Ligne de partage Vs Ligne de front

Parlons de partage, de frontière et de limite. Une ligne c’est quoi ? Deux options s’offrent à nous:

  • Trait continu, dont l’étendue se réduit pratiquement à la seule dimension de la longueur : Tracer, tirer des lignes.
  • Trait réel ou imaginaire qui sépare deux éléments contigus ; intersection de deux surfaces : La ligne de l’horizon.

Voire trois: trait tracé sur le sol pour délimiter une piste, en marquer le début et/ou la fin : Ligne de touche.

Ligne de partage

Le partage c’est quoi ?

  • Action de diviser une chose en portions, en parties : Le partage du butin.
  • Fait de partager quelque chose avec quelqu’un : Le partage du pouvoir.

Ce qui nous intéresse, tout d’abord, c’est la ligne de partage. Cette association de mots est aussi régulièrement associer à « la ligne de partage des eaux » (limite géographique qui divise un territoire en un ou plusieurs bassins versants. Plus précisément, de chaque côté de cette ligne, les eaux s’écoulent in fine dans des directions différentes…En France, il existe des points triple et quadruple avec par exemple Rhône/Seine/ Meuse, Rhône/Seine/Loire, Rhône/Loire/Garonne…)

Ici, avec Site Specific, nous sommes avec la Seine pour unique actrice, de ce fait, pas de « ligne de partage des eaux ».

Chaque métropole entretient un rapport avec son fleuve qui cristallise parfois une relation proche de la symbiose ou une difficile cohabitation. Le 1er élément à observer ce sont la considération des quais et leur aménagement. Nous comprenons qu’à Rouen, les quais ont aussi été pensés comme des hébergeurs de paquebots touristiques. la rive droite avait ses occupants saisonniers et qu’en était -il de la rive gauche ?

La rive gauche est doublement coupée car la ligne de chemin de fer suit la Seine.

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Europa (Gare désaffectée Rouen rive gauche), IPL, 2015

Disons qu’elle avait sa ligne de chemins de fer, ses trains, son dépotoir tout du long, que, de temps à autres, quelques voitures venaient y faire des courses, des dérapages pour se marrer, que longer ses quais c’était comme traverser un pays dont le sol et le décor étaient suspendus à une époque antérieure…Mais cela pouvait avoir son charme, sa forme de mélancolie…

Et puis, petit à petit, on a commencé à voir apparaître, des éléments de décor comme des choses en couleur:

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Red (quai rive gauche), IPL, 2015

Cela n’a pas vraiment changé à cet instant, d’ailleurs, mon étonnement fut grand lorsque j’ai découvert ces baby-foot seuls, rouge, là. La dignité de la rive gauche n’était pas pleinement réhabilitée avec ces petits efforts, une courtoisie à peine. La balance entre les quais allait prendre encore un tout petit peu de temps.

 

La différence

« Caractère ou ensemble de caractères qui dans une comparaison, un ordre, distinguent un être ou une chose d’un autre être, d’une autre chose. »Source

Pour celui qui se postait d’un côté ou de l’autre de la Seine, les éléments de disparité étaient flagrants. En face, les quais avec le Marégraphe étaient de toute beauté avant le Panorama XXL. D’ailleurs, il fut question, un temps, que cet équipement déménage rive gauche….

Désormais, les quais ont leur arbres et n’ont plus leur fête foraine. Les face à faces se passent mieux déjà à hauteur des quais, après cela se corse toujours un peu dès qu’on en sort et qu’on emprunte les rues qui irriguent les quartiers St Sever, Europe, Grammont, St Julien, Jardin des Plantes et la direction du Petit-Quevilly via l’avenue de Caen…

Trop, beaucoup trop de voitures circulent, bouchent, polluent ces axes et le ressenti en termes de vie de quartier est à la peine. La faute à des aménagements urbains pour le « tout voiture » ou plutôt, le « tout transport routier ». Les piétons galèrent, les vélos tentent leur chance un peu. Les lignes de front que sont ces rues, avenues où les véhiculent circulent en trop nombre, souvent à trop grande vitesse apportent au décor une grande indécence. Le charme n’opère plus car cela n’a rien de très agréable comme promenade pédestre…

  • Les milliers de pots d’échappement, ça empoisonne
  • Les milliers de véhicules routiers, c’est dangereux, bruyant et cela prive toute qualité de l’air, de vie.
  • Les communes écrasent sous le poids de leur « sur-immatriculation »
  • Les transports en commun tel que le Teor ou le Métro usent les rues, les quartiers et crèvent le commerce local. Regardez Rouen rive droite et l’avenue Alsace Lorraine, continuez avec Le Petit- Quevilly et l’avenue de Caen/Jaurès depuis le métro….D’un côté, l’ennui ce sont les qualités d’aménagement de ces lignes…Elles sont au mauvais endroit ou non adaptées, elles empêchent toute centralité pour les habitants et donc la création de lieux fluides de partage. D’un autre côté, avant, il y a peu, le métro n’existait pas…et donc la distance allait de pair avec la différence…

Ici, rive gauche, nous subissons la voiture et l’absence de vie de quartier, de centralité tout simplement pour certaines communes c’est très flagrant, ce ne sont que des lignes, et encore des lignes, des horizontales, droites, tout droit, toujours tout droit…Mais avant, cela, nous évoluons derrière nos fortifications à angle droit.

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Un jour flou d’angles, IPL, 2015

Notre enceinte, notre enclave, la cité administrative, la tour des archives, passez par la Place Joffre c’est plus agréable même si le balai des voitures, la ligne droite jusqu’à St Sever et le métro qui suit la ligne c’est un peu trop « toujours tout droit »….

Le Centre commercial St Sever est un lieu privé qui fait office de lieu de vie car la mairie n’est pas parvenue à avoir l’idée de créer un endroit de partage. A côté du centre, il y a la MJC et les services sociaux, de l’autre côté le marché Place des Emmurés, ok. Les rues du quartier sont résidentielles et les quelques commerces « ghettoïsent » les espaces, par exemple, ceux de la rue Lafayette, de la rue St Sever. Dans le même temps, à Rouen, les loyers même rive gauche sont chers, les baux commerciaux sont en grande difficulté idem rive droite.

  • Pourquoi ne pas pas proposer des baux précaires, solidaires, associatifs ou je ne sais pour ne pas laisser mourir ces quartiers ?
  • Et ne pas se recentrer sur la rive droite et son hyper centre historique en termes d’actions de ce type.
  • Cesser le clivage cela commence aussi là, permettre les conditions d’une mixité repose sur le fait qu’il ne faut ni abandonner ni privilégier.

 

Le manque d’équité

En écoutant l’histoire de la rive gauche et la perception qu’en ont les habitants lors d’entretiens, nous pouvons prendre la mesure d’un sentiment de colère, d’abandon en raison d’un manque de traitement égalitaire. Au point que les appellations rive gauche et rive droite avaient, un temps, disparu au profit de Sud, Nord, Est et Ouest. Il n’en demeure pas moins que le code postal est une affaire qui passe encore très mal. 76000 et 76100 ressort comme parfois « une différence injuste », un « cela veut tout dire » , « un symbole ». Cette distinction géographique est nourrie par la concurrence déloyale qui prédomine sur les deux rives. Une compétition? Non, une affirmation de supériorité d’un bord et une déconsidération pour l’autre.

Screenshot_2019-05-15 Arrondissements de Paris — Wikipédia

 

La faute ne revient pas au fleuve.Il est vrai qu’à Paris, la Seine traverse aussi la ville, c’est aussi un département, mais ce n’est pas tout à fait à partir du fleuve que les vingt arrondissements municipaux forment « l’escargot ». Les 20 arrondissements ont été créés en 1859.

 

 

La distinction

A l’origine, Rouen existait seulement rive droite. ce qui constitue un problème historique majeur car c’est « à partir de » et non « avec » que la ville s’est développée. Son aire urbaine relève de la Métropole Rouen Normandie, donc non, la rive gauche de Rouen, ce n’est pas la banlieue. Il est vrai que le passage d’un état de la matière à un autre est encore perçu, aujourd’hui, comme une altération. Ce qui se trouve être à l’origine de cette distinction. Le fait d’avoir annexé la rive gauche au monde premier rouennais (rive droite) continue d’alimenter les logiques excluantes. En face pas de réplique, pas de ressemblance, avec ce tête à tête de rive se plante une ligne de front, une ligne d’opposition, de camp adverse. Le meilleur moyen pour la rive gauche d’exister pleinement, librement serait de refuser ce jeu de dupes, de s’émanciper de ce rejet, de ce traitement de défaveur, de refuser ce qui la hiérarchise.Pour cela sur qui peut-elle compter ? Qui pour la promouvoir, pour la dire, la raconter et d’ailleurs où se fixent les regards ?

Entre les quais et le jardin des plantes ?

« La rive gauche ne se limite pas aux bords de Seine. Plus en retrait, le Jardin des plantes devient un spot de choix pour les touristes. Près de 568 000 personnes l’ont visité en 2016. Le centre commercial St Sever est cité toutefois, les grands travaux du quartier ont marqué économiquement durablement, de plus, les touristes se voient régulièrement proposer davantage d’offres de restaurants et d’hôtels rive droite ce qui parfait la névrose des commerçants. « Antoine Péllerin, réceptionniste à l’hôtel Saint-Sever, fait le même constat : « L’affluence est meilleure en semaine, nos clients sont surtout des gens venus pour leur travail à Rouen et qui habitent loin de l’agglomération. Quelquefois des cars de touristes allemands ou hollandais arrivent jusqu’ici tout de même, mais c’est peu fréquent. », le journal poursuit pour cet article du 30 mai 2018 : « Beaucoup d’eau coulera encore sous les ponts avant que les deux rives se rapprochentSource

  • « L’office de tourisme organise « des rallyes de visite » dans le quartier Grammont deux fois par an – des visites à pied de 2 à 3 heures accompagnées d’un guide qui s’adapte aux thématiques choisies par les familles. » Source
  • Et enfin, le Parc urbain des Bruyères (L’ancien hippodrome, à cheval entre Rouen, Sotteville-lès-Rouen, Saint-Étienne-du-Rouvray et Le Petit-Quevilly fermera mi-juin. Il ne rouvrira qu’à l’issue des travaux, prévue fin 2019.)

 

Avec Site Specific, essayons de valoriser cette rive comme elle le mérite et donnons à voir les images de celle-ci, son histoire, sa mémoire, son patrimoine et ses habitants.

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Trois couleurs: Bleu, IPL, Petit-Quevilly, 2019

Le Petit-Quevilly, commune de résidence, possède des ensembles architecturaux, une histoire ouvrière passionnante et toujours des ambiances!

De nouveaux lieux émergent, tels que le Kaléidoscope des Copeaux Numériques

 

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L’intérieur du Kaléidoscope, 2018, Crédits Joëlle Petit

 

Au-delà des lieux, des noms, des labels et des projets, toutes les communes de la rive gauche sont des mines d’or au quotidien, elles offrent un « patrimoine de l’humilité ».

 

Pour dernier exemple, comment est-ce possible que peu de personnes connaissent le pôle régional des savoirs qui a, certes, depuis changé de nom mais, au fait, quelle est sa mission?

L’ATRIUM

L’Atrium, ex-Pôle régional des savoirs, devient un nouvel espace régional de découverte des sciences et techniques de Normandie.

D’une surface de 1 000 m² d’exposition, il abrite jusqu’en octobre 2019 l’exposition annuelle sur l’espace et l’aérospatiale « Voyage vers Mars. Découvrir la science de l’air, de l’espace et ses métiers », co-construite avec NAE, la Cité de l’Espace de Toulouse, la Cité des Sciences et de l’Industrie, des partenaires de recherche locaux, la Cité des Métiers de Normandie…

Y sont hébergées une quinzaine d’associations régionales qui  œuvrent pour le partage des savoirs et des connaissances dans différents domaines : Cité des métiers de Normandie, Agence régionale de l’environnement, CARDERE, Normandie Images, Normandie Livre et Lecture, Promotion Santé Normandie, Journal Globules…

Source

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L’Atrium c’est :

  • Un lieu scolaire et grand public, ouvert du mardi au dimanche
  • Une grande exposition de dimension nationale
  • Une animation menée par Science Action Normandie, pour la diffusion de la culture scientifique et la découverte des métiers, en lien avec la Cité des Métiers.

 

Nous reviendrons, plus en détail, ultérieurement sur des structures et leur typologie de publics, telles que Seine Innopolis qui malheureusement ne repose pas sur un projet en partenariat avec la population locale et de, ce fait, fait figure de beauté architecturale inaccessible pour les habitants de la commune.

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Seine Innopolis (Ancienne usine de filature- La Foudre), Petit -Quevilly, IPL, 2016

 

Isabelle Pompe, 15 mai 2019

 

 

 

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Le partage du sensible

Au début était Jacques Rancière.

J’ai découvert cet auteur avec le « Spectateur émancipé », puis « Le partage du sensible ». Je vous invite à faire sa connaissance ou à le réentendre avec un portrait qui date de décembre dernier diffusé sur France Culture pour Profession philosophe ou encore à lire cet article de septembre 2004

A la lecture de la production de ce chercheur comme il aime à se définir, je me suis demandée si je n’avais pas fait, là, une rencontre déterminante dans ma vie de militante.

 

« C’est par le train, par la gare, que j’ai rejoint la ville de Rouen,

 

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Gare Rouen rive droite, 2015, IPL

 

Au regard de mon exode social comme j’ai, aussi, aimé le nommer, je me suis sondée quant à la perception que l’on pouvait avoir de moi en tant que nouvelle arrivante et comme « quitteuse » de Paris. En outre, je me suis placée comme témoin de cet écho entre ce territoire d’adoption et ma propre vie. Au début, je me suis sentie mal ici. Seule, tellement seule et rapidement face à ma chute. J’ai perdu connaissance pour reprendre, ensuite, mes esprits et parvenir à me tranquilliser. Ce que c’est rude comme expérience émotionnelle un territoire mal traité mais comme c’est formateur.

 

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Rouen, Quai rive gauche en 2014, IPL

 

N’étais -je pas moi-même cet abandon, cet endroit laissé pour compte à l’instar de cette rive gauche rouennaise? N’étais-je celle dont on ne veut pas avec cette inscription redoutable car durable dans le chômage ? N’étais-je pas, enfin, cette précaire à qui on n’ouvre pas la porte, celle qui ne vaut rien, là, parce qu’elle ne serait pas d’ici ? Celle à qui on reproche son Paris d’origine, celle que l’on juge…Oui, j’ai expérimenté, ici, à Rouen, l’exclusion. Ma différence de parcours, de choix de vie et l’activation de certaines de mes ressources m’ont mise sur la touche. Tenue à l’écart des cercles, des cultureux, des « artistes »….Je suis autodidacte dans différentes domaines, je ne cherche pas de légitimation. Je n’avais rien à prouver mais tout à partager car j’étais dans la soif de découvrir, d’être rassurée sur cette destination morcelée.

 

Nous nous sommes vues et revues cette rive et moi, je me suis attachée à elle lorsque j’ai commencé à partager son sensible.

 

Je me suis rappelée, en 2012, lorsque j’avais opté pour terre d’adoption, après Paris, la ville de Rennes. Sans y repenser, en 2014, j’ai choisi Rouen alors que je venais de vivre de grands bouleversements personnels et professionnels. Un « R » en commun certes mais quel écho plus juste que ce délire nostalgique voire mélancolique qui règne à Rouen. Deux années de distance entre ces deux choix où tout a basculé finalement. Celle qui aurait pu m’accueillir et celle qui m’a recueillie.

Elle n’est pas endormie cette ville, elle est politisée à outrance, faite d’opposition franche, de dureté, elle est clivante. Elle fait référence à un endroit où le frontal ne cesse de sévir.

 

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La chute de Rennes, IPL, 2018

 

Elle est aussi ce vaste champ exploratoire où s’irritent, avec une vive impétuosité voire provocation,  les notions de gout, de beau, d’ erreur et de rien. Elle est cet espace qui s’étire mais qu’on ne saurait voir. Elle est cette ville qui tranche, qui coupe, qui scinde et où tout se croise. Elle ne colle à rien qui soit crédible, plausible, elle est cette sédimentation inouïe, de celle qu’on ne laisse pas devenir, de celle qu’on enferme, qu’on enlise dans un imaginaire patrimonial usé jusqu’à la couenne.

Elle est celle qui possède plusieurs récits mais dont un seul serait autorisé par les volontés politiques extra locales. Elle est tenue en laisse par des élites ignorantes, des maîtres ignorants comme dirait Jacques Rancière.

Des hommes et des femmes qui l’emmurent dans des espaces circonscrits, qui prennent de haut ses conflits, ses errements, ses disgrâces. Elle est cette terre où le bon souvenir est ancien, religieux le plus souvent, elle est cette grande à qui on a brisé les jambes de peur qu’elle ne s’échappe, qu’elle ne prenne de libertés. Elle est minorée, boudée, là, dans sa province, dans sa région, dans la plus illustre méconnaissance, dans le plus grand mépris, parfois. Elle ne se résume pas, elle ne se veut pas compartimentée, elle se sait affaiblie sans ses deux rives qui fondent son monde premier. Elle ne souhaite pas se démunir, se départir. Elle tient à son « dépareillage » mais réfute tout catégorisme. Sans sa mixité, elle n’aurait aucun pouvoir.

 

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La Seine et ses histoires sociologiques de rives, IPL, 2014

 

Sa Seine et cette fausse narration qui va avec. Je ne veux pas croire à ce refus du partage, à cet affront du 76000 et du 76100 (Rouen rive gauche). Je ne veux pas alimenter ces oppositions: ces touristes versus ces habitants, cette rive versus cette autre, cette sociologie versus cette autre, je veux apaiser cette relation. Je pense que l’issue de ce face à face finit par ternir la ville, lui empêche tout déploiement digne, la contrecarre dans son ampleur et son charme.

Rouen, ce ne sont pas les quatre rues de cet hyper centre historique comme nous le présente l’ office malheureux du tourisme. Le problème c’est que cette posture politique est adoubée par les faiseurs d’images fans de sur-esthétisation, les story tellers game over… C’est-à-dire ceux qui ne voient pas qu’ils participent à une annulation, à l’effacement du pouvoir qu’à l’habitant sur sa ville. Une ville est faite pour être habitée plus que pour qu’être visitée, croisée.

Rouen, ce sont des histoires. Rouen ne peut être retenue et amenuisée au point de se ridiculiser à force de contorsions autour de « Jeanne » par exemple. Ce n’est pas, non plus, l’impressionnisme qui doit régir une programmation culturelle annuelle. Sclérosée est la ville, brimée, sa rive gauche réfute ce système parce qu’elle est cultures et diversités. Elle est l’ extinction de ce modèle uniformisant.

 

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Quartier St Sever, 2014, IPL,

 

Elle est cette déroute à la bienséance car elle embrouille la beauté, interpelle, cloue, sidère, place dans un embarras, dérange. Sa pauvreté bouleverse, ses rues bousculent, ses gens démolissent tous les préceptes que l’on pensait avoir sur le « déjà vu ». Elle  appelle la notion de vide. Elle chamboule le spectateur, m’a laissé seule et coite à maintes reprises. Cette rive c’est la gifle, elle nous déconcerte, nous perd, nous désoriente car tout paraît loin, tout semble sans fin et ce ne sont pas ses images qui pourraient nous aider à poursuivre, elles manquent cruellement à l’appel. Quelles sont les illustrations ? Quels sont les clichés? Et qui pour nous faire découvrir cette rive, qui pour s’y risquer ?

L’humilité, comme je l’ai déjà évoqué, celle de la mémoire ouvrière, celle du passé historique, celle des classes moyennes et/ou populaires, il faut croire en sa vertu pour parvenir à elle. Selon moi, l’humilité est gage d’innovation, elle est l’antithèse du gigantisme, le modèle contraire, le croquis inversé, le chromo authentique. La rive gauche, par son patrimoine de l’humilité, c’est le refus de la hiérarchie. Ce en quoi, elle est passionnante et intelligente.  »

 

Isabelle Pompe, 12 mai 2019.

 

 

 

Poser des questions

Faut-il toujours partir d’un constat pour soulever un sujet ? Faut-il émettre des observations ? Et d’où proviennent nos remarques, nos interrogations ?

Ici, je vais tenter de poser des questions, celles-ci souffleront dans un sens ou dans un autre. Pour Site specific, je me suis sondée. La 2 ème rencontre citoyenne  » Terrasse’ Specific # 2« , prévue le 25 mai sur le site culturel et éphémère de la Friche Lucien, est une façon de « se demander » collectivement.

Percevons-nous, collectivement, la complexité de ce territoire?

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Site Friche Lucien un 1er mai 2019, IPL

 

Parviendrons-nous à nous entendre, à nous comprendre ? D’où proviendront nos mots et que symboliseront-ils? Diront-ils que nous ne nous vivons pas notre territoire de la même manière? Stipuleront-ils que les remarques formulées ça et là passent sur nous sans laisser de trace ? Ou qu’elles nous frottent comme un gant de crin, nous irritent, nous blessent. Ni chaud ni froid, vous dîtes?

 

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Sotteville, un début de soirée de Vivacité 2018, IPL

 

Les questions qui vont suivre seront poser, en amont, de cette terrasse:

« Je suis partie d’un unique point commun: la rive gauche: y vivre/ y travailler.

  • Est-ce suffisant comme point commun pour nous mettre à nous parler?
  • Comment vivez-vous votre commune/quartier au sein de la Métropole Rouen Normandie ?
  • Quels sont vos verbes d’action pour parler de cette expérience de vie (vivre et/ou travailler rive gauche) ?
  • Êtes -vous dans l’opposition: rive droite / rive gauche?
  • Rouen c’est une ville aux deux rives ou deux villes ?
  • Quelle commune de la rive gauche connaissez-vous le mieux ?
  • Identifiez-vous une concurrence entre les territoires de la rive gauche ?
  • Quels points communs voyez-vous entre ces territoires?

 

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Maisons jumelles au Petit-Quevilly, mai 2019, IPL

 

Pour tenter d’apporter un dialogue, j’ai dans l’idée de constituer des groupes où la paroles de chacun compterait, pas de primauté au plus fort car un corpus fait société.

 

A l’issue de ces réponses, Site Specific prendra une forme collaborative.

Cette rencontre sera photographiée et filmée avec l’accord des participants, l’idée étant de fournir de l’archive puisque la 1ère chose commune qu’il manque à cette rive c’est une mémoire collective.

Les images seront transmises depuis la page FB et le compte instagram @photographyspecific

Les vidéos seront montées afin de produire des séquences courtes de production d’échanges, elles seront diffusées sur la page FB.

Chaque « Terrasse » et autres « Rallyes », « Ateliers » seront documentés par des images et contribueront à la constitution d’un fonds iconographique de la rive gauche. Celui-ci repose sur l’humilité, il ne traduit pas de rapport de force, pas de suprématie car cet espace de référence a tout intérêt à s’émanciper de cette opposition binaire: rive gauche, rive droite, ou de toutes autres formes de définition géographique du type sud, nord, est ou ouest.

Pour moi, qui photographie cette rive depuis l’année de mon arrivée, à savoir 2014, je ne peux que que lui concéder son caractère paradoxal et pluriel. Elle est, à la fois, une ode à l’ imprévisible, qui, pourtant, reste constante dans son humilité. Elle me laisse simultanément dans un état de surprise et d’attachement. Elle aborde, sans égal, l’espace public de manière sociologique et culturelle. Elle montre une pauvreté, un ennui, une typologie d’habitants, elle est un biotope subdivisé et sédimenté exceptionnel.

Elle est à préserver, à valoriser pour ce qu’elle dévoile, au quotidien, pour ce qu’elle montre du doigt. Elle est cette responsabilité collective et incarne un territoire de droit. Elle possède de multiples visages mais peine à faire « creuset commun« , pourquoi ?

 

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Quartier Grammont, Rouen, été 2018, IPL

 

A suivre,

Isabelle Pompe, 9 mai 2019.

 

 

 

 

 

La région Normandie, quand l’ascendance culturelle donne un monologue patrimonial

Ici, se donne à lire, des éléments ayant trait au patrimoine. En effet, la région Normandie s’exprime en faveur de ce dernier. Mais c’est quoi le patrimoine? Pouvons-nous dire qu’il existe une multitude de patrimoines ? Ce patrimoine est-il choisi, peut-on alors parler d’une autre forme? Le patrimoine est -il en proie à des logiques dominatrices ?  Souriez, vous êtes filmés…

L’approche qui va suivre s’est construite à partir de Territoire créatif, pour une politique de la culture et du patrimoine en Normandie

Nous nous arrêterons sur quelques détails pour développer cette tentative de raisonnement. Le patrimoine dont il est question se doit d’être « délimité » selon le code du patrimoine et non en référence à un mot trop usité au point de perdre de vue le pluralisme et les diversités qu’il définit. Vous pouvez aussi consulter l’article La perception du territoire

 

Le patrimoine

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Apparaît un premier problème: les définitions sont nombreuses pour le mot « patrimoine ». En fait, il est à comprendre selon un code français.

Le code dans sa version consolidée du 25 mars 2019

Le code du patrimoine est un code français regroupant des dispositions de droit français concernant le patrimoine et certains services culturels. Les pouvoirs publics ont choisi de restreindre ce code au droit du patrimoine, plutôt que de créer un code de la culture, dans la mesure où le droit du patrimoine s’est considérablement enrichi et complexifié en quelques années. Il s’agit d’une codification à droit constant, c’est-à-dire que ce code est formé à partir de textes déjà existants : il ne s’agit donc que d’une classification.

Le code du patrimoine est divisé en sept livres thématiques (livres II à VI) et transversaux (livres I et VII) :

Dans quelle catégorie est inscrit le patrimoine immatériel? Et qu’en est-il de la mémoire ?

Selon la région, il s’agit, ici, du patrimoine culturel

C’est donc de ce dernier dont il est question au regard d’une préservation et valorisation. Le patrimoine culturel se définit comme l’ensemble des biens, matériels ou immatériels, ayant une importance artistique et/ou historique certaine, et qui appartiennent soit à une entité privée (personne, entreprise, association, etc.), soit à une entité publique (commune, département, région, pays, etc.) ; cet ensemble de biens culturels est généralement préservé, restauré, sauvegardé et montré au public, soit de façon exceptionnelle (comme les Journées européennes du patrimoine qui ont lieu un week-end au mois de septembre), soit de façon régulière (château, musée, église, etc.), gratuitement ou au contraire moyennant un droit d’entrée et de visite payant.

  • Le patrimoine dit « matériel » est surtout constitué des paysages construits, de l’architecture et de l’urbanisme, des sites archéologiques et géologiques, de certains aménagements de l’espace agricole ou forestier, d’objets d’art et mobilier, du patrimoine industriel (outils, instruments, machines, bâti, etc.).
  • Le patrimoine immatériel peut revêtir différentes formes : chants, coutumes, danses, traditions gastronomiques, jeux, mythes, contes et légendes, petits métiers, témoignages, captation de techniques et de savoir-faire, documents écrits et d’archives (dont audiovisuelles), etc.

Le patrimoine fait appel à l’idée d’un héritage légué par les générations qui nous ont précédés, et que nous devons transmettre intact ou augmenté aux générations futures, ainsi qu’à la nécessité de constituer un patrimoine pour demain. On dépasse donc largement la simple propriété personnelle (droit d’user « et d’abuser » selon le droit romain). Il relève du bien public et du bien commun.

Qui fait autorité sur ce qui relève du bien public et du bien commun?

C’est quoi préserver et valoriser ?

Le Larousse dit :

  • Protéger quelqu’un, quelque chose, le mettre à l’abri d’un mal éventuel : Ce manteau vous préservera du froid.
  • Empêcher l’altération, la perte de quelque chose : La loi préserve les intérêts des propriétaires.

Et c’est là encore que surgit une vulgarisation problématique. la patrimoine culturel ne se protège pas mais se conserve au sens de maintenir, garder quelque chose dans un certain état, ne pas perdre, ne pas se dessaisir, prendre soin.

Valoriser ?

  • Donner, faire prendre de la valeur à quelque chose : Une nouvelle gare valorise les terrains avoisinants.
  • Donner une importance accrue à quelque chose, le mettre en valeur : Son succès l’a valorisé aux yeux de ses amis.Définition Larousse

Vous l’aurez peut-être un peu compris, conserver quoi et valoriser pour qui ?

La région précise de quoi il s’agit assez tôt. Le patrimoine sera matériel au regard de ses lieux. La cible ? Les touristes pour l’attractivité et l’image. La fierté locale, vecteur de singularité et de distinction ? Pour marquer un passage. De ce fait, nous pouvons regretter que ce patrimoine ainsi tronqué soit la stratégie d’hyper focalisation de la politique régionale en termes de valorisation.

ça fait combien 1 euro par habitants ?

La Normandie réunifiée compte 3 328 364 habitants, et se situe au 9e rang des 13 nouvelles Régions métropolitaines.Source Donc, cela fait environ 3 millions d’euros. Et si l’argent ce n’était pas le moyen le plus parlant pour sensibiliser la population? Et si au lieu de cette démarche, on impliquait les gens de manière novatrice ?

  •  La Région Bretagne innove à nouveau avec son inventaire du patrimoine : mise à disposition de tous de son extraordinaire photothèque et lancement d’un nouvel appel à projets incitant les Bretons à enrichir et valoriser de leurs photos ces fonds iconographiques. Cette démarche collaborative, initiée en Bretagne, suscite un vif intérêt de la part des autres régions de France.Source

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Nous pouvons, là encore, déplorer que ces lieux soient dotés d’une sur-enchère afin d’être redynamisés. En pratiquant un postulat de départ qui affirme que ces lieux ne se suffisent pas à eux-mêmes, c’est d’emblée reconnaître que nous ne sommes pas « en confiance » avec ce patrimoine. Et quelle manière de les faire découvrir? Par l’art contemporain. L’art divise c’est indéniable mais l’art contemporain, même s’il attire un public plus jeune, n’est pas tout à fait intégré comme une source pacificatrice entre « publics » et « art ». Loin de faire liaison, il est régulièrement connoté, associé à un marché en proie à la déraison des prix et des cotes. L’institutionnalisation avance à grand pas notamment avec le street art et invite régulièrement à se positionner: « pour » ou « contre ». L’art contemporain « est-il » un pouvoir politique ? Par ce choix, la Région s’exprime en hiérarchisant les disciplines. « Art contemporain » n’est pas « création contemporaine » dans sa capacité à intégrer tous les champs disciplinaires, à décloisonner. « Art contemporain », dans l’inconscient collectif, ce sont les arts dits « plastiques ».

En quoi l’art contemporain ne relève pas du patrimoine ?

Il appartient au patrimoine matériel en tant qu’objets d’arts et au patrimoine immatériel en tant que « concept » et/ou « performance ». La région Normandie fait, en réalité, correspondre le patrimoine avec lui-même.

En quoi, peut-il redynamiser les lieux patrimoniaux ?   

Parce qu’il est jeunesse?  Pourtant contemporain ne signifie pas contemporanéité. Parce qu’il est plus avant-gardiste?  Quels critères et quelles valeurs sont convoqués ici ? Une opposition? L’idée frontale du vieux et du jeune ? Faire se rencontrer l’ancien et le moderne? En quoi cela valorise quoi que ce soit ? Un marketing est à l’œuvre, vous l’aurez saisi, mais quelle est son efficacité ? N’est-ce pas une tentative relevant « du vu et revu » ?

Réfléchissons un instant: le dialogue est recherché mais si le seul critère retenu c’est la notion temporelle, nous sommes face à une énième vulgarisation qui donne comme coup de pub/coup de projecteur du bruit pour peut-être pas grand chose… Après, travailler sous la contrainte est un axe de travail souvent recherché par les auteurs/artistes. Et si ces échanges avaient de l’allure, alors pourquoi pas ?

Rural Vs art contemporain

Comment sera reçu cette approche au regard des spécificités du monde choisi pour intervenir? Le rural recevra une leçon moderne. Un regard extérieur porté sur son patrimoine…Attention, les yeux, ici, l’assimilation est en chemin. Le monde rural, souvent critiqué, déprécié, se voit être adoubé d’un intérêt régional. Selon une stratégie communicationnelle, le dit -territoire est assiégè. Construire avec la population, si cela est produit ainsi, pourquoi pas. Mais s’il s’agit de prouver que ce qui les « définit » est ainsi mieux loti – valorisé- ainsi alors gare à la résistance aux changements et aux critiques. Si, un seul instant, on cessait toute activité sur fonds de condescendance…De même avec ce système d’opposition hiérarchique forcément entre vieux monde et nouveau monde….Cette valorisation pourrait être perçue comme un déguisement d’intérêt pire, un affront.

La région affiche une posture politique erronée

La région Normandie, via sa politique culturelle, souhaite se montrer davantage « pour tous », c’est-à-dire ne pas exclure, ne pas niveler. Toutefois, elle va commettre une erreur dans la définition qu’elle va donner aux droits culturels. Elle va confondre la « démocratisation de l’accès à la culture » et la « démocratie culturelle »!

Rappel historique et définition

« Depuis la création du Ministère de la Culture à la fin des années 1950, la politique culturelle française -initiée par André Malraux– a été fondée sur trois piliers : soutenir la création, préserver le patrimoine, démocratiser la culture. La finalité de ce dernier volet était simple : donner à tou.te.s un accès à la culture –et plus tardivement à son sens, à son esthétique, à son histoire–, en mettant l’accent sur la valeur civilisatrice et éducative des arts. Mais cet axe induisait également, dans sa conception, la définition et la mise en application d’une politique publique par un seul type d’acteur – la puissance publique – suivant une logique verticale descendante ainsi qu’un choix a priori des œuvres culturelles qu’il fallait connaître et aimer.

Le mérite de cette politique est d’avoir posé les fondations d’un grand programme d’action publique, d’y avoir insufflé une forte ambition de progrès social pour notre pays et d’avoir permis une vraie dynamique de création artistique. Cependant, force est de constater que cette politique a produit des résultats mitigés en matière d’accès de tous à la culture.Au fil des décennies, cette vision et cette méthode ont été remises en question. Idéologiquement, la critique de la « démocratisation culturelle » a porté sur son parti pris élitiste d’homogénéisation « du haut vers le bas » et sur la minoration voire la négation d’une culture plurielle. (Source)

D’un certain point de vue, la politique de la région Normandie peut se retrouver dans cette dernière définition en appliquant -certes d’une façon contradictoire- la logique verticale descendante. En effet, c’est la région- espace de référence puissant- qui porte un intérêt sur des espaces de références soumis: le monde rural, et c’est l’art contemporain qui se penche sur des lieux de patrimoine pour les valoriser. Sauf que, dans cette grande confusion, la région va nous proposer un regard et une considération disons « incompatibles ».

Démocratisation culturelle Vs Démocratie culturelle

Vous l’aurez retenu, la démocratisation de l’accès à la culture c’était avant. Mais voici ce que la région souhaite appliquer comme principe///

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  •    Elle souhaitait évoquer la démocratie culturelle et non la « démocratisation culturelle » (qui en soit n’existe pas mais est le fruit de la contraction de termes qui jusque là s’opposent farouchement), c’est-à-dire la prise en compte d’un bouleversement sociétal pluriel car:

« D’autres évolutions d’ordre politique, sociétal, économique et technologique sont venues s’ajouter avec le temps : le pouvoir, les connaissances et l’influence ont été disséminés entre des acteurs multiples et hétérogènes (la société civile a pris une place inédite, la mondialisation s’est accélérée, l’État s’est décentralisé) ; incorporée dans la consommation de masse, la culture est devenue un bien marchand ; la capacité d’action et le budget de l’État alloué à la culture se sont amoindris alors que, dans le même temps, le concours financier des collectivités territoriales s’est accru et que de nouvelles sources de financement (mécénat, sponsoring, financement participatif) ont émergé ; les structures culturelles publiques se sont parfois « rigidifiées » ; les pratiques culturelles et les publics se sont diversifiés et enrichis ; la participation du public à la création et à la diffusion des œuvres s’est démultipliée avec l’avènement du numérique ; les droits culturels ont été reconnus au plan international ; enfin, la démocratie participative a connu un regain d’intérêt avec l’apparition de structures de co-construction politique. »Source

Poursuivons notre consultation de document avec la suite de la phrase:

 

« C’est tenir compte des publics traditionnellement éloignés (que ce soient pour des raisons...

 

Déjà, comment peut-on oser dire publics traditionnellement…D’accord, nous sommes en train de lire un document sur le patrimoine mais « tradition« …Et puis, indiquer qu’en plus de l’être de manière « traditionnelle »

  • 28 synonymes

    accoutumé, bien-pensant, classique, consacré, conventionnel, coutumier, de convention, fondé, habituel, héréditaire, hiératique, intouchable, invétéré, légendaire, normal, officiel, ordinaire, orthodoxe, patriarcal, proverbial, rituel, routinier, sacramentel, sacro-saint, transmis, typique, usité, usuel

    1 antonyme

    moderne

MERCI à Crisco Uni Caen

La région mélange toutes les raisons et les installe sur un pied d’égalité…Donc que vous soyez « éloignés » de façon héréditaire, sociale ou parce que vous souffrez d’un handicap ou êtes malade, c’est la même chose « traditionnellement »…

Êtes-vous d’accord avec cela ?

J’espère que vous pouvez montrer et/ou avez pu signifier à la région Normandie que le déterminisme ne faisait pas sa loi dans votre vie même si on jette sur vous un discrédit disons habituel…

Déterminisme ?

  • Théorie philosophique selon laquelle les phénomènes naturels et les faits humains sont causés par leurs antécédents.
  • Enchaînement de cause à effet entre deux ou plusieurs phénomènes.

Poursuivons, viennent ensuite les publics dits « empêchés » et leur capacité à recevoir…Une autre belle leçon de ce qui est « à assimiler » comme « la culture qui se pratique et se vit en général »….Comment faire creuset commun en respectant le pluralisme et les diversités relatives au droits culturels et prononcer le mot « général » ?

Est-ce à entendre au sens de collectif, de partagé, de générique, d’habituel ? Mais qu’en est-il du local, du particulier, du singulier, de l’émergent ? 

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Les droits culturels ne sont pas un champ nouveau, ils furent évoqués dès les années 1970 avec l’idée de pluralisme culturel. Le colloque d’Arc -et- Senan marque, à ce titre, un tournant.

Nous sommes en 2019, ce programme de projet culturel de la région Normandie (2017- 21) nous souligne que cette notion de droits culturels est récente et c’est encore là que nous mesurons la notion de temporalité étonnante entre une perception politique et un fait sociétal politique également: 40 ans.

Puis, ce projet conditionne tout cela « à l’évaluation » alors qu’un peu de benchmarking aurait suffi. Si cela fait 40 ans que cette situation a été identifiée, d’autres régions ou espaces de référence ont du déjà expérimenter la chose. A quand une politique qui repose sur l’échange de bonnes pratiques ?

Enfin, l’éducation se fait priorité notamment au regard du décrochage scolaire. J’avais déjà abordé cette situation notamment en Seine Maritime et son taux de diplômés de enseignement supérieur en dessus du seuil national dans Perception du territoire

  • Au niveau national, nous pouvons remarquer que pour les 25/49 ans, la part globale du supérieur (court + long) correspond à 40, 3 % et que la part qui correspond à l’ensemble (de 25 à 65 ans et plus) est de 25, 9 %. La part de ceux qui ne possèdent pas de diplôme, brevet, CAP/BEP et Bac est de 64,7%.

La part des titulaires (dans l’ensemble) d’un diplôme de l’enseignement supérieur âgé de 15 ans et plus est de 23% sans distinction (court ou long). Celle des « sans diplôme, CAP/BEP et titulaire du BAC » est de 77%.( Chiffre Insee)

Il serait temps donc….Mais ce n’est pas de cela dont il s’agit, non, dans le projet de la région, ce sont des conditions de rencontre entre œuvre et « publics éloignés » soit parce qu’ils habitent en zone rural soit parce qu’ils sont éloignés -comme nous l’avons déjà dit- de l’offre….

Retenez que les conditions de votre éloignement sont:

La zone géographique d’habitation mais pas la banlieue ni la ZUS (zone urbaine sensible) encore moins le quartier prioritaire, non la ruralité c’est mieux parce que selon la région c’est pire comme éloignement…Ensuite, votre santé, votre handicap, votre argent (votre pauvreté quoi que ce ne soit pas précisé- comme si être précaire c’était pareil qu’être sans emploi et pareil que relever des classes populaires ou classes moyennes…Énorme erreur que de placer les habitants sous cette lumière cela revient à contraindre l’exploration « sociale » aux seules conditions de revenues.

Donc dans le panier de l’éloignement, c’est le tri qui est à questionner et à rejeter de manière catégorique….J’espère que des directeurs de structures- d’organisation et autres porteurs de projet ont conspué cet affront! Et surtout, ces fameux publics!

Pour finir, l’obsession de l’institutionnel avec la culture des labels.

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La carte de la région (recentrée sur Rouen en ce qui nous concerne) laisse planer quelques doutes et, dans le même temps, confirme une volonté politique de placement de labels. Rouen en rouge et deux autres communes rive gauche en écho! Sotteville et St Étienne!

Sotteville c’est le FRAC Rouen Normandie, L’Atelier 231 et le Trianon Transatlantique, St Étienne c’est le Rive Gauche. Il y a toutefois une petite précision, d’une part la culture et son offre ne commencent ni ne s’arrêtent aux labels afin de prouver exigence et dynamisme cependant cette volonté est gage d’attractivité… Ces labels – ces titres homologués- sont utiles car ils font parler de « nous ». Nous qui ? Et qu’engendrent les labels ? Une guerre de subvention entre structures et surtout une hiérarchisation. Comment fonctionner comme des parties prenantes alors que la région désigne, non sans fierté, ses structures porteuses? Comment mesurer la singularité culturelle d’un territoire et avec quels outils d’évaluation? Comparer qui à qui ? En quoi un label prône la décloisonnement disciplinaire cher à la démocratie culturelle ?

D’autre part, à quels publics s’adressent ces labels ? Pensez-vous que le CDN Normandie Rouen installé au Petit-Quevilly touche la population extra locale de son territoire d’inscription ? Et d’où proviennent les publics de l’Atelier 231 et du Frac Normandie Rouen? De Rouen bien sûr et très souvent, de Rouen rive droite.

Une affaire à suivre….

Isabelle Pompe, 5 mai 2019

 

 

 

Messages ‘ Specific

Force est de constater que les images de Rouen se concentrent, en grande majorité, sur son hyper centre historique. La ville est un mirage, aux yeux, des « officiels ». Elle doit apparaître sous un certain jour. Cet aspect réduit, à ce point, le territoire que la ville de Rouen représente, au regard de son office du tourisme, trois rues. A ce peu de documentation, circuits, supports répond une hésitation. Transiter pour quoi faire ?  Traverser la Seine est presque un geste forcé voire courageux. Est-ce du même ordre pour les deux côtés ? la rive gauche traverse et pour quelles raisons ? A quel rythme ? Et quelle rive gauche? Ce qui appartient à la rive de Rouen ou à son agglomération? La rive droite, quant à elle, pour quel motif se rend-elle en face ? Est-ce régulier ? A quelle fréquence ? Mais est-ce que ces habitants co-habitent réellement et est-ce qu’ils se croisent lorsqu’ils sont rive gauche ? Vont-ils aux mêmes endroits ? Et si oui lesquels?

Rouen et sa Seine, en carte, c’est ça:

Screenshot_2019-04-25 Carte détaillée Saint-Étienne-du-Rouvray - plan Saint-Étienne-du-Rouvray - ViaMichelin.png

J’ai donc pensé à produire quelques images à messages. Si cette rive gauche est un territoire autonome car il se situe de l’autre côté, alors, pourquoi ne pas l’émanciper de ce poids, de cette contrainte de si peu exister.

Exister et Le Larousse :

  • Avoir la vie, vivre : Aussi longtemps qu’il a existé, il a lutté.
  • Être dans la réalité, se trouver quelque part, être repérable dans le temps ou dans l’espace : Coutume qui existe depuis longtemps.
  • Avoir une réalité : L’amitié, ça existe.
  • Avoir de l’importance, de la valeur : Le profit seul existe à ses yeux.
  • S’affirmer, se faire reconnaître comme une personne aux yeux de la société, d’un groupe, de quelqu’un : La révolte est souvent un moyen d’exister aux yeux de la société.

 

Interrogeons ces impressions

 

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Signifier la portée du geste

L’idée du passage d’un état à un autre,  de pénétrer un territoire invisible est emplie d’imaginaire. Et de cet acte si fort, qu’en est-il de notre altération ? Allons-nous changer, perdre quelque chose de nous ? Sur quoi repose cette idée étrange que cette ville s’arrêterait à ses ponts, que traverser cette barrière naturelle serait comme quitter, partir pour devenir ? Chaque jour, des voitures, des gens font ce trajet pour aller travailler. Chaque soir, la culture institutionnelle possède mille couleurs en face. Rive gauche, les lumières sont timides. Les allées sont grandes, adaptées, faites sur mesure pour les voitures. Les avenues sont des bandes, les ruelles sont vides, sombres et peuvent impressionner par leur approche du désertique.

 

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Ajoutons de l’humour

Cette rive gauche possède même son propre code postal 76100 et non 76000 . Signifier ainsi que franchir ce pont c’est aussi atteindre un autre espace mais est-ce pour autant un lieu étranger ? D’un côté, l’effort pour parvenir à aller de l’autre côté est amplifié par les non-images et de l’autre, la surimpression d’une rive terne voire insécure demeure gravée encore dans les esprits. Marcher sur ses ponts relève de l’exploit. Petit à petit, la gauche prend des formes éphémères, légères, les habitants construisent des typologies de quartiers. Et alors ? Pourquoi devrions-nous hiérarchiser les espaces ? Institutionnaliser nos endroits de vie et de culture ? Aurions-nous encore besoin de label ? Pourquoi pensons-nous que ce patrimoine de pierre, majoritairement religieux prime. Est-ce parce qu’il est concentrique ? Parce qu’il est plus beau ? Mais c’est quoi la beauté en toute objectivité ? Et en quoi la différence serait terne ?  Sur cette rive gauche, son découpage est un peu malheureux, ce sont des bouts de rues, des petits coins au vent, peu de place à l’intimité, à l’endroit cosy. Quel est le centre de cet endroit ? Un centre commercial! Cela vous étonne ?

 

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Une prise de conscience ?

Mais ceci en dit long sur une frontière territoriale qui aurait pu ne pas en être une. Nous aurions pu vivre parfaitement notre fleuve. Le problème se décompose en strates, en sédimentations préjudiciables. La barrière symbolique est idéologique et sociologique. Les jugements de valeur ont fait du mal à cette rive. Comparée puis délaissée, minorée pour finir maltraitée parce que peu valorisée dans son ensemble. Politiquement, cette attitude pose problème. Capitaliser sur les ressources extérieures signifie que le dilemme entre touristes et habitants n’est plus. Et que le clivage persiste. Que la balance ne sera pas encore, aujourd’hui, à l’équilibre. Les rives détiennent toutes deux un passif et un actif. Qui en parle avec respect ? Qui les place sur le même plan ?

 

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Dans cette ville de Rouen et dans cette métropole, la question de la Seine est essentielle au regard d’une population, des services et de l’offre mise à disposition. Alors que d’un côté dominent les plus grandes structures culturelles, de l’autre subsiste une MJC ( St Sever). La culture est censée rassembler comment est-ce possible? Et si nous considérions les quais, au regard de leur aménagement non pas comme une réhabilitation mais comme les seuls espaces visibles encore disponibles. Que penserions -nous du 106, 105 et 107 (lieu de culture labellisé ou privé)?  Et Après ces quais ? La persistance de la non-considération ne s’est pas arrêtée à cette question de quai que l’on refusait d’aménager en 2010. 2015 serait l’année de la prise en compte. Ce qui semble incroyable lorsqu’on pense à ces 21 000 Rouennais de la rive gauche et aux 22 000 Quevillais, 26 000 Grand- Quevillais, 29 000 Sottevillais…Soit plus de 100 000 habitants!

 

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Considérer ces espaces comme des quartiers à part entière c’est aussi une façon de répondre à ces désignations:  » Je n’habite pas à Rouen mais dans son centre historique ». Vous imaginez les hauts de Rouen, le quartier Croix de Pierre, essayez de mesurer la mixité sociale. Comment est-ce possible alors que les exclusions sont déjà géographiques ? Loin, ils sont loin physiquement et dans les esprits. Ils sont réservés, ghettoïsés. Que faire pour parler à l’unisson? Comment la ville de Rouen, qui s’est portée candidate à la capitale européenne de la culture pour 2028, fera t’elle ? Quelle est sa stratégie ? voir et ouvrir son champ de vision ? Ou se restreindre jusqu’ à l’étouffement ses diversités et parler encore et encore, jusqu’à l’épuisement, de son patrimoine religieux ?

Une affaire à suive///

 

Isabelle Pompe, 25 avril 2019

Site Specific & Ses actions

Une programmation qui grandit!

Isabelle Pompe L.

Dès l’instant où j’aborde cet espace de référence- la rive gauche avec le projet, Site Specific, on m’affirme qu’il s’agit d’un projet politique. A défaut de l’être de manière encartée, il l’est, déjà, au regard de ses ressources minorées voire inconnues, de son patrimoine ouvrier, notamment, en dormance. Il l’est aussi en fonction de la « considération » qui est faite de ses habitants, de l’offre de services dont ils disposent.

Un projet, des idées

Constatant depuis déjà quatre ans que cette fameuse rive vivait étrangement son image et que les mots, les adjectifs qui lui étaient envoyés au visage étaient de l’ordre : « La rive gauche, c’est loin », « on passe la Seine et c’est la banlieue », « La rive gauche c’est sans intérêt, on s’y ennuie, c’est terne, c’est moche, c’est triste, c’est malfamé…. » Je me suis donc lancée dans l’initiative de l’observer, sans jugement de valeur.

La rive gauche, je…

Voir l’article original 1 041 mots de plus

Terrasse’ Specific

Bientôt, le samedi 25 mai 2019 à 14H, nous nous rencontrerons pour cette 2 ème Terrasse’ Specific. Celle-ci aura lieu sur le site de la Friche Lucien, 1 place Carnot à Rouen (rive gauche) non loin de la rue Lafayette.

affiche TS 25 mai 2019 JPG

C’est où, c’est qui et c’est quoi la Rive gauche ?

Depuis de nombreux mois, l’interrogation reste sensible. En effet, quel que soit le sujet, l’objet d’étude « rive gauche » peine à attirer les foules.

Pourquoi?

D’où vient ce rapport complexe avec cette rive ? Et comment, aujourd’hui, se traduit-il au quotidien? Quelle image retient-on ou avons-nous de cet « endroit » ? Quelle perception les gens ont-ils de leur propre territoire d’habitation?

  • Un manque d’intérêt ?

Un des premiers élément de réponse est apparu pour cette enquête lors de la passation du questionnaire. En effet, il a fallu insister, taguer sur Facebook, relancer, redire combien l’avis des résidents de la métropole rouennaise était précieux. Sur 100 envois par mail et via Facebook, j’ai obtenu, à ce jour, un très faible taux de retour…    Questionnaire « La rive gauche enquêtée »

Où est le problème?

La Rive Gauche est associée à quoi ? Comment vit-on au sein de cet espace de référence? Que dit-on de ces habitants? Quel degré de connaissance avons-nous de ces territoires? Et comment est compris le projet « Site Specific » ?

D’où regardons-nous ?  

Des jugements de valeur sont-ils à l’œuvre ? Pourquoi une telle scission sociologique, psychologique entre la rive gauche et la rive droite de cette métropole ?

Un attachement?

Comment vivons -nous notre rapport à notre commune ? Y sommes-nous attachés ? Fait-elle partie de notre histoire personnelle, professionnelle et/ou familiale ? Avons-nous choisi ce lieu de résidence ?

Un site specific ?

La rive gauche est-elle l’incarnation de la culture populaire? Qu’en est-il de la présence de ces sites industriels au regard de la mémoire ouvrière, de l’emploi ? Quel territoire social est la rive gauche ? A partit de là, quelles sont les politiques environnementales et sociétales de cet espace de référence ?

Risques et informations ?

Existent-ils des risques, lesquels sont clairement identifiés ? Pourquoi et de quel ordre ? Vous estimez-vous suffisamment informés ? …

Voici un exemple de questions qui pourront être abordées au fil de ces rencontres citoyennes mensuelles, que sont les « Terrasses ‘ Specific « .

Si vous avez des questions ou des témoignages à soumettre, merci d’adresser un message à : territoiresocial@gmail.com

Page FB de l’ évènement

La friche Lucien c’est un beau programme qui démarre dès le 29 avril 2019

  • Si vous venez depuis le Métro arrêt Place Joffre (Ligne Georges Braque)Screenshot_2019-04-18 1 place carnot rouen.png

 

  • Si vous venez depuis la Station de métro, du quartier Saint Sever

Screenshot_2019-04-18 1 place carnot rouen(1).png

 

Merci pour votre intérêt et participation!

 

Isabelle Pompe, 18 avril 2019

Mythologies en territoire social

Sur nos territoires sociaux, disons -le, parfois voire souvent, habités par des populations « socialement exposées« , nous pouvons nous demander si certains incivismes ne sont pas régulièrement à l’œuvre. Et si ces derniers ne constituent pas une mythologie du pauvre. Nous entendrons par là, le non respect de nos espaces collectifs, le bruit, le non respect du voisinage, la mécanique sauvage, le tout-bagnole/Moto, un rapport entretenu avec la saleté, le défaut du tri des poubelles…Bref, un certain laissez-aller qui peut donner à voir et à vivre un sentiment sévère d’agacement.

Le respect est-il un mythe ?

Le mythe, selon Le Larousse pourrait se définir par:

  • Récit mettant en scène des êtres surnaturels, des actions imaginaires, des fantasmes collectifs, etc.
  • Allégorie philosophique (par exemple le mythe de la caverne).
  • Personnage imaginaire dont plusieurs traits correspondent à un idéal humain, un modèle exemplaire (par exemple Don Juan).
  • Ensemble de croyances, de représentations idéalisées autour d’un personnage, d’un phénomène, d’un événement historique, d’une technique et qui leur donnent une force, une importance particulières : Le mythe napoléonien. Le mythe de l’argent.
  • Ce qui est imaginaire, dénué de valeur et de réalité : La justice, la liberté, autant de mythes.

Le respect, quant à lui, selon la même source, se voit être défini par:

  • Sentiment de considération envers quelqu’un, et qui porte à le traiter avec des égards particuliers ; manifestations de ces égards : Manquer de respect à quelqu’un.
  • Sentiment de vénération envers ce qui est considéré comme sacré : Le respect des morts.
  • Considération que l’on a pour certaines choses : Le respect de la parole donnée.

 

Lebas mécanique sauvage 15 avril 2019 live.jpg

Une vue aérienne de traces de « mécanique sauvage », rue Lebas au Petit-Quevilly

Comment pouvons-nous, à ce point, nous manquer de respect? 

Tout d’abord, la considération du territoire sur lequel nous avons posé nos vies est aussi à questionner par rapport à notre bailleur social. Quel rapport entretenons- nous avec lui? IL nous a choisi parmi une liste, nous ne nous demanderons pas quels sont ces critères. Puis, c’est pas terrible, il encaisse le loyer, se place très souvent en « irresponsable »,  fait sommairement le ménage, ne communique pas beaucoup avec ses locataires et n’intervient que très rarement pour des problèmes de gênes occasionnées par nos voisins par exemple. Donc, entre le refus d’effectuer des travaux, la vétusté de l’habitat, des problèmes très importants d’isolation phonique, de nuisance lumineuse due au sur-éclairage des immeubles postés en face, une isolation thermique vieille de plus de 25 ans voire plus… Ce n’est pas la joie d’être pauvre, de vivre selon les conversations, les bruits, les engueulades et autres ambiance sonore du voisinage, à son rythme sans aucune intimité matin, jour, soir et week-end…

 

La nuit & la pollution visuelle?

 

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Séquence de sur-éclairage en territoire social au Petit-Quevilly

Sur mon territoire d’habitation, la nuit, il fait jour. La raison? L’immeuble d’en face, comme d’autres dans la rue, sont éclairés en façade, de plus, mes fenêtres de salon n’ont pas de volet.

« Quand la nuit commence-t-elle ? Et quand se termine-t-elle ? En réalité, les termes de « nuit » et de « jour » sont une manière pour l’homme de simplifier les choses. Comme la Terre n’arrête jamais son mouvement, la luminosité en un point donné de sa surface, elle non plus, ne cesse de varier, depuis un maximum d’éclairement jusqu’à une obscurité maximale, et inversement.

Le cycle, dit circadien*, se boucle en 24 heures (23 heures et 56 minutes très exactement) et comporte deux moments charnières :
– un passage du jour à la nuit, le crépuscule*,
– un passage de la nuit au jour, l’aube*.

La durée du crépuscule et de l’aube dépendent de la latitude (à l’équateur par exemple, le passage du jour à la nuit est très rapide).

Pour être encore plus précis, on peut se référer aux positions que le Soleil adopte successivement (au crépuscule comme à l’aube) par rapport à l’horizon (imaginé à 90° par rapport au zénith). On nomme ainsi :
– le moment civil : le Soleil est entre 0 et 6° sous l’horizon. Entre l’aube civile et le crépuscule civil se déroule « officiellement » le jour,
– le moment nautique : le Soleil est entre 6° et 12° sous l’horizon,
– le moment astronomique : le Soleil est entre 12° et 18° sous l’horizon. Entre le crépuscule astronomique et l’aube astronomique se déroule « officiellement » la nuit.

La Terre est marquée par un mouvement de rotation sur elle-même qui a pour conséquence que l’éclairement de sa surface n’est pas statique. En un point donné, l’observateur vit alternativement une période éclairée et une période obscure. Dans notre société on appelle la première, le jour*, et la seconde, la nuit*, mais certaines civilisation peuvent effectuer une dissociation conceptuelle. Source

Dans le cas de mon territoire social, il ne s’agit pas d’un éclairage public mais d’une pollution visuelle privée. Des questions se posent comme qui paie la facture énergétique?

Les conséquences de l’excès d’éclairage artificiel ne se limitent pas à la privation de l’observation du ciel étoilé. Elles sont aussi une source de perturbations pour la biodiversité (modification du système proie-prédateur, perturbation des cycles de reproduction, des migrations…) et représentent un gaspillage énergétique considérable. Source

Loi portant engagement national pour l’environnement (Grenelle II)

L’article 41 de la loi, codifié à l’article L.583-1 du code de l’environnement précise les 3 raisons de prévenir, supprimer ou limiter les émissions de lumière artificielle lorsque ces dernières :

  • Sont de nature à présenter des dangers ou à causer un trouble excessif aux personnes, à la faune, à la flore ou aux écosystèmes,
  • Entraînent un gaspillage énergétique
  • Empêchent l’observation du ciel nocturne.

ÉCLAIRAGE PUBLIC

  •   « Jusqu’à présent, les villes considéraient l’éclairage comme un acquis, signe de progrès. Aujourd’hui, l’on commence à prendre conscience que la lumière a un coût, économique et énergétique, et des conséquences sur le vivant », explique Anne-Marie Ducroux, présidente de l’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturne Anpcen, qui milite depuis quinze ans pour réduire l’intensité lumineuse des villes. (Article Le Monde du 3 juillet 2012)

Le problème d’une extinction totale des feux :  » le sentiment d’insécurité né de l’absence de lumière dans les rues. Il existe une anxiété des habitants, mais pas une insécurité réelle.

 

Les poubelles et autres dépôts d’ordures?

L’incivisme n’est pas le fruit unilatéral de l’habitant, il est aussi celui du bailleur qui autorise le dépôt des poubelles, des encombrants à un endroit où cela est interdit, ce qui n’a rien de civique.

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Un jour « soft » d’avril 2019, sortie de poubelles rue Lebas au Petit-Quevilly

En quoi, cette vision est agréable? En quoi nous sommes respectés ?  En quoi les petits espaces verts et autres fleurs sont elles respectées? Quel est l’agrément? Qui respecte le personnel de la voirie venu nettoyer ce tout petit lopin de terre et qui respecte les hommes de la propreté? Et question image, vous vous dites quoi?

Une guerre public versus privé s’engage. Lasse de la constater, je photographie et me renseigne. De surcroît, il serait bon de se dire que non, nous n’avons pas envie de nous habituer à cela, et non, nous ne voulons pas voir nos bas d’immeubles jonchés de bordels et de détritus.Non, le territoire social ce n’est pas la Zone et non ce n’est pas parce que nous sommes pauvres que nous devons composer avec cette vision de la saleté.

Oui, il existe très certainement d’autres solutions à mettre en place. D’autant que :

Le tri sélectif, c’est compliqué?

Et puis, par incivisme, j’entends, l’incapacité fort probable de mes voisins à faire le tri. Le verre par exemple est mélangé au reste alors que nous avons cependant à moins de 50 mètres, un container. Je ne saisirai jamais cette technique du je-m’en-foutisme, ni ce refus de faire la différence toutefois, je crois que les gens sont perdus quant à ce qui est trié et ce qui ne l’est pas. Un défaut d’informations claires en est sûrement à l’origine. Pourquoi ne pas former des gens et les responsabiliser de façon à ce que nos locals à poubelles ne soient pas ce grand n’importe quoi. Je peux comprendre que nous en avons marre, que nous avons lâché l’affaire mais nous vivons au même endroit, nous partageons les mêmes lieux communs.

En 2014, le journal le Monde titrait:  » La moitié des Français ne trient pas leurs déchets de manière systématique ». Le taux de recyclage des emballages ménagers plafonne toujours à 67 %, un rythme incompatible avec l’objectif de 75 % du Grenelle de l’environnement. Les jeunes trient moins que leurs aînés.

  • Que pouvons-nous pointer comme motif? « Il est donc devenu très facile de pouvoir trier ses déchets mais certaines personnes continuent à ne pas le faire et il est compliqué de trouver une réponse à ce comportement mais il semblerait qu’il s’agisse avant tout d’un problème de prise de conscience. » Ou encore « certaines personnes ne veulent pas faire d’effort et continuent à vivre très égoïstement.« 

Faisons un petit tour avec les agents de propreté dans un quartier privilégié de Paris – le 6ème arrondissement (Odéon), la scène se passe en 2015:

  •  Mardi 30 juin à 10 heures, la seconde tournée de tri sélectif débute dans le 6e arrondissement de Paris. Pour l’éboueur, il ne s’agit pas d’embarquer les bacs jaunes sans se poser de question. Les agents de propreté agissent comme les premiers remparts entre la cuisine et le centre de tri. Pendant sa mission, l’agent contrôle donc le contenu de nos poubelles. Interdiction d’y mettre les mains ou de fouiller le bac : la vérification est purement visuelle.

 

Mais « quand on voit qu’il y a trop d’erreurs de tri, on condamne et on ne ramasse pas », explique-t ‘il. »

 

Pour cela, l’éboueur possède une arme efficace : un rouleau de ruban adhésif qu’il sort pour embobiner les bacs remplis d’« indélicatesses ».

« Nous sommes les principaux interlocuteurs des riverains. Peut-être qu’ils manquent d’informations, mais, souvent, ils n’ont surtout pas envie d’aller les chercher », regrette l’éboueur.

 

Pourtant, ces erreurs peuvent coûter cher à l’arrivée au centre de tri, où le camion rempli termine son voyage.

Une population incapable de trier jusqu’au bout

« Comment expliquer notre incapacité à bien trier alors qu’on nous rabâche les mêmes consignes depuis bientôt quinze ans ? Dans l’immeuble, chacun a son avis. Pour Antoine, c’est une question d’éducation. Ses parents lui ont appris à trier, mais il comprend que cela soit plus difficile « si on n’a pas été sensibilisé« . Eva, professeur d’allemand installée dans l’immeuble depuis 1991, estime que les Français sont surtout « très en retard » sur le sujet et peu intéressés par l’environnement. La quinquagénaire a vécu longtemps en Allemagne et, de l’autre côté du Rhin, « c’est complètement normal de trier ». « Je n’arrive même pas à me souvenir d’un moment où ma mère jetait toutes les ordures ensemble », sourit-elle. »Source

Fumer dans les parties communes?

Les parties communes sont non-fumeuses parce qu’en fait c’est à la fois la loi, c’est aussi dangereux et puis cette odeur, au vue de notre isolation, ce n’est plus celle de votre cigarette mais celle de notre cigarette...

Cela relève de la santé publique, et c’est aussi Le Décret n° 2006-1386 du 15 novembre 2006 publié au JO le 16 novembre 2006, codifiant les conditions d’application de l’interdiction de fumer dans les lieux affectés à un usage collectif

L’interdiction de fumer, dont les conditions sont définies à l’article R. 3511-1 du code de la santé publique, ne s’applique pas aux lieux d’habitation privés.

  • Dans une copropriété, l’interdiction de fumer dans les parties communes peut être décidée par le bailleur, le syndic ou le conseil syndical.
  • La loi Évin ne concernera ce responsable que par le fait qu’il à l’obligation de protéger la santé de ses salariés (gardien, équipe d’entretien) contre le tabagisme passif.
  • Si vous êtes propriétaire, il serait donc utile d’avertir votre bailleur ou votre syndic de ces agissements et de tenter par ailleurs un action en trouble de voisinage devant le Tribunal d’Instance, mais il faudra faire la preuve (par témoignage ou par constat d’huissier) de l’existence d’un trouble anormal de voisinage.
  • Quant aux ascenseurs, ils peuvent être considérés comme des moyens de transport collectif et donc sans tabac, mais cette interprétation n’a jamais été confirmée par jurisprudence.

Les infractions aux dispositions du nouveau décret concernant l’interdiction de fumer pourront être sanctionnées immédiatement par une amende forfaitaire tant pour le responsable des lieux que pour le fumeur.

  • Le fumeur contrevenant : 68 euros à payer par timbre-amende dans les 45 jours ; au-delà de ce délai, le contrevenant devra s’acquitter d’une amende de 180 euros. , code NATINF 11280.
  • Le responsable des lieux : Pour la mise en place d’un fumoir ne répondant pas aux normes, ou pour absence de signalétique : 135 euros à payer par timbre-amende dans les 45 jours, 375 Euros au delà de cette date, code NATINF 11283

Tout d’abord interrogeons -nous sur le regard extérieur tel qu’il est porté par les populations dites « favorisées ».

 

Le regard extérieur sert-il le mythe ?

Ce que les riches pensent des pauvres : une enquête sociologique – enquête comparative menée par les sociologues Serge Paugam, Bruno Cousin, Camila Giorgetti et Jules Naudet. Ils ont interrogé les riches des beaux quartiers de trois métropoles – en France, au Brésil et en Inde – pour analyser leur perception des pauvres et des inégalités. Source

« Nous avons alors choisi d’explorer le rapport à l’altérité dans ces quartiers. En nous demandant aussi si perdurait l’identification montrée par Louis Chevalier des « classes laborieuses » à des « classes dangereuses » par l’élite bourgeoise de la France du XIXe siècle, et qui fondait leur mise à distance« .

  • L’ altérite se définit par  l’état, la qualité de ce qui est autre, distinct.

 

 « Dans de nombreuses métropoles on constate une augmentation de la ségrégation spatiale du fait de la concentration de la richesse dans certains espaces : les riches vivent dans des territoires de plus en plus repliés sur eux-mêmes, coupés des autres couches de la population » souligne Serge Paugan.

 

Il poursuit en se demandant comment « chez les riches des quartiers les plus exclusifs,  se construit le processus de stigmatisation des pauvres et de leur discrimination. En fonction du quartier, source de distinction, les chercheurs se sont demandés quelle représentation les riches ont-ils des pauvres.

  • La frontière morale – Les plus riches sont persuadés d’être porteurs d’une supériorité morale.
  • L’angoisse du contact, à pauvres, ils associent une répulsion physique, voire à un sentiment d’insécurité.

Ils constatent des différences en France, toutefois, « la racialisation est frappante chez ces élites pourtant dotées d’un art du contrôle social. La menace est celle des pauvres venus d’ailleurs, soupçonnés de manquement « culturel » aux savoirs élémentaires d’hygiène : les Roms, les réfugiésLa saleté des quartiers est associée à un comportement jugé non civilisé de « certains » types de populations.

De plus, les riches (en France) reconnaissent des déterminismes sociaux, ils recourent, en la dévoyant, à l’idée du mérite comme justification des privilèges :

  • les riches sont riches parce qu’ils ont… plus de mérites que les autres, faisant fi de ce qui relève largement d’inégalités sociales.
  • Le terme « injustice » n’est jamais prononcé.

Le néolibéralisme et son mythe du mérite

Les valeurs défendues relèvent de la « prise d’initiative et de risque, la responsabilité individuelle à laquelle est liée la valorisation du mérite, au détriment de la responsabilité sociale. » Ceux qui ne réussissent pas, on attribue des comportements paresseux, une incapacité à faire les bons choix.

 » Dans la société française que la richesse est de plus en plus valorisée en tant que telle comme idéal de réalisation de soi. Le problème de ce discours décomplexé est qu’il s’accompagne très souvent d’un mépris à l’égard des pauvres et d’une justification idéologique de leurs échecs ou de leurs malheurs » constate Serge Paugan.

  • Solidarité Versus Entre-soi ?

« C’est tout à la fois la mixité sociale, la notion d’espace public, la confiance mutuelle qui risquent d’être emportés par ce processus. Cette logique d’entre-soi progresse et est terriblement menaçante, elle interroge le potentiel de cohésion de nos sociétés. »

 

D’autres mythe à suivre,

Isabelle Pompe, 16 avril 2019.

 

 

 

Logement social & typologie de population

A territoire social, nous pouvons associer un secteur géographique plus connu pour son accueil des classes moyennes et populaires, des logements sociaux… Mais aussi au regard de la population, nous pouvons observer des habitants qui possèdent un travail, des retraités, des demandeurs d’emploi et des précaires…Tout dépend donc de ce que l’on cherche et du poste d’observation choisi. Nous questionnerons ici, la notion de logement social.

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Quartier Nobel – Maletra en 1977

Le Petit-Quevilly est le 1er territoire social du projet Site Specific. Cette commune se définit par différentes données statistiques telles que celles de l’INSEE, étudiées sur des périodes.

Le Petit-Quevilly en chiffres

Screenshot_2019-04-15 POPULATION LE PETIT-QUEVILLY statistique de Le Petit-Quevilly 76140.png

En 2015, date du dernier recensement INSEE, la population de cette commune est de 22511 habitants. Le nombre total de logements est de 10951- 90, 2% sont occupés en résidence principale. Il existe 9% de logements vacants. 41, 4% des logements occupés en résidence principale le sont par des ménages propriétaires.

Le nombre de ménage fiscaux est 9700, la part des ménages fiscaux imposés est de 44, 8%. Le taux de pauvreté est de 24%.

  • Le taux de pauvreté correspond à la proportion d’individus (ou de ménages) dont le niveau de vie est inférieur pour une année donnée à un seuil, dénommé seuil de pauvreté (exprimé en euros). L’Insee, comme Eurostat et les autres pays européens, mesure la pauvreté monétaire de manière relative alors que d’autres pays (comme les États-Unis ou l’Australie) ont une approche absolue. Dans l’approche en termes relatifs, le seuil de pauvreté est déterminé par rapport à la distribution des niveaux de vie de l’ensemble de la population. On privilégie en Europe le seuil de 60 % du niveau de vie médian.Source

Le taux d’activité des 15-64 ans est de 74, 5%, le taux de chômage (même variable) est de 21, 3%.

La part de l’industrie est 4, 4%, celle de la construction est de 14, 9% et celle du commerce, transports et services divers est  de 67, 7%

Historique de la population de Le Petit-Quevilly de 1968 à 2007 

La population de Le Petit-Quevilly était de 21 970 habitants en 2007, 22 329 habitants en 1999, 22 600 habitants en 1990, 22 876 habitants en 1982, 22 401 habitants en 1975 et 22 876 habitants en 1968.

Le Petit-Quevilly-population

  • Ce recensement de la population de la ville de Le Petit-Quevilly est sans doubles comptes.
    Ce concept de population de Le Petit-Quevilly sans doubles comptes signifie que chaque personne habitant Le Petit-Quevilly et ayant des attaches dans un autre commune n’est prise en compte que pour l’une de ces deux communes.

Répartition de la population de Le Petit-Quevilly par sexe en 2007

– Le nombre d’hommes habitant était de 10 432
– Le nombre de femmes habitant était de 11 539

Répartition de la population de Le Petit-Quevilly par âge en 2007

– Population de Le Petit-Quevilly de 0 à 14 ans : 4 070 habitants
– Population de Le Petit-Quevilly de 15 à 29 ans : 5 031 habitants
– Population de Le Petit-Quevilly de 30 à 44 ans : 4 721 habitants
– Population de Le Petit-Quevilly de 45 à 59 ans : 4 150 habitants
– Population de Le Petit-Quevilly de 60 à 74 ans : 2 562 habitants
– Population de Le Petit-Quevilly de 75 ans ou plus : 1 435 habitants

 

LOGEMENT SOCIAL

En 2018, au niveau national,

En 2017, plus d’ 1,8 million de demandes de logement social sont enregistrées par le système national dit « numéro unique ».Source

Les Derniers chiffres du logement social

Au 1er janvier 2018, le parc locatif social compte 5 003 500 logements, en progression de 1,8 % sur un an, soit 89 000 logements supplémentaires.

En 2017, 78 200 logements ont été mis en service:

  • 91 % d’entre eux sont neufs.
  • Dans le même temps, 10 200 logements ont été démolis,
  • 10 400 ont été vendus et
  • 700 ont changé d’usage ou ont été restructurés.

Par ailleurs, 9,4 % de l’ensemble des logements sociaux (hors nouvelles mises en service) ont fait l’objet d’un emménagement. Au 1er janvier 2018, la proportion de logements vacants est restée stable à 3,0 %. Le taux de vacance de plus de trois mois varie très peu ; il s’élève à 1,5 %, soit 0,1 point de moins par rapport aux trois années précédentes.Source

« Les logements sociaux sont attribués sous conditions de ressources et de séjour régulier en France. Le plafond de ressources à respecter dépend notamment du type de logement et de sa localisation.

Certaines personnes, compte tenu de leur situation personnelle, sont définies comme prioritaires. « Source

Screenshot_2019-04-15 Logement social conditions d'attribution.png

Le HLM en chiffre (2018) les_hlm_en_chiffres_2018

Screenshot_2019-04-15 Mise en page 1 - les_hlm_en_chiffres_2018 pdf.png

Personnes prioritaires

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Le logement social en FRANCE et par Région

Nous pouvons noter que la région Normandie comprend entre 200 000 et moins de 300 000 locataires en logements sociaux, soit 17, 6%. Ce pourcentage est plus élevé que la moyenne nationale qui est de 15%.

Parc social & étiquettes énergie

Qui est énergivore ?

La classe énergie est une note allant de « A » à « G « . La note « A » indique que le bien a une excellente performance énergétique, c’est-à-dire qu’il est parfaitement isolé et qu’il consommera peu d’énergie pour être chauffé (maison basse consommation bbc). Au contraire, un DPE E ou un DPE F indique que le bien est mal isolé et que vous devrez surement engager des frais de rénovation pour isoler la toiture, les fenêtres ou les murs ou changer la chaudière. La classe énergie vous permet par conséquent d’anticiper et de connaitre le montant de vos consommations futures d’énergie et donc de vos factures.

Screenshot_2019-04-15 Classe energie le calcul DPE du bilan énergétique Allodiagnostic

Selon cette carte, en Normandie, le parc se découpe de la façon suivante: seulement 1/3 des logements ont une classification « responsable ». 67% des logements du par social sont énergivores, mal isolés et dont les rénovations se font attendre.

 

 

Étiquettes Gaz à effet de serre (GES)

 

Il existe différents gaz à effet de serre, contribuant au réchauffement climatique : le dioxyde de carbone, le méthane, l’oxyde nitreux, les chlorofluorocarbones, etc. Par convention, le CO2 sert « d’étalon » des gaz à effet de serre. C’est pourquoi la classe énergétique GES d’un logement est attribuée en fonction du poids « d’équivalent CO2 » dégagé par an par le bâtiment.

Les échelons de la classe GES :

La classe GES d’un logement est attribuée selon ses émissions de gaz à effet de serre :

  • Classe A : moins de 5 kgeqCO2/m2.an (Bâtiment BBC),
  • Classe B : 6 à 10 kgeqCO2/m2.an,
  • Classe C : 11 à 20 kgeqCO2/m2.an,
  • Classe D : 21 à 35 kgeqCO2/m2.an,
  • Classe E : 36 à 55 kgeqCO2/m2.an,
  • Classe F : 56 à 80 kgeqCO2/m2.an,
  • Classe G : plus de 80 kgeqCO2/m2.an.

Selon cette carte, la région Normandie est la 7ème région de France avec ses 43% (classes E F et G), ce qui la classe dernière du peloton de tête ( Est de la France, Nord et la région lyonnaise). De plus, elle cumule, pour ses classes D, E, F et G: 78%.

Qui est accueilli en logement social?

Après l’approche par ces classifications, nous pouvons questionner, au niveau national, la composition familiale des ménages et la part de personnes seules, des familles monoparentales et familles nombreuses.

Examinons ensuite les catégorie socio-professionnelles au niveau national et demandons-nous quelle est la part des employés/ouvriers?

Interrogeons le niveau de vie annuel médian et le taux de pauvreté de ces habitants

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Notons que le taux de pauvreté est nettement supérieur dans le parc HLM avec 31% des locataires. On observe un phénomène de paupérisation des locataires du parc social compte tenu du faible niveau des ressources des demandeurs et des attributaires. Une demande sur quatre est pourvue soit 23% pour l’ensemble des ménages demandeurs.

Quel taux de succès par région?

Alors que la moyenne nationale est de 23%, nous pouvons constater que, pour la région Normandie, ce taux s’élève à 41%. Elle fait partie des régions les plus favorables.

Quel est le niveau moyen de loyer, pour le logement sous contrat de location – parc HLM,  au M² ?

58 % des logements HLM ont un loyer compris entre 4 et 6 € mensuel par m² de surface habitable (SH) et 85% des logements ont un loyer inférieur à 7€ mensuel par m² de SH. Observons la répartition régionale de ces données.

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Quelle est la proportion régionale de logements dits « très abordables » (inférieurs au plafond de l’ APL ?

  • L’aide personnalisée au logement (APL) est une aide financière destinée à réduire le montant de votre loyer ou de vos mensualités d’emprunt en cas d’accession à la propriété d’un logement ancien situé en dehors d’une zone tendue. Elle est versée en raison de la situation de votre logement et ce, quelle que soit votre situation familiale : célibataire, marié, avec ou sans personne à charge.Source

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La région Normandie se détache encore une fois avec un taux de 59%, supérieur à la moyenne nationale qui est de 54%, avec quatre régions que sont l’Alsace/Champagne-Ardenne/Lorraine, L’Ile-de-France et le Centre Val de Loire.

Après cette vision nationale, nous pouvons ajouter que le parc social français est quasiment le plus important d’Europe.

 

Le Petit-Quevilly et son parc de logements sociaux

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Immeuble le Petit-Quevilly ( rallye photo « La rue est une mine d’or  » organisé en mars 2018)

Sur le site internet de la commune, le logement relève de la catégorie SOCIAL, à l’onglet logement, la 1ère chose qui se donne à être considérée est ceci:

Il existe à Petit-Quevilly un nombre important de sociétés HLM proposant des logements très variés, à différents niveaux de loyers. Pour éviter aux futurs locataires des démarches multiples (dépôt d’un dossier dans chaque société), le service habitat peut dresser un aperçu général des possibilités de logement sur la commune.

Screenshot_2019-04-15 logements collectifs - Ville de Petit-Quevilly.png

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Le Grand -Quevilly & Quevilly Habitat

« 2014 a été marquée par les 90 ans de la société et la livraison du symbolique 10 000ème logement» Source

431 nouveaux logements ont été livrés :

  • 171 à Grand-Quevilly, 99 à Maromme,
  • 94 à Petit-Quevilly,
  • 38 à Rouen,
  • 23 à Elbeuf
  • 6 à Isneauville.

Réhabilitations en 2014

  •  271 logements collectifs et 116 pavillons à Grand-Quevilly,
  •  Démarrage de la réhabilitation de 104 pavillons supplémentaires à Petit-Couronne.

 

Nous reviendrons plus en détail sur les logements qui sont concernés localement par cette recherche.

 

Isabelle Pompe, 15 Avril 2019

Nous vivons une situation spécifique

Ce projet repose sur la tentation de considération de nos situations sans jugement de valeur. Ces dernières demeurent distinctives. Comme vous, la petit-quevillaise qui porte cette initiative, évolue au sein d’un endroit que l’on jugera de toutes les façons mais qu’il convient de communément nommé « spécifique « .

 

SITE SPECIFIC c’est une histoire de vies,

Avant d’être là, la résidente du territoire social questionné par le projet, habitait ailleurs. Dans un immeuble hétéroclite, dans des lieux singuliers, des endroits étroits parsemés et entourés de voix étrangères, cette passagère est restée près de 15 ans au sein d’une autre région et avant cela encore dans une autre, et pire, son département de naissance se situe encore ailleurs, au point même d’avoir passé son enfance à l’étranger.

  • Est-ce un problème ?

Non, car SITE SPECIFIC c’est une histoire d’habitants,

Elle vous imagine alors même qu’elle vous observe. Peut-être, vous vous dites que cette fraîche petit-quevillaise est une résidente en toc. Une touriste, qui n’est pas de là, une non normande, elle est ce « fake » selon certains d’entre vous mais elle ne croit pas à cette histoire de terre d’origine qui viendrait légitimer sa présence et donc assurer la crédibilité de sa parole. L’étrangère  fut exclut. Non pas par ses voisins mais par des instances, des incarnations du pouvoir qui lui ont signifiés, très tôt, ici, qu’elle n’était pas du sérail, qu’elle n’était pas « du coin » et qu’elle pouvait faire peur. De plus, son territoire d’habitation précédent lui fut reproché, son secteur professionnel également. Pas de bol…

Alors qu’elle était en train de valider sa VAE en Normandie, elle rencontre Le Petit-Quevilly et son lycée Élisa Lemonnier, lieu de son jury pour son Bac Pro commerce, en 2014.

Il faut vous dire que cette habitante s’est construite une carrière en dents de scie non sans euphémisme à partir d’un bac littéraire, dès 1998. Pour faire court, non pas par défaut d’ambition mais parce que les secteurs qui lui ont ouvert leurs portes lui ont fait payer assez cher sa singularité. Cette dernière repose sur sa volonté de préserver son indépendance de pensée, son éthique et sa solidarité.

Bref, elle reprit ses études en 2013, du Bac Pro commerce, BTS MUC (en VAE les deux), en passant après par le CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers) pour valider une 1ère année du titre RNCP II « Responsable en gestion », elle s’est tournée ensuite, en 2016, vers l’Université de Rouen Normandie avec le Master « Direction de projets et d’établissements culturels »…C’était sa réponse à l’installation du chômage en profondeur dans sa vie. Elle s’est tournée vers cette occupation du temps, pour apprendre des choses, du nouveau, de l’inconnu…

C’est au cours de cette période, qu’elle rencontra le territoire social de cette étude à deux reprises…En 2014 et la 2ème c’est un an plus tard.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lorsqu’elle y emménagea en octobre 2015, elle était soulagée. Cette adresse lui apparue comme symbolique, la fin des galères financières, une indépendance assumée. Enfin tranquille, se disait-elle, là, à ne rien devoir à qui que ce soit.

Alors c’est depuis cette adresse, qu’elle se dirigea chaque jour ou presque au CNAM de Mont- Saint-Aignan en cours du soir et du jour et à celui d’Évreux en 2015/16. Elle s’agace d’entendre parfois que son accent aurait changé comme si cette distinction sonore participerait activement à une assimilation.

Elle n’est pas de là, et n’a jamais été où que ce soit pour être intégrée à la « culture » d’un territoire parce qu’elle sait que son histoire est une somme de diversités hors-sol et rejette donc cette ascendance. Elle ne néglige pas, ne porte pas jugement de valeur sur ce territoire exsangue qui est le sien et sur ces gens qu’elles croisent quotidiennement qui semblent exister dans une profonde détresse.

Elle s’est sentie seule, loin d’elle-même et fatiguée, en septembre 2018, lors de la soutenance de son mémoire de master 2, et qu’elle entendit qu’elle ne relevait pas du monde de la « culture », et que lui fut reproché son côté passionné et militant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il en faut du courage, il est vrai, pour tenir le coup, ici, dans cet endroit où tout semble loin. Cette résidente n’est pas une héroïne, elle observe et remarque. Elle comprend, assez tôt, que la rive gauche est souvent renvoyée à un endroit maltraité qui questionne voire tutoie la laideur. Un lieu pourtant auréolé d’une image attachante qui possède une histoire humaine foisonnante. C’est donc dans ses conditions émotionnelles que le lien qui lit cet endroit à cette habitante se développa.

 

SITE SPECIFIC, c’est une histoire de solidarités,

Lasse d’écouter et de subir les remarques négatives, les regards condescendants portés sur ces communes jugées trop pauvres, trop « sociales », trop marquée par des histoires « de diversités », cette résidente récente ouvre pourtant les yeux, chaque jour, avec émoi sur cet endroit non touristique. Elle y voit des ressources insoupçonnées mais non valorisées car selon les pouvoirs publics elles n’apportent rien au marketing territorial mis en œuvre. Elle opte pour une solidarité, une attitude responsable et lors de la mise en place d’une exposition nommée ODC (Ordre Des Choses), en 2018 (elle est photographe autodidacte depuis 2013), à la bibliothèque François Truffaut du Petit-Quevilly, elle décida de questionner les « rues » de la commune. Elle organisa un rallye photo ouvert à tous, baptisé, pour l’occasion, « la rue est une mine d’or « . Non sans humour, le groupe s’est attelé à photographier la dimension narrative du Petit-Quevilly à travers ses rues. Nous nous sommes penchés naturellement vers la photographie sociale. Cet espace de référence est, perceptible, au 1er coup d’œil, comme un territoire désargenté où des familles résident dans un grand nombre de logements, collectifs comme individuels, « en difficulté. »

Puis, cette citoyenne proposa un autre atelier photo avec l’idée d’aborder la question de la laideur: « raconter le moche « . Celui-ci s’organisa avec le Collège Fernand Léger du Petit-Quevilly via une classe de 3ème et son professeur François Bonnardot. Force fut de constater que la perception de ces collégiens de leur territoire d’habitation était pour le moins « négative ». Un territoire d’ennui que l’on subit et qui renvoie à l’échec, à l’endroit où il ne fait pas bon rester au risque d’être stigmatisé.

 

SITE SPECIFIC, c’est un sentiment de maltraitance en écho,

Après avoir vécu de nombreuses années à Paris et sa région, avoir exercé des professions diverses, elle a mené une vie plurielle. Régulièrement sous la contrainte, cette résidente de ce territoire social a du réajuster beaucoup de ses exigences. Hier, une vie de déracinée qui s’ancre sur des espaces circonscrits. Un temps passé à occuper des fonctions de subalternes, d’employés dans des secteurs parfois très excluants. Aujourd’hui, après avoir été dans l’obligation sociale de quitter Paris en 2013, sa vie reste précaire.

De plus, la pression des injonctions sociétales pèsent sur ses épaules, c’est une femme indépendante qui n’a plus 20 ans. On ne cesse de lui souffler cette remarque, depuis sa venue à Rouen, en 2014. Cette terre d’accueil, rue St Sever fut rude, peu de rencontres ou timides, peu de curiosité. Certes mon territoire d’inscription actuel ne m’a pas permis de sortir du chômage mais depuis mon accès au parc du bailleur social Seine Habitat, ma situation sociale me permet de survivre décemment.

 

Ici, un story telling ? Euh, elle ne sait pas, c’est aussi une façon de faire connaissance et de vous signifier que l’intérêt qu’elle porte à sa commune est de plusieurs ordres. Son  attachement pour le Petit-Quevilly est prégnant. Elle l’a visité, arpenté, photographié et continue toujours d’en parler avec bienveillance et de contrecarrer les paroles malheureuses et stigmatisantes à son endroit.

  • Pourquoi?

Entre incompréhension et flou entretenu, elle constate que cette ville est en difficulté d’un point de vue communicationnel. La mairie via ses supports produit des images  qu’elle ne reconnait pas dans son quotidien. Ceci, selon elle, induit un message d’erreur. L’énoncé de la commune est problématique, il semble déconnecté du « réel ». Cet espace concret voit son image altérée. Son histoire, non transmise et non abordée semble traduire un malaise. De ce fait, en raison de ce défaut de transparence et « d’honnêteté », elle voit sa commune en dehors de ses vrais « clous », à côté de la plaque. Le Petit-Quevilly et ses habitants évoluent sous un regard extérieur qu’elle réprouve. Excédée d’avoir à entendre que Rouen rive gauche, c’est la déjà banlieue et de mesurer combien Le Petit-Quevilly c’est, en gros, la loose, elle s’est sentie d’un coup très proche de ces endroits. Une ressemblance quasi gémellaire s’est donc installée entre sa situation personnelle, sociale et professionnelle et ces territoires.

Voilà pourquoi, cette habitante militante mène ce projet, à bout de bras, avec des soutiens fragiles et sans aide financière. L’envie d’une réhabilitation ? La volonté de défendre ces gens qu’on ignore? Une intention citoyenne de regarder de près ce qui n’est pas rendu visible. Permettre un meilleur accès à l’information quant aux risques auxquels nous sommes exposés pour parvenir à aider ces habitants en termes de prévention, de prise de conscience.

Travailler sur ses ressources inactivées telles que la mémoire ouvrière, ré-interroger le territoire à l’aune de ce qui est ignoré, méprisé, caché car ne relevant pas de ressources dignes d’activer l’attractivité. Repenser un territoire social en considérant les histoires des habitants sans les opposer aux capitaux extérieurs. Étudier l’approche du citoyen en tant que partie prenante…

 

Bien à vous,

Crédits illustration: Fanny

 

 

Produits chimiques

Notre territoire social est en proie à une exposition aux risques en raison des sites industriels qui sont présents sur notre espace de référence.

L’activité de la Seine industrielle concerne la chimie, pétro-chimie et le pétrole. Les industries participent à l’économie de ce territoire mais comportent des dangers pour les populations et salariés. Les pollutions sont plurielles telles que celles de l’air, de l’eau, des sols (moins connue) et des nappes phréatiques.

  • Les nappes phréatiques

« La vulnérabilité dépend du type de nappe, libre ou captive, et du mode de circulation de l’eau dans l’aquifère.

Les nappes libres sont les plus vulnérables: les polluants d’origine superficielle peuvent diffuser librement dans le sol et la zone non saturée jusqu’au niveau pièzométrique; d’autre part, la fluctuation verticale saisonnière du niveau piézométrique aboutit à ‘rincer’ les particules de la zones non saturée et entraîner les substances qui y sont adsorbées.

Les nappes captives en revanche sont mieux protégées par les couches imperméables qui les surmontent. Leur alimentation en eau superficielle est plus circonscrite, donc plus aisée à protéger. Leur pollution apparaît lorsque le niveau protecteur imperméable est percé par un ouvrage (ancien forage, fouille profonde…). »Source Université Jules Verne

L’émission Cash Investigation a enquêté sur des sujets qui nous concernent. Dans un 1er temps, nous avons visionné celle qui se nomme : « Produits chimiques, nos enfants en danger«  mise en ligne sur la chaine YouTube du programme le 3 février 2016

« En France et partout dans le monde, médecins et chercheurs lancent l’alerte sur les effets des produits chimiques sur le développement des enfants. Augmentation des cancers infantiles, multiplication des anomalies de naissance ou des troubles hormonaux, explosion de l’autisme : toutes ces pathologies pourraient bien avoir des causes environnementales.

Les pesticides apparaissent en première ligne dans les rapports des chercheurs.

  • PESTICIDES

« Les pesticides sont des substances chimiques utilisées pour lutter contre différents nuisibles (insectes, champignons, mauvaises herbes…) Il peut donc s’agir d’insecticide, de fongicide, de désherbant. Ils sont principalement utilisés dans l’agriculture mais aussi dans le cadre de l’hygiène publique. Des pesticides sont également destinés à un usage domestique pour la santé vétérinaire, le jardinage, les traitements anti-poux, les produits contre les mites, etc… »Source

Certains pesticides peuvent représenter des risques pour l’environnement et la santé (asthme, cancers, problèmes de croissance ou de fertilité, etc…)

Six multinationales contrôlent ce secteur : Syngenta, Bayer, Monsanto, Dow, Basf et Dupont. Elles règnent presque sans partage sur un marché colossal qui pèse cinquante milliards d’euros. Pendant un an, l’équipe de «Cash Investigation» a suivi à la trace leurs molécules. Certaines, dangereuses, s’invitent dans l’air que les enfants respirent tous les jours. »

 

A produits chimiques, nous entendons aussi engrais. Ici, nous connaissons une entreprise qui est directement liée à cette production, il s’agit de la GPN- Borealis.

« En France, les sites de stockage ou de fabrication d’engrais sont considérés comme des installations industrielles à risque et donc, à ce titre, classés Seveso. En vertu de la directive européenne Seveso 2 de 1996, prise à la suite du rejet accidentel de dioxine en 1976 dans la commune du même nom en Italie, l’Hexagone doit recenser ces établissements et prendre des mesures pour prévenir les accidents majeurs impliquant des substances dangereuses et limiter leurs conséquences pour l’homme et pour l’environnement. »Source Le Monde

Ce journal pointe en 2013 un « exemple des carences administratives actuelles : l’usine de fabrication d’engrais azotés GPN, à Grand-Quevilly (Seine-Maritime), n’a pas encore mis en œuvre de PPRT (Plan de Prévention des Risques Technologiques), puisque son plan n’a pas encore été approuvé, pas plus que ceux des autres sites Seveso de l’agglomération rouennaise. Or, le site, que les Rouennais surnomment « Grande-Paroisse », est la « grande sœur » de l’ancien site de la ville rose : AZF de Toulouse, même groupe, mêmes activités et donc mêmes risques. »

  • Grand-Quevilly (Seine-Maritime) :Cette usine située près de Rouen dispose de deux cuves contenant chacune 1 000 litres d’ammoniac sous pression. 300 personnes travaillent sur ce site classé Seveso seuil haut qui peut produire plus de 3 millions de tonnes de fertilisants par an, selon GPN – Borealis (ancienne filiale Total, anciennement appelée Grande paroisse).

(Archives) Ce site a connu de nombreux accidents : deux ont eu lieu en 1996, puis deux autres en 2000 et, en 2011, un incendie et une explosion ont éclaté dans une unité de production. Une école maternelle est située à 500 mètres de l’usine.

CARTES

Lors du visionnage de l’émission, nous pouvions également consulter la carte qui précisait la présence du chlorpyriphos-éthyl, pesticide dans le viseur du ministère de l’Agriculture, et s’il était utilisé près de chez nous ?

  • Le chlorpyriphos-éthyl entre dans la composition de plusieurs insecticides utilisés par les agriculteurs pour lutter contre les chenilles, notamment dans les vignes et les vergers. Il est soupçonné d’être à l’origine de perturbations hormonales, selon des études américaines. Il est également accusé de perturber le développement cérébral des enfants in utero.

 

Depuis cette carte, nous voyons comment le département de la Seine-Maritime est exposé. A hauteur de 13, 2 tonnes (chiffre de 2016), (l’Eure est à 15, 2 tonnes) ce territoire ne se classe pas parmi les pires mais ce chiffre reste très élevé.

Que cette présence soit réglementée ou interdite, il convient de prendre conscience que ceci engendre d’autres pollutions que celle de l’air, à savoir celles des sols et des nappes phréatiques pour très longtemps.

« Chaque année, près de 100 000 tonnes de pesticides classés dangereux ou potentiellement dangereux sont utilisés en France. Les équipes de « Cash Investigation » et de francetv info ont analysé le détail des ventes de ces pesticides qui mettent en danger la santé de nos enfants. »Source

Quels sont les pesticides dangereux utilisés près de chez vous ?

Nous observons que ce sont souvent les cultures (vignes et maraichage) qui déterminent la très forte présence de ces produits.

Screenshot_2019-04-10 CARTE Quels pesticides dangereux sont utilisés près de chez vous

Capture d’écran pour résultat Seine-Maritime

  • Densité de population

Des cinq départements qui constituent la région Normandie, la Seine-Maritime est celui qui détient la plus forte densité de population, 199hab/Km² (chiffre 2015). Nous savons également que notre territoire social, en plus de ces usines, est aussi, géographiquement, très proche des terres agricoles du département.

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  • Occupation des sols
  • Le type de cultures

L’agriculture normande est orientée vers les grandes cultures et l’élevage laitier. En Seine-Maritime, ces trois orientations sont presque équilibrées :

  • 24% des exploitations en bovins lait,
  • 26% en grandes cultures
  • 28% en polyculture polyélevage, majoritairement laitier.
  • Agriculture biologique

« La Normandie compte près de 1 100 exploitations engagées en agriculture biologique au 31/12/2014, soit 4,2 % des exploitations bio de la Métropole. La surface consacrée à l’agriculture biologique couvre quasiment 58 000 ha (2,8 % de la SAU régionale). La Normandie se situe ainsi au 9ème rang des régions métropolitaines à la fois en nombre d’exploitations bio et en part de SAU bio dans la SAU régionale. (SAU: Surface Agricole Utile)

  • Sols enherbés

En Normandie, les sols enherbés couvrent environ un million d’hectares, soit 35 % du territoire. La quasi totalité de ces sols est vouée à un usage agricole : près de 90 % de la surface est constituée de prairies, le solde, soit de l’ordre de 120 000 ha, correspond à l’herbe artificialisée, attachée à l’habitat, aux voies de circulation et autres activités humaines, ainsi qu’aux surfaces enherbées naturelle.Entre 2000 et 2010, les surfaces en prairies des exploitations agricoles normandes diminuent de 11 % (- 110 000 ha).

  • L’industrie agroalimentaire

L’industrie agroalimentaire normande compte près de 800 établissements et emploie 25 000 personnes. Elle est plus développée en Seine Maritime, dans le Calvados et la Manche. Ces trois départements concentrent à eux seuls les trois quarts des emplois de ce secteur. Sa localisation est le reflet à la fois des activités agricoles et des activités portuaires.

La Manche et le Calvados regroupent 65 % des emplois de l’industrie laitière de la région. L’Orne représente le tiers des emplois de l’industrie de la viande et 80 % des emplois de ce secteur sont localisés dans l’Orne, le Calvados et la Manche.

Plus de 60 % des emplois liés au chocolat et au café sont situés en Seine Maritime et 20 % dans l’Eure. Les grands groupes de la transformation du chocolat (Ferrero, Barry Callebaud…) et du café (Legal, Zegafredo Zanetti…) sont présents sur le territoire normand, essentiellement en Seine Maritime et dans l’Eure.

 

Nous reviendrons sur les enquêtes du magazine Cash Investigation au regard des thèmes abordés et notre territoire d’étude.

 

 

Isabelle Pompe, Avril 2019

 

Perception du territoire

Percevoir se définit par le fait de saisir quelque chose par les organes des sens, discerner, parvenir à connaître, à distinguer. La perception pourrait être une idée plus ou moins nette de quelque chose. Alors ce territoire, comment est-il perçu, sous quel aspect se présente-t’il?

Quels visages ?

Résidente, depuis octobre 2015, du Petit-Quevilly, je réalise et continue de mesurer une absence de « fierté » ouvrière de mon territoire d’habitation par rapport aux messages/images que la commune « emploie » pour se donner une pluralité de « visages ». La politique du maire, en matière communicationnelle, est un vecteur d’image très puissant. C’est par le déploiement de sa stratégie de communication que nous pouvons comprendre les mécanismes d’une stratégie globale. Si la visibilité de ce territoire se constitue avec une absence de relai mémoriel et sans valorisation d’un existant, nous pouvons nous demander ce qui soulève un intérêt plus important.

La Valeur travail

Dominique Royer, en 2002, pour « Qu’en est-il de la « valeur travail » dans notre société contemporaine ? » Précise que « L’homme est un être vivant et, de ce fait, il agit. C’est une activité de pensée, de réflexion, de contemplation ou de création. C’est aussi une forme de rapport de l’homme au monde jusqu’à l’activité de transformation du milieu social ou naturel. »Source

L’intégration par le travail est économique, symbolique et sociale :

  • économique car elle autorise l’insertion et la participation au travers d’activités de production et de consommation ;
  • sociale parce qu’elle entraîne la constitution de liens sociaux par l’inscription dans des groupes ;
  • symbolique par les normes et les valeurs communes qui sont construites socialement.

« Le travail occupe une place essentielle dans nos sociétés, même par son absence. C’est une des bases de l’économie. C’est la source principale des revenus qui autorise l’accès à la consommation. C’est aussi la voie principale de l’insertion sociale. Le travail structure des catégories professionnelles et des pratiques collectives. Dominique Royer

Si je m’en tiens à la communication de ce territoire, je ne vois guère apparaître le patrimoine ouvrier par exemple. Le travail est un élément structurant mais il ne semble pas être perçu comme vecteur d’un patrimoine. Il occupe, par ailleurs, une place maîtresse dans nos sociétés. Localement, peu de réhabilitations, hormis le bâtiment de l’ancienne filature de la Foudre, ont été réalisées. Dans le même temps, il s’agit bien du site au regard de son édifice et non des personnes qui y ont travaillé qui sont mises en valeur par cette légitimation nouvelle.

La notion de patrimoine

Cette singularité territoriale est suffisamment créatrice de distinction pour constituer un patrimoine. Le patrimoine culturel se définit comme l’ensemble des biens, matériels ou immatériels, ayant une importance artistique et/ou historique certaine, et qui appartiennent soit à une entité privée (personne, entreprise, association, etc.), soit à une entité publique (commune, département, région, pays, etc.).

Cet ensemble de biens culturels est généralement préservé, restauré, sauvegardé et montré au public, soit de façon exceptionnelle (comme les Journées européennes du patrimoine qui ont lieu un week-end au mois de septembre), soit de façon régulière (château, musée, église, etc.), gratuitement ou au contraire moyennant un droit d’entrée et de visite payant.

  • Le patrimoine dit « matériel » est surtout constitué des paysages construits, de l’architecture et de l’urbanisme, des sites archéologiques et géologiques, de certains aménagements de l’espace agricole ou forestier, d’objets d’art et mobilier, du patrimoine industriel (outils, instruments, machines, bâti, etc.).
  • Le patrimoine immatériel peut revêtir différentes formes : chants, coutumes, danses, traditions gastronomiques, jeux, mythes, contes et légendes, « petits métiers », témoignages, captation de techniques et de savoir-faire, documents écrits et d’archives (dont audiovisuelles), etc.

Le patrimoine fait appel à l’idée d’un héritage légué par les générations qui nous ont précédés, et que nous devons transmettre intact ou augmenté aux générations futures, ainsi qu’à la nécessité de constituer un patrimoine pour demain. On dépasse donc largement la simple propriété personnelle (droit d’user « et d’abuser » selon le droit romain).

 

Il relève du bien public et du bien commun

 

Demandons-nous si notre patrimoine ouvrier relève du bien public et du bien commun? Est-il de l’ordre de l’intérêt général de savoir, de connaître le passé industriel d’une commune ? Lorsque nous prenons conscience des conséquences en termes de santé publique et de sécurité civile que soulève cette présence industrielle forte, nous pouvons affirmer que cette « existence chimique, pétro-chimique et pétrolière » relève de l’intérêt général.

Petit-Quevilly est cet espace de référence fait de pierres et non de paroles, peu d’échanges et donc peu de transmissions, peu de partages de ces « humanités » prennent forme. La commune ne propose guère à ses habitants de se rencontrer. Si l’on se réfère aux mutations engendrées par la notion de gouvernance, qui vont jusqu’à impacter l’intégralité des politiques publiques en replaçant au centre le citoyen, je me demande où se situe ce territoire et s’il n’est pas lui-même « détaché » des évolutions de mentalités.

Les risques ?

Vivre déconnecté des changements c’est s’assurer d’un retard quant à l’attractivité de son territoire, c’est aussi se garantir un défaut d’autonomie citoyenne, gage d’une émancipation. Confirmer que le repli est toujours à l’œuvre et conserver le contrôle et donc entretenir une certaine méfiance des citoyens que l’on perçoit encore comme des usagers et non comme partie prenante. « Penser à leur place » est aussi le meilleur moyen de se couper des populations.

L’oubli, la disparition de cette mémoire ouvrière, et la perte de singularité de la commune sont des risques non négligeables. Avec l’ignorance des habitants et le désaveu de la commune, comment « vit » cette histoire? Comment est-elle traitée et archivée, comment est-elle transmise, comment se régénère-t’elle et à partir de quoi, de quand, l’histoire officielle de la commune est jugée acceptable, transmissible?  Plonger ce territoire d’habitation dans le grand bain inoculant et aveugle de la méconnaissance c’est aussi mépriser ce qui le distingue.

 

Petit Quevilly Salesse.jpg

Enfants dans la cité UNAN- Petit-Quevilly, Novembre 1952, Henri Salesse

Gouvernance & Marketing

Le vocable gouvernance exprime la manière de conduire les affaires d’une entité. Dans le cadre d’une organisation, la mise en place d’une gouvernance digne de ce nom implique une définition précise du processus de décision et des parties prenantes impliquées pour la question du pilotage.

C’est un concept représentant la manière dont un domaine d’activités est gouverné. La gouvernance renvoie à un système d’entités décisionnelles qui dirige un certain domaine d’activités, autrement dit à un « système de gouvernance », impliquant notamment une structure de gouvernance et un dynamisme de système (processus de gouvernance, activités de gestion, etc. Attention toutefois à l’usage parfois contradictoire qui est fait de ce terme, nous pourrions isoler les trois étapes d’une gouvernance démocratique comme suit:

  1. Vérifier régulièrement la pertinence (qui la définit?) et la permanence du projet.
  2. S’assurer que l’action menée est conforme au projet, et en mesurer l’impact.
  3. Conduire l’action conformément aux règles établies en commun.

 

MARKETING TERRITORIAL

Pourquoi cette commune ne crée par d’instances participatives, ni ne permet pas, par le biais, de lieux physiques des espaces de paroles citoyens ? Avec sa géographie particulière et son absence de centralité, comme nous l’avons déjà évoqué, Le Petit-Quevilly, donne à comprendre et à recevoir une image de ville déconnectée de son passé lorsque celui-ci nous est compté. Car dès la découverte de cette commune, lors d’une promenade physique ou virtuelle, nous ne percevons pas son histoire. Il n’y a pas de plaque, ni de musée de l’industrie, rien ne vient commémorer ce lien, pourtant très fort entre ce territoire, ses habitants et ses usines.

En pleine interrogation quant au marketing territorial, je me suis demandée s’il ne s’agissait pas d’une image non désirée par la commune.

« Le marketing territorial désigne la manière dont les pouvoirs publics utilisent les techniques de la publicité et de la communication, issues du monde de l’entreprise, pour promouvoir leurs territoires. Ces pratiques existent à toutes les échelles, depuis la promotion d’une petite commune à celle d’un État. Le but est d’attirer des populations jugées désirables, des investissements, des entreprises, ou tout cela à la fois. « Source

Les supports (affiches, spots publicitaires, sites internet) sont des indicateurs indispensables pour la compréhension d’une stratégie de marketing territorial. Nous pouvons comprendre le positionnement de la commune, les cibles visées et appréhender la notion d‘image voulue.

 

STORY TELLING

Le storytelling, c’est l’art de raconter des histoires (et de les écouter), son but: convaincre et persuader, de manière objective, donner confiance. L’idée étant d’attirer – reprenons les termes issus de la définition du marketing territorial  – » les populations jugées désirables, des investissements, des entreprises« . Comment construire une image en -dehors d’une histoire véritable?

Pour commencer, nous avons noter qu’il ne s’agit pas d’activer voire de réactiver les ressources spécifiques d’un territoire comme ici avec notre passé industriel mais de capitaliser avec des ressources à même d’attirer l’extérieur (capitaux comme habitants).

« Le paysage est l’un des supports les plus courants du marketing territorial, d’autant qu’il peut servir de support à un discours orienté dans le sens voulu : éloge de la lenteur, préservation du patrimoine et perpétuation des traditions (dans le cas d’une campagne de publicité pour la région Bourgogne), ou au contraire hyper connectivité, dynamisme économique et insertion dans la mondialisation (en particulier lorsque le public ciblé sont les investisseurs et les entreprises).

  • SEINE INNOPOLIS

« Situé au sud de la métropole rouennaise, le pôle d’excellence Seine Innopolis accueille sur près de 10 000 m², dans un ancien bâtiment industriel inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, les entreprises dédiées au numérique. » Source . C’est ainsi qu’est décrit, dans les premières lignes, ce projet, vous remarquerez que la situation géographique est pour le moins vague.

Il se présente comme  le pôle des technologies de l’information et de la communication et a ouvert ses portes en centre ville en 2013. Mais est-il ouvert à la population? C’est avant tout un programme immobilier qui se compose davantage de bureaux (open space, espace de co-working), de salles de réunion et espaces communs, des services et de locaux de stockage et techniques. L’accès y est sécurisé.

 

  • Interrogeons la recherche et le secteur public?

« La Normandie se classe parmi les dernières régions métropolitaines…La recherche est essentiellement porté par les entreprises privées… »

  • SEINE INNOPOLIS & son offre

Screenshot_2019-04-11 Pôle numérique Seine Innopolis - Rouen Normandy Invest

Startup, innovation, R&D, réseau de formations avec les campus universitaires, écoles d’ingénieurs et de commerces…

  • Quel degré de proximité avec les habitants? 

Observons les niveaux de diplômes selon l’âge au niveau national puis en Seine-Maritime avec les derniers chiffres de l’INSEE ( 2015.)

 

Au niveau national, nous pouvons remarquer que pour les 25/49 ans, la part globale du supérieur (court + long) correspond à 40, 3 % et que la part qui correspond à l’ensemble (de 25 à 65 ans et plus) est de 25, 9 %. La part de ceux qui ne possèdent pas de diplôme, brevet, CAP/BEP et Bac est de 64,7%.

  • Que disent les chiffres du département de la Seine-Maritime ?

La part des titulaires (dans l’ensemble) d’un diplôme de l’enseignement supérieur âgé de 15 ans et plus est de 23% sans distinction (court ou long). Celle des « sans diplôme, CAP/BEP et titulaire du BAC » est de 77%.

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Seine Innopolis est un site qui ne s’inscrit pas de manière extra locale au regard de la population concernée (les habitants) et du quartier populaire au sein duquel il s’ancre.

Enfin ces formes de communications tendent souvent au greenwashing, c’est-à-dire à présenter un territoire comme durable ou respectueux de l’environnement, en dépit des faits.« Source

  • « Petit-Quevilly Village »

 » La commune a entamé la réalisation d’environ 500 nouveaux logements sur un secteur en pleine mutation. Ainsi devrait-on voir, depuis l’actuelle salle des fêtes Astrolabe jusqu’à l’église Saint-Pierre, une déclinaison d’espaces collectifs et semi-collectifs : cours, jardins, square, allées, bandes paysagères… Le long d’une coulée verte desservant les équipements majeurs et symboliques, tels que la mairie, les écoles, l’église et la salle des fêtes. Au total, plus d’un hectare d’espaces verts parsèmera les voies, îlots et rues résidentielles du quartier. »Source

L’objectif :  Redynamiser un quartier et attirer de nouveaux habitants. Il y aura du collectif et de l’individuel, et 20% de logement social », présente Charlotte Goujon, deuxième adjointe en charge des finances, de la politique de la ville, et des affaires scolaires. Le cadre lui-même devrait permettre d’améliorer la vie dans le quartier avec un hectare sur cinq dédié à la voirie, aux aires de jeux et aux allées réservées aux modes de déplacement doux.Source

Un problème de connexion: Entre une réelle scission de ce quartier avec le reste de la commune et la présence immédiate de la SUD III, ce projet soulève quelques interrogations. Il est, en effet, le seul espace où les immeubles n’ont pas impacté le paysage. Il est, à la fois; coupé symboliquement de ce qui caractérise les limites géographiques du Petit-Quevilly et proche de la mairie. Il apparaît comme étant le seul quartier qui pourrait bénéficier d’une nouvelle centralité.

Screenshot_2019-04-10 Google Maps.png

Un problème de santé : « Petit-Quevilly c’est aussi une route à fort trafic qui découpe la commune, la SUD III ▬ « Des chercheurs de l’Inserm du CRESS (Centre de Recherche Épidémiologie et Statistique Paris Sorbonne Cité, Inserm – Université Paris Descartes – Université Paris 13 – Université Paris Diderot – INRA) ont étudié le risque de leucémie aiguë chez l’enfant à proximité des routes à fort trafic ■ Les résultats montrent que la fréquence de nouveaux cas de leucémie de type myéloblastique (418 cas sur les 2760 cas de leucémie) serait plus élevée de 30% chez les enfants dont la résidence se situe à moins de 150 m des routes à grande circulation et qui ont une longueur cumulée dans ce rayon dépassant 260m. » Source

Screenshot_2019-04-11 Mappy - Plans, comparateur d'itinéraires et cartes de France.png

Et vous ?

En tant que citoyens, résidents de ce territoire par conséquent partie prenante de son histoire, avez-vous conscience de votre rôle ? Vous percevez-vous comme des  ressources au regard de votre mémoire, récits et paroles?

Comment vous sentez-vous au sein de cette commune?

Aimez-vous votre territoire? Quels rapports entretenez-vous avec votre commune?

Existe -t’il un lien familial générationnel entre vous et ce territoire? Comment le définiriez-vous?  Est-il proche, sans importance ? Ces questions feront parties du questionnaire bientôt diffusé.

Petit- Quevilly, 1952 Henri Salesse

Henri Salesse, Petit-Quevilly, Novembre 1952

In Situ

Les structures, les politiques publiques activent très peu le passif social et industriel de ces territoires d’inscription. Ces communes doivent leur image, histoire et développement en très grande partie grâce à la place de l’industrie. Elle est cette présence constitutive quasiment identitaire. Mais entendons-nous parler de ces sites au regard de la constitution d’une mémoire collective et ouvrière sur place ?

La commune du Petit-Quevilly semble plutôt assez mal vivre sa situation historique et sociale au point de ne pas parler, de ne pas commémorer et donc de ne pas donner de place à ces particularités. S’agit-il d’un sentiment de honte quant aux industries qui certes sont présentes économiquement mais aussi participent de plein fouet à des pollutions plurielles sur cet espace de référence? Ou alors est-ce l’image disons « prolétaire » qui ne fait provoque pas les « bons bruits » ?

La commune est, il est vrai, sujette à des crispations sociales dans certains de ces quartiers, assortis de l’appellation ZUS (Zone Urbaine Sensible), possède un parc en logements sociaux équivalent à 38%, le trafic de drogue notamment et l’insécurité sont parfois pointés du doigt. Mais, qu’est-ce qui gêne dans cette commune ? Nous pouvons  dégager au regard de la perception soit une « mauvaise réputation » soit une « identité aseptisée » dans le sens neutralisée et perdue au profit de la notion de banlieue/Couronne/ Agglomération.

La banlieue se définit par une zone floue, franche mais indéfinie. Une sorte de non-lieux d’un point de vue macroscopique qui existe grâce à la ville/Métropole autour de laquelle il se constitue. A l’aune de la réforme des espaces de références, la banlieue reste une zone péri-urbaine clivante qui subit son exclusion. Alors, quoi ressentir lorsqu’on se sait résidents d’une commune de l’agglo riche par ailleurs mais dont l’image n’étant pas valorisable pour une stratégie de marketing territorial se voit dissoute, anéantie au profit du non man’s land banlieue et toute sa péjorativité.

Que connait-on de la ville que nos territoires sociaux entourent? A qui appartenons-nous? A Rouen ou à notre commune?

Si nous nous considérons comme rouennais, ne sommes -nous pas déconnectés de notre territoire extra local qui lui possède une histoire très marquée et surtout très différente?

Quel est notre sentiment d’appartenance entretenons-nous avec notre lieu de résidence et, avant cela, que savons-nous de la commune au sein de laquelle nous sommes installés?

Paris & Sa banlieue

« Dans l’intimité de chacune et chacun s’écrit l’histoire de la banlieue à la fin du XXe siècle, une histoire en marge de l’actualité, mais qui depuis n’a pas changé pour les pauvres vivant près de la capitale sans ne rien en connaître. On peut hélas le constater à la projection du film récent d’Olivier Babinet, Swagger. Les deux mondes s’ignorent mutuellement« . Source

 

Ex Nihilo

En partant de rien

Souhaiter attirer une autre population en véhiculant une autre histoire n’est-ce pas un aveu du peu de satisfaction voire de considération des habitants actuels ? Nier leur contribution c’est aussi les ignorer, refaire une histoire, reconstruire une image c’est partir d’un tout qui ne serait « rien ». Une « biographie » de la ville élaborée hors-sol.

Petit-Quevilly possède par ailleurs, une histoire qui s’est construite au fil du temps, d’un temps long, elle n’est pas une cité nouvelle ni une ville conceptualisée à l’instar du Val de Reuil par exemple.

  • Voici plus de 40 ans que la ville de Val de Reuil (ville nouvelle le Vaudreuil) est « sortie de terre » partant de rien, édifiée en pleine campagne, dans la plaine du Vaudreuil, limitée à l’ouest par les forêts de Bord et de Louviers et à l’est par les falaises du Vexin longeant la rive droite de la Seine. Conçu par l’atelier Montrouge avec comme objectif d’atteindre 140 000 habitants en l’an 2000. Cette commune, en 1967, fait partie d’un programme de création de neuf villes nouvelles afin de répondre à des impératifs économiques de décentralisation industrielle et de développement du secteur tertiaire, démographiques et souvent environnementaux décidé par l’État.

 

L’image comme capitulation

L’image comme vecteur du renoncement, comme l’ incarnation d’un abandon de la vraie histoire. Une vision fictive qui interroge la transparence, l’effacement.

L’histoire est pourtant une passion pour beaucoup de citoyens de l’hexagone, une ressource inestimable en termes d’attractivité, alors pourquoi? La hiérarchie du souvenir prime-t’elle ? Existe-t’il une histoire honorable et une autre que l’on préfère ignorer, cacher?  Quelle image est diffusée de notre commune?

Depuis le site internet du Petit-Quevilly, nous percevons une image confuse, des visages floutées, des scènes « brumeuses », les endroits sont reconnaissables mais les « gens » souffrent d’une imprécision.

Voici ce que propose le bandeau déroulant de la 1ère page du site:

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A la hauteur de la prise de vue répond un éloignement, en toute logique du sol, du concret quotidien et donc loin de la hauteur des hommes. Les sites photographiés sont le CDN – Centre Dramatique National (ancien théâtre de la Foudre), la médiathèque François Truffaut, l’Église Saint-Antoine de Padoue, le bâtiment de l’ancienne Filature de la Foudre (Seine Innopolis), la piscine Tournesol, le parc des Chartreux (jardin des Oiseaux).

L’ impression de voir s’exprimer une « identité communale » qui tient peu compte de ses diversités, il ne s’incarne pas avec des « visages » mais avec des « scènes ». On assiste davantage à une forme d’uniformisation, voire d’atomisation d’un territoire, nous pouvons le regretter car il est le résultat d’une histoire riche car sédimentée.

Pourquoi choisir une autre image de notre territoire?

En quoi, la place des activités industrielles et donc des ouvriers n’est pas ressentie au regard, par exemple, des moyens communicationnels et d’une politique culturelle. Notre territoires social souffre d’une présence ouvrière non légitimée. On entend assez peu parler de cette place très forte occupée par les entreprises de la seine industrielle dans les mémoires et dans les quotidiens. Une sorte de déconnexion entre le l’image voulue, transmise via les services de communication, les discours, les supports de cette commune et celle qu’en ont les habitants. Eux sont reconnus fiers de leur passif, de leur mémoire industrielle et ouvrière.

Avec l’enquête terrain qui se précisera en juin et juillet (questionnaires), je vais tenter de mesurer le degré de fierté, la place de la commune dans l’esprit des habitants et implicitement les formes de liens qui existent entre eux.

A cela s’ajoute une désinformation des habitants quant aux risques auxquels ils sont confrontés historiquement et quotidiennement. Un accès complexe à l’information du, en partie, à une formulation spécifique à grands renforts d’acronymes pourrait se dessiner.

Ceci trouve un écho particulier à ma démarche. On m’estime optimiste dans ma capacité à intéresser et à sensibiliser des personnes qui seraient elles-même non intéressées par ces informations. Est-ce un refus de se sentir concerné? Une crainte? Un aveu d’incapacité à réagir, à intervenir? Auraient-ils baissé les bras? Pourquoi ne pas faire confiance à l’éveil possible d’une conscience collective?

Je reste toujours étonnée par ce sentiment négatif formulé, dès mon arrivée à Rouen, en 2014. Nous verrons bien.

 

Isabelle Pompe, 11 Avril 2019

 

Territoire social & pollution des sols

Pollution des sols

Suite à notre recherche sur le territoire social, nous avons noté que la présence de sites industriels était non négligeable pour les communes retenues pour cette recherche à savoir Grand-Couronne, Petit-Couronne, Grand-Quevilly et Petit-Quevilly.

Nous pouvons questionner l’impact de ces sites sur notre territoire d’habitation tout d’abord au regard de ses pollutions. Celle qui nous intéresse aujourd’hui, est celle qui concerne les sols.

pollution des sols

Le code de l’environnement

C’est l’ordonnance n° 2000-914 du 18 septembre 2000 relative à la partie Législative du code de l’environnement qui est à l’origine du code de l’environnement (textes juridiques relatifs au droit de l’environnement)

Le code comporte sept livres divisés en titres, chapitres, sections, sous-sections et paragraphes :

  1. Dispositions communes,
  2. Milieux physiques,
  3. Espaces naturels,
  4. Faune et flore,
  5. Prévention des pollutions, des risques, et des nuisances,
  6. Dispositions applicables en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française, à Wallis et Futuna, dans les terres australes et antarctiques françaises et à Mayotte,
  7. Protection de l’environnement en Antarctique.

L’article L 125-6 prévoit que l’État élabore, au regard des informations dont il dispose, des Secteurs d’Information sur les Sols (SIS). Ceux-ci comprennent les terrains où la connaissance de la pollution des sols justifie, notamment en cas de changement d’usage, la réalisation d’études de sols et la mise en place de mesures de gestion de la pollution pour préserver la sécurité, la santé ou la salubrité publique et l’environnement.

Depuis Geo risques, j’ai consulté le SIS (Secteur d’Information sur les Sols) afin de voir quels pouvaient être les résultats pour notre territoire. J’ai renseigné la commune du Petit-Quevilly et aucun résultat ne fut trouvé pour cette recherche. J’avais remarqué auparavant que la carte d’avancement par territoire pour l’élaboration des SIS spécifie que le département de la Seine- Maritime est [avec « SIS » en cours et « SIS déjà publiés.]

Plan national santé et environnement

L’élaboration d’un plan national santé-environnement (PNSE), sa déclinaison en régions et sa mise à jour tous les cinq ans ont été inscrites dans le code de la santé publique (article L. 1311-6 du code de la santé publique).

Le troisième plan national santé environnement (2015-2019)

Après dix ans d’actions destinées à la prévention des risques pour la santé liés à l’environnement (PNSE 1 – 2004-2008 et PNSE 2 – 2010-2014), le troisième plan national santé environnement (2015-2019) a pour ambition de réduire l’impact des altérations de notre environnement sur notre santé. Sa mise en œuvre est placée sous le copilotage des ministères de l’Environnement et de la Santé.Source

Il s’articule autour de dix nouvelles mesures phares, regroupées en 4 grandes catégories d’enjeux :

  • enjeux de santé prioritaires ;

  • connaissance des expositions et de leurs effets ;

  • recherche en santé-environnement ;

  • actions territoriales, information, communication et formation.

« Le Plan national santé environnement (PNSE) a pour objectif de répondre aux interrogations des Français sur les conséquences sanitaires à court et à moyen terme de l’exposition à certaines pollutions de leur environnement.

Il existe plusieurs sortes de pollution, celle de l’air, de l’eau, des sols mais aussi la pollution sonore, lumineuse et la pollution par les déversements de pétrole /pollutions hydrocarbures, par les déchets nucléaires. Il existe pour la pollution des sols des Diagnostic pollution des sols

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« La pollution des sols n’est pas la forme de pollution dont on parle le plus. La pollution excessive du sol peut entraîner la contamination de l’eau et peut donc créer d’énormes dégâts sur l’environnement. Le sol contaminé est tout sauf un endroit sûr pour les cultures, les produits chimiques par ce biais peuvent atteindre le corps des organismes vivants, une fois que sont digérés les aliments affectés. »Source

 

Un exemple , Toulouse et & l’état de son sol

« Le sol Toulousain ? Toxique. Le passé industriel de la ville ressurgit à mesure que ses parcelles sont harponnées par promoteurs immobiliers et autres bâtisseurs. Le sous-sol de ces toulousaines nouvelles générations à étages et parkings souterrains est-il pollué ? Qui veille au grain ? Il y a quelques semaines Toulouse se hissait dans plusieurs titres de presse au « 3ème rang de la ville la plus polluée ». En cause, la base de données Basol, du ministère de l’Écologie qui recense les sites pollués « ou potentiellement pollués »Source

 

 » ÉTABLISSEMENT SENSIBLE « 

La démarche « établissements sensibles » a été proposée aux responsables ou maîtres d’ouvrage en charge des établissements des secteurs public et privé accueillant les jeunes jusqu’à 17 ans.

Source vidéo

Les établissements retenus ont été repérés par superposition ou contiguïté avec  d’anciens sites industriels recensés dans l’inventaire BASIAS. BASIAS – BASOL

Chacun des établissements a fait l’objet d’un diagnostic des sols adapté à la configuration des lieux et à la nature des activités industrielles passées.

A l’issue des diagnostics, les établissements sont classés dans l’une des 3 catégories suivantes :

  • Catégorie A : Les sols de l’établissement ne posent pas de problème
  • Catégorie B : Les aménagements et les usages actuels permettent de protéger les personnes des expositions aux pollutions, que les pollutions soient potentielles ou avérées. Des modalités de gestion de l’information doivent cependant être mises en place pour expliquer ce qui doit être fait si les aménagements ou les usages des lieux venaient à être modifiés
  • Catégorie C : Les diagnostics ont montré la présence de pollutions qui nécessitent la mise en œuvre de mesures techniques de gestion, voire la mise en œuvre de mesures sanitaires. (Source)

En prenant en compte les reclassements validés après transmission des dossiers, au 24 novembre 2017, les 1 248 établissements pour lesquels les diagnostics de pollution des sols ont été finalisés et remis aux maître d’ouvrage, étaient répartis de la manière suivante :

  • Catégorie A : 486 établissements
  • Catégorie B : 658 établissements
  • Catégorie C : 104 établissements

Par ailleurs, pour 149 établissements, les diagnostics étaient encore en cours. Des rapports de diagnostic sont consultables depuis ce Lien

J’ai renseigné, dans les menus déroulants, les communes du Petit-Couronne, du Grand-Couronne et pour le Grand-Quevilly puis lancé une recherche, il a été indiqué pour les trois:  » Pas de rapport de diagnostic disponible.  » Consultation au 31 mars 2019.

 

La situation au Petit-Quevilly

Nous savons que la commune a connu un riche passé industriel depuis notamment l’implantation de Malétra en 1808. Nobel – Maletra a exploité son site industriel et sa décharge jusqu’en 1962. Date à laquelle, le quartier Nobel Maletra avec sa cité- auparavant nommée « Maurice Thorez »- aujourd’hui baptisée quartier de la piscine s’est implanté.

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Entre La zone entre la Sud III et l’avenue Jean Jaurès – elle a accueilli la filature de la Foudre– se dessine, d’une part un territoire social et d’autre part, une présence de sites industriels à même d’engendrer des risques pour la santé et l’environnement encore perceptibles aujourd’hui.

Lors de l’inventaire de ses sites industriels croisés avec celui des établissements scolaires, la commune du Petit-Quevilly a fait ressortir les éléments suivants:

Depuis le site internet d’info terre, le résultat des diagnostics donne ceci:

11 établissements ont été listés, ils sont tous classés C. Voici la carte de tous les établissement scolaires recensés au Petit-Quevilly (maternelle, primaire, collège et Lycée) hors crèche et garderie.

Screenshot_2019-03-31 Mappy - Plans, comparateur d'itinéraires et cartes de France

 

Comme vous pouvez le constater sur le rapport, chaque colonne, se présente l’icône du fichier PDF, je suis allée chercher celui de l’École maternelle Gérard Philippe, voici la synthèse au 31 janvier 2017:

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Isabelle Pompe, dernière mise à jour 31 mars 2019.

Kodak, Vincennes, 1986

Une usine, des pollutions

 

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Entreprise américaine, fondée en 1881 par Georges Eastman. Cette création d’entreprise est la concrétisation des recherches personnelles de son fondateur. En effet, Eastman dépose son brevet pour une « Méthode et Appareillage pour la réalisation des Plaques à Émulsion » en 1879. La société oriente ses recherches, dès 1885, vers un support souple destiné à remplacer les fragiles plaques de verre utilisées jusqu’à présent en photographie.

PATHE

Pathé –  C’est en observant les films Edison sur un appareil à visionnement individuel, en 1894, que Charles Pathé à la révélation de ce à quoi il se consacrera. C’est en 1896 qu’il installa les ateliers destinés à imprimer les films positifs, au n°1 de l’avenue du Polygone.Il fonde en 1897 la « Compagnie générale des cinématographes, phonographes et pellicules ». Puis la société Pathé frères s’étoffant, de véritables studios furent construits rue du Bois (rue Anatole-France).

En 1906, Charles Pathé se lança dans la fabrication industrielle de films vierges. Il fit construire rue des Vignerons à Vincennes, une vaste usine conçue par l’architecte vincennois Georges Malo.

En 1911, pour se rapprocher de l’usine, il s’installa dans une grande maison bourgeoise, rue de la Villa (rue Franklin-Roosevelt). Charles Pathé fit de Vincennes pendant les quelques années qui précédèrent la Première Guerre mondiale, la capitale mondiale du cinéma. La maison Pathé, véritable ville dans la ville, en rythma longtemps l’existence par ses sifflets et ses sirènes qui vidaient et remplissaient les cafés au rythme des équipes.

Avec la naissance de Hollywood et la concurrence du cinéma américain, l’usine cesse d’être un haut lieu de la production cinématographique, et en 1927, laisse sa place à la société Kodak Pathé. » Source

 

1902, Usine rue des vignerons à Vincennes

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L’usine sera utilisée pour la fabrication du support et des émulsions. La pellicule est constituée d’un film support en plastique, recouvert d’une émulsion : c’est une couche de gélatine sur laquelle sont couchés en suspension des cristaux d’halogénure d’argent ; pour les émulsions modernes il s’agit de bromure d’argent (AgBr).

L’usine sera exploitée de 1902 à 1986. L’utilisation de produit chimiques tels que des solvants non halogénés pour exploitation de ce site a engendré une des affaires les plus graves en termes d’exposition aux risques de produits chimiques pour les zones d’habitation et scolaires inscrites localement. Il s’agit de « l‘affaire des cancers pédiatriques de Vincennes. »

Les solvants

Les solvants sont des liquides qui ont le pouvoir de dissoudre, mettre en suspension ou extraire des substances sans altération chimique de ladite substance ou du solvant. Ces propriétés permettent :

  • l’utilisation des solvants pour nettoyer ou séparer différentes substances,
  • leur régénération, interne ou externe, quand leur utilisation première les a chargé en impuretés.

Les solvants usés sont issus d’origines diverses et produits par :

  • l’industrie (chimie, peinture, colles et adhésifs, …),
  • l’artisanat en quantités dispersées (carrosserie, mécanique, …),
  • les laboratoires de recherche et d’enseignement,
  • les particuliers.

Parmi ces solvants, on distingue deux catégories :

  • les solvants halogénés : solvants contenant du chlore, du fluor, de l’iode, du brome.
  • les solvants non halogénés : toluène, acétone

Les déchets dangereux

« Les déchets dits « dangereux » contiennent, en quantité variable, des éléments toxiques ou dangereux présentant des risques pour la santé humaine et l’environnement (article R. 541-8 du code de l’environnement : les déchets dangereux y sont indiqués avec un astérisque).

Quelle que soit leur origine ou la quantité produite, les déchets sont classés dangereux s’ils présentent une ou plusieurs des 15 propriétés de danger énumérées à l’annexe I de l’article R. 541-8 du code de l’environnement.

Ils peuvent être de nature organique (solvants, hydrocarbures,etc.), minérale (acides, boues d’hydroxydes métalliques,etc.) ou gazeuse.

Avec environ 11 millions de tonnes, les déchets dangereux représentent 3 % des déchets produits en France.
Le mélange de déchets dangereux est interdit, sauf dérogation (Article L541-7-2 du code de l’environnement) » Source

Les propriétés qui rendent les déchets dangereux et leur code :

  • H1 Explosif ;
  • H2 Comburant ;
  • H3-A Facilement inflammable ;
  • H3-B Inflammable ;
  • H4 Irritant ;
  • H5 Nocif ;
  • H6 Toxique ;
  • H7 Cancérogène ;
  • H8 Corrosif ;
  • H9 Infectieux ;
  • H10 Toxique pour la reproduction ;
  • H11 Mutagène ;
  • H12 Substances et préparations qui, au contact de l’eau, de l’air ou d’un acide, dégagent un gaz toxique ou très toxique ;
  • H13 Sensibilisant ;
  • H14 Écotoxique ;
  • H15 Substances et préparations susceptibles, après élimination, de donner naissance, par quelque moyen que ce soit, à une autre substance, par exemple un produit de lixiviation, qui possède l’une des caractéristiques énumérées ci-dessus.

Expansion des sites de production de Kodak Pathé

A la fin des années cinquante, l’usine Kodak-Pathé de Vincennes ne disposant plus de surfaces suffisantes pour assurer son expansion, il est décidé de construire un nouveau site industriel plus vaste et disposant des dernières technologies de fabrication. C’est Chalon-sur-Saône qui fut choisi en raison de sa situation à un carrefour de voies de communication facilitant la distribution des produits dans toute l’Europe. Le fait que Chalon-sur-Saône soit de surcroît la patrie de Nicéphore Niepce, l’inventeur de la photographie, fut un atout supplémentaire.

Kodak et le numérique

Alors que Kodak a mis au point la photo numérique dès 1975, la firme américaine a du mal à s’adapter au numérique lors de son expansion dans les années 2000 et subit la forte concurrence de marques étrangères, notamment européennes et japonaises.

Le 10 janvier 1986, un juge de la Cour suprême des États-Unis ordonne à Kodak de cesser la fabrication et la commercialisation de ses appareils à développement instantané dans le cadre d’un affaire de contrefaçon de brevet opposant Eastman Kodak à Polaroid Corporation. Dès 2004, Kodak délaisse peu à peu son activité historique (production liée à la photographie argentique) pour se concentrer sur les technologies modernes : la photographie numérique et le cinéma numérique, sans grand succès…

1986

L’usine de Vincennes est démolie. L’école maternelle Franklin-Roosevelt, à Vincennes (Val-de-Marne) a été construit en 1986 à côté d’une résidence de 475 logements et de bureaux, à l’emplacement de l’usine Kodak.

Sur les 6 hectares du site, on construit une école, sans aucune analyse des sols, cela deviendra un scandale énorme avec 5 cas de cancers (leucémie) chez des enfants.

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Démolition du site de Vincennes – Source

1999

« Le signalement de Vincennes (Val-de-Marne) a pour cadre un quartier résidentiel construit sur l’ancien site industriel des usines Kodak qui avaient en particulier utilisé des produits chimiques pour leur activité. Lorsque trois cas de cancers d’enfants sont connus en 1999, une relation est très vite envisagée localement entre l’ancien site industriel et l’existence de ces pathologies. Mais, à partir des premiers éléments transmis par l’entreprise et des sondages réalisés par la mairie, cette relation avec une éventuelle pollution des sols ne peut pas être établie. Les autorités sanitaires engagent de leur côté une étude qui ne conclut pas à l’existence d’un agrégat. Au vu des données, un comité d’experts considère que des investigations épidémiologiques et environnementales complémentaires ne sont pas justifiées. « Source

 

La liste s’est allongée puisque, depuis 1999, 7 cas dont 2 mortels ont été recensés, alors qu’on enregistre nationalement 4 à 6 cas de cancer par an pour 100 000 enfants de zéro à 5 ans (Le Monde du 3 janvier 2004).

 

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La mobilisation locale et la connaissance de nouveaux cas conduisent en 2001 à de nouvelles études, ainsi qu’à une campagne de communication importante initiée par la mairie. Les acteurs locaux qui se sont mobilisées entre-temps sont associés à ces études dans le cadre d’un comité de suivi. Le maire de Vincennes décide de fermer l’école de juin 2001 à janvier 2004. Les études qui sont réalisées durant cette période mettent en avant l’absence de risque sanitaire avéré pour la population. Toutefois, des campagnes de surveillance environnementale sont menées entre 2004 et 2007.

Que dit le BASOL (aujourd’hui) du site de Vincennes ?

Basol pour rappel,  est une base de données sur les sites et sols pollués ou potentiellement pollués appelant une action des pouvoirs publics, à titre préventif ou curatif. BASIAS – BASOL

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Lors de l’enquête environnementale, une mise en évidence est faite d’une pollution de la nappe phréatique sous-jacente, aux dérivés chlorés, trichloréthylène (TCE), et perchloroéthylène (PCE) appelé aussi tétrachloréthylène, (ainsi que du Chlorure de vinyle dérivé du TCE) en provenance de l’ancienne usine chimique Kodak implantée sur place, qui avait fermé, puis été démantelée en 1986, suite à une pollution au cyanure.

L’affaire des cancers de Vincennes fera office de détonateur et de révélateur pour opinion public ainsi que pour les Ministères de l’éducation nationale et de la santé.

En 2007, l’État débloque 50 millions d’euros et veut lancer un plan national de diagnostic des sols. Il faut repérer crèches, écoles lycées : Env. 2000 sites pour lesquels il faut faire des diagnostic. Un véritable devoir de de recherche, d’investigation s’impose en ce qui concerne les métaux lourds et polluants volatiles.

  • Trois catégories sont alors proposées, A, B et C
    Pour les écoles de catégories C, cela signifie que les enfants sont exposés. La sensibilisation des parents, enfants est parfois difficile. Pourtant le Plomb et le Mercure, même à très faible dose, sont dangereux. Le problème est que sur ces sites industriels, ont souvent été utilisés plusieurs produits chimiques qui produisent un effet cocktail, bien pire encore.

Une école Beauvais a fermé (classé C) pour quelques travaux sommaire depuis 2013 mais aucune dépollution.

Vincennes encore, les produits dégazent depuis 47 ans, le taux de trichloréthylène présent dans les terres dépassent jusqu’à 100 fois.

 

Vous pouvez suivre l’actualité de cette affaire depuis le blog du Collectif Vigilance Franklin – CVF

C’est toute l’histoire industrielle qui remonte à la surface avec des problèmes dans l’air des maisons.

La Pollution des sols

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Vous pouvez consulter ce document Exposition de la population française aux substances chimiques

Malheureusement, beaucoup d’écoles figurant sur la liste n’ont pas été testées.

Lien vers émission Envoyé Special, « Nos écoles empoisonnées » du 11 janvier 2018

Je reviendrai, dans un prochain article, sur la situation du Petit-Quevilly, au regard du classement de ses écoles suite aux résultats de ce diagnostic.

 

Isabelle Pompe, 31 Mars 2019

Territoire social & Voiture # 2

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In advance of a broken car, IPL, 2017

Nous avons vu précédemment dans Territoire social & Voiture # 1, l’automobile fait partie intégrante de notre « paysage ». Nous résidons, pour la plupart, dans des espaces de relégations, des banlieues où ce mode de déplacement est presque le seul moyen opérant pour se déplacer. De plus, de par notre territoire social, et ce constat, nous sommes les premiers à subir les effets néfastes de la voiture -pollution- dépendance- coût associés. Par ailleurs, il existe un amour populaire de l’automobile.

Paradoxe ?

Non, elle appartient à une culture populaire, c’est un patrimoine défendu qui possède des « valeurs ». Alors, dans cet article, nous évoquerons les modes d’expression de cette culture « voiture ».

Pourquoi ?

Parce qu’à « territoire social » s’associent des pratiques populaires qui se doivent d’être traitées sans jugement de valeur. De plus, ces cultures/ loisirs sont stigmatisés, parfois dénoncés, décriés…Ici, sur mon territoire d’habitation, sur quelques mètres à peine, je vois chaque jour mon jeune voisin et sa « voiture tunée » bleue, mais surtout, je l’entends. J’ai aussi à portée de vue, mes autres voisins en bas, en face, en train de réparer voiture, camionnette/camion qui se composent de deux groupes distincts.

C’est depuis ces postes d’observation que s’est structuré cet article, autour de deux postures: l’acteur et le spectateur. La 1ère partie de cet écrit concerne l’acteur avec la notion du « faire« – sera donc développé la pratique du Tuning. Elle sera également questionnée comme marqueur social. Nous l’avons noter, précédemment, il existe un amour populaire de la voiture, de ce fait, il semble intéressant de nous pencher sur les courses automobiles à travers la posture du spectateur. Avec Les 24 h du Mans et la Formule 1, au regard de leurs stratégies et territoires, nous développerons la question de la réception de leurs publics. Nous irons, ensuite du côté de la mécanique comme activité et secteur pour reprendre cette posture de l’acteur – « du faire« , puis vers la mécanique « sauvage« , en tant que spectateur, en nous demandant comment est définie, vécue cette pratique ? Et enfin, L’approche, à la fois anthropologique et artistique de David de Beyter, des « Big Bangers ». Cette communauté qui vit le crash de voiture comme art de vivre.

 

« Dans l’horreur que suscite, chez certains, la sociologie entre pour beaucoup le fait qu’elle interroge le premier (ou le dernier) venu au lieu de donner la parole seulement aux porte-parole autorisés ».

Pierre Bourdieu, La distinction.

 

La suite qui serait susceptible d’être donnée à cette série d’articles -consacrée à notre rapport affectif et subi aux voitures – pourrait prendre la forme d’une documentation visuel. Un travail de portrait (ethnophotographie) des résidents de ma rue et de leur véhicule.

 

1. LE TUNING

En transformant les comportements de ces populations issues des classes populaires en mépris de classe, ce sont des lieux de mémoire, générationnels par définition, que l’on attaque, que l’on moque. Une mémoire ouvrière, rurale dont le récit des portes-paroles légitimes a été si souvent refusé.

Le Tuning, un marqueur social

Pour explorer cette discipline/pratique/loisir pas si évident à définir, nous reprendrons les propos de Yoann Demoli (co-auteur avec Pierre Lannoy de l’ouvrage « Sociologie de l’automobile » paru en janvier 2019 aux éditions La Découverte), les travaux d’Eric Darras et son article « un lieu de mémoire ouvrière: le tuning » et l’émission de Chloé Leprince sur France Culture du 13 mars 2019, « Beauf, plouc et gros Jacky : de Shakespeare au tuning, ces (dé)goûts qui innervent le mépris de classe. »

 

Le « tuning » est le parangon de ce qui est moqué dans la voiture par certaines catégories sociales comme un « truc de beauf » selon Yoann Demoli Source

« Une passion pour l’automobile est une pratique culturelle classante, c’est-à-dire une pratique culturelle observée avec condescendance et mépris par les instances culturelles. Selon le sociologue Pierre Bourdieu, « la pratique culturelle sert à différencier les classes et les fractions de classe, à justifier la domination des uns par les autres ». (Source)

« Cette fracture automobile recouvre une fracture culturelle. A chaque fois qu’il est question de tuning, le message sous-jacent est : comment peut-on aimer les voitures ? Comment peut-on aimer les voitures alors qu’au mieux cet ustensile doit être perçu de manière utilitaire, sans compter tous ceux, qui, dans les grandes villes désormais, n’en possèdent plus. » Source

« Il est loin le temps où les dominants de Pierre Bourdieu avouaient aimer les voitures, il faut remonter pour cela au temps de Françoise Sagan et de Pompidou, comme si, depuis lors, les routes de chaque classe sociale s’étaient séparées sans jamais pouvoir se rejoindre. » Source

 

Une tentative de définition

« Le tuning semble défier la sociologie de la culture : il relève à la fois de l’activité populaire et esthétique, de la pratique culturelle et sportive, individuelle et collective, de la « passion » ordinaire préservée bien que fortement méprisée et réprimée par le droit et les forces de l’ordre ; il s’agit encore d’une activité culturelle pratiquée par de jeunes hommes virils et pourtant patients et exigeants, des individus modestes pour un loisir coûteux. » Eric Darras – source

Un aperçu historique

De son côté dans l’émission de France culture, nous parlerons plus facilement de loisir.

« Ce loisir né de la bidouille de vieilles carcasses avec le “hot rod” dans l’Amérique des années 20 pour faire des rodéos du côté de San Francisco, est arrivé en France au début des années 1990. Au plus fort de son succès, voilà une petite dizaine d’années, les sites spécialisés estiment que le tuning aurait rassemblé jusqu’à 200 000 passionnés.

Entre-temps, sa popularité outre atlantique devait beaucoup à la jeunesse hispanique puis aux rappeurs à grosses cylindrées dorées. » Source France Culture

Qui sont ces passionnées?

Le travail d’enquête sur le terrain mené, dans la région de Montauban en 2012, par Eric Darras a permis de souligner que tous ou presque appartenaient à une jeunesse rurale. Tous sont confrontés aux  » transformations socio-économiques lourdes auxquelles ces jeunes hommes tentent aussi d’apporter leurs réponses par le tuning. Mais les tuners se distinguent néanmoins des plus démunis par les ressources, savoirs et savoir-faire précisément objectivés dans et par leurs véhicules tunés, objets d’une fierté individuelle et collective. » Source Eric Darras

Pourquoi?

« Le tuning revêt des critères esthétiques, célébrés lors des meeting et autres compétitions. Les prix, trophées sont autant de récompenses convoitées ce pourquoi le « Faire pour faire » est primordial et ces « ouvriers qui font du beau »  deviennent des « œuvriers ». L’idée étant que « c’est beau parce que c’est bien fait« , l’amour du travail bien fait doit être perceptible : « l’objectif c’est de montrer notre passion ». »Source

Les « mains » & l’enfance

Chez les virtuoses, le tuning prolonge un intérêt déjà ancien pour le dessin ou la mécanique parfois devenue activité professionnelle. L’enfance, comme origine de la vocation est citée, pour les plus doués.

Passages

L’évolution des customisations évolue avec l’âge, le vélo, puis les scooters, motos en enfin la voiture avec l’obtention du permis de conduire comme libérateur, désinhibant moyen d’avoir enfin accès au Graal. Avec l’âge, la passion se transforme en vocation.

La quête

Ils désirent exprimer, créer, montrer une pièce unique, rare et singulière afin d’obtenir davantage le respect des pairs plus que l’admiration des non-initiés. Une façon de façonner, de s’opposer aux modèles ordinaires, de se placer face à la mécanisation qui engendra, avec elle, la standardisation. La fierté tient en l’art de faire soi-même.

Quel est leur territoire d’habitation?

Les tuners vivent le plus souvent dans un environnement industriel rural ou semi rural, dans des bourgs péri-urbains dans la ceinture des 20 à 30 km autour de villes moyennes selon l’article d’Eric Darras.

« Ce loisir qui consiste à accessoiriser, modifier soi-même, et décorer sa voiture au prix de longues heures de travail et souvent d’un vrai budget, Eric Drouet le pratique en effet depuis “Muster Crew”, une association qui rassemble près de cinq mille passionnés en Seine-et-Marne, le département à l’est de Paris. »Source France culture

Fierté ouvrière et patrimoine

« Comme affirmation populaire du soi, le tuning est une manière obstinée et créative de s’exprimer sous contraintes, une mémoire « d’en bas ». Comme pratique culturelle il rappelle, par le bas, et non sans une certaine lucidité tragique, la richesse perdue d’une vie populaire dans toutes ses dimensions culturelles, sociales ou affectives » ajoute Eric Darras.

Épisode Ford Mustang

(Citée dans la 1ère partie  » Territoire social & voiture # 1″) Revenons à ce modèle de voiture un instant.  « La motivation de Benjamin est patrimoniale, il certifie fièrement que sa Ford mustang rutilant était une « épave » lorsqu’il l’a acheté. Il s’agissait de le sauver, comme d’autres sauvent des monuments historiques. La mustang relève pour beaucoup de passionnés de l’automobile du chef-d’œuvre de la culture ouvrière. Source Eric Darras

* Cette voiture a vu le jour en 1964, pensée comme une petite voiture sportive qui envahirait les rues, elle fit une entrée fracassante. Ford venait de réinventer l’automobile pour les jeunes américains, de plus, de nombreuses options étaient disponibles pour agrémenter la voiture, le but étant que chacun ait une Mustang unique.

Voitures sportives comme étalon

« Les tuners prennent pour référence constante les voitures sportives, notamment allemandes, dont ils cherchent à reproduire les principaux marqueurs de distinction : becquet arrière des Porsche, ouverture des portes papillons des Lamborghini, pneus larges, jantes chromées… »précise Eric Darras.

Aujourd’hui en France

Monde de l’Auto Samatan

Les 21, 22 et 23 septembre 2018, s’est tenu le 11ème Monde de L’auto à Samatan. Avec ses plus de 4000 m² d’expositions de modèles et d’animations, le salon attend  plus de 10 000 personnes. Cet évènement doit son existence à des passionnés de la mécanique. Source  La commune de Samatan (Gers) compte environ 2400 habitants.

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Youngtimers

Depuis quelques années déjà, nous assistons à un retour en force voire à une déferlante des tendances des décennies 80- 90, en écho, les styles et pratiques convergent au point de concerner la mode, les modèles qu’ils soient vestimentaires ou encore ceux des voiture.Site du magazine Youngtimers

Les 1ères conséquences pour les modèles de véhicules, leurs côtes enflent. Ces nouveaux acquéreurs représentent des nouveaux collectionneurs mais ils couvrent aussi un très large spectre tant aux niveaux des modèles recherchés (berline, sport, grand tourisme, prestige) que des moyens financiers dont ils disposent. Les youngtimers sont à comprendre comme « jeune voiture de collection« , par conséquent une pluralité de marques et de modèles sont concernés toutefois la rareté de production et l’état conditionnent, en général, le passage de statut. La légitimation s’opère avec certains critères, sous condition.

  • La vente « Dream garage « 

RM Sotheby’s a proposé 140 youngtimers aux enchères. L’ensemble des lots de la collection était réparti sur quatre ventes: Paris, Amelia Island, Fort Lauderdale et Essen. Une vingtaine d’entre eux seront vendus le 6 février 2019, place Vauban à Paris. Pour la vente à Essen, deux Renault 5 Turbo 2, un modèle dont la cote atteint des sommets: entre 80 000 et 90 000 euros et une Lancia Delta HF Integrale Evoluzione «Martini 5» de 1992 (estimation 120 000 – 140 000 euros), par exemple.Source vente Essen

 

 

LA QUESTION DE LA RÉCEPTION

« A raison de 1500 euros minimum pour faire repeindre toute la carrosserie (mais facilement le triple pour de la peinture mate et des éclairs qui lacèrent les flancs) et des détails mécaniques insoupçonnables à l’oreille profane, le tuning est vite devenu un objet de raillerie. » Source France culture

 

Émission Strip-tease

135.3 db, un épisode de l’émission Strip-tease diffusé par France 3 en 2000. Le protagoniste resté dans les annales de la télé après ce passage s’appelait Christophe, qui, vingt ans plus tard, fait encore l’objet de nombreux commentaires ricanants à chaque fois qu’un internaute rend une copie de l’archive accessible depuis YouTube.

« C’est du côté de Douai, dans le Pas-de-Calais, que Strip-tease avait déniché Christophe, 23 ans, des enfants tôt, un Marcel, l’accent picard et une R21 « tunée » dont le pot d’échappement s’écoutait au ras du sol. »

Traitement médiatique

Dans les médias généralistes, on continue de parler plutôt comme d’une pratique exotique un peu grotesque, macho et pas très finaude. C’est le principe de la caricature : les ailerons dorés et le moteur qui grogne fournissent des images plus spectaculaires pour dire une jeunesse souvent rurale, plutôt invisible dans les médias. Source FC Les clichés opérant comme des objets caractéristiques de distinction: la tenue, l’accent et la pratique culturelle moquée (non légitimée par la haute culture) seront repris par les médias tels que les Inrocks (ils en ont fait, par exemple, leur deuxième moment d’anthologie de toute l’histoire de l’émission Strip-tease.) Strip-tease en 7 épisodes cultes – Les Inrocks

Le tuning ne relève pas d’une pratique isolée, elle est régulièrement associée aux présentations de voitures anciennes dans des salons et autre foires, aux courses auto/moto.

 

2. LA COURSE AUTOMOBILE

La course automobile est un sport et donc une pratique culturelle. En choisissant volontairement des manifestations très connues, c’est une façon de s’adresser à notre mémoire collective de téléspectateurs, à notre expérience commune de spectateurs. Aborder ces courses permet de se demander ce qu’elles peuvent produire comme image, comme réception populaire et comme forme d’attachement.

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24H du Mans 2016 Source

« Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle: la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive…Une automobile rugissante, qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la victoire de Samothrace.«  Filippo Tomaso Marinetti, Manifeste du Futurisme, 1909.

2.1 Les 24h du Mans

« L’automobile agit sur les représentations communes. Elle émeut, elle agit sur la sensibilité, elle fait intervenir l’émotivité. L’automobile ne laisse pas insensible les individus par toute une production médiatique qui a modelé les consciences individuelles de manière à ce qu’elle soit vue sous une certaine forme sympathique ayant donné naissance au mythe de l’auto. D’où son passage d’objet utilitaire à valeur économique à Objet mythique à valeur sacrale » selon Nathalie Halgand (Source)

Pour réaliser cette 2ème partie, l’idée étant toujours de questionner la réception, c’est l’article d’Eric Leser, du 18 juin 2017, pour Slate, qui m’a, ainsi, servi de point de départ. En écho, nous nous tournerons vers la bande dessinée Michel vaillant, puis en direction de la Formule 1. Un article de Michel Pinçon et Monique Pinçot-Charlot, « Sur la piste des nantis, les rallyes » de septembre 2001 au Monde Diplomatique ainsi que celui de Nathalie Halgand  » La passion de l’objet : le cas de l’automobile « Des œuvres d’art sur quatre roues » ont apporté leurs échos sociologiques.

L’intérêt de parler des 24h du Mans tient à la typologie de ses publics et au territoire au sein duquel elle s’inscrit, en outre, rappelons-nous les adeptes du tuning et leur référence en termes de véhicule: « les voitures sportives, notamment allemandes, telle que celles de la marque Porche « . Il se trouve que les 24h du Mans et la marque Porche, c’est une longue histoire avec 19 victoires, à ce jour.

  • La cas Mercedes-Benz

C’est avec l’accident dramatique de 1955 qui couta la vie à plus de 80 spectateurs dans les tribunes ainsi qu’au pilote français, de la Mercedes-Benz 300 SLR, Pierre Levegh. (Il s’agit du plus grave accident de l’histoire du sport automobile) que Mercedes s’est retiré de la compétition automobile en tant que constructeur pour les 43 années à venir au Mans, et durant 55 ans en Formule 1. Source images

Un peu d’histoire

Cette course automobile d’une durée de 24h se déroule en juin (l’édition 2019 se déroulera le 15 et 16 juin) et existe depuis 1923. Une semaine d’évènements est organisée autour de cette course.

La course en chiffres

  • Une fois par an
  • 1 journée test qui rassemble 23000 spectateurs Chiffre 2015
  • Elle dure 24h soit l’équivalent de 17 grands prix de F1
  • 1 circuit de 13kms avec une ligne droite de près de 5kms
  • 330 kms/h (vitesse enregistrée sur la droite des hunaudières)
  • Les véhiculent sont à fond 85% du temps.
  • 258 000 visiteurs pour son édition 2017 (publics très fidèles)
  • 5000 Kms de jour comme de nuit (certaines portions de la course ne sont pas du tout éclairées)
  • 3 pilotes qui se relaient environ toutes les 3 heures
  • 22 pilotes y ont perdu la vie depuis sa création (chiffre 2017)

La course et ses caractéristiques

  • Course la plus prestigieuse au monde
  •  Banc d’essai incomparable
  • Offre un spectacle unique chaque année
  • Scénario dramatique
  • Les plus grands constructeurs mondiaux sont présents

« Des animations et des concerts plébiscités par le public – un accueil du public toujours plus soigné et des conditions d’accès au circuit facilitées grâce aux parkings gratuits. » Source

La course et les pilotes féminins

Michèle Mouton a marqué l’opinion au volant de son Audi Quattro en remportant quatre rallyes de championnat du monde au total (Sanremo 1981, Portugal 1982, Acropole 1982, Brésil 1982) et deux fois la course de côte de Pikes Peak (dont une fois au classement général). En 1975, elle remporte, dans la catégorie 2 litres, sa 1ère victoire au 24H du Mans.

La course et sa réception chez les acteurs de cinéma

Beaucoup de comédiens ont un rapport singulier, à noter Paul Newman qui a fini deuxième en 1979. Steve McQueen, dont le destin s’est noué autour de ce circuit, s’est ruiné en faisant, en 1970, un film devenu mythique baptisé simplement: Le Mans. Le documentaire, The man & Le Mans, sorti le 11 novembre 2015 de John McKenna et Gabriel Clarke lui rend hommage.

La course en termes d’expérience de spectateur

« L’ambiance magique qui règne sur le circuit, qui grouille encore de spectateurs, en dépit de l’heure tardive. On ne le dira jamais assez : la nuit Sarthoise reste un moment assez unique » Source

« Le hurlement métallique, lancinant et déchirant des moteurs, et les disques de frein qui rougissent la nuit dans les virages, les échappements lâchant des flammes saccadées. Le plaisir mécanique à l’état pur. »

Les 24h du Mans font office de pèlerinage pour les « nostalgiques de l’automobile triomphante, de la vitesse et de la fureur des machines« . Source Eric Leser pour Slate

 

…… »Le paradis sur terre », « il faut imaginer l’ambiance, le bruit! », « je suis devenu accro« , « une institution », « le plus beau circuit du monde », « l’exploration du mythe« , « circuit mythique, « légendaire« …

La course et sa diffusion télévisuelle

Pour son édition 2018,  » Course internationalement reconnue, les 24 Heures du Mans disposent d’une couverture télévisée conséquente en France, avec notamment les chaînes de France TV et d ’Eurosport« . Source

Pour son édition 2016, « Les 24 Heures du Mans font partie de ces évènements sportifs retransmis à travers le monde grâce à une couverture télévisuelle de grande ampleur. Cette année la course sera retransmise dans 190 pays pouvant ainsi potentiellement être suivie par 802 millions de téléspectateurs. « Source

2015,  « La couverture télévisuelle des 24 Heures du Mans avait atteint 100 millions de téléspectateurs uniques et l’épreuve était l’événement sport mécanique le plus regardé en France et dans plusieurs autres pays (chiffres Eurodata 2015 mesurés dans plus de 30 marchés). »Source

  • Par comparaison, C8 avait rassemblé, devant le Grand Prix de Monaco en Formule 1 en 2017,  1 million de téléspectateurs.Source

Michel Vaillant & La course

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Michel Vaillant de Jean Graton – Graton éditeur

« Attention Légende ! Au volant de sa Vaillante, le célèbre pilote automobile a fait frissonner bien des lecteurs qui se demandaient comment il réussirait à déjouer les pièges des écuries concurrentes et les soucis mécaniques tout en franchissant le drapeau à damier en pole position. La réponse dans cette intégrale indispensable. « Source

Cette Série de bandes-dessinées a été créées par Jean Graton en 1957. Le grand défi est le 1er album sorti en 1959. Depuis ses débuts, les aventures de Michel Vaillant passionnent les amateurs de courses automobiles mais aussi les lecteurs moins accrocs aux sports mécaniques, qui se sont attachés à la famille du célèbre pilote. (Source) Aujourd’hui, les 70 titres de la collection Vaillant totalisent plus de 20 millions d’albums vendus dans 16 pays, dont les États-Unis et le Japon » Source

 

Sociologie de la Ville du Mans

La ville du Mans, nettement marquée politiquement à gauche, porte plusieurs surnom dont celui de L’ouvrière. Elle a été l’une des plus grandes plaques tournantes industrielles de l’Ouest de la France durant les XIXe et XXe siècles (« La plaque tournante de l’Ouest »ou « Porte de l’Ouest » pour son réseau autoroutier et son rôle de distributrice ferroviaire).

Le Mans en quartiers

La ville dont la population avoisine les 143000 habitants est divisée en 6 secteurs soit 72 quartiers. Parmi eux, l’Insee a désigné cinq quartiers de la ville comme des ZUS : Les Sablons, Bellevue, les Ronceray, Les Glonnières et l’Épine. Deux autres quartiers sur la commune d’Allonnes sont également considérés comme tels : Chaoué et Perrières.

Le Mans figure à la 57e place parmi les 100 plus grandes villes de France concernant le taux de pauvreté selon la Gazette des communes – 2014 Le taux de pauvreté s’établit à 19% (37000 personnes). Un chiffre comparable avec d’autres grandes villes de l’Ouest, comme Angers Caen ou Tours, moins touchées par la crise que des agglomérations du nord et du sud de la France. Par exemple, le taux de pauvreté peut aller jusqu’à 75 % dans certains quartiers de Marseille, trois fois plus que la moyenne de la ville.

« L’Ouest, de tradition moins inégalitaire et moins marqué par la crise, est moins représenté » indique la Gazette des communes Source

 

—Dans cette approche de la voiture comme pratique culturelle, nous avons questionné son inscription sur un territoire social. Nous avons évoqué le Tuning et les Youngtimers. La course des 24h du Mans en interrogeant son ancrage local à travers la ville du Mans notamment. Celle-ci, en effet, se montre sous un jour moins inégalitaire que d’autres territoires d’habitation. Cependant, la voiture s’incarne aussi socialement que ce soit par les véhicules de prestige mais aussi par des comportements excluants tel que l’entre-soi économique. 

 

2.2 L’auto & la haute bourgeoisie

La voiture c’est une question de vocabulaire, de niveau de langage. Alors que nous venons d’aborder cette pratique culturelle à l’aune du Tuning et de la course, Les 24h du Mans, évoquons, brièvement, les rallyes et « l’auto ».

Automobile Club De France

Les membres de la haute bourgeoisie fréquentent les cercles, tels, à Paris, l’Automobile Club, place de la Concorde, ou le Cercle de l’Union interalliée, rue du Faubourg-Saint-Honoré.

  • « Premier Automobile Club au monde fondé en 1895, “l’Auto” incarne une institution pionnière qui s’établit dans le somptueux écrin du 6 et 8 place de la Concorde dès 1896. »Source

« Les rallyes existent depuis le début des années 1950, ils représentent la troisième instance de socialisation après la famille et l’école pour la haute bourgeoisie. Le rallye atteint presque toujours son objectif : faire en sorte que les jeunes ne ruinent pas un avenir brillant, un destin hors du commun, par une mésalliance qui viendrait rompre le fil de la dynastie, noble ou bourgeoise. Il n’y a pas de libre concurrence dans l’économie affective grande bourgeoise. »Source

C’est en relisant la partie de l’article « Sur la piste des nantis, les rallyes » paru au Monde Diplomatique en septembre 2001 des sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon -Charlot, qu’il m’est apparu évident de reprendre certaines citations en rapport avec le territoire social qui est le nôtre. Source

Le traitement des espaces publics est aussi révélateur d’inégalités profondes dans les conditions de vie générées par l’intervention des administrations locales. Ainsi, à Paris, le périphérique, et son vacarme incessant, est couvert dans les quartiers de l’Ouest, ceux de la bourgeoisie, alors qu’il est à l’air libre dans de nombreux autres secteurs. La voirie est différente entre les beaux quartiers et les arrondissements pauvres.

« Le patronat, un singulier qui désigne un ensemble d’agents sociaux auxquels on peut supposer une certaine unité de vues, est remplacé par les entreprises, un pluriel d’entités individualisées.  »

 » La mobilité n’est pas la même selon qu’elle est contrainte ou choisie, selon qu’elle est une condition de survie ou qu’elle fait partie d’un mode de vie et d’une identité. »

« Tout en manifestant ce collectivisme pratique, la grande bourgeoisie prône l’idéologie de l’individualisme. »

 

3. La Formule 1

Cette discipline sportive a suscité des grands moments de liesse dans l’histoire du sport et certains grands prix sont gravés dans tous les esprits. La Formule 1 c’est aussi des écuries mais surtout des pilotes dont les renommées sont internationales.

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Ayrton Senna- McLaren Honda – 1989 – Grand Prix de Monaco

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Résultat du Grand Prix de Monaco 89 Source

En 2018, le Grand Prix de Monaco a été remporté par Daniel Ricciardo ( Red Bull – Tag Hauer) en 1h 42’54’807′
En 30 ans, 10 minutes sont gagnées mais est-ce ainsi qu’il faut regarder ce sport ?

 

 

Un bref historique

Considérée comme la reine des catégories du sport automobile, comme un aboutissement pour les pilotes, elle est l’un des évènements sportifs les plus médiatisés, avec la coupe de monde de Football et les Jeux olympiques. La Formule 1 est officiellement crée en 1946, sa réglementation est effective en 1948 et voit s’ouvrir son 1er championnat en 1950. Elle trouve son origine dès les années 20/30 avec les courses automobiles disputées en Europe. Au fil du temps, l’escalade des performances, la puissance croissante des moteurs ne vont pas sans engendrer des problèmes de sécurité. Des changements réglementaires tentent d’endiguer le taux de mortalité des pilotes (35 décès de pilotes en course ou en essai). De l’ innovation à la révolution technologique en passant par le basculement économique, introduit par les pays émergents, la formule 1 ne cesse de changer d’ère.

  • Le cas Mercedes

55 ans après leur accident tragique survenu lors des 24h du Mans de 1955, le constructeur auparavant motoriste, s’engage sous son propre nom, Mercedes Grand Prix, en 2010, pour les championnats du monde. 2014 marque le début d’une période totalement dominée par Mercedes Grand Prix, avec cinq titres des constructeurs, cinq championnats du monde des pilotes (Lewis Hamilton en 2014, 2015, 2017 et 2018, Nico Rosberg en 2016), soixante-quatorze victoires entre 2014 et 2018, trente-neuf doublés, quatre-vingt-quatre pole positions, et un record de dix-neuf victoires et vingt pole positions en une saison en 2016.

Mercedes et le marché français :  Marque leader du premium en France devant Audi et BMW en 2017. Avec 68’007 immatriculations au 31 décembre 2017, au sein d’un marché global qui avoisine les 2’110’000 véhicules neufs, Mercedes reprend son fauteuil de leader et enregistre, par la même occasion, sa meilleure performance dans l’Hexagone. Source

 

 Typologie des circuits

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A raison de 35 millions d’euros exigés par la FOM, les pays émergents ont pu bénéficier de l’autorisation d’organiser leurs propres grands prix.

Argent & politique

Stratégie & modifications

FOM ( Formula One Management) – En 2017, à la suite de la prise de contrôle de la Formule 1 par le groupe américain Liberty Media, Chase Carey prend les commandes de la discipline et remplace, à ce poste, Bernie Ecclestone qui a régné, sur elle, durant quatre décennies.

Bernie Ecclestone, homme d’affaires anglais, s’est illustré au travers une stratégie de conquête des pays émergents: sur les 21 épreuves du championnat, il faut en compter 12 organisés hors d’Europe. Celui, qui s’est exprimé, en 2016 sur le fait qu’il refusait de voir des femmes au volant des monoplaces au motif qu’elles ne serait pas crédibles, s’est vu, en 2014, accusé d’ avoir versé 44 millions en pots de vin pour prolonger son règne de 40 ans sur la formule 1….

  • Une volonté d’exclusivité

En 2008, lorsque le coût du plateau – c’est-à-dire la facture garantissant la présence des 22 acteurs de la F1 – a approché les 18 millions d’euros par an, la Fédération française du sport automobile, qui avait pris le relais des organisateurs, a abandonné la partie: c’est donc la suppression du Grand-Prix de France de Magny-Cours*. Celle-ci a été  vivement critiqué par les fans.  *Ce circuit, situé dans la Nièvre en Bourgogne, a accueilli un grand prix de 1991 à 2008. La France a perdu ainsi un circuit qui permettait de créer de la diversité au regard des publics tant en termes de territoire/région mais aussi socialement par opposition à Monaco ou au Castellet. Désormais, la France est exclusivement représentée par la région du sud-Est pour l’organisation de ses grands prix.

Rolex– « La marque signe un accord de partenariat global avec la Formule 1. Elle devient, à partir de 2013, et pour plusieurs années, l’un des principaux partenaires de la Formule 1™ en tant que Chronométreur Officiel et Montre Officielle. »Source. Cette marque de luxe, pionnière du sponsoring sportif, est visuellement très voire trop présente sur les circuits, au point de saturer et de créer, de par sa présence exclusive, une forme de pollution visuelle. En termes d‘image, « Rolex reste la marque non seulement la plus connue du monde, mais aussi la plus prisée sur le marché du vintage. Un succès qu’elle doit en partie à ses collectionneurs dont la passion a tendance à devenir une obsession », soulignait le journal Le Point en 2016. Source

  • Un changement de marque, changement de monde

Rolex représente 4, 3 milliards de C.A estimé en 2014, elle se place 1ère au classement des maisons horlogères suisses en terme de chiffres d’affaire.

Tag Hauer est un partenaire historique de la course automobile avec les 24 h du Mans et la Formule 1 via ses partenariats avec Ferrari puis McLaren (depuis 1985).  Ce dernier a aussi sponsorisé les très grands de la discipline: de Fangio à Alain Prost, en passant par Ayrton Senna, ou plus récemment Kimi Räikkönen, Jenson Button et Lewis Hamilton. Cette marque est également associée à Steve McQueen et à sa « Monaco » au poignet pour son film Le Mans (1971). Cependant, en termes de poids, Tag Hauer pèse cinq fois moins que Rolex.

Steve McQueen Monaco Tag Hauer Le Mans.jpg

  • Les pays émergents et la culture masculine

« La croissance du marché masculin dans le luxe est intrinsèquement liée au développement économique des pays émergents, en Asie, en Amérique latine, au Moyen-Orient ou en Afrique. « Ici, on est bien loin du modèle occidental qui conjugue surtout le luxe au féminin », souligne Joëlle de Montgolfier, directrice senior du pôle Études & Recherche chez Bain & Company sur la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique. La Chine fait figure d’exemple et de leader : au niveau national, la part des achats masculins s’élève à 70 % du secteur du luxe. » Source

  • La formule 1 et les femmes

Cette discipline sportive que l’on pensait exclusivement réservée aux hommes en termes de pilotes fait apparaître quelques petites surprises: Lella Lombardi, la dernière en date, a été la seule a avoir participé au plus grand nombre de grand-prix. Elle est la seule femme à avoir terminé un Grand Prix de Formule 1 dans les points, en Espagne lors du championnats du monde 1975. Elle se classera 6ème. Nous pouvons citer également Divina Galica, Désiré Wilson et Giovanna Amati.Source

Les GRID GIRLS

« Employer des grid girls (filles sur la grille) a été un élément de base pour les Grands Prix de formule 1 pendant des décennies », a rappelé le patron américain (de la FOM) Jusqu’à leur remise en cause à la mi-décembre 2017. Pour l’occasion, la BBC effectue un sondage auprès de ses auditeurs. Il en ressort que 60 % sont favorables au maintien des filles sur la grille.

Depuis 2018, ce sont des enfants qui accompagnerons les pilotes (à surveiller pour cette période de grand-prix 2019 qui commence). L’idée étant de contribuer au rajeunissement des publics, d’apporter davantage de divertissement et de défendre des valeurs sociétales différentes, une des conséquences du mouvement #MeToo Source

Bernie Ecclestone (patron de la F1 pendant 4 décennies), 87 ans, s’exprime sur le sujet: » « Les pilotes aiment [les grid girls], le public les aime, et ça ne pose problème à personne. Il faudra m’expliquer en quoi cela gêne de voir une fille, jolie qui plus est, se tenir avec un panneau devant une voiture avant le départ d’un Grand Prix. »Source

Anciens mondes Vs Nouveaux mondes?

La stratégie de FOM consiste en un repositionnement sur le marché mondial de la marque avec d’une part son redéploiement géographique – Le retrait de certains circuits relevants des pays de  « l’ ancien monde« , substitués par ceux  des « nouveaux » –pays dits émergents-  est potentiellement envisageable. En termes d’image, la FOM veut incarner la puissance du luxe et s’assurer des capitaux extérieurs au détriment des publics fidèles, des sportifs et de la vision même du sport. Une forme de pureté perdue est régulièrement soulignée par les anciens sportifs et publics. De plus, l’hyper sophistication des monoplaces apporte une certaine vision du sport automobile qui peine à toucher, à émouvoir. Les monoplaces sont des engins extrêmement complexes, ce qui ravit les experts/marques mais n’est pas source d’intérêt chez les publics.

La décennie 1990 plébiscitée par les publics

Une certaine nostalgie est remarquée lorsque les journalistes sportifs de la chaine « Formula One » (YouTube – 2 millions d’abonnés) demandent aux  internautes, en 2016, de voter pour leur « duel préféré entre pilotes » lors de grands prix ou encore leurs grands prix d’Espagne, de Belgique, d’Autriche préférés: les années retenues (dans l’ordre) sont 1992, 91,  98 et 99.

  • 1994 et la question de l’éthique

 Questionner l’éthique des intérêts financiers dans le sport c’est aussi revenir vers des accidents mortels. Le circuit d’Imola a provoqué le décès, sur le circuit, de l’autrichien Ratzenberger le samedi 30 avril 1994. Une loi italienne interdit l’organisation ou le maintien d’un événement sportif en cas de décès d’un des acteurs. Roland Ratzenberger est pourtant mort sur le coup mais les officiels se seraient arrangés pour que son décès ne soit annoncé qu’à l’hôpital de Bologne. Propos confirmés ensuite par le docteur Ricci, chargé des autopsies de Senna et de Ratzenberger à l’Institut médico-légal de Bologne. Roland Ratzenberger n’est pas mort «d’un arrêt cardiaque», comme l’affirme la Fédération internationale de l’automobile (FIA), mais a été tué sur le coup. Source Le lendemain, dimanche 01 mai, Ayrton Senna se présente dans le paddock, prend le volant de sa Williams et meurt à son tour, juste après l’accident, devant 300 millions de téléspectateurs…Mais là encore l’annonce de son décès ne sera indiquée qu’à la fin de la course.

  • La place de la politique en deux épisodes

Réunies au sein de la Formula One Constructors Association (FOCA), un groupe de pression destiné à défendre les intérêts des principales écuries britanniques entendent peser plus lourdement sur la direction de la discipline en profitant de la passivité de la CSI.

En 1978, avec Jean-Marie Balestre nommé à la tête de la CSI, les choses changent. La CSI devient FISA. Les conflits entre les deux groupes FOCA et FISA se « soldent » avec les différents acteurs concernés en 1981. Ils signent, les « Accords de la Concorde » qui entérinent le partage des pouvoirs entre FISA et FOCA…

  • La géopolitique

la Chine ou la Russie aujourd’hui, ou dans un but d’expansionnisme économique, le Qatar, entretiennent des relations tortueuses avec le sport. Ce dernier est un soft power qui permet d’exister aux yeux du monde et d’attirer des capitaux extérieurs.

Conséquences sur les publics

Alors que, comme nous l’avons cité en amont, le duel Senna/ Prost passionnait à hauteur de 300 millions de téléspectateurs il y a plus de 20 ans, ils sont 400 millions en 2016. Ils étaient 450 millions en 2014 contre 510 millions en 2011. Le désintéressement n’est pas seulement français ou européen mais bien mondial. Ces chiffres interpellent d’autant plus que la population mondiale ne cesse de croître, à raison de 400 millions tous les 5 ans et que le nombre de grands prix est passé de 162 (1990/99) à 177 depuis 2010.

« Le Wall Street Journal révèle, en outre, que deux facteurs, pouvant expliquer cette baisse importante, correspondent à une deuxième partie de saison dominée par Sebastian Vettel (Ferrari depuis 2015) et au changement de diffuseur en Chine et en France. »Source

2013, diffusion sur canal +

« En passant sur Canal+, chaîne payante, les audiences ont chuté en France car les téléspectateurs ne souhaitent pas payer un abonnement uniquement pour regarder les courses de Formule 1. Il est vrai que le dimanche après-midi, les français entre autres, avaient pour habitude de regarder les Grands Prix sur TF1.

L’impact des modes de diffusion a été, en partie, rejeté par certains publics car ces derniers étaient excluants.

  • Lorsqu’on « sonde » des personnes à ce sujet, les 18 – 25 ans se souviennent que « leurs parents regardaient le Grand Prix » mais eux se sont très vite désintéressés du sport automobile. « 

Remarques: L’impression formulée par les publics est qu’il n’y a plus autant de compétition qu’auparavant entre les coureurs, que le podium est occupé par les mêmes constructeurs et ne laisse plus de place aux surprises ni aux outsiders. De plus, cette typologie de course (sa longueur ou son absence de surprise) peut ne pas correspondre à la génération « z » souvent associée à la culture du « zapping ».

L’image véhiculée d’un sport sous influence politique/géopolitique et financière est doublement négative lorsque les stratégies se font au détriment des coureurs. L’interrogation porte sur « l’essence du sport » ? Que reste-t’il de sa dimension humaine et de ses valeurs ?

Stratégie mise en place

  • Renouveler son public, le rajeunir.
  • Séduire un nouveau public via FB avec des monoplaces « plus agressives », « plus performantes ».
  • L’âge des coureurs est à prendre en considération, par exemple Charles Leclerc est le 1er coureur automobile à rentrer chez Ferrari (2019) si jeune, il a 21 ans. Pour les grands prix 2019, ils seront les plus jeunes à concourir (tous ont moins de 25 ans) depuis 1950.

 

Quittons le paddock pour écouter les paroles d’un conseiller d’orientation:

« Vous savez, Antoine n’aime pas trop les activités intellectuelles ; il ne lit quasiment pas, écrit très peu et en plus il a une orthographe épouvantable… Peut-être serait-il plus à son aise, plus heureux, dans une filière professionnelle… » Source

 

3. LA MÉCANIQUE

 

La mécanique (à comprendre par « secteur »), premier employeur de France, est présente dans de nombreux secteurs de pointe comme l’aéronautique, l’énergie, la mécatronique, la robotique… Les recrutements font la part belle aux jeunes techniciens et aux ingénieurs.Source

Mécanique et école

Cette tribune de 2016 d’Alain Bentolila parue au Journal Le Monde nous rappelle le mépris entretenu de la France pour ses métiers, ses filières techniques.

 » Comme si les activités manuelles étaient le juste aboutissement ou la juste sanction de l’échec scolaire. Disons-le fortement, il s’agit là d’une insulte aux savoirs fondamentaux comme à la noblesse du geste. »

 

Pour traduire l’échec scolaire ou le désaveu de l’école, voici comment sont considérées les personnes en fonction de leur parcours scolaire selon Roger Cornu  {( sociologue et chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS)} « si vous n’avez pas le bac, aujourd’hui, vous êtes considéré comme un déchet« . Comment comprendre ce rapport à l’autre alors que ce système injuste produit de l’image négative. Commençons par la question de l’impérieuse nécessité de la main-d’œuvre.

Travailleurs & ouvriers

Dès la première guerre mondiale, la France, doit faire face à une pénurie de main-d’œuvre masculine nationale. Celle-ci s’impose aux autorités françaises comme un des problèmes les plus aigus. Après 1945, c’est principalement à l’Italie de pourvoir la France en travailleurs. Cependant, à la fin des années 1950, l’immigration italienne vers la France se réduit alors que les besoins en main-d’œuvre augmentent en conséquence de la croissance économique et des effets de la guerre d’indépendance algérienne (suspension de la libre circulation entre l’Algérie et la France, mobilisation du contingent). Si l’Espagne devient la principale source de travailleurs immigrés, les autorités françaises commencent à tolérer plus amplement la venue irrégulière d’étrangers.

Nous allons observer certaines caractéristiques migratoires. Nous savons qu’au Petit-Quevilly s’est installée une importante communauté portugaise. L’immigration portugaise ne date que de la fin des années 50. Les Portugais deviennent en quelques années la « communauté » étrangère la plus nombreuse. En dix-sept ans, les Portugais en France passent de 20 000 (1958) à 750 000 (1975). Source

Cette carte fait apparaitre une très forte progression de la part de la population active employée dans l’industrie qui correspond à l’essor industriel mais l’on constate que tous les territoires ne sont pas concernés de la même manière. Nous pouvons remarquer que la Seine-Maritime est dans le « rouge » (plus de 40% de la population active) depuis 1860.

 

  • Travailleur, ouvrier, employé ?

L’ouvrier ne se définit plus comme tel, nous indique Martin Thibaut (sociologue du travail à l’université de Limoges, a entamé son enquête, Ouvriers malgré tout (Raison d’agir éditions, 2013). Ces derniers ont investi d’autres secteurs. Il se tertiarise. Par ailleurs, il observe que la parole est donnée aux ouvriers lorsque les entreprises sont délocalisées car « Ils apparaissent comme un monde vieux, finissant« .

Selon l’Insee, la France compte 6,3 millions d’ouvriers, classés en trois catégories : qualifiés, non qualifiés et agricoles. Un chiffre en net recul par rapport aux années 1970. Alors qu’ils occupaient 40 % des emplois il y a quarante ans, ils n’en occupent plus que 20,5 % aujourd’hui. Source

Au total, un homme français sur trois ayant un emploi est encore un ouvrier. (Le secteur reste masculin à 80%)

« Les ouvriers représentent encore près du quart (21,5 %) de la population active, c’est important. Ce qui a vraiment décliné, c’est leur visibilité  » selon le sociologue du travail, David Gaborieau

 

« On s’intéresse rarement à l’intérieur des usines, comme s’il n’y avait plus que des ouvriers sans emploi » ajoute Roger Cornu { ( sociologue et chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS)}.

Les ouvriers et leur invisibilité médiatique

« A la télévision, seules 3 % des personnes interviewées sont des ouvriers, contre 61 % de cadres, selon le baromètre de la diversité du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) »

Ouvrier – Employé

Les deux « désignations » ont perdu de leur « sens ». Nous aurions pu penser que la question du statut joue entre ouvrier/employé/agent de maîtrise mais, aujourd’hui, la frontière entre le monde des ouvriers et celui des employés n’a jamais été aussi floue. La notion de « classes populaires » traduit cette mixité nouvelle.

  •  75% des employés sont des femmes
  • Les classes populaires sont aussi le résultat d’une hybridation, par exemple, pour exemple, au regard des enfants – le père est ouvrier et la mère est employée.

 

 Géographie des métiers

Selon l’Insee, l’histoire industrielle, le développement des villes et les migrations ont façonné la géographie des métiers. Les ouvriers industriels sont ainsi surreprésentés dans les parties nord et ouest de la France.

 

Mécanique et voiture

La mécanique comme activité technique, comme savoir-faire peut s’appréhender comme une pratique ouvrière. Nous l’avons constaté avec ce rapport « aux mains« , aux travaux manuels pour le tuning mais nous pouvons entendre régulièrement cette banalisation  » du faire « .

 

La question de la réception de la mécanique chez les jeunes

  • La filière de la mécanique

« Alors que l’automobile continue de faire rêver et que certaines filières techniques ou artisanales attirent de nouveau les jeunes, beaucoup d’entreprises en France recherchent activement des professionnels de la mécaniquemais n’en trouvent pas. Un seul et unique constat : le problème ne date pas d’hier ! Il aurait fallu que la branche automobile réagisse plus tôt et lance « un plan ORSEC de communication auprès des jeunes » il y a bien longtemps…Les louables actions mises en place dernièrement ne sont clairement pas suffisantes. »Source

 

Après cette question de la réception et de l’image que nous renvoie la mécanique, nous pouvons, par ailleurs, remarquer que les spécialistes/garagistes ont vu leur métier se complexifier et implicitement leur tarif croître. Sur notre territoire social, nous cumulons les difficultés: notre parc automobile vieillit, nous sommes dépendants de la voiture et supportons difficilement les frais imputés par les réparations. Elles sont parfois très lourdes de conséquence. Observons une pratique qui s’est développée dans les cités puis sur des parkings de résidence, à savoir la mécanique sauvage.

 

3.1 La mécanique sauvage

Lorsque certains parlerons de systèmes D, d’ actions proches de la débrouillardise, du partage qui repose sur des compétences d’autres contesteront, dénonceront bien avant que celle-ci ne soit réglementée…

 

La mécanique sauvage a engendré des abus, a produit des dégâts, elle est, désormais, réglementée. Sachez, néanmoins, qu’elle ne se traduit pas de la même façon et qu’elle n’est pas reçue de la même manière en fonction des territoires où elle s’exécute. Observons, dans un premier temps, la présentation qu’en fait le journal Paris Normandie en 2016, à Évreux:

Évreux, quartier de la Madeleine- « En ces temps de disette économique, toutes les solutions pour mettre quelques sous de côté sont bonnes à prendre. A fortiori lorsqu’il s’agit d’effectuer des réparations sur son véhicule. L’automobile est le troisième poste de dépenses des ménages en France derrière l’alimentation et le logement. Ce n’est donc pas étonnant de rencontrer, au hasard des parkings ou en pleine rue, des habitants qui mettent la main dans le cambouis« .Source

Lorsque nous sommes conscients de notre dépendance quotidienne à la voiture, que nous mesurons la situation subie qui est la nôtre. Il paraît tentant de réduire les dépenses en passant par ces « mécaniciens de l’espace privé/public ». Pour certains territoires, cette pratique s’est ancrée historiquement, en Ile-De-France, comme  un garagiste de Vitry- Sur- Seine le fait remarquer : « la mécanique sauvage en banlieue c’est vieux comme le monde »   Source

Quel territoire social  est concerné ?

D’un point de vue extra local, c’est-à-dire ici, en bas de mon immeuble au Petit-Quevilly, j’assiste, depuis déjà quelques mois, au déroulement d’ « interventions mécaniques » à ciel ouvert avec ce qu’il faut comme odeur, bruit et dégâts sur ce que je définirais comme un parking privé de résidence…Je me suis tout d’abord demandé qui réparait quoi? Un voisin, de mon quartier, en galère avec sa voiture, me suis-je dit. Puis, les véhicules changent de formes, de marques et de couleurs. Hier, jour ensoleillé de mars, c’était au tour d’un camion, dommage pour l’aération de mon appartement…

Un souvenir lointain quant à cette pratique m’est alors revenu à l’esprit. Nous sommes dans le milieu des années 90, dans les hauteurs de Nancy et de son Haut du Lièvre. Je revois, au pied de l’immeuble des comportements qui me semblaient appartenir à un autre monde, telles que ces familles qui allaient chercher leur caravane et qui s’installaient, tout l’été, sur le parking prenant ainsi des vacances in situ. Et puis, cette mécanique, un peu partout au point de ne pas imaginer qu’elle puisse être, un jour, qualifiée de « sauvage ».

  • En 1957, l’architecte Bernard Zehrfuss se met donc à l’ouvrage pour construire les plus grandes barres frontales d’Europe – plus de 400 mètres de longueur. Les travaux, qui s’échelonnent sur treize ans, donnent naissance à un quartier qui compte 3 400 logements et héberge alors 12 500 personnes. En crise dès 1962, ce quartier compte aujourd’hui 6500 habitants .Source

C’est, en effet ce qui me frappe, la distance temporelle entre mon souvenir et aujourd’hui. Il s’est passé presque 20 ans. Pourquoi en parlons-nous de cette manière désormais alors que cette mécanique existe, au point de faire partie intégrante de la vie d’un quartier, depuis « toujours » ou presque ?

Retournons un instant en région parisienne avec les réactions, en 2014, d’une municipalité.

Le Maire d’ ERMONT & La mécanique sauvage

Par un arrêté municipal, la commune d’Ermont dans le Val d’Oise (95), en quatre articles, interdit la mécanique sauvage, le 17 juin 2014. Ermont est une commune de 30 000 habitants au nord ouest de Paris. Le maire, à l’origine de cet arrêté, est Hugues Portelli. Personnalité politique en place depuis 1996, Hugues Portelli, au sein de son territoire social, a pu donner à vivre en 2008, un épisode singulier avec les Restos du cœur. En effet, il a crée une polémique en qualifiant la distribution de repas par Les Restos du cœur « d’assistanat« , il a interdit les maraudes de l’association à Ermont malgré les protestations de la Ligue des Droits de l’Homme (Source).

 

« La distribution de repas, c’est de l’assistanat. Nous préférons accompagner nos habitants les plus démunis en faisant de l’insertion par notre épicerie sociale, notre centre communal d’action social ou encore notre partenariat avec la Croix-Rouge. Grâce à leur travail, nous n’avons pas de SDF sur la ville. »

 

Voici, une capture d’écran de leur arrêté:

Screenshot_2019-03-26 Mécanique sauvage.png

Source

La Maison des communes de la Vendée* cite, dans un document concernant les pouvoirs du maire, ceci: (Source)Screenshot_2019-03-26 POUVOIRS DU MAIRE ET LE STATIONNEMENT - 5_reglementation_du_strationnement_circulation_mise_en_fourri[...].pngScreenshot_2019-03-26 POUVOIRS DU MAIRE ET LE STATIONNEMENT - 5_reglementation_du_strationnement_circulation_mise_en_fourri[...](1)

Remarquons la date du décret, 1964.

*La Maison commune de la Vendée regroupe 6 entités juridiques distinctes qui depuis de nombreuses années travaillent ensemble au service des collectivités des élus et de leurs agents : le Centre de Gestion de la Fonction Publique Territoriale, l’Association des Maires et Présidents de Communautés de Vendée, l’Association Vendéenne des Anciens Maires, e-Collectivités Vendée, GéoVendée et le Fonds Départemental d’Action Sociale.

 

  • Une reterritorialisation d’un espace

Les troubles, que la mécanique sauvage engendre, relèvent de l’environnement et de la tranquillité publique. Ce qui change ce sont aussi les populations, cette pratique tolérée hier se voit aujourd’hui interdite. Est-ce ce changement de populations, ou est-ce la prise en compte de valeurs sociétales et donc environnementales (RSE) qui ont engendré cette règlementation ?

Une façon de reterritorialiser (par l’ autorité) un espace social (public ou privé) s’est exprimée. Paradoxalement, la parole citoyenne, à force de plaintes, a été entendue. Ce changement de mentalité a pu produire, pour certains, une modification de taille dans le sens où le territoire qui était partagé mais « subi » redevient commun et neutre. Pour ceux qui s’étaient « appropriés » cet espace, ils ont été dans l’obligation de se « retirer ».

Longtemps, ce débordement sur l’espace partagé fut « admis » car d’une part, il faisait partie intégrante d’un décor social et d’autre part parce qu’il prenait vie au sein d’un territoire ghettoïsé. Une façon politique de laisser les populations évoluer entre elles sans que la mairie ne se responsabilise ni ne s’occupe de ces espaces de référence souvent éloignés/ex-centrés. Une manière indirecte de signifier que cet espace social ne fait pas partie des politiques publiques de la ville.

Cette pratique, quasiment culturelle au vue de sa temporalité et de son mode d’existence, a subi une assimilation. La mécanique « sauvage « est devenue l’incarnation d’un folklore désormais non désiré. Un comportement politique s’est manifesté en vu d’ intégrer ces « minorités » à un groupe social (la ville dans son ensemble) en demandant à cette pratique de répondre aux « caractères » qu’exige le groupe. La conséquence première fut sa proscription.

Tant que la considération de ces espaces, souvent de relégation, n’était pas effective, ces quartiers étaient appréhendés comme des « non-quartier d’une ville« . Ces espaces insulaires se sont développés au fil de ces habitants et donc de leurs pratiques. Durant cette période, (plusieurs décennies) la « mécanique sauvage » ne dérangeait personne ou presque.

  • Qu’est-ce qui est commun?

Les abus de la mécanique sauvage sont évidement à contester mais pourquoi au lieu de verbaliser, d’interdire, ne pas proposer des espaces communs et citoyens de partages d’expériences dédiés à cette pratique ne sont pas initiés ? A l’instar des garages citoyens, des selfs garages sont souvent impulsés par une association, il existe, d’ailleurs, un annuaire de ces derniers Source

L’intérêt pour une commune

  • Recréer du lien social tout en facilitant la transmission de savoir-faire.
  • Réactiver ces ressources spécifiques (savoirs et compétences)
  • Susciter des vocations
  • Signifier une marque de confiance aux habitants
  • Permettre l’autonomie citoyenne
  • Faire réaliser des économies à tous

Sur le site « Self garage » , 150 garages associatifs sont référencés dont 2 en Seine- Maritime (Franqueville St-Pierre et au Havre) et 4 dans l’Eure pour finir, 2 dans le Calvados, 4 dans la Manche, et un dans l’Orne

En Seine-Maritime, les deux selfs garages référencés reposent sur des initiatives impulsées depuis une commune de 6100 habitants environ et une autre de 170 000 autres. Nous pouvons nous demander pourquoi, sur des territoires sociaux avoisinant les 20 000 habitants en moyenne, ce type de proposition ne voit pas le jour ?

En intégrant, à une politique de ville, tous les citoyens, nous agissons dans une logique de partie prenante, sans hiérarchisation entre les individus, sans stratification sociale supplémentaire.

Le vélo connait ce type de propositions, de plus elles sont très bien accueillies par les habitants et collectivités. Toutefois, cette pratique concerne majoritairement les résidents de centre -ville.


 

3.2 « BIG BANGERS »

 

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Crédits David de Beyter

Une autre pratique s’inscrit également sur un territoire social, rural cette fois-ci. Avec le crash de voiture comme art de vivre, les Big Bangers nous convient à un spectacle sans appel.

2008 – Voitures (destruction) Big Bangers

« Big Bangers « : une pratique dérivée de l’auto-cross, sport populaire dans le Nord de la France. Celle-ci consiste à provoquer des chocs violents de véhicules, de «good crash», dont l’unique gain/motivation serait le spectacle de la destruction et la contemplation de son résidu, l’épave, ou selon le terme des amateurs de cette communauté une «auto-sculpture». Source

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Crédits David de Beyter – 207

« La carcasse semble tombée du ciel, à pic, dans ce champ hivernal. A moins qu’elle n’ait poussé là, comme un mirage dans un sillon de boue. » Source

AUTO CROSS

Ce sport, populaire dans le Nord de la France mais aussi en Belgique, est aussi très développé en Angleterre. La finalité de la course est la réduction à néant de l’objet voiture. Il faut regarder les courses sur circuits à Ploegsteert ou à Warneton pour admirer les ruines s’entrechoquer comme de vieux pots de yaourt calcinés. Mais David De Beyter s’intéresse à tout ce qui entoure la course« . Source

Circuit de Warneton

Big Bangers – Processus

« Il n’y a pas d’intention artistique sous-jacente, juste la jouissance du spectacle de la destruction dans le moment de l’accident mais aussi avant et après, quand il n’en reste que des décombres fumants. Exhiber la voiture brûlée participe aux plaisirs annexes. Elle peut correspondre aussi à une phase de test préparatrice, pour savoir comment et à quelle vitesse le véhicule s’enflamme. » Source

DAVID DE BEYTER

Photographe, né à Roubaix en 1985, vit et travaille à Tourcoing.

Big Bangers, les films

  • Le projet raconté par David de Beyter

Le projet Big Bangers cherche à révéler, dans la représentation d’une pratique de la destruction, une réflexion sur l’obsolescence et la dématérialisation. Par son approche anthropologique, il nous confronte à une sorte de culture brutale et chaotique, où la voiture en ruine devient trophée.

En extrayant volontairement de cette pratique toute une série de formes qui s’apparentent à la sculpture, celui-ci met à mal la notion de progrès et nous plonge dans ce qui semble faire l’écho d’une société qui produit ses propres ruines.Source

  • Les échos humains à ces réflexions

A l’instar du « déchet » pour les personnes qui ne possèdent pas le Bac, de la sous -représentations dans les médias (3%) des classes populaires, nous pouvons poursuivre avec d’autres rapports excluants voire méprisants entretenus avec la ruralité.

L’obsolescence – Ruine, souligne le changement d’échelle, au regard des marchés et de sa production, du monde agricole. Les producteurs français sont confrontés à de très graves difficultés économiques. Précarisés, leurs situations sociales tournent, parfois, aux cauchemars.

La surproduction, le gaspillage, les fermes -usines – La ruralité comme culture brutale vis à vis du monde animal.

Engrais/pesticides/pollution de l’air et des sols -Mise en danger des hommes, faune et flore.

Zone blanche – La ruralité ce sont aussi des espaces de référence qui ne possèdent pas de connexion internet. Ces territoires accusent un manque de renouvellement des populations en partie à cause de cela, et engendrent une exclusion du numérique pour les habitants, alors même que ces derniers voient déjà leurs services publics se raréfier.

Le bassin minier, les industries et l’ère post-industriel du nord de la France

Nous pouvons penser à la fin du bassin minier. Dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, marqué économiquement, socialement, « paysagèrement », écologiquement et culturellement par l’exploitation intensive, de la fin du XVIIe siècle jusqu’à la fin du XXe siècle, de la houille présente dans son sous-sol.

 

La mutation de l’industrie vers les services n’a cependant pas été totale ; en dépit d’un net phénomène de désindustrialisation et de tertiarisation, la région reste en effet à la fin du XXe siècle l’une des plus industrialisées de France avec un tissu industriel localement dense pour ce qui concerne la métallurgie, automobile, chimie, papeteries (papier-carton), verreries, cimenteries, secteur de l’énergie (nucléaire, gazière principalement) industrie du bois et le secteur agroalimentaire et de la pêche industrielle (conserverie, plats préparés, etc.).

  • L’influence de l’esthétique des films MAD MAX

les visions du monde post-apocalyptiques de cette séries de films ont produit une mythologie qui s’est ancrée dans la culture populaire et dans les arts depuis 1979. La guerre contre le pétrole, la pénurie d’eau pour Fury Road (2015), permettent un exploration dans un monde barbare, sauvage et viscéralement dangereux. Le spectacle oscille entre la représentations des Freaks, le tuning comme pratique ouvertement affiliée et les explosions spectaculaires. Les bruits des moteurs hurlants, les courses poursuites impitoyables ont suscité un intérêt croissant depuis 36 ans.

 

 

Isabelle Pompe, 30 Mars 2019