est la garantie d’une réduction des pollutions visuelles et sonores pour les usagers et habitants, mais c’est aussi un formidable outil pédagogique et de sensibilisation du public.

Contexte météorologique de l’atelier

  • Une météo spécifique: les canicules

Juillet

« L’épisode caniculaire qui va se renforcer jeudi nous invite à réfléchir du point de vue de nos territoires extra locaux: nos quartiers comme nos communes de la rive gauche rouennaise. Depuis la non adaptation en termes d’isolation de nos logements, de nos bureaux, l’inadéquation des espaces, le manque de verdure dans nos rues et quartiers… Quels choix ? Quelles préventions? Quelles gestions des situations ? Quels dégâts et quels constats ? Prenons un temps pour partager nos expériences de cette traversée caniculaire. Commençons lors de notre Atelier’ Specific # 1!  » – Post Facebook de la page Site Specific.

La France connaît un été 2019 très chaud avec déjà deux canicules au compteur. En juillet, ce sont surtout les villes de l’ouest, du nord et de l’est de la France qui ont vu leurs records pulvérisés.

Juin

« La canicule européenne de juin 2019 est une période de chaleur estivale inhabituelle et exceptionnellement précoce qui affecte l’Europe en fin juin-début juillet 2019. Elle survient seulement onze mois après la canicule de juillet-août 2018 ».

  • Les particularités du calendrier

La question de la date fut posée. En tenant à respecter, a minima, un RDV par mois, fin Juillet s’imposa naturellement. Il est vrai que cette date estivale, propice aux vacances qui plus est, ancrée en fin de mois, et très peu de temps après cette journée historique de jeudi, a pu s’apparenter à un défi au regard du déplacement des participants. (2 inscrits et 4 intéressés ont décliné).

Petit-Quevilly

  • Attachement  & Ancienneté de présence

Cette notion a déjà été questionnée sur ce site, il n’en demeure pas moins qu’il semble nécessaire de l’explorer, un tant soit peu, encore aujourd’hui. C’est en partant du principe qu’un espace est public, dans le sens où, tous, nous pouvons nous l’approprier, que nous avons parcouru ce jardin. Et c’est avec cette du tous que nous avons, très tôt, butés.

Au fil de cette rencontre, il est apparu une difficile communication basée sur un défaut d’écoute et de compréhension des enjeux de cet atelier ainsi qu’une persistance des jugements de valeur et des généralisations (« les gens »). Par ailleurs, nous ne sommes pas sans savoir que cette commune cristallise une vie politicienne complexe à même de donner à comprendre les différents types d’ attachement.  En effet, au delà de la mémoire familiale, ouvrière, les schèmes de l’attachement traversent les histoires des habitants de cette commune. Pour autant les autres regards, « les neufs », « les découvreurs » ont peiné à être légitimés, sacrifiés, ou presque sur l’autel de l’ancienneté de présence sur ce territoire. Théorie de l’attachement – Source CAIRN

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Jardin du Cloître – Atelier ‘ Specific # 1 – 27 juillet 2019// Petit-Quevilly

« Que l’on veuille plus de nature ou non, les usages sont nettement connus et définis contrairement au ressenti envers les espaces verts. Ce dernier est plus varié et moins bien cerné. Présente sans être toujours vue, pratiquée sans être nécessairement réfléchie, la nature en ville souffre fréquemment d’un manque de reconnaissance et de considération. » source

Pour poursuivre votre intérêt sur le jardinage en ville, nous vous conseillons la lecture du dernier hors -série n° 210 de l’Ami des Jardins.

Isabelle Pompe pour #sitespecific, le 09 aout 2019.

Terrasse’ Specific # 2

Telle une déclinaison du projet #sitespecific, cette rencontre citoyenne fut haute en couleur quant aux réactions, aux questions, en amont, qu’elle pût attirer. Déjà, du fait premier que cette terrasse était la 2ème à être organisée. A la demande d’internautes, j’ai donc mis, en ligne, depuis la page Facebook du projet, le compte rendu de ce 1er RDV.

 

CR Terrasse’ Specific  # 1

◤ Terrasse’ Specific # 1◥ ( au Son du Cor, le 16 mars 2019) ▬ Voici les éléments qui en ont résulté:
●La présentation du projet dans sa 1ère approche
● Suite à la consultation des articles du blog ( crée en fin février), des retours positifs ont été formulés.
● Un point a été fait sur les interrogations/ constats quant à la perception de la rive gauche
● Des remarques ont été faites sur le niveau de vocabulaire à employer
● La décision de création de la Page FB de Site specific (crée le 20/03)
● Le lancement du questionnaire  » La rive enquêtée # 1″
● Une réflexion sur le devenir du projet (qui, à l’origine, est un projet de recherche en sociologie)
● La décision de le présenter à deux enseignants chercheurs (l’une est anthropologue/sociologue et l’autre est chercheur en marketing)
●Un point a été fait sur les outils de communication (supports) et l’éventualité d’un programme d’actions.
● Le phasage des enquêtes de terrain (elles se réaliseront dans un 2ème temps)
● Une demande a été formulée quant à la création d’un profil LinkedIn et/ou d’ un CV de la porteuse de projet accessible en ligne.
→ Étaient présentes Kiki Soleil Cécile Au-Pays Des-Merveilles Régine Gomis et moi-même.

·۰•●Depuis cette rencontre, ce projet reste apolitique, indépendant et ouvre son champ d’interrogations (mise en place d’actions sociétales et environnementales). Il est devenu une démarche de valorisation de la rive gauche rouennaise. Il reste autonome et porté par une seule personne, à ce jour, pas de création d’association ni de volonté de rejoindre un réseau d’associations existantes. Des RDV confidentiels (récits de vie) son programmés afin de collecter des informations subjectives sur le fait de « vivre » rive gauche.
Le projet se développe également en extra local avec le réseau mes voisins.fr
Site Specific c’est toujours un blog:https://sitespecific.home.blog/

Et un compte Instagram: @photographyspecific

Bien à vous ».

 

Suite à ce post,

j’obtins des retours, disons singuliers, auxquels j’ai répondu, en ligne, de la manière suivante:

░ Tribune du jour ●

Le projet Site Specific entend des remarques, des « constats » et c’est tant mieux…

۰•●Faisons le point:●La volonté de cette démarche c’est aussi d’interroger « les regards » qui sont portés sur la rive gauche. Ce qui est intégré et pourquoi?
Ce projet une initiative apolitique car non encartée.
Toute question relevant d’un territoire est-elle politique ? Comment vivons-nous nos quartiers est-ce une question politique ?
● Questionner la perception de la rive gauche rouennaise depuis ses habitants:
Comment vivons-nous cette rive ?
Est-elle un territoire « choisi » ou « subi » ?

▬L’appellation « Site Specific » et ses dérivés vous interroge ?
« Site » renvoie à in-situ (sur site, sur place) et à site industriel, site touristique…. »Specific » c’est une façon de dire: spécificités.

▬ L’anglais vous dérange ?
Site Specific c’est la traduction de : « endroit précis », « lieu particulier ». La rive gauche et la Normandie ont entretenu des rapports historiques avec les anglais (le chemin de fer et le passé industriel des communes de Sotteville et du Petit-Quevilly, qu’en est-il du Grand-Quevilly et ses chantiers navals ? )

▬ Site Specific est-il un projet « flou »?
Il est en évolution, il ne peut satisfaire ni répondre à tous, à ce jour, laissons-lui, au moins, la possibilité d’exister.

▬Site Specific « serait » trop intellectuel ?
Cette démarche est portée par une intellectuelle précaire et alors ? Comment faire, dès lors, creuset commun si nous créons de la distinction. « Intellectuel » ne s’oppose à rien, pacifions nos rapports aux catégories socio pro, aux origines sociales, pas de classification, pas de hiérarchisation. La parole est ouverte pour tous.

▬ Site Specific utiliserait un vocabulaire trop compliqué ? Je ne peux pas vulgariser, simplifier l’approche d’un territoire aussi complexe et contradictoire. De plus, la rive gauche soulève des problématiques plurielles. Les rencontres comme les Terrasses sont aussi un temps plus informel où la parole est autre.

▬ Site Specific « arriverait » un peu tard. J’entends l’impatience. Je suis résidente de la rive gauche depuis 2014, et je pense qu’il serait temps, en effet, mais mieux vaut tard que jamais. Ne soyons pas défaitistes, ne nous fermons pas, ne nous privons pas de nos échanges d’ expériences.▬ Le compte rendu de la 1ère Terrasse ‘Specific ne vous donne pas envie de poursuivre ? (CR dispo depuis un post du 30 avril) Ce projet tente, essaie. Les difficultés sont grandes pour répondre à tous mais si vous avez des attentes précises, vous pouvez les signaler et engager un dialogue lors de la prochaine Terrasse du 25 mai.

▬ Le site de la Friche Lucien permet -il une « gentrification » éphémère ? Questionnons cela ?

▬ Il semble urgent et impératif de ne pas opposer, de ne pas alimenter davantage les clivages.

▨Merci aux intéressés et participants!
A suivre////

 

L’ Évènement et son lancement

C’est donc, dans un contexte assez euphorique, pour ma part, que fut programmée, le samedi 25 de 14h à 16h, la rencontre citoyenne baptisée, Terrasse’ Specific # 2.

Cette dernière a fait l’objet d’un évènement Facebook qui a rassemblé l’intérêt d’un grand nombre de personnes.Voici, en toute transparence, les éléments factuels du réseau:

Screenshot_2019-06-10 Terrasse ' Specific.png

 

Ce temps d’échange eut lieu sur le site de La Friche Lucien (friche culturelle et lieu éphémère de la rive gauche de Rouen). La réalité du jour fut autre, malgré la mise en place d’un outil de réservation et le dynamisme des discussions, ce samedi fut peut-être trop concurrencé par un temps fort culturel comme « le Festival Rush« , allez savoir… Tout ce qu’il y a de sûr, c’est que nous étions 10.

Le chiffre n’est heureusement pas le plus opportun, ce qui compte véritablement c’est, d’une part, de bien mesurer l’écart entre l’attendu et le réel, le défaut d’engagement sans excuse formulée malgré la réservation et l’absence de questions, de retours pendant et ensuite…C’est donc là, toutes les limites d’un réseau social, pourrait-on se dire. D’autre part, le peu d’intérêt, de soutien et de solidarité que soulève cette rive gauche pour laquelle il serait bon d’étudier l‘attachement avant l’attractivité et la connaissance.

D’autre part, cette thématique fut annoncée à renforts de billets et avis sur les sites culturels numériques et gratuits, dont mes voisins.fr fait aussi partie selon moi. Force fut de constater que même les personnes résidentes tout à côté de chez moi n’ont pas fait le déplacement alors même qu’elles se déclaraient participantes.

Sans oublier, l’activation voire la ré-activation du réseau qu’il soit photographique, universitaire, local, culturel…Deux personnes sont venues se joindre à nous sur la centaine conviée….Est-ce moi ou la rive gauche qui peine à rassembler ?

De plus, l’envoi du Communiqué de presse site specific ne vint guère nourrir le débat. Aucun relai, comme quoi, le défaut de réseau au sens connaissance en interne du terme est bien déterminant bien plus qu’un projet lui-même, une idée, une volonté solidaire.

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Extrait de l’affiche

Il semblait donc bien difficile de lancer pareille initiative…La résistance, le peu de curiosité, la difficulté d’échanger, le manque d’identification, la méfiance…Je ne sais pas et ces interrogations seront toujours posées.

Peu importe, les personnes qui se rendirent à cette rencontre m’ont permise de prendre la mesure de points communs entre ma proposition et leurs retours d’expériences. Je les remercie encore chaleureusement d’êtres venues.

Ici, vous pourrez lire le compte rendu de cet évènement: CR Terrasse Specific 25 juin 2019

Il n’en demeure pas moins que des RDV ont été programmés notamment en ce qui concerne la genèse du projet, courant juin, et que des perspectives d’avenir ont été impulsées, proposées, suggérées.

C’est donc ragaillardie que j’ai quitté le site de la friche ce fameux samedi. La tête emplie de ces mots, idées et récits de vie.

 

A suivre donc très prochainement!

 

Isabelle Pompe pour #sitespecific le 10 juin 2019.

 

 

Poser des questions

Faut-il toujours partir d’un constat pour soulever un sujet ? Faut-il émettre des observations ? Et d’où proviennent nos remarques, nos interrogations ?

Ici, je vais tenter de poser des questions, celles-ci souffleront dans un sens ou dans un autre. Pour Site specific, je me suis sondée. La 2 ème rencontre citoyenne  » Terrasse’ Specific # 2« , prévue le 25 mai sur le site culturel et éphémère de la Friche Lucien, est une façon de « se demander » collectivement.

Percevons-nous, collectivement, la complexité de ce territoire?

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Site Friche Lucien un 1er mai 2019, IPL

 

Parviendrons-nous à nous entendre, à nous comprendre ? D’où proviendront nos mots et que symboliseront-ils? Diront-ils que nous ne nous vivons pas notre territoire de la même manière? Stipuleront-ils que les remarques formulées ça et là passent sur nous sans laisser de trace ? Ou qu’elles nous frottent comme un gant de crin, nous irritent, nous blessent. Ni chaud ni froid, vous dîtes?

 

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Sotteville, un début de soirée de Vivacité 2018, IPL

 

Les questions qui vont suivre seront poser, en amont, de cette terrasse:

« Je suis partie d’un unique point commun: la rive gauche: y vivre/ y travailler.

  • Est-ce suffisant comme point commun pour nous mettre à nous parler?
  • Comment vivez-vous votre commune/quartier au sein de la Métropole Rouen Normandie ?
  • Quels sont vos verbes d’action pour parler de cette expérience de vie (vivre et/ou travailler rive gauche) ?
  • Êtes -vous dans l’opposition: rive droite / rive gauche?
  • Rouen c’est une ville aux deux rives ou deux villes ?
  • Quelle commune de la rive gauche connaissez-vous le mieux ?
  • Identifiez-vous une concurrence entre les territoires de la rive gauche ?
  • Quels points communs voyez-vous entre ces territoires?

 

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Maisons jumelles au Petit-Quevilly, mai 2019, IPL

 

Pour tenter d’apporter un dialogue, j’ai dans l’idée de constituer des groupes où la paroles de chacun compterait, pas de primauté au plus fort car un corpus fait société.

 

A l’issue de ces réponses, Site Specific prendra une forme collaborative.

Cette rencontre sera photographiée et filmée avec l’accord des participants, l’idée étant de fournir de l’archive puisque la 1ère chose commune qu’il manque à cette rive c’est une mémoire collective.

Les images seront transmises depuis la page FB et le compte instagram @photographyspecific

Les vidéos seront montées afin de produire des séquences courtes de production d’échanges, elles seront diffusées sur la page FB.

Chaque « Terrasse » et autres « Rallyes », « Ateliers » seront documentés par des images et contribueront à la constitution d’un fonds iconographique de la rive gauche. Celui-ci repose sur l’humilité, il ne traduit pas de rapport de force, pas de suprématie car cet espace de référence a tout intérêt à s’émanciper de cette opposition binaire: rive gauche, rive droite, ou de toutes autres formes de définition géographique du type sud, nord, est ou ouest.

Pour moi, qui photographie cette rive depuis l’année de mon arrivée, à savoir 2014, je ne peux que que lui concéder son caractère paradoxal et pluriel. Elle est, à la fois, une ode à l’ imprévisible, qui, pourtant, reste constante dans son humilité. Elle me laisse simultanément dans un état de surprise et d’attachement. Elle aborde, sans égal, l’espace public de manière sociologique et culturelle. Elle montre une pauvreté, un ennui, une typologie d’habitants, elle est un biotope subdivisé et sédimenté exceptionnel.

Elle est à préserver, à valoriser pour ce qu’elle dévoile, au quotidien, pour ce qu’elle montre du doigt. Elle est cette responsabilité collective et incarne un territoire de droit. Elle possède de multiples visages mais peine à faire « creuset commun« , pourquoi ?

 

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Quartier Grammont, Rouen, été 2018, IPL

 

A suivre,

Isabelle Pompe, 9 mai 2019.

 

 

 

 

 

Perception du territoire

Percevoir se définit par le fait de saisir quelque chose par les organes des sens, discerner, parvenir à connaître, à distinguer. La perception pourrait être une idée plus ou moins nette de quelque chose. Alors ce territoire, comment est-il perçu, sous quel aspect se présente-t’il?

Quels visages ?

Résidente, depuis octobre 2015, du Petit-Quevilly, je réalise et continue de mesurer une absence de « fierté » ouvrière de mon territoire d’habitation par rapport aux messages/images que la commune « emploie » pour se donner une pluralité de « visages ». La politique du maire, en matière communicationnelle, est un vecteur d’image très puissant. C’est par le déploiement de sa stratégie de communication que nous pouvons comprendre les mécanismes d’une stratégie globale. Si la visibilité de ce territoire se constitue avec une absence de relai mémoriel et sans valorisation d’un existant, nous pouvons nous demander ce qui soulève un intérêt plus important.

La Valeur travail

Dominique Royer, en 2002, pour « Qu’en est-il de la « valeur travail » dans notre société contemporaine ? » Précise que « L’homme est un être vivant et, de ce fait, il agit. C’est une activité de pensée, de réflexion, de contemplation ou de création. C’est aussi une forme de rapport de l’homme au monde jusqu’à l’activité de transformation du milieu social ou naturel. »Source

L’intégration par le travail est économique, symbolique et sociale :

  • économique car elle autorise l’insertion et la participation au travers d’activités de production et de consommation ;
  • sociale parce qu’elle entraîne la constitution de liens sociaux par l’inscription dans des groupes ;
  • symbolique par les normes et les valeurs communes qui sont construites socialement.

« Le travail occupe une place essentielle dans nos sociétés, même par son absence. C’est une des bases de l’économie. C’est la source principale des revenus qui autorise l’accès à la consommation. C’est aussi la voie principale de l’insertion sociale. Le travail structure des catégories professionnelles et des pratiques collectives. Dominique Royer

Si je m’en tiens à la communication de ce territoire, je ne vois guère apparaître le patrimoine ouvrier par exemple. Le travail est un élément structurant mais il ne semble pas être perçu comme vecteur d’un patrimoine. Il occupe, par ailleurs, une place maîtresse dans nos sociétés. Localement, peu de réhabilitations, hormis le bâtiment de l’ancienne filature de la Foudre, ont été réalisées. Dans le même temps, il s’agit bien du site au regard de son édifice et non des personnes qui y ont travaillé qui sont mises en valeur par cette légitimation nouvelle.

La notion de patrimoine

Cette singularité territoriale est suffisamment créatrice de distinction pour constituer un patrimoine. Le patrimoine culturel se définit comme l’ensemble des biens, matériels ou immatériels, ayant une importance artistique et/ou historique certaine, et qui appartiennent soit à une entité privée (personne, entreprise, association, etc.), soit à une entité publique (commune, département, région, pays, etc.).

Cet ensemble de biens culturels est généralement préservé, restauré, sauvegardé et montré au public, soit de façon exceptionnelle (comme les Journées européennes du patrimoine qui ont lieu un week-end au mois de septembre), soit de façon régulière (château, musée, église, etc.), gratuitement ou au contraire moyennant un droit d’entrée et de visite payant.

  • Le patrimoine dit « matériel » est surtout constitué des paysages construits, de l’architecture et de l’urbanisme, des sites archéologiques et géologiques, de certains aménagements de l’espace agricole ou forestier, d’objets d’art et mobilier, du patrimoine industriel (outils, instruments, machines, bâti, etc.).
  • Le patrimoine immatériel peut revêtir différentes formes : chants, coutumes, danses, traditions gastronomiques, jeux, mythes, contes et légendes, « petits métiers », témoignages, captation de techniques et de savoir-faire, documents écrits et d’archives (dont audiovisuelles), etc.

Le patrimoine fait appel à l’idée d’un héritage légué par les générations qui nous ont précédés, et que nous devons transmettre intact ou augmenté aux générations futures, ainsi qu’à la nécessité de constituer un patrimoine pour demain. On dépasse donc largement la simple propriété personnelle (droit d’user « et d’abuser » selon le droit romain).

 

Il relève du bien public et du bien commun

 

Demandons-nous si notre patrimoine ouvrier relève du bien public et du bien commun? Est-il de l’ordre de l’intérêt général de savoir, de connaître le passé industriel d’une commune ? Lorsque nous prenons conscience des conséquences en termes de santé publique et de sécurité civile que soulève cette présence industrielle forte, nous pouvons affirmer que cette « existence chimique, pétro-chimique et pétrolière » relève de l’intérêt général.

Petit-Quevilly est cet espace de référence fait de pierres et non de paroles, peu d’échanges et donc peu de transmissions, peu de partages de ces « humanités » prennent forme. La commune ne propose guère à ses habitants de se rencontrer. Si l’on se réfère aux mutations engendrées par la notion de gouvernance, qui vont jusqu’à impacter l’intégralité des politiques publiques en replaçant au centre le citoyen, je me demande où se situe ce territoire et s’il n’est pas lui-même « détaché » des évolutions de mentalités.

Les risques ?

Vivre déconnecté des changements c’est s’assurer d’un retard quant à l’attractivité de son territoire, c’est aussi se garantir un défaut d’autonomie citoyenne, gage d’une émancipation. Confirmer que le repli est toujours à l’œuvre et conserver le contrôle et donc entretenir une certaine méfiance des citoyens que l’on perçoit encore comme des usagers et non comme partie prenante. « Penser à leur place » est aussi le meilleur moyen de se couper des populations.

L’oubli, la disparition de cette mémoire ouvrière, et la perte de singularité de la commune sont des risques non négligeables. Avec l’ignorance des habitants et le désaveu de la commune, comment « vit » cette histoire? Comment est-elle traitée et archivée, comment est-elle transmise, comment se régénère-t’elle et à partir de quoi, de quand, l’histoire officielle de la commune est jugée acceptable, transmissible?  Plonger ce territoire d’habitation dans le grand bain inoculant et aveugle de la méconnaissance c’est aussi mépriser ce qui le distingue.

 

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Enfants dans la cité UNAN- Petit-Quevilly, Novembre 1952, Henri Salesse

Gouvernance & Marketing

Le vocable gouvernance exprime la manière de conduire les affaires d’une entité. Dans le cadre d’une organisation, la mise en place d’une gouvernance digne de ce nom implique une définition précise du processus de décision et des parties prenantes impliquées pour la question du pilotage.

C’est un concept représentant la manière dont un domaine d’activités est gouverné. La gouvernance renvoie à un système d’entités décisionnelles qui dirige un certain domaine d’activités, autrement dit à un « système de gouvernance », impliquant notamment une structure de gouvernance et un dynamisme de système (processus de gouvernance, activités de gestion, etc. Attention toutefois à l’usage parfois contradictoire qui est fait de ce terme, nous pourrions isoler les trois étapes d’une gouvernance démocratique comme suit:

  1. Vérifier régulièrement la pertinence (qui la définit?) et la permanence du projet.
  2. S’assurer que l’action menée est conforme au projet, et en mesurer l’impact.
  3. Conduire l’action conformément aux règles établies en commun.

 

MARKETING TERRITORIAL

Pourquoi cette commune ne crée par d’instances participatives, ni ne permet pas, par le biais, de lieux physiques des espaces de paroles citoyens ? Avec sa géographie particulière et son absence de centralité, comme nous l’avons déjà évoqué, Le Petit-Quevilly, donne à comprendre et à recevoir une image de ville déconnectée de son passé lorsque celui-ci nous est compté. Car dès la découverte de cette commune, lors d’une promenade physique ou virtuelle, nous ne percevons pas son histoire. Il n’y a pas de plaque, ni de musée de l’industrie, rien ne vient commémorer ce lien, pourtant très fort entre ce territoire, ses habitants et ses usines.

En pleine interrogation quant au marketing territorial, je me suis demandée s’il ne s’agissait pas d’une image non désirée par la commune.

« Le marketing territorial désigne la manière dont les pouvoirs publics utilisent les techniques de la publicité et de la communication, issues du monde de l’entreprise, pour promouvoir leurs territoires. Ces pratiques existent à toutes les échelles, depuis la promotion d’une petite commune à celle d’un État. Le but est d’attirer des populations jugées désirables, des investissements, des entreprises, ou tout cela à la fois. « Source

Les supports (affiches, spots publicitaires, sites internet) sont des indicateurs indispensables pour la compréhension d’une stratégie de marketing territorial. Nous pouvons comprendre le positionnement de la commune, les cibles visées et appréhender la notion d‘image voulue.

 

STORY TELLING

Le storytelling, c’est l’art de raconter des histoires (et de les écouter), son but: convaincre et persuader, de manière objective, donner confiance. L’idée étant d’attirer – reprenons les termes issus de la définition du marketing territorial  – » les populations jugées désirables, des investissements, des entreprises« . Comment construire une image en -dehors d’une histoire véritable?

Pour commencer, nous avons noter qu’il ne s’agit pas d’activer voire de réactiver les ressources spécifiques d’un territoire comme ici avec notre passé industriel mais de capitaliser avec des ressources à même d’attirer l’extérieur (capitaux comme habitants).

« Le paysage est l’un des supports les plus courants du marketing territorial, d’autant qu’il peut servir de support à un discours orienté dans le sens voulu : éloge de la lenteur, préservation du patrimoine et perpétuation des traditions (dans le cas d’une campagne de publicité pour la région Bourgogne), ou au contraire hyper connectivité, dynamisme économique et insertion dans la mondialisation (en particulier lorsque le public ciblé sont les investisseurs et les entreprises).

  • SEINE INNOPOLIS

« Situé au sud de la métropole rouennaise, le pôle d’excellence Seine Innopolis accueille sur près de 10 000 m², dans un ancien bâtiment industriel inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, les entreprises dédiées au numérique. » Source . C’est ainsi qu’est décrit, dans les premières lignes, ce projet, vous remarquerez que la situation géographique est pour le moins vague.

Il se présente comme  le pôle des technologies de l’information et de la communication et a ouvert ses portes en centre ville en 2013. Mais est-il ouvert à la population? C’est avant tout un programme immobilier qui se compose davantage de bureaux (open space, espace de co-working), de salles de réunion et espaces communs, des services et de locaux de stockage et techniques. L’accès y est sécurisé.

 

  • Interrogeons la recherche et le secteur public?

« La Normandie se classe parmi les dernières régions métropolitaines…La recherche est essentiellement porté par les entreprises privées… »

  • SEINE INNOPOLIS & son offre

Screenshot_2019-04-11 Pôle numérique Seine Innopolis - Rouen Normandy Invest

Startup, innovation, R&D, réseau de formations avec les campus universitaires, écoles d’ingénieurs et de commerces…

  • Quel degré de proximité avec les habitants? 

Observons les niveaux de diplômes selon l’âge au niveau national puis en Seine-Maritime avec les derniers chiffres de l’INSEE ( 2015.)

 

Au niveau national, nous pouvons remarquer que pour les 25/49 ans, la part globale du supérieur (court + long) correspond à 40, 3 % et que la part qui correspond à l’ensemble (de 25 à 65 ans et plus) est de 25, 9 %. La part de ceux qui ne possèdent pas de diplôme, brevet, CAP/BEP et Bac est de 64,7%.

  • Que disent les chiffres du département de la Seine-Maritime ?

La part des titulaires (dans l’ensemble) d’un diplôme de l’enseignement supérieur âgé de 15 ans et plus est de 23% sans distinction (court ou long). Celle des « sans diplôme, CAP/BEP et titulaire du BAC » est de 77%.

Screenshot_2019-04-11 Pôle numérique Seine Innopolis - Rouen Normandy Invest(1).png

Seine Innopolis est un site qui ne s’inscrit pas de manière extra locale au regard de la population concernée (les habitants) et du quartier populaire au sein duquel il s’ancre.

Enfin ces formes de communications tendent souvent au greenwashing, c’est-à-dire à présenter un territoire comme durable ou respectueux de l’environnement, en dépit des faits.« Source

  • « Petit-Quevilly Village »

 » La commune a entamé la réalisation d’environ 500 nouveaux logements sur un secteur en pleine mutation. Ainsi devrait-on voir, depuis l’actuelle salle des fêtes Astrolabe jusqu’à l’église Saint-Pierre, une déclinaison d’espaces collectifs et semi-collectifs : cours, jardins, square, allées, bandes paysagères… Le long d’une coulée verte desservant les équipements majeurs et symboliques, tels que la mairie, les écoles, l’église et la salle des fêtes. Au total, plus d’un hectare d’espaces verts parsèmera les voies, îlots et rues résidentielles du quartier. »Source

L’objectif :  Redynamiser un quartier et attirer de nouveaux habitants. Il y aura du collectif et de l’individuel, et 20% de logement social », présente Charlotte Goujon, deuxième adjointe en charge des finances, de la politique de la ville, et des affaires scolaires. Le cadre lui-même devrait permettre d’améliorer la vie dans le quartier avec un hectare sur cinq dédié à la voirie, aux aires de jeux et aux allées réservées aux modes de déplacement doux.Source

Un problème de connexion: Entre une réelle scission de ce quartier avec le reste de la commune et la présence immédiate de la SUD III, ce projet soulève quelques interrogations. Il est, en effet, le seul espace où les immeubles n’ont pas impacté le paysage. Il est, à la fois; coupé symboliquement de ce qui caractérise les limites géographiques du Petit-Quevilly et proche de la mairie. Il apparaît comme étant le seul quartier qui pourrait bénéficier d’une nouvelle centralité.

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Un problème de santé : « Petit-Quevilly c’est aussi une route à fort trafic qui découpe la commune, la SUD III ▬ « Des chercheurs de l’Inserm du CRESS (Centre de Recherche Épidémiologie et Statistique Paris Sorbonne Cité, Inserm – Université Paris Descartes – Université Paris 13 – Université Paris Diderot – INRA) ont étudié le risque de leucémie aiguë chez l’enfant à proximité des routes à fort trafic ■ Les résultats montrent que la fréquence de nouveaux cas de leucémie de type myéloblastique (418 cas sur les 2760 cas de leucémie) serait plus élevée de 30% chez les enfants dont la résidence se situe à moins de 150 m des routes à grande circulation et qui ont une longueur cumulée dans ce rayon dépassant 260m. » Source

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Et vous ?

En tant que citoyens, résidents de ce territoire par conséquent partie prenante de son histoire, avez-vous conscience de votre rôle ? Vous percevez-vous comme des  ressources au regard de votre mémoire, récits et paroles?

Comment vous sentez-vous au sein de cette commune?

Aimez-vous votre territoire? Quels rapports entretenez-vous avec votre commune?

Existe -t’il un lien familial générationnel entre vous et ce territoire? Comment le définiriez-vous?  Est-il proche, sans importance ? Ces questions feront parties du questionnaire bientôt diffusé.

Petit- Quevilly, 1952 Henri Salesse

Henri Salesse, Petit-Quevilly, Novembre 1952

In Situ

Les structures, les politiques publiques activent très peu le passif social et industriel de ces territoires d’inscription. Ces communes doivent leur image, histoire et développement en très grande partie grâce à la place de l’industrie. Elle est cette présence constitutive quasiment identitaire. Mais entendons-nous parler de ces sites au regard de la constitution d’une mémoire collective et ouvrière sur place ?

La commune du Petit-Quevilly semble plutôt assez mal vivre sa situation historique et sociale au point de ne pas parler, de ne pas commémorer et donc de ne pas donner de place à ces particularités. S’agit-il d’un sentiment de honte quant aux industries qui certes sont présentes économiquement mais aussi participent de plein fouet à des pollutions plurielles sur cet espace de référence? Ou alors est-ce l’image disons « prolétaire » qui ne fait provoque pas les « bons bruits » ?

La commune est, il est vrai, sujette à des crispations sociales dans certains de ces quartiers, assortis de l’appellation ZUS (Zone Urbaine Sensible), possède un parc en logements sociaux équivalent à 38%, le trafic de drogue notamment et l’insécurité sont parfois pointés du doigt. Mais, qu’est-ce qui gêne dans cette commune ? Nous pouvons  dégager au regard de la perception soit une « mauvaise réputation » soit une « identité aseptisée » dans le sens neutralisée et perdue au profit de la notion de banlieue/Couronne/ Agglomération.

La banlieue se définit par une zone floue, franche mais indéfinie. Une sorte de non-lieux d’un point de vue macroscopique qui existe grâce à la ville/Métropole autour de laquelle il se constitue. A l’aune de la réforme des espaces de références, la banlieue reste une zone péri-urbaine clivante qui subit son exclusion. Alors, quoi ressentir lorsqu’on se sait résidents d’une commune de l’agglo riche par ailleurs mais dont l’image n’étant pas valorisable pour une stratégie de marketing territorial se voit dissoute, anéantie au profit du non man’s land banlieue et toute sa péjorativité.

Que connait-on de la ville que nos territoires sociaux entourent? A qui appartenons-nous? A Rouen ou à notre commune?

Si nous nous considérons comme rouennais, ne sommes -nous pas déconnectés de notre territoire extra local qui lui possède une histoire très marquée et surtout très différente?

Quel est notre sentiment d’appartenance entretenons-nous avec notre lieu de résidence et, avant cela, que savons-nous de la commune au sein de laquelle nous sommes installés?

Paris & Sa banlieue

« Dans l’intimité de chacune et chacun s’écrit l’histoire de la banlieue à la fin du XXe siècle, une histoire en marge de l’actualité, mais qui depuis n’a pas changé pour les pauvres vivant près de la capitale sans ne rien en connaître. On peut hélas le constater à la projection du film récent d’Olivier Babinet, Swagger. Les deux mondes s’ignorent mutuellement« . Source

 

Ex Nihilo

En partant de rien

Souhaiter attirer une autre population en véhiculant une autre histoire n’est-ce pas un aveu du peu de satisfaction voire de considération des habitants actuels ? Nier leur contribution c’est aussi les ignorer, refaire une histoire, reconstruire une image c’est partir d’un tout qui ne serait « rien ». Une « biographie » de la ville élaborée hors-sol.

Petit-Quevilly possède par ailleurs, une histoire qui s’est construite au fil du temps, d’un temps long, elle n’est pas une cité nouvelle ni une ville conceptualisée à l’instar du Val de Reuil par exemple.

  • Voici plus de 40 ans que la ville de Val de Reuil (ville nouvelle le Vaudreuil) est « sortie de terre » partant de rien, édifiée en pleine campagne, dans la plaine du Vaudreuil, limitée à l’ouest par les forêts de Bord et de Louviers et à l’est par les falaises du Vexin longeant la rive droite de la Seine. Conçu par l’atelier Montrouge avec comme objectif d’atteindre 140 000 habitants en l’an 2000. Cette commune, en 1967, fait partie d’un programme de création de neuf villes nouvelles afin de répondre à des impératifs économiques de décentralisation industrielle et de développement du secteur tertiaire, démographiques et souvent environnementaux décidé par l’État.

 

L’image comme capitulation

L’image comme vecteur du renoncement, comme l’ incarnation d’un abandon de la vraie histoire. Une vision fictive qui interroge la transparence, l’effacement.

L’histoire est pourtant une passion pour beaucoup de citoyens de l’hexagone, une ressource inestimable en termes d’attractivité, alors pourquoi? La hiérarchie du souvenir prime-t’elle ? Existe-t’il une histoire honorable et une autre que l’on préfère ignorer, cacher?  Quelle image est diffusée de notre commune?

Depuis le site internet du Petit-Quevilly, nous percevons une image confuse, des visages floutées, des scènes « brumeuses », les endroits sont reconnaissables mais les « gens » souffrent d’une imprécision.

Voici ce que propose le bandeau déroulant de la 1ère page du site:

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A la hauteur de la prise de vue répond un éloignement, en toute logique du sol, du concret quotidien et donc loin de la hauteur des hommes. Les sites photographiés sont le CDN – Centre Dramatique National (ancien théâtre de la Foudre), la médiathèque François Truffaut, l’Église Saint-Antoine de Padoue, le bâtiment de l’ancienne Filature de la Foudre (Seine Innopolis), la piscine Tournesol, le parc des Chartreux (jardin des Oiseaux).

L’ impression de voir s’exprimer une « identité communale » qui tient peu compte de ses diversités, il ne s’incarne pas avec des « visages » mais avec des « scènes ». On assiste davantage à une forme d’uniformisation, voire d’atomisation d’un territoire, nous pouvons le regretter car il est le résultat d’une histoire riche car sédimentée.

Pourquoi choisir une autre image de notre territoire?

En quoi, la place des activités industrielles et donc des ouvriers n’est pas ressentie au regard, par exemple, des moyens communicationnels et d’une politique culturelle. Notre territoires social souffre d’une présence ouvrière non légitimée. On entend assez peu parler de cette place très forte occupée par les entreprises de la seine industrielle dans les mémoires et dans les quotidiens. Une sorte de déconnexion entre le l’image voulue, transmise via les services de communication, les discours, les supports de cette commune et celle qu’en ont les habitants. Eux sont reconnus fiers de leur passif, de leur mémoire industrielle et ouvrière.

Avec l’enquête terrain qui se précisera en juin et juillet (questionnaires), je vais tenter de mesurer le degré de fierté, la place de la commune dans l’esprit des habitants et implicitement les formes de liens qui existent entre eux.

A cela s’ajoute une désinformation des habitants quant aux risques auxquels ils sont confrontés historiquement et quotidiennement. Un accès complexe à l’information du, en partie, à une formulation spécifique à grands renforts d’acronymes pourrait se dessiner.

Ceci trouve un écho particulier à ma démarche. On m’estime optimiste dans ma capacité à intéresser et à sensibiliser des personnes qui seraient elles-même non intéressées par ces informations. Est-ce un refus de se sentir concerné? Une crainte? Un aveu d’incapacité à réagir, à intervenir? Auraient-ils baissé les bras? Pourquoi ne pas faire confiance à l’éveil possible d’une conscience collective?

Je reste toujours étonnée par ce sentiment négatif formulé, dès mon arrivée à Rouen, en 2014. Nous verrons bien.

 

Isabelle Pompe, 11 Avril 2019